Marie-Angélique de Scorailles (ou d'Escorailles) de Roussille, duchesse de Fontanges, née le et morte le , est une favorite de Louis XIV. À l'âge de 17 ans, elle tomba dans les bras du roi, alors âgé de 41 ans. Elle fut la dernière à ce titre dans la vie de Louis XIV, dans la mesure où la relation du roi avec Madame de Montespan était alors finissante et où Madame de Maintenon ne fut pas à proprement parler une favorite, puisque le roi l'épousa et n'eut plus jamais de maîtresses après son mariage secret avec elle.

On pense que de Fontanges naquit au château de Cropières, dans le Cantal. Elle mourut à l'abbaye de Port-Royal de Paris.

Naissance, éducation et description physique Marie-Angélique de Scorailles est issue d'une très ancienne famille noble d'Auvergne, où son père, Jean-Rigal de Scorrailles, seigneur de Fontanges, Roussille, et autres lieux, était lieutenant du Roi. Marie-Angélique prit le titre de « Demoiselle de Fontanges », du nom du domaine hérité de sa grand-mère paternelle, Guillemine de Fontanges, dernière descendante de la branche aînée de cette ancienne famille féodale d'Auvergne. Mademoiselle de Fontanges était réputée pour sa grande beauté. Elle avait les cheveux châtain très clair tirant sur le roux (blond vénitien), un teint de lait, des yeux bleu-gris, .

Née la même année que le Dauphin, elle grandit au moment où le roi commence à afficher publiquement ses relations adultères avec Mademoiselle de La Vallière puis avec Madame de Montespan.

En 1678, remarquant la grande beauté de sa cousine, César de Grollée, un cousin de son père, souhaite l'introduire à la Cour de France en tant que fille d'honneur de la princesse Palatine, duchesse d'Orléans, belle-sœur du roi.

La duchesse d'Orléans se prit rapidement d'affection pour Mademoiselle de Fontanges et écrivit à son sujet :

Peu de temps avant de partir, la jeune fille aurait fait dans son sommeil un rêve qui l'aurait troublée et s'en serait ouverte à son confesseur : au sommet d'une haute montagne, elle se serait soudain trouvée environnée d'horribles nuages noirs qui l'auraient effrayée. Eve de Castro, Les bâtards du Soleil édition Olivier Orban, 1987.

Biographie Arrivée à la Cour L'ambassadeur de Prusse Ézéchiel Spanheim note : .

La princesse Palatine décrit Angélique : . En réalité sa serait plutôt un manque d'esprit et de culture, qualités que l'on devait avoir pour briller à la Cour.

À l'époque où Angélique arrive à la Cour, le cœur de Louis XIV est partagé entre la favorite en titre d'alors, Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan et la gouvernante des enfants qu'il a eus avec elle, Françoise d'Aubigné, veuve Scarron, marquise de Maintenon. Athénaïs de Montespan présenta alors la fille d'honneur de la duchesse d'Orléans, âgée de dix-sept ans, au roi qui en avait quarante, espérant ainsi détourner Louis XIV de Madame de Maintenon. Ayant répandu à la cour le bruit que mademoiselle de Fontanges avait la réputation d'être , la marquise de Montespan pensait avec présomption que le roi se lasserait vite de la jeune fille et lui reviendrait, comme ce fut plusieurs fois le cas, notamment avec Mademoiselle de Ludres.

Favorite royale vignette|362x362px|Marie-Angélique de Scorailles, main droite posée sur un tissu bleu, par Pierre Mignard (1678). Dès qu'elle attira l'attention du roi et devint sa concubine préférée, l'artiste Pierre Mignard peignit un portrait d'elle vêtue d'une robe bleue, assise contre un coussin de velours cramoisi, tenant des roses et des anémones.

Louis XIV fut tout de suite séduit par la jeune beauté ; l'ambassadeur Spanheim note :

. Mais il fallut trois mois, plus quelques mots doux, une paire de pendants d'oreilles et un sautoir de perles pour la conquérirMarie Angélique de Fontanges, Les Bourbons, sur le site chrisagde.free.fr, mise en ligne en 2002..

