Le .303 British ou R est une munition d'origine britannique. Créée à la fin des années 1880, elle a été la munition règlementaire de l'armée britannique et des armées du Commonwealth, avant d'être remplacée par la munition OTAN pendant les années 1950 et reléguée au rang de munition sportive.
Spécifications
vignette|Dessin et photo des « cordons » de cordite dont la douille (étui) était chargée, à la place de la poudre noire, à partir de 1892. Son chargement initial est prévu pour la poudre noire. Toutefois, elle commence à être chargée avec de la poudre sans fumée (cordite) dès 1888, produite en série en 1889, utilisée avec le fusil Lee-Metford mais vraiment opérationnelle avec l'adoption du fusil Lee–Enfield en 1895.
La dimension de () correspond au calibre, c'est-à-dire le diamètre de l'âme du canon tandis que le diamètre à fond de rayures est en fait de ()CIP (Commission internationale permanente pour l'épreuve des armes à feu portatives), Fiche .303 British, https://bobp.cip-bobp.org/uploads/tdcc/tab-ii/tabiical-en-page74.pdf ce qui est la taille réelle de l'ogive qui doit entrer () dans les rayures pour qu'elles guident la rotation sur son axe, ce qui la stabilise. Son étui est en laiton à bourrelet et à épaulement.
Il aurait été choisi à l'origine comme étant le plus petit calibre capable d'arrêter de manière fiable un cheval en train de charger.
Son projectile cylindro-sphérique (Mk I, II, III, IV, V et VI) ou cylindro-conique (pointu) (Mk VII et Mk VIII) selon les périodes de fabrication a donc un diamètre métrique de . Son étui est en forme de bouteille et est pourvu d'un bourrelet.
Histoire et emploi
Premiers essais et adoption de la munition chargée de cordite En 1883, une commission, le "", est constituée pour étudier le remplacement du fusil Martini-Henry à un coup à chargement par la culasse et la munition de en service depuis 1870. Le , elle recommande le fusil Lee-Metford. En , elle recommande la munition de de pouce.
La munition .303 est initialement prévue pour être chargée de poudre noire. Elle apparaît à une époque où, à la suite de l'invention par le Français Paul Vieille de la poudre sans fumée, l'armée française adopte la cartouche de 8mm et le fusil Lebel en 1886https://www.musee-armee.fr/fileadmin/user_upload/Documents/Support-Visite-Fiches-Objets/Fiches-1914-1918/MA_fiche-objet-Lebel.pdf et l'armée allemande la pour le Gewehr 1888. C'est pourquoi, dès 1888, la Commission des Explosifs britannique () décide de la charger avec de la poudre sans fumée.
Des essais sont effectués sur des Lee-Metford avec trois types de poudres, la ballistite, la cordite et la rifleite. Ces essais mettent en évidence l'usure prématurée des canons et concluent à la nécessité de fabriquer et d'adopter un nouveau type de fusil, le Lee Enfield, ce qui est fait en 1895. La Commission choisit la cordite comme poudre de propulsion. Elle est composée de 58% de nitroglycérine, 37% de nitrocellulose et 5% de vaseline. Elle est appelée « cordite » en raison de sa présentation sous forme de filaments d'égale longueur.
La munition à poudre noire Powder Mk I La munition est adoptée le . Elle est chargée de () de poudre noire. Elle utilise une balle à l'extrémité ronde de () fabriquée en cupronickel, avec une chemise entièrement en métal et un noyau en plomb durci. Elle dispose d'un amorçage Boxer.
La munition à poudre noire Powder Mk II Les essais montrent que la chemise est trop fine pour être utilisée avec de la cordite. Dès 1890, la munition est donc modifiée pour corriger ce défaut. Elle comprend une balle avec une chemise en cupronickel plus épaisse et un fond plat. La poudre et la balle sont séparées par un disque de carton glacé. La munition ainsi améliorée devient la et elle est adoptée le . Elle utilise la même ogive de qu'elle propulse en moyenne à avec une pression de la chambre d'environ . Powder et Cordite sont développées parallèlement.
