La Musique que j'aime est une chanson française de blues rock, composée et interprétée par Johnny Hallyday, avec des paroles de Michel Mallory. Elle sort en 1973 en face B du 45 tours Comme un corbeau blanc, et (la même année), est la première piste de son album studio Insolitudes, chez Philips.

Devenue un des succès emblématiques du répertoire d'Hallyday, elle est, depuis sa création, quasiment présente à chaque tour de chant de l'artiste. C'est aussi la chanson que Johnny Hallyday a le plus souvent chanté en duo. C'est enfin l'unique chanson qu'il ait enregistré trois fois en studio, dans autant de versions et périodes différentes.

Histoire Plus que d'une collaboration artistique entre un auteur et un interprète, la chanson La Musique que j'aime naît de la totale symbiose qui unit Michel Mallory et Johnny Hallyday. Elle prend corps à la suite de plusieurs concours de circonstances et d'événements autobiographiques récents dans la vie de son interprète.

D'elle, Mallory écrit : Elle est pour nous deux l'aboutissement d'une complicité, d'une amitié et elle restera toujours notre bâton de maréchal... Pour cela il a fallu que je retourne à l'endroit où j'avais vu le jour, [...], il a fallu aussi que Johnny soit à New York avec le blues de Sylvie au cœur, [...], que les musiciens et le preneur de son soient des génies, [...], les cuivres des Stones, la magie du studio de Londres et le talent de JohnnyMichel Mallory, Johnny vingt ans d'amitié, 1994, Éditions Black Dragon-Archimbaud, ..

Comme en écho, Hallyday surenchérit : Aujourd'hui, La musique que j'aime n'a plus d'éditeur. Elle nous appartient. On l'a cosignée : Johnny Hallyday-Michel MalloryJohnny Hallyday, Destroy, tome 2, Rebelle, 1996, Éditions Michel Lafon, ..

À l'automne 1972, Johnny Hallyday est à New York. En rupture avec Sylvie Vartan, il a fui ParisJohnny Hallyday, Destroy, tome 2, Rebelle, 1996, Éditions Michel Lafon, , citation : « Dans les périodes de crise, je suis incapable de rester dans la même ville que Sylvie et David. Je dois mettre un océan entre ma famille et moi. ». Michel Mallory, lui, est en Corse, dans la maison de son enfance. Sur une vieille guitare, il improvise le début d'une musique, mi blues, mi rock, mi country ; satisfait du résultat, il note sur un papier à musique de fortune les seize mesuresMichel Mallory, Johnny vingt ans d'amitié, 1994, Éditions Black Dragon-Archimbaud, , 84..

Le chanteur et son parolier doivent prochainement rentrer en studio pour l'enregistrement d'un album à paraitre Insolitudes.

À la mi novembre, Hallyday est de retour à Paris. Dans la voiture de son parolier, qui le conduit dans un hôtel de la capitale, Johnny parle longuement à Michel Mallory de Sylvie, de lui, de cette rupture douloureuse. écrira MalloryMichel Mallory, Johnny vingt ans d'amitié, 1994, Éditions Black Dragon-Archimbaud, ..

Installé dans un salon de l'hôtel, Johnny Hallyday confie une guitare (rapportée des États-Unis) à Michel Mallory et lui demande de lui jouer les titres sur lesquels il a travaillé. Rien n'est prêt en réalité. Mallory se souvient alors de ce début de musique improvisée en Corse et le lui joue en mi majeur. Le chanteur écoute attentivement, puis s'empare de la guitare en déclarant :

En un instant, la musique définitive de ce qui va devenir La Musique que j'aime prend forme<ref>Michel Mallory, Johnny vingt ans d'amitié, 1994, Éditions Black Dragon-Archimbaud, , citation : « En quelques minutes, [...], la forme définitive de La musique que j'aime était née... »</ref>.

Il manque encore les paroles. , demande le chanteur à Michel Mallory. Le texte, il l'écrit tard dans la nuit, après avoir pris congé de Johnny, dans sa voiture (pour ne réveiller personne chez lui), sur son carnet de rendez-vousMichel Mallory, Johnny vingt ans d'amitié, 1994, Éditions Black Dragon-Archimbaud, . : Toute la musique que j'aime, Elle vient de là, Elle vient du blues, Les mots ne sont jamais les mêmes, pour exprimer ce qu'est le blues... Puis le parolier repense à tout ce que lui a confié son ami : Le blues, ça veut dire que je t'aime et que j'ai mal à en crever, Je pleure mais je chante quand même c'est ma prière pour te garder...

