La gare de Chambéry - Challes-les-Eaux est une gare ferroviaire française des lignes de Culoz à Modane (frontière) et de Saint-André-le-Gaz à Chambéry, située sur le territoire de commune de Chambéry, dans le département de la Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes.

Elle est mise en service en 1856, par le royaume de Piémont-Sardaigne.

Gare de la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), elle est desservie par des , le Frecciarossa et des trains régionaux du réseau , ainsi que l'Eurostar durant les week-ends lors de la saison d'hiver. C'est également une gare ayant un trafic de transport de marchandises.

Situation Situation géographique La gare de Chambéry est située au sud-ouest de la colline de Lémenc et à l'est de la Leysse, la principale rivière arrosant la ville. Sur la commune, la gare est située entre le centre-ville contemporain et le quartier de La Cassine, à environ au nord du centre ancien.

L'entrée nord de la gare longe le pied de la colline de la Boisse à gauche, et l'ancienne promenade de la Boisse, longue avenue rectiligne d'environ à droite, tandis que l'entrée sud se fait dans une tranchée creusée dans la colline de Nézin sur environ (tranchée aujourd'hui recouverte).

La gare se trouve en partie sur les anciens marais qui constituaient la cluse de Chambéry (la rotonde ferroviaire de Chambéry étant elle-même bâtie sur pilotis), à d'altitude.

Situation ferroviaire vignette|gauche|Vue d'ensemble de la gare (en ). La gare de Chambéry - Challes-les-Eaux est située au point kilométrique (PK) 137,673Livre : Reinhard Douté, Les 400 profils de lignes voyageurs du réseau ferré français, édité par La Vie du Rail en août 2011, , volume 2, page 178. de la ligne de Culoz à Modane (frontière), entre les gares ouvertes de Viviers-du-Lac et de Montmélian. Gare de bifurcation, elle est le terminus de la ligne de Saint-André-le-Gaz à Chambéry, au PK 106,363, après la gare ouverte d'Aiguebelette-le-Lac.

La gare comporte aujourd'hui double-sens pour la montée et la descente des voyageurs, notées de A à E, ainsi qu'une voie en impasse nommée voie 4, en provenance de Saint-André-le-Gaz, à l'ouest. Elle possède par ailleurs 3 quais : le quai 1 encadré par les voies A et 4 ; le quai 2 encadré par les voies B et C ; le quai 3 encadré par les voies D et E. Au-delà de la voie E, s'étire un faisceau impair d'une dizaine de voies reliées à la ligne à chaque extrémité de la gare, ainsi que les voies d'accès à la rotonde ferroviaire de Chambéry.

Les quais et les voies de la gare ne sont pas rectilignes et sont disposés en forme de S, avec deux courbes successives de sens opposé. La longueur utile des quais varie par ailleurs de pour la voie 4 à pour les voies A et B, les trois voies à quai C, D et E restantes étant respectivement de 333, 322 et .

Chambéry constitue à un certain égard le centre de l'« Étoile de Savoie », les lignes partant dans toutes les directions telles les branches d'une étoile (dans le sens des aiguilles d'une montre : Genève, Annecy/Chamonix, Bourg-Saint-Maurice - Modane/Italie - Grenoble - Lyon - Ambérieu/Bourg-en-Bresse/Dijon).

Histoire Avant la gare Les débuts du chemin de fer à Chambéry remontent à 1839. Cette année marque en effet l'inauguration de la première ligne à traction hippomobile réalisée entre la ville et le Bourget-du-Lac par la Compagnie du Service accéléré par Chemin de Fer et Bateaux à Vapeur, première étape du trajet vers Lyon par le lac du Bourget et le Rhône. Chambéry appartenant alors au royaume de Sardaigne, l'inauguration revient au roi Charles-Albert. La ligne sera exploitée jusqu'en 1846, mais aucune véritable gare ferroviaire ne sera construite.

