right|300px|thumb|Thulé, sous le nom de Tile, d'après la Carta Marina de Olaus Magnus (1539). Thulé est sur cette carte une île (imaginaire ?) située entre les îles Féroé et l'Islande.
Thulé (en grec ancien / ) est le nom donné entre 330 et 320 av. J.-C. par l'explorateur grec Pythéas à une île qu'il présente comme la dernière de l'archipel britannique et qu'il est le premier à mentionner. Le terme désigne ensuite, notamment au Moyen Âge, l'Islande, le Groenland, voire une île que les contemporains croient réelle (mais qui ne l'est pas) au nord de l'Europe.
Description Les rares éléments écrits de Pythéas parvenus jusqu'à nous ne nous permettent pas aujourd'hui d'identifier Thulé avec certitude. D'ailleurs, Pythéas n'indique pas avoir atteint Thulé, comme le souligne Strabon dans sa Géographie, I, 4. (lire l'extrait en ligne) (écrite entre et ), qui d'ailleurs démontre clairement pourquoi il traite le voyageur de menteur :
Polybe non plus ne le croyait pas, comme il le souligne dans ses Histoires ()Polybe, Histoires , livre XXXIV, V (lire en ligne) :
Certains auteurs ont imaginé que les indications de Pythéas concernant des populations pratiquant la culture du blé et l'élevage des abeilles se rapportaient à Thulé et à ses habitants. S'il s'agit vraisemblablement de peuples rencontrés au cours de son voyage dans le nord de l'Europe, rien n'indique qu'ils étaient les habitants de Thulé.
Autres occurrences dans l'Antiquité
Antoine Diogène Au , Antoine Diogène écrit Les Merveilles d'au-delà de Thulé (), un ouvrage relatant ses voyages à Thulé et ailleurs. Bien qu'il ne nous soit pas parvenu, son résumé est présent dans le codex 166 de la Bibliothèque de PhotiusPhotius, Bibliothèque, 166 Antonius Diogène, Des choses incroyables que l’on trouve au-delà de Thulé (lire en ligne)..
Pline l'Ancien Pline l'Ancien fournit dans son Histoire naturelle (publiée vers 77) plusieurs informations sur Thulé issues de ses lectures. Il évoque par exemple des phénomènes astronomiques qu'on y observe, II, LXXVII. (lire le passage concerné) :
Il fournit aussi des indications sur son emplacement, comme dans ce passage, II, CXII., 6 et 7 (lire le passage concerné). :
Et celui-là, IV, XXX. (lire le passage concerné). :
Virgile Le terme d'Ultima Thule figure également dans les Géorgiques, I, 22-56. du poète romain Virgile :
Chez les Romains, Ultima Thule désigne la limite septentrionale du monde connu.
Pomponius Mela Pomponius Mela, dans son De situ orbis (ou De chorographia), écrit vers 43, ditPomponius Mela, De situ orbis, livre III, X. (lire en ligne) :
Ptolémée vignette|Carte du monde de Gérard Mercator basée sur celle de Plotlémée intitulée « Tabulae geographicae ». Ptolémée dans son ouvrage Géographie fournit les coordonnées de l'île, se basant sur les travaux de Marinos de Tyr. Elle serait située à une latitude comprise entre 62°40 et 63°15 nord et à une longitude comprise entre 29°00 et 31°40 ouestPtolémée, Géographie, Livre II, chapitre II (lire en ligne)..
Tacite Dans la Vie d'Agricola (écrite en 98), Tacite mentionne ThuléTacite, Vie d'Agricola, X. 6. (lire en ligne) :
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Synésios de Cyrène Synésios de Cyrène, dans une de ses lettres à Olympius (numérotée 93) parle de croyances des habitants de CyrénaïqueSynésios de Cyrène, lettre à Olympius, n° 93 (lire en ligne). :
Occurrences après l'Antiquité Procope de Césarée Au , l'historien byzantin Procope de Césarée dit à propos de Thulé : Procope de Césarée, « Description de l'île de Thulé », Histoire de la guerre contre les Goths, chapitre XV..
