thumb|Vue du site de Seraing. thumb|Vue du site d'Ougrée (démoli le 28 janvier 2026) vignette|droite|redresse=0.8|John Cockerill. vignette|Le haut-fourneau B d'Ougrée (Seraing) reste le témoin d'un passé industriel riche, dans la région. Il demeure aujourd'hui le seul "document" historique sidérurgique encore visible le long de La Meuse, en région liégeoise. La Société anonyme John Cockerill à Seraing est une ancienne société sidérurgique et charbonnière de la région de Liège ainsi nommée après la mort de son fondateur, John Cockerill, survenue en 1840. Résultat de fusions qui se sont faites dès le , et la fusion définitive de Cockerill (1979) avec la société sidérurgique Hainaut-Sambre (1980), Cockerill-Sambre (1981) est l'un des fleurons de l'industrie belge, avant son déclin progressif.
Les sites de Cockerill-Sambre sont situés à Seraing, Flémalle, Cheratte et Herstal, sur les rives de la Meuse et dans la région de Charleroi - principalement à Charleroi, sur la Sambre.
Cockerill-Sambre a été rachetée par le groupe Usinor en 1998 (devenu groupe Arcelor en 2001, et groupe ArcelorMittal en 2006).
Histoire Victor Hugo qui a l'habitude des voyages qui le mènent à travers l'Europe, s'arrête ébahi aux portes de Liège, du côté de Seraing, aux alentours de 1842 : :
et plus loin,
Le Rhin, lettres à un ami, Lettre VII, Victor Hugo, 1842Victor Hugo Le Rhin lettres à un ami, Lettre VII. Hetzel, 1842 (Tome I, )..
L'histoire de Cockerill peut être répartie en trois périodesRobert Halleux. Cockerill. Deux siècles de technologie. Editions du Perron. 2002 : la première industrialisation, 1799-1860 ; la deuxième industrialisation, 1860-1940 ; la troisième industrialisation, 1940-2002.
La première industrialisation, 1799-1860 Ce qui deviendra la Wallonie fut, après l'Angleterre, une des premières région du continent à connaître la révolution industrielle. On reconnaît à la région trois qualités majeures : d'abondantes ressources minérales, houille et minerais (limonite et oligiste), une tradition proto-industrielle ancienne en quête de renouvellement, un enthousiasme manufacturier.
La première industrialisation est le temps des machines à vapeur et de la fonte au coke.
Aux origines des grandes sociétés qui finiront par se joindre au sein de Cockerill-Sambre, on trouve des entreprises familiales fondées par des Orban (Grivegnée), des Lamarche (à Ougrée-Marihaye), des Behr et Dotées (Espérance-Longdoz), des Huart (Hauchies-Marcinelle) ou Puissant (Forges de la Providence), la société de Sclessin.
Les débuts vignette|upright|John Cockerill John Cockerill, nait à Haslingden, dans le comté de Lancastre, le . Son père, William Cockerill, habile ouvrier mécanicien, quitte sa patrie vers 1797, dans l'espoir d'utiliser ses connaissances sur le continent. Il se rend d'abord en Suède ; mais, n'ayant pu y faire adopter ses procédés mécaniques pour la préparation et la filature de la laine, il vient à Verviers en 1799. Il propose à deux des principaux fabricants de cette ville manufacturière, MM. Simonis et Biolley, de leur construire des machines à carder et à filer la laine. À Verviers, comme sur tout le continent, ces opérations ne se font alors que par les anciens procédés à la main. Cockerill a amené avec lui sa nombreuse famille, et il se trouve alors tellement dénué de ressources pécuniaires, qu'il stipule qu'on lui fournira les matières premières dont il a besoin pour la confection des machines. Ses premières mécaniques à carder et à filer la laine ne tardent pas à fonctionner, et à amener la prospérité chez leurs commanditairesA Lecocq. Description de l'établissement John Cockerill à Seraing: accompagnée d'une notice biographique sur John Cockerill; J. Desoer, 1847 (Livre numérique Google).
