La première guerre mithridatique (88 ou 89 à 85 av. J.-C.) est un conflit entre la République romaine et le royaume du Pont dirigé par , dont l'enjeu est le contrôle de l'Anatolie (Asie mineure). La guerre se termine par la victoire des légions romaines, pourtant inférieures en nombre, menées par Sylla.

Sources Aucun ouvrage historique contemporain des faits ne nous est parvenu. Appien, un auteur grec du , est la source la plus complète d'informations sur les guerres mithridatiques : il y consacre le livre XII (Mithridatique) de son Histoire romaine. Écrit longtemps après les faits, l'ouvrage manque de repères chronologiques. La Vie de Sylla de Plutarque constitue également une source importante. Il s'inspire probablement des Mémoires de Sylla, une œuvre perdue. Dans son Abrégé des histoires philippiques, Justin, qui s'inspire de Trogue Pompée, consacre deux livres (37 et 38) à Mithridate. Memnon d'Héraclée, dans l'ouvrage qu'il consacre à sa ville d'origine, qui n'est connu que grâce au codex 224 de la Bibliothèque de Photios de Constantinople, fournit également des renseignements intéressants sur Mithridate. On ne peut que déplorer la perte des livres de la monumentale histoire romaine de Tite-Live concernant ce sujet. Seuls des abrégés (appelés periochæ) nous en donnent une idée.

Prémices Relèvement du royaume du Pont sous Mithridate VI Montant sur le trône en 112 av. J.-C., Mithridate VI Eupator a 20 ans. Il emprisonne sa mère, régente abusive, ainsi que son frère. Son royaume est alors affaibli, en déclin depuis la mort de son père, Mithridate Evergète. Sous son impulsion, le royaume connaît alors un important essor. À peine a-t-il soumis l'Euxin qu'il prépare déjà la conquête de l'Asie Mineure. Les succès et les victoires de Mithridate et de son allié arménien Tigrane II incitent les Romains à réagir.

La Cappadoce, objet de convoitise Mithridate veut s'assurer le contrôle du royaume de Cappadoce. En 99, après en avoir assassiné le roi, son neveu , il met sur le trône son propre fils Justin, Histoire universelle, XXXVIII, 1. Le roi de Bithynie, , que les menées de son voisin Mithridate inquiètent, soutient un autre prétendant au trône de Cappadoce. L'affaire est soumise à l'arbitrage du Sénat romain, qui rejette les deux prétendants et accorde la liberté aux Cappadociens. Ces derniers, qui veulent malgré tout un souverain, choisissent Ariobarzane. Mithridate persuade alors son allié arménien, Tigrane II, de le chasser du trône. Réfugié à Rome, Ariobarzane convainc le Sénat romain de le restaurer. L. Cornelius Sylla, proconsul de Cilicie, est chargé de diriger l'expédition. À la tête d'une petite armée, il balaye les troupes arméniennes. Il remet Ariobarzane sur le trône et noue des liens diplomatiques avec le roi des Parthes, un autre Mithridate, suzerain du roi d'Arménie, qui s'abstient de réagir face aux Romains. Le roi du Pont est le grand perdant de cette campagne, car son alliance avec les Arméniens est mise à mal. Au début de l'année 91, la domination romaine sur l'Asie Mineure paraît solidement établie. Mithridate et (roi de Bithynie) restent indociles, mais rejetés derrière leurs frontières.

Nouvelle donne C'est alors que survient ce qui a été appelé « la Guerre sociale », comme un coup de tonnerre, fin 91. La République romaine, menacée par ses alliés italiens, doit alors rappeler les contingents maritimes de ses alliés. La Macédoine, désormais sans défense, est laissée aux ravages des Thraces. Pour Mithridate, comme pour tous les autres dirigeants asiatiques, cette brusque explosion est une surprise ; par ailleurs, elle arrive bien trop tôt dans ses plans. Sa flotte est encore en chantier, et la moitié de son armée guerroie au nord ; son faisceau d'alliance n'est pas encore totalement constitué. Mais il ne peut se permettre de ne pas profiter de la situation, et d'agir en Asie Mineure.