Adam de Brême Adam de Brême, dans le quatrième livre de sa Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificumAdam de Brême, Gesta Hammaburgensis ecclesiae pontificum, livre IV, XXXV à XXXIX (lire en ligne, en anglais, p. 216 à 220). (écrit entre 1075 et 1080), fournit une description des îles nordiques. Il y décrit Thulé, qu'il assimile à l'Islande, ainsi que d'autres territoires explorés par les Vikings :
Geoffroy de Monmouth Geoffroy de Monmouth, dans la Vita Merlini (vers 1150), fait déclamer des prophéties par MerlinGeoffroy de Monmouth, Vita Merlini (lire en ligne, en anglais). :
Ultima Thule et Thule Durant l'époque médiévale, Ultima Thule est parfois utilisé comme le nom latin du Groenland alors que Thule désigne l'Islande.
Société de Thulé Au , certains mouvements pangermanistes, comme la Société de Thulé, associent Thulé au mythique continent d'Hyperborée qu'ils considèrent comme le possible berceau de la race aryenne. L'écrivain français d'extrême-droite Jean Mabire étudie la question de sa situation géographique et retrace l'histoire de cette société de pensée dans son livre Thulé, le soleil retrouvé des Hyperboréens. Cette société privée est à l'instigation de la création du Parti Ouvrier Allemand, et donc indirectement, du Parti Nazi (qui lui succéda).
Nazisme Certains des membres les plus fanatiques du Parti nazi et de la SS cherchaient activement la mythique Thulé en Islande ou au Groenland, voire en Norvège, et pensaient qu'elle était le berceau originel de la race aryenne-germanique. C'était notamment le cas du Reichfürher-SS Heinrich Himmler, qui croyait que Thulé était en réalité l'Islande.
Base aérienne de Thulé Créée en 1941, la base aérienne de Thulé tient son nom du lieu mythique où elle est implantée. Elle est aujourd'hui également connue sous son nom inuit, Pituffik..
Analyse Certains auteurs ont avancé l'hypothèse qu'il s'agissait des îles Féroé, des Îles Lofoten et même du Groenland mais compte tenu des indications de Pythéas, il s'agit plus vraisemblablement de l'Islande voire de la Norvège qui pouvait à l'époque être considérée comme une île. Paul Gruyer, dans son livre Ouessant, Enez Heussa, l'île de l'ÉpouvantePaul Gruyer, Ouessant, Enez Heussa, l'île de l'Épouvante, 1899, Hachette, Paris, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55425865/f14.image.r=Ouessant.langFR, publié en 1899, rapporte l'ancienne tradition orale qui faisait d'Ouessant la mythique Thulé, tradition déjà rapportée un siècle plus tôt par Jacques Cambry dans son Voyage dans le FinistèreJacques Cambry, Voyage dans le Finistère, ou État de ce département en 1794 et 1795, Tome second, page 246, librairie du Cercle social, Paris, 1798. vignette|Carte publiée dans l'Atlas Maior de Johannes Blaeu en 1667 figurant le pôle Arctique. Si l'on se base sur la description de Pythéas, l'expression « poumon marin » évoque la consistance d'une méduse. Les scientifiques connaissent ce phénomène accompagnant la transformation des eaux en glace. La mer adopte alors cet aspect mouvant et visqueux, visiblement à l'origine des propos de l'explorateur. Ce phénomène permettrait donc de situer l'île vers le Groenland, la Scandinavie, l'Islande, ou encore dans l'archipel des îles Féroé. Au , le cartographe néerlandais Johannes Blaeu fait table rase de toutes les conjectures sur Thulé. Il laisse un vide à l'emplacement supposé de l'île. Les multiples citations et hypothèses diverses émaillant les écrits antiques contribuent à faire perdurer la vitalité de son mythe. Dans l'imaginaire des navigateurs, des cartographes et des cosmographes, il reste longtemps le point ultime du bout du monde, l'île de la perpétuelle pénombre, des sonorités harmonieuses, la terre des mânes des morts sans sépulture, le pays de nulle part.
Galerie
Thulé dans la culture Dans la littérature Par sa position mythique extrême, Thulé est parfois employée pour désigner le point le plus au Nord (d'où son appellation fréquente de Ultima Thulé), une espèce d'absolu indépassable, proche de l'idée de bout du monde.
