Les femmes dans la Résistance intérieure française ont joué un rôle important mais longtemps sous-estimé dans le contexte de l'occupation du pays pendant la Seconde Guerre mondiale. Représentant environ 15 % des effectifs de la Résistance ainsi que des déportés politiques, on les retrouve souvent à des postes non combattants. Comme le note Arsène Tchakarian, un des survivants du groupe Manouchian, leurs postes étaient les plus dangereux car . Selon l'historien Henri Michel, tout acte ou écrit violant les accords passés lors de l'armistice du 22 juin 1940 ou tout acte empêchant leur mise en pratique doit être considéré comme un acte de résistance, même si la résistante Lucie Aubrac voit ses premières tentatives de l'automne 1940 plutôt comme une question de conscience qu'un acte de résistance. En effet, la résistance a revêtu des formes si différentes tout au long de la guerre, qu'il semble impossible de tout mettre dans des catégories distinctes.

Après la guerre, contrairement à leurs homologues masculins, elles ne demanderont pas la reconnaissance de leurs contributions, ni le statut d', considérant qu'elles avaient . L'historienne et résistante Marie Granet note que faire une histoire exhaustive de la Résistance est presque impossible car certains de ses membres restent inconnus, notamment ceux qui ont repris leur vie après-guerre sans jamais parler de leur contribution.

La marque des Françaises est visible dans tous les recoins de la Résistance, de l'assistance aux prisonniers de guerre à la lutte armée, même si elles ont constamment dû faire leurs preuves auprès de leurs camarades masculins.

Histoire vignette|Plaques en hommage aux femmes dans la Résistance intérieure française posée au 168 rue de la Roquette dans le de Paris. Dans les années d'avant-guerre, la place des femmes dans la société française les marginalise de la vie publique et ne leur accorde que peu d'indépendance. Elles ne sont même pas des citoyennes à part entière. Leur place de mère, assignée par la société, développe chez elles un plus profond sens de culpabilité de laisser leur famille ou leurs enfants derrière elles. En effet, le régime de Vichy adopta une politique visant à encourager les femmes à faire des enfants en favorisant les mères au foyer de trois enfants et plus. Fut mise également en place une allocation de salaire unique, les mères de famille eurent accès à des rations supplémentaires et des traitements de faveur ainsi que des médailles. Le divorce devient également difficile et fut même interdit dans les trois ans suivant le mariage. Ces différents facteurs expliquent en partie pourquoi de nombreuses résistantes étaient de jeunes femmes sans enfants. Yvette Farnoux raconte : . De plus, la guerre éclate les familles dont le père est souvent prisonnier de guerre ou réfractaire et les jeunes filles en profitent pour obtenir une plus grande autonomie. Une forte proportion se trouvent être des juives françaises ou naturalisées , issues du scoutisme ou de formations politiques ou syndicales mais on compte également des républicaines espagnoles dans leurs rangs.. Certaines rejoignirent la Résistance de par leur travail dont de nombreuses assistantes sociales.

Durant les deux premières années, la Résistance fut le fait d'une minorité mal accueillie par la population française qui considérait leurs actes comme illégaux et criminels. Les premiers tracts de la Résistance sont donc écrits et tournés dans l'idée de faire comprendre à leurs lecteurs que résister n'était pas un droit mais un devoir.

Effectifs et positions hiérarchiques Selon les estimations, elles représentent 10 à 16% des résistants et environ 15% des déportés politiques.. Selon l'historienne Rolande Trempé, leur rôle a toutefois été systématiquement sous-estimé. Ce faible nombre s'explique d'une part par la condition féminine avant la Seconde Guerre mondiale (les femmes sont traitées en mineures, n'ont pas le droit de vote et ne peuvent, de jure, pas travailler sans l'autorisation de leur mari) et d'autre part par le mode de formation des résistants (le repli dans des maquis, où l'organisation de la Résistance peut prendre une forme militaire, exclut souvent les femmes). Ainsi, l'historien Olivier Wieviorka note : .

