Marie Anne Charlotte de Corday d'Armont, connue sous le nom de Charlotte Corday, bien qu'elle-même se soit fait appeler et ait signé sa correspondance de son premier prénom, Marie, née le à Saint-Saturnin-des-Ligneries (province de Normandie)Saint-Saturnin-des-Ligneries, qui n'est pas une commune mais une église où elle fut baptisée, est aujourd'hui sur le territoire de la commune d'Écorches. Sa maison natale est située à , au lieu-dit le Ronceray, aujourd'hui sur le territoire de la commune des Champeaux. Toutefois, elle était située à l'époque sur l'ancienne commune des Ligneries, parfois appelée Saint-Saturnin.. et guillotinée le sur la place de la Révolution, à Paris, est une personnalité de la Révolution française. Elle est notamment connue pour avoir assassiné Jean-Paul Marat le .
Biographie Famille noble désargentée
Marie Anne Charlotte de Corday d’Armont naît le à Saint-Saturnin-des-Ligneries dans la province de Normandie. Elle est la troisième des cinq enfants de François de Corday d’Armont, gentilhomme normand, ancien lieutenant aux armées du roi puis fermier, et de Charlotte Marie Jacqueline de Gautier des Authieux.
Sa famille appartient à la noblesse d’extraction, que les légendes familiales font remonter aux temps mythiques du duché de Normandie, mais que les généalogistes du roi limitent au . Parmi ses ancêtres, elle compte le dramaturge Pierre Corneille, figure au prestige indépassable et écrasant.
vignette|gauche|La ferme du Ronceray des Ligneries où Charlotte Corday est née et a grandi. Sa famille, noble mais désargentée, vit dans une petite maison, la ferme du Ronceray, près de Vimoutiers. Les parents de Charlotte Corday ont eu cinq enfants dont quatre survivent à la petite enfance. Ses frères seront des émigrés de l'armée des princes royaux en exil. L'un d'eux, François de Corday, né en 1774, sera fusillé à Auray en 1795..
En butte à divers conflits familiaux sur la répartition de l'héritage entre lui et ses frères, François, le père, déménage en 1776 à Caen, la grande ville la plus proche. En 1780, la famille, quoique désargentée, s'établit au château de Corday, propriété historique de la lignée paternelle.
Instruction religieuse et philosophique Veuf en 1782, le père de Charlotte Corday cherche à faire placer ses filles. Refusée quelques années plus tôt dans la prestigieuse maison de Saint-Cyr en raison du manque de prestige militaire de son père, Charlotte, alors âgée de treize ans, est admise avec sa sœur cadette à l'abbaye aux Dames à Caen, qui, en tant qu'abbaye royale, devait accueillir les jeunes filles pauvres issues de la noblesse de la province de Normandie..
L'instruction dans le couvent est soignée. Ses lectures sont alors sérieuses traduisant une curiosité intellectuelle. Son père lui prête quelques volumes de Montesquieu, Voltaire et de Rousseau, elle acquiert une certaine culture philosophique et donc politique. Elle admire les philosophes, s'ouvre aux idées nouvelles, tout en conservant sa foi religieuse. Elle s'intéresse aux droits naturels, le contrat social et la séparation des pouvoirs.
Pourtant, solitaire, elle est aussi marquée par une piété en voie de transformation, à la fois plus intérieure et spectaculaire : elle cultive le goût du sacrifice, de la mort jeune et de la foi intérieureJean-Denis Bredin, « Charlotte Corday, "ange de l'assassinat" », émission Au cœur de l'histoire sur Europe 1, 6 mars 2012. C'est au nom de cette foi qu'elle vivra notamment son exécution comme un don de soi, et refusera la confession ultime en prisonLettre à Barbaroux, 16 juillet 1793..
Elle reste pensionnaire à l'abbaye aux Dames jusqu'en , moment où la congrégation est dissoute à la suite de la nationalisation des biens du clergé et de la suppression des ordres religieux.. « Rendue au siècle », la jeune femme retourne vivre chez son père, qui a vendu la ferme « du Ronceray », où elle a grandi, pour en acheter une autre, avec de nouveaux fermages, dite « la ferme des Bois », au Mesnil-Imbert.
