Charles Rist, né le à Prilly (Suisse) et mort le à Versailles, est un économiste français d'origine suisse. Il est un des économistes français majeurs de sa période avec François Simiand, Albert Aftalion, Gaëtan Pirou et Bertrand Nogaro. C'est à la fois un professeur et un expert concernant les questions monétaires. Il est l'un des penseurs du franc Poincaré et a accompli des missions de conseil aux gouvernements en Europe de l'Est, notamment en Roumanie. Il est aussi le premier à avoir créé en 1934-1935 un centre de recherche économique (IRES) qui comptera Robert Marjolin parmi ses membres. Après la Seconde Guerre mondiale, il sera l'un des derniers partisans dans la communauté économique de l’étalon-or.

Biographie Les débuts Frère du professeur Édouard Rist, il épouse la fille de Gabriel Monod, Germaine Monod, petite-fille d'Alexandre Herzen. Il est le père de Jean Rist, de , de Claude Rist (1902-1950), de Noël Rist, de Mario Rist (1915-1979) et le beau-père de Marie Rist (née de Lacroix, épouse de Noël Rist).

À l'université sous l'influence d'un professeur, Raoul Jay, qui faisait un cours sur les syndicats anglais, il s'intéresse aux problèmes sociaux qui était alors un sujet en vogue à la Faculté de droit. Lors d'un séjour en Angleterre alors qu'il a , il passe beaucoup de temps à visiter les centres de l'Armée du salut . Docteur en droit en 1898, il rédige une thèse sur la première loi anglaise concernant la responsabilité des accidents et une autre intitulée La journée de travail de l'ouvrier français. Agrégé d'économie politique en 1899, il est professeur d'économie politique à la Faculté de droit de Montpellier de 1899 à 1913. Il collabore à partir de 1903 ou 1904 avec Charles Gide, protestant comme lui, à l'écriture d’une Histoire des doctrines économiques dont la première édition est parue en 1909. Ce travail occupe l'essentiel de son temps pendant les douze années passées à Montpellier. Peu à peu, il prend conscience que les problèmes ouvriers sont . Il est notamment frappé par le fait que la prospérité des dix premières années du était liée au développement des mines d'or du Transvaal. Aussi en 1913 au moment où il est nommé à Paris il se préoccupe surtout de questions monétaires.

Première Guerre mondiale Durant la guerre, il fait partie de l'équipe Lichtenberger qui regroupe des spécialistes des questions allemandes. Il s'agit pour eux d'informer correctement et objectivement le gouvernement et les administrations de la situation en Allemagne. Dans cette équipe, Rist s'occupe plus spécialement des questions relatives aux finances de guerre et au cours du change. Il est frappé par la propagande faite tant en France qu'en Allemagne visant favoriser l'emploi du chèque au lieu des billets afin de soulager les finances publiques alors que Maurice Ansiaux a montré dès 1912 l'identité économique de ces deux moyens de paiements, une idée non encore diffusé à l'époque dans le grand public. Il pousse deux de ses anciens étudiants prisonniers en Allemagne à traduire le livre Qu'est-ce que la monnaie ? de , l'auteur qui a popularisé la formule .

Dans la notice biographique qu'il a préparée pour aider son successeur à l'Institut à rédiger son discours d'hommage, il déclare avoir été . Sur ce point le gouverneur de la Banque d'Angleterre n'était pas en reste. Pour lui c'est dans ce contexte qu'il faut comprendre le livre de John Maynard Keynes Les Conséquences économiques de la paix qui a paru alors . Il éprouve alors une vraie difficulté à faire passer dans la presse en vain et doit se contenter de publier dans la Revue d'économie politique une rubrique sur les Réparations.

Entre-deux guerres Dans les années 1924-1925, Charles Rist réclame dans des articles publiés par la Revue d'économie politique une stabilisation du franc. Le ministre des Finances Raoul Péret le nomme ainsi membre du comité des experts du décret du 31 mai 1926, dans lequel il est le seul, avec Gaston Jèze, à n'être ni haut fonctionnaire, ni banquier, ni industriel.

Le , Joseph Caillaux, devenu ministre des Finances, accepte le rapport des experts et remanie la direction de la Banque de France. Il y nomme Émile Moreau gouverneur et Rist premier sous-gouverneur. Le gouvernement Briand ayant été vite renversé, le rapport des experts sera mis en œuvre par Raymond Poincaré et amènera en 1928 au franc Poincaré.

En 1928, il est élu membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Lors de la tournée de visite à ceux qui devaient l'élire, il se heurte à l'hostilité particulière des universitaires opposés à la . Durant cette période il représente aussi la Commission des réparations au Tribunal arbitral de La Haye créé par le plan Dawes pour trancher les différends entre la commission et le gouvernement allemand. Les Roumains ayant demandé de l'aide à la Banque de France, il participe aussi à une mission en Roumanie destinée à la stabilisation de la monnaie roumaine. Fin 1928, il démissionne de la Banque de France. Une fois remplacé par Clément Moret, il reprend l'enseignement.

En 1931, il prend part à la mission Laval à Washington. Si le secrétaire d'État américain s'intéresse au maintien de l'étalon-or, ce n'est pas le cas de Laval, qui dit à Rist : . Il représente la France à la Conférence de Lausanne en 1932. En , il accompagne Édouard Herriot aux États-Unis, où il rencontre Franklin Delano Roosevelt. En , il est le délégué de la France à la , où il défend . Il prend une part active à la décision de la France, de la Hollande et de la Suisse de maintenir cet étalon. Les discussions avec les représentants des pays de langue anglaise sont à l'origine de son livre Histoire des Doctrines monétaires.