En 1807, William Cockerill va se fixer à Liège avec ses fils. II y monte d'abord, au pied du Pont-des-Arches, un atelier de construction de machines à filer et à carder la laine et d'autres mécaniques pour la fabrication des draps. Il transfère ensuite ses établissements au pied de l'ancien Pont-des-Jésuites. John Cockerill n'est alors âgé que de 18 ans, et cependant il dirige seul l'établissement.
William Cockerill reçoit de Napoléon la grande naturalisation française en 1810. Deux ans après, il se retire des affaires, et ses deux fils, Charles-James et John, lui succèdent. En 1814, après la chute de l'empire français, ils font tous leurs efforts pour affranchir le continent du monopole qu'exerce l'Angleterre dans beaucoup de domaines et notamment, la construction des machines à vapeur. C'est à leurs succès que l'industrie belge doit la prospérité qu'elle conservera pendant longtemps.
Le , le château de Seraing et ses dépendances, ancienne résidence d’été des princes-évêques de Liège, propriété de l’État depuis la Révolution française, est acquis du gouvernement des Pays-Bas par Charles James et John Cockerill, par acte sous seing privé passé à La Haye.
Ils y établissent d'abord des ateliers de construction pour les machines à vapeur, les mécaniques à filer le lin et les laines peignées, et une filature de lin.
thumb|left|Vue des établissements de John Cockerill à Seraing vignette|Lion de Waterloo. Le lion colossal dominant la Butte du Lion (1826) à Waterloo, posé sur un piédestal de pierre, est composé de neuf pièces de fonte de fer coulées dans les forges de John Cockerill à SeraingEt non, comme une légende l'affirme, avec le bronze des canons français abandonnés sur le champ de bataille., à partir d'un modèle sculpté par Jean-François Van Geel (Malines 1756-Anvers 1830). Ce travail gigantesque a été coulé en fonte dans un moule en plâtre ; son poids total est de ; il a de longueur sur de hauteur, depuis le sommet de la tête jusqu'aux piedsCette pièce, de l'exécution la plus difficile, coulée sur des dimensions dont il y a peu d'exemples, a parfaitement réussi. Pendant la durée de son exposition à Seraing, elle a fait l'admiration des nombreux visiteurs qui accouraient de toutes parts pour voir ce colosse, poignant souvenir pour les uns et précieux trophée pour les autres. Dans A. Lecocq, Description de l'établissement John Cockerill à Seraing : accompagnée d'une notice biographique sur John Cockerill, J. Desoer, 1847 (Consulter en ligne). En 1821, les Cockerill construisent à Seraing le premier haut-fourneau à coke connu dans la province de Liège; et c'est vers 1823 que l'établissement commence à grandir, lorsque John Cockerill en devient seul propriétaire par la cession de son frère Charles-James.
L'établissement de Seraing ne cesse de croître, devient un modèle d'entreprise, et il devient si important que le roi Guillaume des Pays-Bas associe l'État à l'entreprise, dans le but d'obtenir que les travaux du gouvernement y soient exécutés de préférence à une autre entreprise. La révolution belge de 1830 brise violemment le royaume des Pays-Bas. En raison de l'intimité des relations qu'avait eu Cockerill avec l'ancien gouvernement, l'activité de l'entreprise est freinée, le temps que le Royaume de Belgique acquière en Europe une consistance qui ramène la confiance en son avenir. La législature et le cabinet de 1834, en décrétant l'établissement du chemin de fer d'Ostende et d'Anvers aux frontières de la Prusse, prouvèrent que la Belgique avait foi dans ses ressources et dans son avenir. La première section du chemin de fer de Bruxelles à Anvers est inaugurée et l'exemple donné par la Belgique trouve des imitateurs: la plupart des États de l'Allemagne sentent la nécessité de construire aussi des chemins de fer et s'adressent naturellement aux entreprises Cockerill.
La crise financière et industrielle de 1839 force Cockerill à mettre en liquidation, et porte un coup funeste à Seraing et à ses autres établissements. Quelques mois après, John Cockerill meurt de la fièvre typhoïde à Varsovie, emporté par une maladie de quelques jours seulement. Il ne laisse pas d'enfants, et ses héritiers n'acceptent sa succession que sous bénéfice d'inventaire.