Contact avec la politique Début , à l'âge de vingt-trois ans, Marie Anne Charlotte de Corday quitte la campagne pour aller vivre à Caen, chez sa tante, Madame de Bretteville-Gouville, rue des Carmes. Son soutien à la Révolution la met en porte-à-faux avec sa famille qui compte beaucoup de royalistes, ses deux frères soutenant ouvertement l'armée des émigrés. La nuit du départ de son jeune frère pour cette armée, sa famille organise un dîner d'adieu au cours duquel un toast est porté au roi Louis XVI. Charlotte est la seule à ne pas se lever pour le toast. Selon elle, « les rois sont faits pour les nations, mais les nations ne sont pas faites pour les rois ». Quand on lui demande carrément si elle est républicaine, elle répond : « Je le serais, si les Français étaient dignes d'une République ».
Un de ses parents, Frédéric de Corday, racontera plus tard : Après la fuite et l'arrestation du roi à Varennes en 1791, la Révolution devient de plus en plus extrême et divisée. D'un côté les Girondins, qui ont dominé la politique révolutionnaire depuis , refusent désormais que les foules parisiennes dictent la politique au détriment du reste de la France, et préconisent de freiner la Révolution. En revanche, les Jacobins défendent les désirs des classes populaires parisiennes et souhaitent étendre la Révolution dans une direction sociale.
vignette|redresse|Charlotte Corday à Caen en 1793, huile sur toile de Tony Robert-Fleury (1874).Lors de l'insurrection du 10 août 1792, le roi est suspendu de ses fonctions, puis incarcéré à la tour du Temple. De nombreux « suspects », dont ses derniers serviteurs, répartis dans les prisons de Paris et de province, sont exécutés sommairement entre le 2 et le . Le député jacobin Jean-Paul Marat, même s'il qualifie, en privé, ces événements de « désastreux », avait incité à une telle violence dans son journal radical l'Ami du peupleDans l’Ami du peuple, le , Marat, avait déjà appelé au massacre des prisonniers : Extrait du texte cité dans : Condorcet, un intellectuel en politique, Élisabeth et Robert Badinter, Fayard 1988, .. Cet événement refroidit certains partisans de la Révolution. Charlotte Corday quant à elle, est écœurée par la violence collective encouragée par les activistes jacobins. Les massacres de représentent entre 1 100 et 1 400 prisonniers parisiens exécutés.
La violence politique des Jacobins touche également les Corday personnellement. L'abbé Gombault, prêtre contre-révolutionnaire qui avait administré les derniers sacrements à la mère mourante de Charlotte, est exécuté le . Il est le premier à être guillotiné à Caen. Des pamphlets attaquant les Jacobins et les accusant d'être les instigateurs de la violence sont amplement diffusés dans la ville, et il est probable que Corday les ait lus.
Cela s'ajoute aux deux humiliations que subit le père de Charlotte en 1792. En mars, le domestique d'un roturier insulte sa mère, puis le , il se fait voler son sabre par un maréchal-ferrant. Ridiculisé aux yeux des habitants du Mesnil Imbert, il se réfugie précipitamment à Caen.
Marat, le symbole de la Terreur Emportés par les assauts de la Commune de Paris et des députés prônant l'exagération révolutionnaire, vingt-neuf députés girondins sont décrétés d'arrestation immédiate, à la suite des journées du 31 mai et du 2 juin 1793 lors desquels les sans-culottes parisiens s'insurgent contre le gouvernement girondin corrompu. Plus de la moitié des prisonniers arrive à fuir Paris. Certains trouvent refuge dans le Calvados, près de Caen. Ils y organisent des réunions politiques à l’hôtel de l'Intendance, sise rue des Carmes (la rue même où Charlotte de Corday loge chez sa tante), réunions auxquelles Charlotte Corday assiste à plusieurs reprises. Elle aperçoit alors pour la première fois ces députés qu'elle admirait jusqu'à présent de loin, et parmi eux, Buzot, député de l'Eure, Salle, Pétion, l'ancien maire de Paris, Valazé, Kervélégan, Mollevaut, Barbaroux, Louvet, Giroust, Bergoeing, Lesage, Duchastel, Henry-Larivière. Elle entend leurs explications au sujet des journées d'émeute, qui ont précédé leur décret d'arrestation, actes perpétrés par la Commune contre la Convention nationale, prise en otage par la garde nationale.
