Bon-Adrien Jannot de Moncey, duc de Conegliano, né le à Moncey dans le Doubs et mort le à Paris, est un général français de la Révolution et un maréchal d'Empire. Il est encore actuellement le seul militaire de la gendarmerie à qui cette dignité a été remise.
Le nom Moncey vient d'un hameau que la famille achète en 1789 au marquis de Cheylard. Au sein de la Grande Armée, le maréchal Moncey reçoit le surnom de « Fabius ».
Biographie Fils cadet de François-Antoine JannotArchives départementales du Doubs, Actes d'état civil numérisés, Registre de l'Eglise paroissiale de Pallise (Orthographe à l'époque de Palise), cote : BMS 1737-1763, page 194, avocat au parlement de Besançon et de Marie-Élisabeth Guillaume, Bon-Adrien passe sa petite enfance dans la propriété familiale à Moncey puis commence des études au collège de Besançon. Moncey est doté d'un caractère bouillant et d'une imagination guerrière. Son père prend soin de son éducation, mais ne peut dompter son caractère ardent et indocile.
Premiers engagements Après des études incomplètes, le jeune Moncey s'échappe du collège en 1768 pour s'engager dans le régiment de Conti-Infanterie, sans l’accord de son père, annonçant au sergent recruteur qu’il a 16 ans. Au bout de six mois, son père achète son congé. Le jeune homme a à peine passé un an dans sa famille que le , il s'engage dans le régiment de Champagne où sa grande taille le fait aussitôt admettre au nombre des grenadiers. C'est en cette qualité qu'il fait la « campagne des côtes de Bretagne » en 1773, campagne mise en œuvre dans le but de les protéger contre les entreprises des Anglais.
Malgré son attrait pour le métier des armes, la carrière militaire est limitée pour un simple roturier. Moncey achète donc son congé. Revenu à Besançon, il paraît enfin vouloir se conformer aux vues de son père, et se livre pendant quelques mois à l'étude du droit, suivant une volonté familiale existante depuis plusieurs générations d'ascension sociale de la bourgeoisie de robe vers la noblesse. Cependant, dès la fin de l'année 1774, sa vocation l'emporte encore et il s'engage dans le corps des gendarmes de la reine, plus connu sous le nom de gendarmes (de la garde) de Lunéville, où les simples soldats ont rang de sous-lieutenants.
Après quatre ans de service, il passe le , au grade de sous-lieutenant de dragons, dans la légion des volontaires de Nassau-Siegen, ainsi appelée d'après le nom de son colonel. Allant d’unité en unité, prenant des congés, il est alors qualifié d’ (jugement de 1779). Il devient lieutenant en second en 1782 puis lieutenant en premier en 1785. Au commencement de la Révolution, ce régiment devient le d'infanterie légère, et est, dès la fin de l'année 1792, déployé avec l'armée des Pyrénées.
Quand il se marie, il affirme simultanément son assise locale dans le Doubs. Au début de l'année 1789, il achète au marquis du Cheylard par acte sous seing privé la terre de Moncey, puis par acte notarié le 28 juin 1791. C'est à partir de ce moment qu'il prend le nom de Jeannot de Moncey, « se donnant ainsi les apparences de la noblesse. »
Commandant en chef de l'armée des Pyrénées-Occidentales vignette|gauche|Pierre-Joseph Dedreux-Dorcy, « Bon-Adrien Jannot de Moncey, capitaine au de ligne en 1792 », 1834.
Moncey se montre partisan de la Révolution française. Nommé capitaine le , il commande au mois de le d'infanterie légère devant Saint-Jean-Pied-de-Port. Le , le général espagnol Caro, fort de son coup de main sur Château-Pignon, ayant rassemblé ses divisions, leur ordonne d'attaquer les Français dans leur camp d'Hendaye. La bataille est un moment indécise. Moncey, investi depuis peu du grade de chef de bataillon à la tête de la légère de première formation (), est malade mais participe tout de même aux combats. Les Français finissent par emporter la décision, ce qui leur permet de se maintenir aux portes de l'Espagne.
