Ernest Psichari, né le à Paris et mort le à Rossignol, est un officier et écrivain français. Lieutenant dans les troupes coloniales, il est l'auteur de plusieurs œuvres autobiographiques. Converti au catholicisme à la fin de sa vie, il combat en Belgique durant la Première Guerre mondiale et meurt au combat à l'âge de .
Biographie Origine et famille Ernest Spiridion Jean Nicolas Psichari naît le à Paris. Il est le fils de Jean Psichari, né à Odessa de parents grecs, et professeur de philologie grecque et néo-byzantine à l'École pratique des hautes études. Sa mère, Noémi Psichari, est la fille du philosophe Ernest Renan. Elle élève ses fils dans le culte du célèbre philosophe, et chaque été la famille Psichari se rend près de Lannion dans la demeure de celui-ci. Le , Ernest est baptisé à la demande de sa grand-mère paternelle selon le rite orthodoxe.
Ses parents, mariés en 1882, appartiennent au milieu de la haute bourgeoisie intellectuelle parisienne. Engagés politiquement, ils prennent tous les deux la défense d’Alfred Dreyfus en 1897. Ils héritent en 1900 de l’hôtel particulier du peintre Ary Scheffer, dont Ernest est l’arrière petit-neveu, dans le arrondissement. Cette demeure abrite désormais le musée de la Vie romantique. Après la mort d’Ernest Renan en 1892, Noémi continue de louer la demeure de celui-ci à Louannec pour y passer les trois mois de vacances estivales. Les quatre enfants Psichari – Ernest, Henriette (née en 1884), Michel (né en 1887), et Corrie (née en 1894) – sont particulièrement soudés. Henriette, la sœur d’Ernest, rapporte néanmoins les accès de colère d’un père parfois violent, notamment contre Ernest. Jean se distingue par ailleurs par des infidélités à répétition. A la demande de Noémi, les parents d’Ernest divorcent en .
Jeunesse vignette|Ernest Psichari à l'âge de douze ans, lisant un livre. Ernest étudie au lycée Montaigne de 1894 à 1897, puis au lycée Henri-IV, où il fait la connaissance de Jacques Maritain.. D’un naturel autodidacte, il consacre beaucoup de temps à la lecture. Dès l’âge de dix ans, il rédige ses premiers poèmes. A l’âge de treize ans, il lit Anatole France, Charles Dickens et Émile Gaboriau. Pendant les vacances, son père l’initie au latin et à la littérature classique. Il lui fait aussi découvrir Bossuet, Joseph de Maistre, André Chénier, Stendhal, Verlaine et Baudelaire. Adolescent agité, Ernest rencontre cependant des problèmes de discipline et pratique parfois l’école buissonnière. Pendant un séjour en Bretagne, il effectue à dix-sept ans une fugue à bicyclette sur l’île de Bréhat. L’année suivante, il récidive en prenant la fuite au cap Fréhel, qu’il nomme l’« une des sept merveilles du monde. »
Après le déménagement des Psichari rue Chaptal, Ernest entre au lycée Condorcet au début de l’année 1900. Il obtient son baccalauréat l’année suivante, avec la mention bien. Sur son bulletin scolaire, il est écrit : « Sait un peu de latin et aime les lettres. Esprit vif, mais tumultueux, étourdi. » Ernest se distingue par son esprit libre et sa grande profusion intellectuelle. « Il se heurtait violemment, se souvient Maritain, à tous ces systèmes qu’un enseignement fort décevant faisait défiler devant lui, il fusait en paradoxes brûlants, s’enflammait pour mille thèses hétéroclites, composait de vastes dissertations et des poèmes symbolistes. » Ernest poursuit ses études à la Sorbonne en et obtient une licence ès lettres option philosophie en , au bout de la deuxième tentative. En parallèle, il suit, tous les vendredis, les cours d'Henri Bergson au Collège de France. Inspiré par le symbolisme et par la poésie de Charles Baudelaire, Ernest fait paraître ses premiers poèmes, à compte d’auteur, en .