Après avoir vainement tenté de faire assassiner de Bithynie, Mithridate lui oppose son demi-frère réel ou supposé, Socratès ChrèstosAppien, Mithridatique, 10, et le chasse, tandis qu'en Cappadoce, Mithras et Bagoas (sans doute deux Arméniens) expulsent une nouvelle fois Ariobarzane. Les deux rois ainsi détrônés, en exil, se rendent ensemble à Rome pour plaider leur cause et supplier le Sénat de les aider.

Mithridate pense que les Romains sont trop occupés par leur crise intérieure, et qu'ils laisseront les rois qu'il a installés affermir leur pouvoir et leur trône. Sylla lui reprochera ce calcul plus tard lors d'une entrevue : « Quand tu as entendu que l'Italie s'était révoltée contre nous, tu as saisi l'occasion alors que nous étions occupés, pour tomber sur Ariobarzane, Nicomède, la Galatie, la Paphlagonie, et finalement sur notre province asiatique »Appien, Mithridatique, 58.

Mais en Italie, le gros de la crise est passé, et Rome réagit bien plus vite que ne l'a escompté le roi du Pont. Les rois déchus sont reçus à Rome. Une ambassade spéciale, menée par le consul Manius Aquilius est envoyée sur place. Lucius Cassius, proconsul d'Asie en -89, qui a une petite armée sous son commandement, est chargé d'assister les ambassadeurs dans leur mission. Mithridate cède une fois encore, et les deux rois sont remis sur leur trône sans affrontement. Mais Aquilius, déterminé à tirer soit gloire, soit fortune de cette expédition, en est fortement frustré, et cherche à ranimer les animosités. Il demande à Mithridate de payer les frais de l'expédition. Mithridate s'y refuse, s'estimant plus le créancier de Rome que son débiteur. Aquilius se tourne alors vers les deux rois de Bithynie et de Cappadoce pour en obtenir un paiement. Comme leur trésor personnel est complètement à sec, Aquilius et Cassius leur suggèrent de rétablir leurs finances aux dépens de Mithridate, en ravageant son territoire. Ariobarzane s'abstient, plus pleutre que rancunier. Mais Nicomède, sous la pression des Romains, opte pour la guerre et envahit le territoire du Pont, jusqu'à Amastris. Cette agression aurait pu dégénérer, mais Mithridate se montre plus fin : il se borne à protester officiellement.

Mauvais calculs Les Romains n'ignorent rien des préparatifs de Mithridate. Son armée devient forte, mais les Romains le sous-estiment, voyant dans sa prudence une faiblesse. Pélopidas, envoyé par Mithridate, demande aux Romains soit de mettre un frein aux agissements de Nicomède, soit de porter assistance à leur allié Mithridate, soit de rester neutres et de laisser Nicomède et Mithridate régler leurs problèmes entre eux. Face à la réponse évasive des ambassadeurs romains, Mithridate occupe à nouveau la Cappadoce et remet sur le trôneAppien, Mithridatique, 15.

Pélopidas retourne vers les ambassadeurs romains et les incite à la prudence. Aquilius, par rapacité ou par ambition, sans s'en référer au Sénat et agissant de son propre chef, déclare que Mithridate devait respecter le territoire bithynien, à ses risques et périls. Quant à la Cappadoce, les Romains se chargent eux-mêmes d'y ramener Ariobarzane. Ce qui équivaut à une déclaration de guerre. Aquilius a engagé Rome dans une guerre dont il n'imagine pas une seule seconde l'ampleur future.