Pour le récompenser de son succès, les représentants en mission auprès de l'armée des Pyrénées-Orientales le nomment chef de brigade. Le Comité de salut public ne se contente pas de confirmer sa promotion à ce grade élevé ; peu de temps après, il lui confère celui de général de brigade le , du fait du manque d'officiers supérieurs. Il est ainsi l'un des quatre futurs maréchaux d'Empire à avoir sauté le grade de colonel institué par le décret du . Peu de temps après, il est promu au grade de général de division le . Montrant au conseil de guerre tenu en plus de confiance que le général Muller, commandant en chef, il préconise l'offensive, avec succès, et est placé à la tête de l'aile gauche. Moncey exécute les mouvements qu'il a conçus. Moncey se distingue également à la prise de la « montagne de Louis XIV », à l'affaire des Aldudes, au siège de Tolosa.
Moncey, informé que les représentants le proposent à la Convention nationale pour remplacer le général Muller au commandement supérieur de l'armée des Pyrénées, refuse ce commandement, ne s'estimant pas capable de l'exercer. Les représentants s'opposent à son plaidoyer et confirment sa nomination le . Moncey doit céder et pénètre le dans la vallée de Baztan, à la tête de quatre colonnes. Il s'empare du col d'Amaiur, puis se dirige vers la « montagne des Quatre-Couronnes » pour tourner le camp retranché des Espagnols établi à Irun, dont l'artillerie défend le passage de la Bidassoa. Les Espagnols finissent par abandonner leur camp et se retirent du côté d'Oiartzun, alors que la colonne du général de Frégeville traverse en même temps la Bidassoa sous le feu ennemi. Les troupes espagnoles établies le long du fleuve, voyant les Français sur la montagne des Quatre-Couronnes, réalisent la précarité de leur position et évacuent leurs retranchements pour se replier du côté d'Hernani.
Après avoir fait sa jonction avec Frégeville à Oiartzun, Moncey marche sur Fontarabie, s'empare de cette ville le , se dirige ensuite vers le port de Pasaia () et arrive devant Saint-Sébastien où de l'armée espagnole se sont réfugiés. La Tour d'Auvergne, à la tête des grenadiers qui forment l'avant-garde, négocie la capitulation qui a lieu le même jour (). La ville de Tolosa est occupée à son tour le . Moncey établit son quartier-général à Elizondo, dans la vallée du Baztan. Légèrement blessé à Roncevaux, le général y fait détruire la pyramide élevée par les Espagnols dans la plaine, en mémoire de la défaite essuyée par Charlemagne. Dès le suivant, Moncey se signale de nouveau en battant les Espagnols à Orbaitzeta. La victoire met l'armée révolutionnaire en possession de la Navarre espagnole, hors la place de Pampelune ; les Français récupèrent en outre , 50 canons, 2 drapeaux, différents magasins, les fonderies d'Orbaitzeta et d'Eugui, évaluées à . Le de la même année, un corps d'armée de 4 à , commandé par le général Ruby, est défait et laisse 200 prisonniers, 4 drapeaux, 1 pièce de canon en bronze — l'unique de l'armée espagnole — ou carabines, 38 caissons, la caisse militaire, les magasins du quartier-général de Bergara et des munitions. Ce succès est complété par la prise des deux villes d'Azkoitia et d'Azpeitia. Les opérations s'arrêtent avec l'arrivée de l'hiver.
L'armée des Pyrénées-Occidentales, sous les ordres du général en chef Moncey, se compose en de 76 bataillons. Elle forme une ligne dont la droite, appuyée à la mer, se prolonge jusqu'à la vallée d'Azpeitia ; le centre s'étend dans les vallées de Lerin et de Baztan ; l'aile gauche rentre ainsi sur le territoire de la République et s'adosse à la place de Villefranche. À la reprise des hostilités, Moncey vainc le général Crespo près d'Urretxu, à Arrasate et à Eibar. Cependant Crespo, forcé de fuir et redoutant que les Français ne marchent sur Pancorbo, cherche à les attirer sur un autre point. En conséquence il se porte vers Bilbao à marches forcées mais décide finalement de se porter directement au secours de Pancorbo, en raison de la rapidité de la progression française. Le , les Français prennent possession de Bilbao et occupent la province de Biscaye. Moncey conclut à Saint-Sébastien un armistice, préliminaire du traité de Bâle, signé le , par les délégués français et espagnols. Il revient alors en France pour s'y reposer.