La munition à cordite Mk I Dès 1890 les modèles et sont remplacés par les et .
La a une balistique très améliorée. Sa vitesse initiale est de . Sa production industrielle est lancée le 3 novembre 1891. Elle reçoit un amorçage Berdan. La paroi interne de l'étui est désormais vernie pour faire face aux pression générées par la cordite.
La munition à cordite Mk II La munition est développée dans la foulée. Elle reçoit un amorçage Berdan plus large. Les dimensions du bourrelet sont légèrement modifiées. Elle est adoptée le .
Lors des expéditions de Chitrâl et de Tirah entre 1894-1895 et en 1898, lors de l'expédition le long de la frontière nord de l'Inde, les militaires britanniques se plaignent de la balle à bout arrondi de la munition. Pour eux, elle n'a pas la capacité vulnérante et d'arrêt de la balle Martini-Henry. Aussi en 1897, l'arsenal de Dum Dum en Inde produit une spéciale pour laquelle d'épaisseur de chemise a été enlevée au sommet, laissant à nu de noyau, ce qui lui donne un pouvoir expansif.
La munition Mk III La munition qui reprend les caractéristiques de la est adoptée le mais n'est jamais mise en service actif. Sa production est interrompue à la fin de 1898 pour laisser place à la .
La munition Mk IV La munition est mise en production de masse à partir du en Grande-Bretagne, au Canada et en Nouvelle-Zélande. Il s'agit en fait d'une fabriquée dès l'origine avec le noyau découvert. Le centre de gravité de la balle est déplacé vers l'arrière ce qui améliore sa stabilité et sa précision. La balle elle même est plus efficace dans le corps humain, avec son sommet mou et sa pointe creuse. Toutefois, la chemise peut se détacher dans le canon lors du tir et l'obstruer, créant ainsi un risque non négligeable.
La munition Mk V gauche|vignette|Clip de .303 Mk VI employé par l'Australie et la Nouvelle-Zélande pendant la Première Guerre Mondiale, sur les théâtres d'opération d’Égypte, de Palestine et de Gallipoli (National Army Museum, Waiouru, Nouvelle-Zélande). La munition tient donc compte de ces critiques.
Toutefois, en 1899, la première convention de la Haye interdit l'usage des balles expansives. Le message est directement adressé aux Britanniques par les Néerlandais qui ont vu l'effet que les balles expansives avaient sur les blessés boers. Les munitions , et , soit tout de même de cartouches, sont immédiatement retirées du service, remplacées par des cartouches et utilisées à des fins d'instruction. La munition est immédiatement révisée pour respecter ces normes. La chemise recouvre désormais le noyau qui reçoit 2% d'antimoine supplémentaires et la balle est allongée de .
La munition Mk VI
gauche|vignette|Présentation de la .
La munition est introduite en 1904 avec une chemise plus mince qu'on accuse de recréer, à tort ou à raison, une certaine forme d'expansion.
Les tentatives avortées de remplacement vignette|La cartouche de .276 Enfield qui ressemble beaucoup au de Mauser. Lors de la seconde guerre des Boers, le .303 fait l'objet de critiques en comparaison avec la du Mauser modèle 1895 dont la vitesse initiale est supérieure et qui donne une trajectoire plus tendue et une portée plus importante. L'état-major britannique se pose la question de son remplacement. En 1910, des appels d'offres sont lancés. L'industrie propose le associé à un fusil avec un système de culasse inspiré de celui du Mauser 98.
Le nouvel armement possède cependant des défauts importants, un recul excessif, une flamme de départ de coup importante, une usure et une surchauffe du canon inacceptables. Des recherches sont effectuées pour trouver une poudre de propulsion qui brûle à des températures inférieures mais les essais ont lieu à la veille de la Première Guerre mondiale. Par nécessité, le Lee-Enfield est donc conservé avec sa munition améliorée, la . En revanche, les recherches sont poursuivies et donnent naissance à une gamme de fusil dont fait partie le US Mle 1917.