vignette|redresse|gauche|Berty Albrecht..Considérées comme incapables de se servir d'armes, les femmes sont souvent reléguées à des postes non combattants, comme celui d'agent de liaison, ou étaient utilisées pour repérer les lieux ainsi que le transport d'armes ou d'explosifs avant les attentats.. Les germanophones, des Allemandes ou des Autrichiennes ayant fui le nazisme, dotées de papiers d'Alsaciennes, intègrent la Wehrmacht pour y mener des actions de propagande antinazie ou de sabotage. On les nomme aussi à la fabrication des explosifs, souvent en binôme avec un homme, comme Boris et Hadassa Lerner, ainsi qu'à celle des faux papiers, des cartes d'alimentation, de la presse clandestine et des tracts antinazis. Comme le note Arsène Tchakarian, un des survivants du groupe Manouchian, leurs postes étaient les plus dangereux car .

Peu d'entre elles occupent un poste de commandement mais parmi les quelques exceptions, on peut noter Berty Albrecht qui cofonde le mouvement Combat avec Henri Frenay, mais aussi Lucie Aubrac, cofondatrice de Libération-Sud, ou encore Raymonde Fiolet, responsable de Libération-Nord à Soissons et capitaine FFI. D'autres atteignent des postes à responsabilités lorsque les hommes sont arrêtés ou , comme Catherine Varlin qui prend le commandement de la brigade des FTP-MOI à Toulouse, puis du maquis MOI, dans la Meuse, ou comme Suzanne Guyotat, qui reçoit le commandement du mouvement Défense de la France pour la zone sud.. À ce poste, elle noue des contacts essentiels avec les mouvements Combat et Témoignage chrétien et monte une chaîne de distribution pour les journaux qui lui parviennent de Paris puis en fait assurer l'impression sur place à Lyon et à Grenoble. Marie-Madeleine Fourcade, quant à elle, prend la tête du réseau Alliance après l'arrestation de Georges Loustaunau-Lacau aux débuts de l'Occupation. Marie-Louise Dissard dirige le réseau Françoise, qui rassemble plus de 200 résistants.

Quoique officiers, les agentes du Special Operations Executive sont formées et employées comme sans-filistes et secrétaires de circuits dirigés par des hommes.

vignette|redresse|Sœur Hélène Studler en 1944. Les femmes sont bien représentées à Combat Zone nord dont l'un des piliers est l'école des surintendantes d'usine. Lors de la réorganisation de ce mouvement, plusieurs d'entre elles sont au comité directeur : Jane Sivadon, Elizabeth Dussauze et Odile Kienlen. De plus, Camille Charvet-Kahn dirige le service de renseignements. Le Mouvement de libération nationale est cofondé par Berty Albrecht, ancienne de l'école des surintendantes. Les employées du commissariat au chômage de Lyon dont Berty est directrice jouent un rôle-clef dans le développement de Combat en zone libre. Denise Cerneau joue un rôle primordial dans l'animation de réseaux de zone Nord et de zone interdite. Hélène Studler, fille de la Charité de Metz, ville annexée au Troisième Reich, monte son « réseau d'évasions ». Des milliers de prisonniers, de réfractaires lui doivent leur « liberté ». Elle organise l'évasion de François Mitterrand, de Boris Holban fondateur du réseau des FTP-MOI en et aide à celle du général Giraud, le . vignette|redresse|gauche|Marie-Madeleine Fourcade. L'Organisation civile et militaire (OCM) a une section féminine, présidée par Marie-Hélène Lefaucheux, qui est également membre du comité parisien de Libération. Elle deviendra députée puis sénatrice. Suzanne Hiltermann-Souloumiac joue un rôle décisif dans la fondation et le fonctionnement du mouvement Dutch-Paris. Germaine Tillion devient l'un des chefs de la filière d'évasion de Paul Hauet, dont elle prendra la suite. Après la guerre, elle est chargée de la liquidation administrative de la nébuleuse Hauet-Vildé, qu'elle baptise alors Groupe du musée de l'Homme. Marie-Odile Laroche, nom de guerre de Pauline Gabrielle Gaillard, veuve Barré de Saint-Venant, cheffe du réseau « Marie-Odile ». Claude Rodier, sergent des Mouvements Unis de Résistance (MUR) d'Auvergne. Suzanne Buisson, cofondatrice et l'une des dirigeantes du Comité d'action socialiste. Les résistantes républicaines espagnoles jouent un grand rôle, comme Neus Català. Elles s'illustrent notamment dans le sud de la France, comme Conxita Grangé i Beleta dans la région de Toulouse et Frantxia Haltzuet, au Pays basque, toutes deux déportées dans les camps de concentrations nazis, comme leur camarade Mercedes Núñez Targa arrêtée par la Gestapo en Normandie, déportée à Ravensbrück.