En 1934, avec l’appui de la fondation Rockefeller, il fonde l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES). Lionel Robbins y donne, en 1934, une conférence sur la méthode dans les recherches économiques. Robert Marjolin, qui a travaillé avec lui, note que, bien qu’il soit censé incarner le capitalisme national et international, « son instinct le portait le plus fréquemment à gauche »Robert Marjolin, ..

En 1936, il devient, à la demande de Pierre Laval d'abord, puis de Paul Bastid et enfin de Georges Bonnet, président de la Commission de Révision douanière, où il se heurte à une forte résistance des industriels et du ministère de l'Agriculture. La guerre met fin aux travaux de la commission et renforce le protectionnisme.

Il prend la présidence du Comité de Paris de la Banque ottomane en 1937, poste qu'il conservera jusqu'en 1954. Il est également vice-président de la Banque des Pays de l'Europe centrale, administrateur du Canal de Suez et de la Banque de Paris et des Pays-Bas, et membre du comité de surveillance du Credit Anstalt.

Seconde Guerre mondiale et immédiat après-guerre Au début de la guerre, il constitue, à la demande du ministre du Blocus, un comité consultatif chargé de réfléchir au blocus. Il s'aperçoit vite que celui-ci devrait porter sur un petit nombre de produits, parmi lesquels des métaux non ferreux comme le molybdène. Dans sa notice biographique, il note que les dirigeants se faisaient beaucoup d'illusions quant à l'efficacité du blocus. Quoi qu'il en soit, c'est dans le cadre de l'organisation franco-anglaise du blocus qu'il est envoyé aux États-Unis, où il est reçu par Cordell Hull, ministre des Affaires étrangères et par le président Franklin Delano Roosevelt. Il revient en France pour assister à la défaite. Durant la guerre, il écrit son livre Précis des Mécanismes monétaires, qui sera interprété à sa parution après-guerre . Il publie également une nouvelle édition de l'Histoire des doctrines où il critique la conception keynésienne de l'épargne.

Dans l'après-guerre il est critique envers le Fonds monétaire international, qu'il estime viser non pas mais l'instauration d'. Il combat également la politique économique de Jean Monnet, qu'il accuse d'imposer de trop grandes restrictions de consommation et de trop lourdes charges budgétaires . Il estime que la politique menée conduit à un budget en constant déséquilibre et à une .

À sa mort en 1955, la Revue d'économie politique lui consacre un numéro spécial. Il est alors considéré selon ses propres mots comme .

Le praticien Rist le professeur Selon Jean-Marcel Jeanneney, dont il a été le professeur en doctorat, . Son premier cours de faculté donné en 1899-1900 portait sur La distribution des Richesses. Après la Première Guerre mondiale, qui provoqua force dérèglements monétaires, ses cours portent principalement sur la monnaie et les relations économiques internationales. Les thèmes de ses cours furent alors : 1919-1920 grandes banques d'émission et de dépôt, 1921-1922 révolution monétaire mondiale et distribution des richesses ; 1922-1923 vie économique internationale ; 1923-1924 commerce international et balances des comptes ; 1924-1925 réformes monétaires depuis la fin de la guerre ; 1925-1926 relations commerciales internationales. En 1933, il quitte la faculté de droit de Paris pour se consacrer à son institut de recherche, l'ISRES (Institut scientifique de recherche économique et sociale), mais continue de donner quelques heures de cours à l'École libre des sciences politiques (Sciences Po Paris).

Rist l'expert

Rist le théoricien et l'historien des doctrines économiques Méthodologie Charles Rist se veut un réaliste. Il se moque des économistes qui font des .

Le théoricien des finances publiques Selon Henry Laufenburger, Rist a approché les questions budgétaires en partant de la théorie monétaire. En effet, la Première Guerre mondiale a eu pour effet, en provoquant de forts déficits, de mettre la monnaie au service de l'État, ce qui a provoqué sinon une élimination du moins une forte diminution de la troisième fonction d'une monnaie celle de réserve de valeur. Rist a abordé .

Il aborde le thème des effets de la contraction dans le livre que Laufenburger considère être un des meilleurs de Rist : La déflation en pratique (1924). Il considère que dans ce cas l'important n'est pas la monétaires, mais la réduction du déficit public. Mais traitant de la façon dont l'Angleterre a géré sa déflation, il estime que cette politique, visant surtout à restaurer le prestige de la livre, a eu des inconvénients graves.

En ce qui concerne l'expansion, pendant l'expérience du Front populaire, il montre mais il accepte de différencier les dépenses publiques de fonctionnement et celle d'investissement. À la Libération de la France il se résigne au financement public de l'investissement à condition qu'il soit fait recours à l'épargne. Entre les deux types d'épargne possible, l'épargne forcée (les impôts) et l'épargne volontaire, il préfère nettement la seconde et il est un des fervents partisans du retour à la flexibilité du taux d'intérêt qu'il juge la plus susceptible de la favoriser.

Charles Rist, économiste financier, et Gaston Jèze, juriste financier, deux figures marquantes de la Faculté de droit de Paris de cette époque avaient l'un pour l'autre une grande estime, non seulement parce que leurs analyses sur les problèmes monétaires, financiers et budgétaires se recoupaient, mais en raison de leur commune qualité d'indépendance et de courage.

Rist, la monnaie et l'étalon-or Rist s'intéresse réellement à la monnaie après la Première Guerre mondiale. Son premier travail sur la question est publié en 1924 sous le titre La déflation en pratique, suivi en 1933 par un livre intitulé Essais sur quelques problèmes économiques et monétaires, puis Histoire des doctrines relatives au crédit et à la monnaie depuis John Law jusqu'à nos jours. Après guerre, alors qu'il est avec Jacques Rueff un des derniers tenant de l'étalon-or, il écrit son Précis des mécanismes économiques élémentaires et en 1953 sa Défense de l'or.

La monnaie