Les premières considérations autour d'une future gare (dite alors « embarcadère ») à Chambéry débutent en 1853, année de création de la Compagnie du chemin de fer Victor-Emmanuel. Chambéry devient un maillon central puisque la compagnie obtient en mai une concession pour relier la ville à la fois à Genève au nord, à Lyon à l'ouest, et au Mont-Cenis au sud-est. Quelques mois plus tard, le , le conseil communal de Chambéry statue sur l’emplacement du futur embarcadère. Le conseil déclare :

- L’embarcadère de Chambéry ne pourrait se trouver qu’au lieu-dit la Cassine, lieu où il disposerait de l’espace qui lui est nécessaire à son développement,

- l’accès se fera en tranchée dans la colline de Nézin, le plus près possible de la rivière Leysse, de manière à laisser l’espace pour la construction d’une rangée de bâtiments le long du quai,

- l’embarcadère sera du type de . L’embarcadère devrait comporter : trois voies de gare pour les voyageurs, de huit à 10 voies pour le service et le garage des convois de marchandises, un emplacement pour les remises à locomotives et les ateliers de réparation sont prévus en direction d’Aix.

vignette|Dessin du futur bâtiment voyageurs. À la suite de cette décision, le tracé de la ligne et l’emplacement de l'embarcadère sont établis par l’ingénieur en chef britannique George Newmann, signés et approuvés en 1854.

Les travaux de construction de la portion de ligne, alors à voie unique, entre Choudy (Aix-les-Bains) et Saint-Jean-de-Maurienne, par Chambéry, se déroulent entre 1854 et 1856. L'édification de la station et le percement par tirs de mines de la tranchée de Nézin débutent en 1854, et des terrains de La Cassinaz et de La Boisse sont acquis en 1855 pour l'établissement des futures emprises et infrastructures du chemin de fer. Un pont est en outre créé avant la tranchée pour relier le faubourg Reclus et la route de Genève.

La première locomotive arrive à Chambéry en . Il s'agit de l'une des 5 premières locomotives de la compagnie, conçues en Belgique par la société John Cockerill. La ville reçoit également du matériel roulant, voyageurs et marchandises, venant de Lyon. La remise des travaux et l’inauguration de la gare de Chambéry interviennent pour leur part l’année suivante, le , avec le départ du premier train de Choudy pour Saint-Jean-de-Maurienne à 9h00. La ligne et la gare sont mises en service le lendemain.

La nouvelle gare vignette|redresse=1.3|Plan des installations, telles qu’établies en 1854. D'après les descriptions pouvant être faites lors des séances du Conseil communal, la nouvelle gare de Chambéry est constituée d'un bâtiment voyageurs, d'une halle marchandises, d'une remise pouvant abriter neuf voitures de voyageurs, d'un réservoir de d'eau et d'un dépôt-atelier de locomotives. Du côté des quais, la gare est équipée de deux voies de passage et d'une voie en impasse, la halle marchandises comporte pour sa part un quai découvert et quatre voies de service reliées par des plaques tournantes, et cinq voies en impasse permettent, le long de l’avenue de la Boisse, de former ou garer les convois de marchandises.

Le dépôt-atelier se situe du côté d'Aix-les-Bains (au nord). Il comprend une remise à deux voies servant d'atelier de levage et de réparation des locomotives, deux remises à trois voies pour leur entretien, une remise à trois voies pour les « machines en feu », deux bâtiments pour le matériel, les pompes à eau et une partie des dortoirs du personnel, deux autres bâtiments de logements et de bureaux. Enfin, côté Cassine, une plaque tournante permet de relier le quai à coke et le parc à combustible pour l'alimentation en charbon.

vignette|redresse=1.3|Réception des troupes françaises en gare, en (gravure de Jules Férat). La gare permet au total d'avoir un parc de , un chiffre qui devient toutefois vite insuffisant pour assurer le trafic grandissant au fur et à mesure de l’ouverture de nouvelles lignes : celle vers Lyon et Genève à compter de la mise en service du viaduc de Culoz sur le Rhône le , celle vers Grenoble mise en service le ., et celle vers Annecy mise en service le ..