La guerre Succès initiaux de Mithridate thumb|right|400px|L'Asie mineure avant la Première guerre de Mithridate

En 88, Mithridate prend l'offensive. Il bat d'abord les troupes bithyniennes de Nicomède. Ensuite, les forces romaines en Asie mineure divisées en plusieurs corps sont écrasées par les troupes pontiques et arméniennes. Cassius, battu, se réfugie à Rhodes ; le proconsul de Cilicie, Quintus Oppius, est livré à Mithridate par les habitants de Laodicée ; Aquilius subit le sort le plus violent : après sa capture, il est promené sur un âne, puis on fait couler de l'or fondu dans sa gorge pour le punir de sa rapacité. Le cœur de la province d'Asie s'ouvre à Mithridate, qui se présente en libérateur et attise le sentiment anti-romain. Il lance un appel à l'extermination des résidents romains et italiens. Quatre-vingt mille personnes, hommes, femmes et enfants, sont massacrées, souvent de manière atroce. La flotte pontique, commandée par Archélaos, croise en mer Égée. Rhodes, dont les navires, bien qu'inférieurs en nombre, harcèlent la flotte de Mithridate, résiste à l'abri de ses remparts. Le roi finit par lever le siège. En revanche, Délos, où plusieurs milliers de Romains se sont réfugiés, est prise et vingt mille personnes y sont massacrées. Une grande partie de la Grèce continentale se rallie à Mithridate : les Lacédémoniens et toute la Béotie à l'exception de Thespies. À Athènes, les partisans du roi du Pont, dirigés par Aristion, prennent le pouvoir. Pour prix de leur collaboration, les Athéniens récupèrent le contrôle de Délos.

Premières réactions romaines À Rome, où les nouvelles arrivent lentement, on ne s'inquiète pas trop. Les finances romaines ne sont pas brillantes, mais l'on se doit pourtant de réagir. Selon Appien on décide « de vendre les trésors que le roi Numa Pompilius avait destinés aux sacrifices des dieux »Appien, Mithridatique, 22. La question qui agite le plus les esprits est celle du commandement de l'expédition. La lutte pour le commandement glorieux de cette campagne oppose deux hommes ambitieux : C. Marius et L. Cornelius Sylla. La guerre civile qui en découle retarde le départ du corps expéditionnaire de plusieurs mois. Marius parvient à évincer Sylla avec l'aide du tribun militaire L. Sulpicius, mais Sylla marche sur Rome et l'occupe militairement, tuant Sulpicius et chassant Marius. Il part à Capoue, où il retrouve ses troupes, et s'embarque dans les ports de l'Adriatique, au début de l'année 87.

Débarquement de Sylla en Grèce Métrophane, lieutenant d'Archélaos, lui-même général et ami de Mithridate, a ravagé la côte de la Magnésie, et menacé Démétrias, une place forte de Thessalie. Q. Bruttius Sura, légat du propréteur de Macédoine, attaque Métrophane à l'improviste, et récupère le butin entreposé sur l'île de Sciathos. Après cet exploit, Bruttius porte secours à Thespies, assiégée par Archélaos, un des meilleurs généraux pontiques et Aristion, tyran d'Athènes. L'affrontement a lieu à Chéronée, mais au bout de trois jours de lutte indécise, des contingents achéens et lacédémoniens obligent Bruttius à battre en retraiteAppien, Mithridatique, 29 ; il attaque alors peut-être le Pirée, voire l'occupe brièvementJohn G. F. Hind, Mithridates, in The Cambridge Ancient History, Volume 9, p. 151 en ligne. Il rejoint ensuite l'avant-garde de Sylla, commandée par le questeur Lucullus, qui lui demande de regagner la Macédoine.

Sylla débarque en Grèce à la tête d'environ hommes. Les villes béotiennes qu'il traverse s'empressent de se ranger de son côté, ainsi que celles du Péloponnèse. Thèbes a tout lieu de regretter son soutien initial à Mithridate : Sylla confisque la moitié de son territoire. Il ne reste bientôt aux Pontiques que l'Attique et l'Eubée. Pour pourvoir aux dépenses militaires, Sylla s'empare des trésors des sanctuaires grecsPlutarque, Vie de Sylla, XII.

Prise d'Athènes par Sylla