Passant outre aux réclamations d'une faible minorité de créanciers, les héritiers bénéficiaires provoquent la création d'une société anonyme pour l'exploitation des établissements John Cockerill, à Seraing et à Liège. Elle a pour but l'exploitation des établissements de Seraing et de Liège, comprenant houillères, hauts-fourneaux, laminoirs, forges, fonderie, fabrication de toutes espèces de machines à vapeur, de chaudières, de ponts, de navires en fer et de tout ce qui s'y rattache, de métiers mécaniques pour filature et tissage, de cardes, de tondeuses, de broches, d'outils, etc. La « Société anonyme John Cockerill » est fondée.
Société Anonyme John Cockerill alt=Action de la S.A. pour l'Exploitation des Etablissements de John Cockerill à Seraing & à Liège, émise le 18 avril 1846 à Liège|vignette|Action de la S.A. pour l'Exploitation des Etablissements de John Cockerill à Seraing & à Liège, émise le 18 avril 1846 à Liège La Société anonyme John Cockerill voit le jour en 1842, deux ans après la mort de son fondateur.
Aux alentours de 1850, Cockerill est l'usine la plus importante du monde, et la société concourt de manière à faire de la Belgique la deuxième puissance économique du monde, derrière le Royaume-Uni. ouvriers y sont employés.
L'entreprise présente une superficie totale de . Sa superficie bâtie est de . Le fer y entre à l'état de minerai et en sort en machines à vapeur. Chaque année, cet établissement consomme de kilogrammes de charbon, et il livre, tant au commerce qu'à la construction, 12 à de kilogrammes de fer, , , de terre, d'une force moyenne de , de machines pour bateaux, d'une force moyenne de ; une machine destinée à la navigation transatlantique de .
L'entreprise se répartit en cinq divisions: division houillères ; division minières ; division fonderie ; division fabrique de fer ; division ateliers de construction.
On peut y exécuter chaque année des machines représentant une force totale de . Le matériel de cet établissement consiste en : 27 machines à vapeur, formant ensemble une force de chevaux, fonctionnant presque nuit et jour ; 6 hauts-fourneaux ; 2 fours à griller le minerai ; 34 doubles fours à coke ; Une finerie à six tuyères ; 37 fours à réverbère pour le traitement du fer malléable ; 6 cubilots pour la fonte de fer ; 3 trains de laminoirs ; 5 cisailles ; 6 marteaux, dont deux dits « maka » ; 6 scies circulaires à scier le bois ; 4 id. id. les métaux ; 138 feux de forges ; 139 tours et alésoirs ; 37 machines à raboter ; 38 machines . à percer, à tarauder et à mortaiser ; 56 grues ; 4 puits d'extraction au charbon, en activité ; 4 galeries pour l'extraction du minerai de fer ; 80 bures en activité pour extraire du minerai de fer ; 17 lavoirs à minerai de fer ; 4 fourneaux pour fondre les lingots en cuivre pour tôle des caisses à feu pour locomotives ; 13 fourneaux pour fondre le cuivre au creuset ; 6 foyers et cornues pour la fabrication du gaz ; 4 ventilateurs ; 430 châssis de fonderie ; 1 fourneau pour fondre l'acier ; 4 fortes pompes à incendie ; etc. L'établissement de Seraing possède une bibliothèque d'ouvrages scientifiques, en anglais, en français, etc., et qui s'enrichit de tous les bons livres et recueils nouveaux propres à tenir au courant des progrès de la mécanique appliquée, de la sidérurgie, etc.
Dans les ateliers de construction, les ouvriers au nombre de (315 garçons et 45 filles âgés de 12 à 16 ans, hommes et 285 femmes de plus de 16 ans), se tiennent à la besogne depuis cinq heures et demie du matin jusqu'à sept heures du soir, et ils ne s'interrompent qu'une demi-heure pour le déjeuner, une heure pour le dîner et dix minutes pour le goûter.
La deuxième industrialisation, 1860-1940 thumb|Les activités de la Société Anonyme vers 1928