vignette|redresse|Portrait de Jean-Paul Marat par Joseph Boze. Jean-Paul Marat est un médecin, philosophe, homme politique et journaliste influent. Il appelle régulièrement le peuple à se soulever, à prendre les armes et à faire justice lui-même. Député populaire, il se fait de nombreux ennemis parmi les puissants. Depuis son acquittement au Tribunal révolutionnaire, il poursuit de sa vindicte les Girondins par son journal interposé. Aux yeux de Corday, il est le principal responsable de la radicalisation de la Révolution, et représente également une cible idéale pour qu'avec son assassinat, la famille Corday d'Armont retrouve sa distinction passée.
L'attentat contre Marat
Préparatifs Le , Charlotte de Corday quitte Caen pour le quartier du Palais-Royal à Paris, où elle descend à l’hôtel de la Providence, rue des Vieux-Augustins au Aujourd’hui 14 rue Herold., le à midi. Munie d'une lettre d’introduction du député Barbaroux, elle se rend chez le député Claude Romain Lauze de Perret, qui lui fait bon accueil. Dans la conversation, ce dernier lui apprend que Marat, souffrant, ne paraît plus à la Convention nationale. Cette nouvelle contraint Corday, qui projetait initialement de frapper Marat en pleine Assemblée, à changer de plan..
Le lendemain, elle rédige dans son hôtel un manifeste intitulé Adresse aux Français amis des lois et de la paix.. Dans ce testament politique, Corday annonce son projet d'assassiner Marat, pour sauver la République :
L'assassinat Le , à 8 heures du matin, Charlotte Corday achète un journal qui rapporte les requêtes des Jacobins concernant l'exécution des principaux Girondins, puis un chapeau noir décoré de rubans verts, célèbre par la suite. Également, elle se rend dans la boutique du coutelier Badin, sous les arcades du Palais-Royal, au de l’actuelle galerie de Valois. Corday y fait l'acquisition, pour 40 sous, d'un couteau de cuisine à manche d’ébène et virole d’argent, et dotée d'une lame de cinq pouces (13 cm environ). Avant de partir chez Marat, elle change de tenue, se fait « poudrer » et glisse le couteau dans la gaine de son corsage, sous le fichu rouge qui recouvre sa gorge. De même, ne voulant pas que son acte reste anonyme, elle porte sur elle son acte de baptême, au cas où elle se serait faite tuer avant d'avoir donné son identité.
Afin de se faire recevoir par « l’Ami du Peuple », Corday lui envoie un court billet : . Puis, vers 11h30, elle arrive en fiacre au de la rue des Cordeliers. Catherine Évrard, la sœur de la compagne de Marat, refuse toutefois de la laisser entrer. Après une deuxième tentative infructueuse, Corday fait passer un second courrier qu’elle a écrit communiquant des informations sur un prétendu complot : vignette|redresse|L’assassinat de Marat par Paul Baudry (1860).
À la troisième tentative, il est 19 heures quand son fiacre s’immobilise devant chez Marat. Son arrivée coïncidant avec l'arrivée du pain et des journaux du jour, Corday se faufile dans la maison mais se fait intercepter par Simone Évrard, la compagne de Marat. C’est Marat, depuis sa baignoire où il passe son temps à cause de la grave maladie qui le touche, qui demande lui-même qu’on la laisse entrer. Après un entretien qui, selon Simone Évrard, dure environ un quart d’heure, Charlotte Corday sort le couteau et frappe Marat à la poitrine. Le trajet de la lame traverse le poumon droit, l’aorte et le cœur, et entraîne sa mort dans la baignoire... Corday, qui se réclame elle-même d’une « culture du fer », n’a eu besoin que d’un seul coup de couteau pour tuer Marat.