Les paroles, écrites en une heure, plaisent à l'interprète qui ne suggère aucune modificationMichel Mallory, Johnny vingt ans d'amitié, 1994, Éditions Black Dragon-Archimbaud, , citation : « Une heure après, j'avais terminé le texte et Johnny n'en changerait pas une virgule. ».

Thème et paroles Avec La musique que j'aime, chanson blues rock et succès emblématique de son répertoire, Johnny Hallyday chante que toute la musique qu'il aime vient du blues, qu'il est né de mains noires et qu'il y a longtemps, sur des guitares, avec des mots qui « ne sont jamais les mêmes », ils chantaient « l'espoir, Dieu et puis l'amour » ; il dit sa passion pour cette musique et qu'il aime la chanter. Le texte se veut aussi autobiographique, introspectif, il révèle ses joies et surtout ses peines. Tout à la fois missive et déclaration à l'être cher, La musique que j'aime condense, exalte les confidences livrées à son ami et parolier Michel Mallory qui trouve les mots pour exprimer les états-d'âme du chanteur. La chanson ouvre et donne le ton de l'album Insolitudes (condensé des mots insolite et "solitudes - au pluriel pour ce dernier)Daniel Lesueur, L'argus Johnny Hallyday discographie mondiale et cotations, 2003, Éditions Alternatives, pages 110, 111.Livret du triple CD-1DVD Insolitudes (juin 2026) Panthéon Mercury Universal 5793860, pages 9, 15, texte Jean-François Brieu.Johnny immortel 1943-2017, Frédéric Quinonero, 2017, Éditions L'Archipel, pages 435, 436..

Enregistrement Réalisation : Lee Hallyday : ingénieur du son Jean-Pierre Azoulay : guitare Peter Frampton : guitare Jerry Donahue : guitare Frank Carillo : guitare : guitare (participation incertaine ; il est des sessions d'enregistrement de l'album Insolitudes) : dobro Klaus Voormann : basse Angelo Finaldi : basse Barry de Suza : batterie Gary Wright : claviers Jim Horn : saxophone, flûte : trompette, trombone Bobby Keys : saxophone ténor

Londres, Olympic Sound Studio, novembre 1972, enregistrement de l'album Insolitudes. La quasi-totalité des titres qui composent l'album sont enregistrés et Johnny Hallyday remet sans cesse celui de La Musique que j'aime, ce qui étonne Michel Mallory. Les basses rythmiques et les guitares sont achevées, Jean-Pierre Azoulay (alias « Rolling », guitariste attitré du chanteur) a enregistré l'introductionMichel Mallory, Johnny vingt ans d'amitié, 1994, Éditions Black Dragon-Archimbaud, , citation (Michel Mallory) : « Je savais ce que je voulais entendre au début de la chanson, mais n'étant pas assez bon guitariste, je demande à Rolling (surnom de Jean-Pierre Azoulay) de jouer ce que je ne pouvais faire que vocalement. Il le fit exactement, en y ajoutant sa technique et son talent, sa marque de fabrique en somme. »... il ne manque plus que la voix... un temps Mallory pense même qu'Hallyday finalement ne va pas la faireJohnny Hallyday, Destroy, tome 2, Le rebelle, 1996, Éditions Michel Lafon, .. Ces contretemps, vont finalement, par un heureux hasard, permettre d'ajouter encore à la chanson. Un soir (Johnny n'est alors pas au studio), l'équipe reçoit la visite des cuivres des Rolling Stones, Jim Horn, Jim Price et Bobby Keys (ils travaillent dans un studio voisin et deux d'entre eux, Price et Keys, ont déjà, en 1971, enregistré pour Johnny sur l'album Flagrant délit) ; Chris Kimsey, producteur du groupe, les connait bien et il leur fait écouter La Musique que j'aime... ils aiment et offrent de lui donner « plus de force » encore. Lee Hallyday, chargé des finances, consent. Lorsque deux heures plus tard, ils sortent de la cabine la chanson a sa « couleur blues » définitiveMichel Mallory, Johnny vingt ans d'amitié, 1994, Éditions Black Dragon-Archimbaud, .. Pour ce faire, précédemment, Michel Mallory enregistre une voix témoin, afin que les instrumentistes aient « dans » l'oreille la mélodie. Le lendemain soir, Johnny écoute le résultat et déclare : « Ce n'est pas comme ça qu'il faut la chanter », puis demande si tout est prêt pour enregistrer sa voix ? Chris Kimsey acquiesce. Par deux fois, en cabine, il écoute le play back sans chanter, puis annonce : « Maintenant vous m'enregistrez et même si je me trompe, laissez moi aller jusqu'au bout ! »Michel Mallory, Johnny vingt ans d'amitié, 1994, Éditions Black Dragon-Archimbaud, . Deux prises, sur deux pistes différentes, sont réalisées. « Il y avait tant de magie, de puissance et d'émotion dans chacune d'elles, qu'il fut difficile de choisir », écrira Mallory.