Au , Agrippa d'Aubigné fait une discrète référence à Thulé dans le livre VII des Tragiques :
En ce sens, Thulé participe d'une culture antiquisante partagée par les élites écrivantes, tant à l'époque d'Agrippa d'Aubigné qu'auparavant ou par la suite.
Le poète allemand Goethe compose le poème Der König in Thule (Le Roi de Thulé), en 1774, traduit par Gérard de Nerval. Il apparaît dans le Faust de Charles Gounod et La Damnation de Faust d'Hector Berlioz. Dans le poème Terre de songe (Dream-Land) (1844), d'Edgar Allan Poe. Dans le poème Tristesse blanche (fin ) du poète québécois Émile Nelligan. La Coupe du roi de Thulé, poème de Louise-Victorine Ackermann. La Coupe du roi de Thulé, opéra en trois actes de Louis Gallet et Édouard Blau, musique d'Eugène Diaz, couronné lors d'un concours de composition institué par le ministère français des Beaux-Arts.. Dans le poème « Ville du soir », tiré dOccident (1901), Lucie Delarue-Mardrus fait référence à l'île : « C'est la ville du bout du monde, c'est Thulé/C'est le conte bleu, c'est le rêve/Appareillons, partons vers ces lointaines grèves ! ». En 1917, dans le poème Sanglots, Guillaume Apollinaire parle également des . Le poète français Louis Aragon, dans Henri Matisse, roman (1941-1971), évoque ce personnage notamment dans le chapitre intitulé « La Grande Songerie ou le Retour de Thulé ». Dans Le Rivage des Syrtes de Julien Gracq (1951), le narrateur présente la province des Syrtes, de la seigneurie d'Orsenna, . Dans un ouvrage paru en 1955, Jean Malaurie fait des Inuits du Nord du Groenland, le peuple le plus septentrional du monde, les Derniers Rois de Thulé.. Il a également publié en 1990 Ultima Thulé, consacré aux explorateurs polaires et à leurs interactions avec ces mêmes Inuits.. Dans la saga The Mortal Instruments - Renaissance (2019) de Cassandra Clare, Thulé fait référence à un monde dans une dimension alternative. Dans le premier tome de la série Confluence (2023) de Sylvie Poulain, Thulé est le nom donné à une crête sous-marine dans l'Atlantique Nord, la Crête de Thulé. En 1978, l'écrivain néo-fasciste Jean Mabire écrit Thulé, le soleil retrouvé des Hyperboréens, en donnant à « l'esprit de Thulé » une dimension paneuropéenne, aspiration spirituelle avec le Nord pour boussole.
Dans la bande dessinée La base aérienne de Thulé joue un rôle important dans le album de la série Les Aventures de Buck Danny : Le mystère des avions fantomes (Dupuis, 1973). Thulé est présenté comme une île paradisiaque dans La Fille de Vercingétorix, épisode d'''Astérix scénarisé par Jean-Yves Ferri et dessiné par Didier Conrad (2019).
Dans les jeux vidéo Dans l'extension Final Fantasy XIV: Endwalker, Ultima Thule est la zone finale explorée au cours de l'histoire. C'est un espace créé et gouverné par les émotions de peuples éteints de nombreuses étoiles. Elle se situe aux confins de l'univers.
En politique La société Thulé, ou ordre de Thulé, société secrète ethnologique allemande du début du qui, par ses thèses racistes et occultistes, a inspiré l'idéologie nazie.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Ouvrages de référence François Herbaux, Pythéas. Les Belles Lettres, 2024. . . . . .
Romans et autres éléments bibliographiques Thibaud Guyon, Jeanine Rey et Philippe Brochard, Pythéas l'explorateur : De Massalia au cercle polaire, éd. École des loisirs, 2001 ; Ferdinand Lallemand, Journal de bord de Pythéas, éditions de Paris, 1956 Samivel, L'or de l'Islande, Arthaud, 1963, Paris.
Articles connexes Île fantôme
Liens externes
, dans lEncyclopédie Larousse'' en ligne.
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