Sous l’influence de Maritain, Ernest affirme son rejet de la culture bourgeoise. Il s’oppose ostensiblement aux conventions bourgeoises, comme le mariage ou la religion. Les deux garçons adhèrent à un socialisme modéré, un socialisme de conciliation, qui s’incarne dans la figure de Jean Jaurès. En 1901, Ernest rencontre Charles Péguy, avec lequel il partage les mêmes convictions politiques. Les deux hommes se lient rapidement d’amitié.. Attaché à l’anticléricalisme, Ernest porte ensuite un regard critique sur l’évolution spirituelle de Maritain qui, sous l’influence de Léon Bloy, se convertit à la foi catholique.
À partir de 1901, Ernest tombe amoureux de la sœur de Jacques Maritain, Jeanne, de sept ans son aînée. Cet amour à sens unique coïncide avec une sérieuse crise existentielle. Constatant la fatigue nerveuse d’Ernest, ses parents l’envoient en en Angleterre, à Londres, afin de se reposer, mais en vain. Dès son retour, en juin, il continue de rendre visite à Jeanne. Une fois sa licence obtenue, il est envoyé par ses parents dans le sud de la France, à Montpellier, de à , où sa santé s’améliore. Pendant son séjour, Ernest s'effondre en apprenant le mariage de Jeanne avec un dénommé Charles-Marie Garnier. De retour à Paris, il tente de mettre fin à ses jours avec du laudanum. Sauvé par son ami Maurice Reclus, il tente ensuite de se tuer avec un revolver mais est une nouvelle fois sauvé par Reclus. Après sa tentative ratée, Ernest coupe les ponts avec sa famille et ses amis. Il trouve refuge dans les quartiers populaires de Paris où il effectue des travaux manuels pour gagner sa vie. Il s’exerce comme menuisier, apprenti serrurier, commis, ou bien débardeur sur les quais de Seine. Ernest Psichari a également pu dès cette époque faire l'expérience de son orientation homosexuelle.D'après Frédéric Martel dans son essai Sodoma (« Le siècle d’enfer de l’écrivain catholique et homosexuel Julien Green », France Culture, le 12 septembre 2019), Psichari aurait entretenu une relation amoureuse avec Jacques Maritain lui-même.. Le consensus académique va dans ce sens, comme le stipule Frédéric Neau-Dufour : . Ernest est finalement interné pendant trois mois à l’hôpital du Vésinet, dans les Yvelines, entre août et .
Service dans les troupes coloniales vignette|Ernest, fumant la pipe, avec d'autres militaires du RI, 1903 ou 1904. Le , à la surprise générale, Ernest devance l’appel et se présente à la caserne Watrin, à Beauvais. Le classe Psichari, matricule « 4757 », effectue son service militaire obligatoire au d'infanterie. Le , il rejoint le peloton des élèves-caporaux du d’infanterie, à Amiens.. Il est nommé caporal en , puis sergent le . Il décide de poursuivre dans la carrière des armes et demande à s’engager une année supplémentaire. Dans une lettre à son père, Ernest évoque son « désir d’action », le goût qu’il éprouve à faire campagne et le plaisir d’avoir « des hommes entre ses mains ». A sa mère, il déclare : « J’estime ce métier le plus beau du monde et celui où l’on applique les plus beaux principes. » Au lieutenant Gleyzes, chargé de son engagement, il confesse les raisons profondes de sa demande : « Je lui ai dit […] mon horreur de la vie de Paris, de la vie de bureau, et je lui ai présenté enfin la vie militaire comme une délivrance un peu de la vie civile. »
En , il renouvelle son contrat pour deux ans et demande son transfert dans l’artillerie coloniale. Il est ainsi muté au d'artillerie coloniale à Lorient. Son choix est guidé par la présence dans ce régiment du chef d’escadron Eugène Lenfant, un ami de la famille, et son départ prochain pour le Congo. En changeant d’arme, Ernest perd néanmoins les grades acquis jusque-là et redevient soldat de classe. Avec l’appui du chef d’escadron Lenfant, Ernest est envoyé au peloton des élèves-brigadiers. À la veille de son départ pour l'Afrique, en , Psichari rencontre Henri Massis, qui se dit fortement impressionné par le jeune militaire.