Rôle

Combattantes Lorsque les femmes rejoignent les organisations militaires ou paramilitaires de la Résistance, peu d'entre elles reçoivent un accueil favorable. Selon l'historienne Paula Schwartz qui a étudié la politique des sexes sous le régime de Vichy, il y a eu peu de partisanes, c'est-à-dire de femmes ayant combattu les armes à la main. La plupart des femmes portant les armes sont enrôlées dans les maquis communistes et affiliés dans les Francs-tireurs et partisans car ils privilégient des formes de guerre moins conventionnelles comme le sabotage ou les embuscades. Bien qu'elles ne puissent les utiliser, elles sont souvent chargées de les transporter dans des caches sûres. Seules deux femmes sont connues pour avoir dirigé des maquis, l'une d'elles étant Georgette (Claude) Gérard. Parmi celles qui prennent part à la lutte armée, on peut noter Jeanne Bohec qui sillonne les routes de Bretagne pour apprendre aux maquisards le maniement des armes et des explosifs ainsi que les techniques de sabotage et de la guerre de partisans qu'elle a appris lors de ses mois passés à Londres auprès des Forces françaises libres. Certaines prennent quand même les armes, telles Germaine Lemaire, qui abat un sous-officier allemand le , jour où Philippe Pétain appelle à cesser le combat et annonce son intention de demander l'armistice, ou Madeleine Riffaud, membre des FTP, qui abat en plein jour de deux balles dans la tête un officier de l'armée d'occupation sur le pont de Solférino le .

Rôle dans la presse clandestine Les journaux ont une place importante dans la circulation de l'information pendant l'Occupation. Les journaux officiels allemands diffusent de fausses nouvelles que la presse clandestine s'empresse de démentir et les femmes jouent un rôle essentiel dans leur création et leur impression en tant que dactylographe mais aussi de rédactrice en chef et même de linotypistes. Elles sont également chargées de les faire circuler et de transporter les plombs servant aux châssis d'impression. Aux débuts de Combat, le journal se compose d'une douzaine de feuillets reproduits au papier carbone et distribué par Berty Albrecht. Lorsque le journal obtint une machine à polycopier, elle demande l'aide à Jacqueline Bernard pour dactylographier les numéros du journal. Par exemple, le Bulletin de presse de la France combattante est lui imprimé par deux femmes cachées dans une abbaye. Le journal du mouvement Défense de la France est imprimé sur des presses dont l'emplacement reste secret tandis que sa diffusion est à la charge de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, qui recrute une équipe de jeunes filles qui le plient, le mettent sous enveloppe et les distribuent dans les boîtes aux lettres dans Paris. La quantité de titres de journaux clandestins pendant l'Occupation est impossible à évaluer mais la Bibliothèque nationale de France possède plus de différents, dont près d'une cinquantaine s'adressent spécifiquement aux femmes. Certains les appellent à se rebeller contre le rationnement des denrées alimentaires, leur donnent des conseils pratiques et, en , les Cahiers de Défense de la France militent pour le droit de vote des femmes en France.

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