À l'écoute, tous sont satisfaits, mais pas Johnny Hallyday qui trouve « qu'il manque quelque chose » ; « un dobro qui jouerait en slide » annonce-t-il après réflexionMichel Mallory, Johnny vingt ans d'amitié, 1994, Éditions Black Dragon-Archimbaud, .. Chris Kimsey fait venir l'instrumentiste B.J. Cole, équipé d'un dobro artisanal (fabriqué selon ses dires par son père) et le son qu'il en sort est un tantinet semblable à une guitare hawaïenne. Cole, alors que tous les instruments cessent, pour le plaisir, continue seul et termine la chanson par quelques accords. L'effet, réalisé en une seule prise, jugé excellent est conservé.

La seconde prise enregistrée par Johnny Hallyday, est diffusée (en titre bonus), pour la première fois 53 ans plus tard, le 26 juin 2026, à l'occasion de la réédition par Universal de l'album Insolitudes.

Diffusion Jean Renard, alors directeur artistique de Johnny Hallyday, apprécie peu la chanson, pas plus que l'intégralité de l'opus Insolitudes et propose pour « sauver l'album » d'y joindre la chanson Comme un corbeau blancJohnny Hallyday, Destroy, tome 2, Le rebelle, 1996, Édition Michel Lafon, p. 154, 155. (titre de sa composition, enregistré trois ans plus tôt par Hallydayhttp://www.hallyday.com/Son/Sessions/ses70.html / consulté le 7 janvier 2015., initialement pour l'album Vie et resté inédit Daniel Lesueur, L'argus Johnny Hallyday discographie mondiale et cotations, 2003, Éditions Alternatives, p. 111, 112.). Par la volonté de Jean Renard, Comme un corbeau blanc devient le onzième titre d'Insolitudes et la face A du premier single extrait du 33 tours. La Musique que j'aime n'est qu'une face Bhttp://www.encyclopedisque.fr/disque/33839.html / consulté le 7 janvier 2015.. C'est pourtant elle qui très vite s'impose dans les diffusions radios et au public. Elle trouve immédiatement sa place dans le tour de chant de Johnny Hallyday et, à deux exceptions près (Le Pavillon de Paris en 1979 et le Palais des Sports en 1982), est depuis de tous les spectacles de l'artiste.

En 1976, enrichie par une longue introduction à la guitare électrique de Jean-Pierre Azoulay, elle clôt le show Johnny Hallyday Story au Palais des sports de Paris ; À Bercy, en 1987, un Big band accompagne Johnny et, sur la même scène, en 1990, une chorale camerounaise précède La Musique que j'aime. Avec elle, Hallyday, en 1998, entame son récital au Stade de France ; elle est encore au programme des Vieilles Canailles à Bercy en 2014 et en tournée en 2017, où Johnny Hallyday l'interprète avec Jacques Dutronc et Eddy Mitchell.

La Musique que j'aime est la chanson que Johnny Hallyday a le plus grand nombre de fois interprétée en duo : 50 duos avec 35 interprètes différentshttp://www.hallyday.com/Son/Duos/duos.html / consulté le 7 janvier 2015.http://www.hallyday.com/Son/Duos/duocomlamusiquequejaime.html / consulté le 7 janvier 2015..

Le titre figure dans la bande originale du film Jean-Philippe de Laurent Tuel, sorti en 2006.

Réception Le 45-tours s’écoule à plus de exemplaires en FranceVentes de 1973.

Les versions studios de 1982 et 1990