La gare PLM Fin du La gare de Chambéry ne demeurera que quelques années sous le giron sarde. En effet, lors du plébiscite du , la population de l'ancien duché de Savoie se prononce pour un rattachement de la Savoie à la France. Les troupes françaises se substituent aux Bersaglieri sardes, et le traité de Turin entérinant l’annexion est alors ratifié. La Savoie devient officiellement française le et, le lendemain, sont créés les deux nouveaux départements de la Savoie (dont Chambéry devient le chef-lieu) et de la Haute-Savoie.

À compter de , la Compagnie du chemin de fer Victor-Emmanuel cède alors toutes les infrastructures ferroviaires construites (dont la gare de Chambéry) et à construire à l'État français, lequel les rétrocède ensuite à la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM)..

vignette|gauche|Calèches attendant devant la gare, avant 1890 et la création du buffet. À la suite des dernières ouvertures de lignes, auxquelles s'ajoutent celles du tunnel dit « du Mont-Cenis », entre la France et l'Italie en 1871., et de la nouvelle ligne vers Albertville, en 1879, la gare de Chambéry devient le centre de nombreuses liaisons ferroviaires autour des Alpes. Pour autant, hormis une modification en 1864., la gare ne subit pas de transformations majeures jusqu'au projet de ligne entre Saint-André-le-Gaz (Isère) et Chambéry, attendu dans les . Cette nouvelle ligne, qui doit permettre une liaison directe vers Lyon, nécessite en effet, selon le PLM, un agrandissement de la gare et de ses installations, notamment pour accueillir la nouvelle voie et ses circulations.

vignette|La gare, en 1884. Ce projet, présenté le , prévoit en particulier l'agrandissement du bâtiment voyageurs par adjonction de deux ailes sans étages, la pose d'une marquise sur le , l'allongement du quai central, avec création d'un abri, et le remplacement de la remise à voitures par un quai pour les chaises de poste. Concernant le service marchandises, ce projet est notamment à l’origine de la disparition de la halle à marchandises et de la création d'un faisceau de six voies côté Cassine. Bien qu'approuvé en 1882, son budget est réduit, et la partie concernant la création d'une remise annulaire prévue pour est abandonnée au profit de l'agrandissement des remises existantes. Ces travaux sont également à l’origine de l'édification d'un nouveau château d'eau, sous forme d'une tour en maçonnerie, et d'un nouveau poste d'aiguillage de . La ligne de Saint-André-le-Gaz à Chambéry est mise en service le . Elle rejoint la ligne existante venant d'Aix, au nord de l'avenue de la Boisse, mais se contente de la longer sur près de avant de la rejoindre à l’entrée de la gare.

Le , un comptage de la fréquentation des voyageurs en gare fait état de et à l'arrivée, et de et au départ..

Début du vignette|gauche|La gare entre 1903 et 1906, avec sa nouvelle halle métallique et son buffet. La ligne desservant la gare est doublée de la sortie sud de la gare à Chignin et mise en service le , tandis qu'au nord vers Aix-les-Bains, le doublement est effectif à compter du . Entretemps, en 1899, un nouveau projet d'agrandissement de la gare de marchandises est présenté, faisant suite aux conditions de plus en plus difficiles d'acheminement des convois en raison de la forte fréquentation de la ligne entre Culoz et Montmélian (plus de manœuvrés selon le projet, soit une augmentation de 78 % depuis 1892). Les travaux sont par ailleurs l’occasion, à l’entrée dans le , de la création d'une grande halle métallique à deux pans couvrant les trois voies à quais et d'une communication entre les faisceaux et la voie principale du côté d'Aix-les-Bains. Un autre grand réservoir est également monté en 1901, le premier ayant consommé seul d'eau en 1899, soit d'eau par jour. Puis c'est au tour du buffet de la gare de voir le jour en 1903, à l’extrémité sud du bâtiment voyageurs.

vignette|Parvis de la gare, avec l'aile sud de 1906.