Le , il est appelé au commandement en chef de l'armée des côtes de Brest. Ce poste est important car il doit surveiller les tentatives des Anglais et des émigrés sur les côtes et mener à bien en Bretagne l'œuvre de pacification que Hoche vient de terminer en Vendée. Après un an de séjour, il est envoyé à Bayonne pour commander la militaire le . Après le coup d'État du 18 fructidor an V, des rapports de police le signalent comme royaliste. Les agents des Bourbon le traitent du moins comme tel et le désignent dans leurs rapports, sous le surnom . Bien qu'il soit étranger à ces menées, le Directoire le destitue le . Il vit deux ans dans la retraite avant d'être remis en activité le .
Campagne d'Italie (1799-1800) Lors du coup d'État du 18 brumaire, il seconde le général Bonaparte. Après son arrivée au pouvoir, celui-ci donne à Moncey le commandement de la militaire à Lyon. Au moment de la deuxième campagne d'Italie, Moncey est placé à la tête d'un corps d'armée issu de l'aile droite de l'armée du Rhin. Tandis que l'armée principale gravit le col du Grand-Saint-Bernard, il est chargé de franchir avec ses troupes le col du Saint-Gothard, ce qu'il fait le . Son corps participe ensuite à l'invasion du Tessin et de la Lombardie et fait son entrée à Milan le . Au mois de juillet, alors que l'armée prend position à Marengo, le général Moncey est chargé d'occuper Plaisance d'où il doit observer Bobbio, garder le Tessin, la Sesia et l'Oglio, depuis le confluent de cette rivière jusqu'au Pô, pousser en outre des reconnaissances sur Peschiera et Mantoue. Lors de l'armistice qui suit la bataille de Marengo, les forces de Moncey occupent la Valteline. À Roveredo, il fait un grand nombre de prisonniers après avoir battu les Autrichiens à la Chiusa, à la Coriano et à Serravalle, ce qui lui permet d'opérer sa jonction avec Macdonald et l'armée des Grisons.
Dans la campagne suivante en 1801, chargé du commandement de l'aile gauche de l'armée sous la direction de Brune, il se porte sur le village de Monzambano dont il s'empare après un combat vigoureux et où il a un cheval tué sous lui. Ce succès ouvre à l'armée le passage du Mincio. Les Autrichiens, battus, se replient sur l'Adige. L'armée française franchit à son tour le fleuve à Bussolengo. Le général en chef autrichien Bellegarde se porte sur Vicence pour attendre l'arrivée des généraux et Vukassovich, qui descendent du Tyrol avec des renforts. Brune ordonne à Moncey de se porter sur Trente pour y faire sa jonction avec Macdonald, afin d'isoler et de détruire le corps autrichien de Laudon. Le général autrichien parvient cependant à échapper aux Français en usant d'un stratagème : il envoie à Moncey un officier de son état-major pour lui annoncer qu'il vient de recevoir la nouvelle d'un armistice conclu entre Brune et Bellegarde, et pour demander de conclure une convention semblable. Moncey accorde la suspension d'armes demandée et Laudon lui échappe en se retirant pendant la nuit par le défilé de Caldonazzo.
Brune, informé de cette nouvelle, dément l'assertion du général autrichien mais celui-ci a réussi à se sauver. En conséquence, il retire son commandement à Moncey et envoie Davout pour le remplacer, mais ce dernier, par respect pour son collègue, se contente de prendre le commandement de la cavalerie. Des plénipotentiaires autrichiens se présentent peu après à Brune en proposant un armistice aux conditions imposées par Bonaparte. Après la paix de Lunéville (1801), Moncey obtient le commandement militaire des provinces de l'Oglio et de l'Adda, converties en départements français. Il conserve cette fonction jusqu'au , date à laquelle le Premier consul l'appelle à Paris pour lui confier les fonctions d'inspecteur général de la gendarmerie.
Inspecteur-général de la gendarmerie