Angélique de Scorailles reçut alors le roi dans sa chambre du Palais-Royal. Les premières semaines, le secret de leur liaison est maintenu, puis le roi décide de la montrer à la Cour un matin lors de la messe, aux côtés de sa maîtresse officielle et de la reine. Il porte bien souvent des rubans assortis à ceux d'Angélique et multiplie les fêtes en son honneur; Angélique de Scorailles accumula vite des signes de distinction inouïs et quantité d'argent, de bijoux, de bénéficesBenedetta Craveri, Reines et favorites : le pouvoir des femmes, Paris, Folio, 2009, p. 246. : le roi lui accorde une pension de 100 000 écus par mois et presque autant en bijoux, en meubles et en ajustements.., « son prix de revient ne s'élève pas à moins de 12 millions pour trois ans »..

Au printemps 1679, le roi fait de Mademoiselle de Fontanges sa nouvelle favorite et multiplie les divertissements en son honneur. Il montre grandement son attachement pour elle, en portant bien souvent des rubans assortis à ceux de Marie-Angélique. Bientôt, il apparaît qu’elle est enceinte, ce qui provoque la colère d’Athénaïs, qui ne pensait pas le roi si épris de sa jeune conquête. Elle confie à la marquise de Maintenon :

Marie-Angélique crée bientôt, malgré elle,  la célèbre mode de la coiffure  « à la Fontanges » : lors d’une promenade à cheval dans la forêt de Fontainebleau, ses cheveux s’accrochent à une branche et elle apparaît devant le roi retenant sa coiffure à l’aide d’un ruban, ce que Louis XIV trouve tout à fait charmant. Le lendemain, toutes les dames de la cour adoptent cette coiffure… sauf la marquise de Montespan qui trouve cela de « mauvais goût ».

Voyant la mauvaise tournure que prenait son plan, la marquise de Montespan entra alors dans une de ces colères dont elle avait le secret. Le roi, pour la calmer, lui offrit le privilège du tabouret, seulement réservé aux princesses et duchesses. Mais cela ne calma pas la redoutable marquise qui avait donné sept enfants au roi : lors d'un séjour de la Cour à Saint-Germain-en-Laye elle fit ravager, dans la nuit, l'appartement de sa rivale par deux ours apprivoisés que Louis XIV lui avait offertsAlain Baraton, L'Amour à Versailles, mai 2009.. Angélique fut alors la risée de toute la Cour ; du duc de Saint-Simon à la marquise de Sévigné en passant par la Palatine, les moqueries allèrent bon train.

Il y avait entre les deux favorites une sorte de duel ; Primi Visconti, ambassadeur de Venise, notait : .

Déclin de la faveur royale À l'automne 1679, le roi commence à se lasser d'Angélique de Scorailles, à cause du manque d'esprit de la favorite. La marquise de Montespan en profite alors pour charger Madame de Maintenon de persuader la jeune fille de renoncer à sa position de favorite. La demoiselle répondit : La sévère Maintenon en resta pantoise. Angélique n'avait donc aucune envie de renoncer au roi et aux avantages que sa position pouvait lui procurer.

Lorsqu'elle devient maîtresse officielle de Louis XIV, Marie-Angélique se montre complaisante et arrogante, dédaignant même la reine et traitant froidement Madame de Montespan. Son nouveau pouvoir lui a fait perdre son humilité et son respect pour ceux qu’elle aurait dû respecter.

Maladie En Georges Bordonove, Louis XIV, éd. Pygmalion, 2006, collection Les Rois qui ont fait la France, ., elle accoucha prématurément d'un garçon qui ne vécut qu'un mois. Elle ne s'en remettra pas. Madame de Sévigné écrit . La Fontanges recouvre pourtant sa beauté resplendissante et reparaît à la Cour ; brièvement hélas car souffrant toujours d'hémorragies (, écrit la caustique marquise de Sévigné), elle devient languissante et sa beauté s'altère. Louis XIV n'aimant pas les femmes malades, et Angélique de Scorailles ayant perdu sa beauté, son seul atout, il se désintéressa tout à fait d'elleGeorges Bordonove, Louis XIV, éd. Pygmalion, 2006, collection Les Rois qui ont fait la France, .. En cadeau d'adieu, le , il la fait duchesse de Fontanges (sans constitution régulière du duché, ni même un brevet)Duc de la Force, Louis XIV et sa cour, éd. Le Cercle Historia, 1959, . et lui octroie écus de pensionJean-Christian Petit-fils, Louis XIV, Paris, Perrin, .. Son père était marquis de Fontanges, du fait de sa mère, Guillemine de Fontanges (†1641) qui était l'héritière de la branche aînée de Fontanges. La future duchesse avait hérité ce fief.