vignette|L’équipe de l’expédition Lenfant au Congo français, en 1906 ou 1907. Le brigadier Psichari est debout, à gauche. Psichari effectue un séjour au Congo de à sous les ordres du chef d’escadron Lenfant. Leur mission consiste à explorer le bassin du Haut-Logone afin de renseigner la Société de géographie sur les voies de communication et les ressources potentielles de ce territoire. Partie de Brazzaville, l’expédition remonte par bateau le fleuve Congo puis le fleuve Sangha, avant d’atteindre la ville de Nola, dans l’actuelle Centrafrique. Sous les ordres du capitaine Joannard, Ernest rejoint par voie de terre la ville de Léré, puis celle de Laï, dans l’actuel Tchad. Il reçoit ensuite la mission d’escorter un troupeau de 413 bœufs en direction du sud, à travers des territoires encore inexplorés. Il atteint sa destination, Carnot, le . Les membres de la mission séjournent ensuite à Brazzaville, où Psichari effectue la rédaction du compte-rendu détaillé de la mission. En parallèle, Ernest s’intéresse à la culture indigène et rédige trois dictionnaires consacrés aux langues locales. Après une demande écrite du chef d’escadron Lenfant au ministère des Colonies, il est promu au grade de maréchal des logis.
vignette|Ernest Psichari, de retour du Congo, 1908. De retour en France en , Ernest raconte ses expériences dans Terres de soleil et de sommeil. Il est également décoré de la médaille militaire le . Dans son rapport de proposition, le chef d’escadron Lenfant fait l’éloge « de son endurance, de son énergie au travail, de sa belle intelligence, de ses qualités guerrières et de sa valeur personnelle ».
Ernest rejette désormais l'anti-militarisme de sa jeunesse et fait l'éloge de l'armée et de la nation, devenant une idole de la droite nationaliste. Il entame une correspondance avec Maurice Barrès, qui grâce à ses articles contribue à sa gloire littéraire. En , l’écrivain nationaliste apporte son concours à l’obtention du prix Montyon pour Terres de soleil et de sommeil. La même année, Psichari devient officier d'Académie.
vignette|Paysage de l'Adrar, près de Chinguetti (Mauritanie). Ernest prépare en 1908 le concours d’entrée de l'école d'artillerie de Versailles, où il est admis le . Il demeure dans cette école pendant un an, avec le grade de sous-lieutenant. Classé dixième sur onze élèves, il est muté en à Cherbourg au d'artillerie coloniale, puis déployé en Mauritanie de à . Il débarque à Dakar le puis rejoint la ville de Saint-Louis en train. Il est d'abord réticent à l'idée de servir dans une région de l'empire colonial français relativement pacifiée, mais il tombe amoureux des paysages et du peuple mauritaniens. Ernest sert d’abord comme officier d’ordonnance du colonel Patey. Il participe à une mission d’exploration du désert mauritanien, jusqu’à M'Bout, puis est appelé à Moudjeria pour y servir en tant que chef de poste. Contrarié de ne pouvoir converser avec les habitants du pays, Ernest acquiert en quelques mois la maîtrise de la langue arabe. De manière générale, son attitude complaisante envers les Maures suscite une grande sympathie à son égard. En , Psichari est désigné pour commander une section méhariste dans la région de l’Adrar. Il gagne la ville d’Atar où il reçoit le commandement de son unité, son « goum ». Celui-ci est composé de 2 sous-officiers, 33 tirailleurs, 26 partisans, 10 bergers, et plus de cent chameaux. Promu au grade de lieutenant, il mène ensuite des missions de reconnaissance autour de la ville de Chinguetti. En , il participe à une action de feu près de Tichitt au cours laquelle les Français font 74 prisonniers. Cette action lui vaut une lettre de félicitations au Bulletin officiel. En fin d’année, Ernest effectue son retour en France ; il débarque à Marseille le .