La munition Mk VII
vignette|Présentation de la .
centré|vignette|220x220px|Clip de .303 prêt à être chargé sur un Lee Enfield n°4 (fusil standard de l'armée britannique pendant la Deuxième Guerre mondiale). En 1898, les Français adoptent la « balle D » qui révolutionne la conception des balles. Le sommet en est désormais pointu et ogival. Son poids est réduit et permet une bien meilleure vitesse initiale bien plus mortelle et vulnérante.
En 1910, les Britanniques décident donc d'adapter leur cartouche au profit d'un concept plus moderne, la . Elle est chargée de () de cordite MDT 5-2 avec une balle de () à sommet pointu et cylindro-conique avec une vitesse initiale de . La différence majeure entre la et les autres balles du même type réside dans la composition du noyau qui, au lieu d'être en plomb durci, est bimétallique, à l'origine en aluminium canadien pour la tête et en plomb durci pour le corps. Cette caractéristique vise essentiellement à en maintenir le poids à un niveau optimum. L'aluminium devient un matériau stratégique pendant la Deuxième Guerre mondiale et est remplacé par la (sorte de plastique en cellulose), par la pulpe de bois ou par du papier compressé. Il est autoclavé, c'est-à-dire compressé de manière à éviter les fragments qui pourraient créer des infections dans les blessures. Le sommet allégé de la balle en fait reculer le centre de gravité et en alourdit l'arrière. La balle est stable en l'air grâce à l'effet gyroscopique généré par les rayures du canon mais, lorsqu'elle atteint son objectif, son comportement et sa trajectoire sont très différents des projectiles du même type. Dès que la balle atteint la cible et décélère, sa base plus lourde la fait basculer violemment vers l'arrière. Elle se déforme alors de manière à infliger des blessures plus graves qu'une munition standard du même genre. Elle ne constitue pas toutefois une infraction à la convention de la Haye de 1899 dans la mesure où sa chemise couvre totalement son noyau. Les constatations médicales révèlent toutefois que, lorsque la balle rencontre un tissu dur tel qu'un os, elle se désintègre et génère un effet quasi explosif qui laisse des fragments comparables à ceux de l'artillerie.
La munition Mk VIIIZ Certaines cartouches sont chargées à la nitrocellulose et prennent alors la dénomination .
La munition est adoptée à partir de 1938 pour alimenter les mitrailleuses Vickers. Elle comprend une charge propulsive en nitrocellulose qui lui donne une plus grande vitesse initiale pour une plus grande portée et qui limite la flamme de départ du coup. Malgré cette limitation, son emploi est possible avec les fusils Lee Enfield et les Bren lors des opérations nocturnes mais il est strictement réglementé en raison de l'érosion des canons que cette munition provoque dans les armes destinées à être utilisées normalement avec la .
Les codes lettres et couleurs en fonction des caractéristiques et de l'emploi de la munition
Source du tableau : Labett, 1980. Dénomination principale Couleur de l'anneau de l'amorce Couleur du type de munition Autres caractéristiques Fonction VII or VIIZ Mauve Aucune Aucune Balle VIIIZ Mauve Aucune Aucune Introduite en 1938 pour les mitrailleuses Vickers Balle G1, G2, G3, G7 ou G8 Rouge Aucune Aucune Le G Mk 8 est introduite en 1945 Traceuse G4, G4Z, G6 ou G6Z Rouge Blanche Aucune Traceuse G5 or G5Z Rouge Grise Aucune Traceuse W1 ou W1Z Verte Aucune Aucune Le W Mk 1 Z est introduite en 19̟45 Perforante antichar VIIF ou VIIFZ Aucune Aucune Aucune En service de 1916 à 1918 Perforante avec une capacité antichar F1 Verte Aucune Aucune Introduite en 1941 Perforante avec une capacité antichar B4 ou B4Z Bleue Aucune Marque sur la chemise de la balle Incendiaire B6 ou B6Z Bleue Aucune Aucune Incendiaire B7 ou B7Z Bleue Bleue Aucune La B Mk 7 est introduite en 1942 Incendiaire O.1 Noire Noire Aucune Réglage