Mort Après avoir beaucoup pleuré, plus de l'insensibilité du roi que de sa maladie, la jeune femme se retira à l'abbaye de Chelles dont sa sœur était abbesse . Lors de son séjour dans cette abbaye, Marie-Angélique échappe de peu à une tentative d’empoisonnement. En effet, son médecin lui prescrit de l’eau minérale qui est apportée le soir même dans six flacons. Le lendemain, on s’aperçoit que les flacons sont remplis de poison. Heureusement, la duchesse n'a pas bu cette eau. L'identité de l’auteur de cette tentative d’empoisonnement ne fut jamais découverte. Peu après, éclatera l'affaire des poisons dans laquelle nombre de membres de la cour, notamment Madame de Montespan, seront compromis.

Louis XIV alla tardivement rendre visite à Angélique de Fontanges et eut quelques sanglots, ce qui fit dire à la duchesse : . On transporta la duchesse à l'abbaye de Port-Royal de Paris, où elle mourut le , à l'âge de 19 ans. Le roi apprit la nouvelle par le duc de Noailles, auquel il répondit avec une politesse froide :

.

Sa dépouille est enterrée dans la chapelle de l'Abbaye de Port-Royal au faubourg Saint-Jacques et son cœur a été transporté à l'abbaye de Chelles dont sa sœur était abbesse.

Une mort mystérieuse À l'époque où Marie-Angélique de Fontanges meurt, éclate l'affaire des poisons. On évoque alors un empoisonnement pour expliquer la mort précoce de la jeune duchesse. Les ennemis de la Montespan, de plus en plus nombreux, répandent le bruit que la marquise a fait assassiner Angélique en faisant verser du poison dans son breuvage. La Palatine précise : .

Accusations Lors des interrogatoires des sorcières et devins, certains d’entre eux parlent d'un complot qui visait à empoisonner Angélique de Fontanges. Ainsi la Monvoisin, fille de l'empoisonneuse La Voisin, accuse des complices de sa défunte mère, exécutée, d’avoir projeté l’empoisonnement de la duchesse de Fontanges. Deux hommes, dénommés Romani et Bertrand, sont arrêtés en . Le premier est accusé d’avoir voulu vendre des étoffes empoisonnées à ; le second, d’avoir tenté de remettre à la jeune femme des gants imprégnés de poison. Les accusés prononcent le nom de Claude de Vin des Œillets, dame de chambre de la marquise de Montespan. Cependant, il faut savoir que les prisonniers avaient la possibilité de communiquer entre eux en prison et il semble qu'ils se soient mis d'accord pour dire le plus souvent les noms de Madame de Montespan et de Mademoiselle de Fontanges, espérant ainsi ne pas être torturés ; de ce fait, leurs témoignages peuvent être montés de toutes pièces.

Il apparaît également que la Filastre, faiseuse d’anges et également empoisonneuse, ait voulu entrer au service de la duchesse de Fontanges. Lorsqu'on l'interroge, la Filastre nie avoir voulu assassiner la favorite royale : elle souhaitait juste entrer comme domestique au service de la duchesse afin de subvenir aux besoins de sa famille. Cependant, soumise à la question, elle avoua avoir agi pour le compte de la marquise de Montespan : la favorite déchue désirait la mort de sa jeune rivale et retrouver l’amour du roi. Avant d’être exécutée, la Filastre revient sur ses déclarations : « Tout ce que j’ai déclaré est faux. Je ne l’ai fait que pour me libérer de la peine et de la douleur des tourments et dans la crainte qu’on me rappliquât la question. Je vous dis tout cela car je ne veux pas mourir la conscience chargée d’un mensonge. »

Il semble que la marquise de Montespan n’ait jamais cherché à faire assassiner en l'empoisonnant. Qui plus est, toutes les tentatives d’empoisonnement échouèrent. Si l'ancienne favorite du roi avait été à l'origine de ces complots, il aurait été facile pour elle de faire entrer les empoisonneurs au sein de la Cour.

Autopsie Autopsie contemporaine