Une politique publique est une intervention de l'État ou d'une autre autorité publique (banque centrale, collectivité territoriale…) afin d'avoir un effet sur la société ou un territoire. Les politiques publiques sont la modalité d'action de la puissance publique.

Concept Jean-Claude Thoenig définit les politiques publiques comme les Jean-Claude Thoenig, Dictionnaire des politiques publiques, , Presses de Sciences Po, 2014. Le terme prend un sens différent selon la discipline qui l'utilise. Ainsi, en sociologie politique, la politique publique est analysée par ses acteurs, par les étapes de sa mise en place, ainsi qu'à travers ses conséquences (il est alors question de ) ; la science administrative, elle, tend à analyser et à évaluer une politique publique en fonction de sa capacité à atteindre les objectifs qui lui ont été assignés, ainsi qu'en fonction de l'efficacité des moyens déployés.

Dans ce cadre, les politiques publiques peuvent également être décrites comme . Étudier leur impact permet de décrire la capacité qu'a une puissance publique à gérer les attentes et les problèmes propres à la société ou au pan de société concerné(e) et à agir en fonction d'une stratégie publique, de court, moyen ou long terme. Les domaines concernés peuvent être de toute nature : infrastructure, santé, famille, logement, emploi, formation professionnelle, recherche, fonction publique, crise, déficit...

L’évaluation des politiques publiques, présentée comme un nouvel outil d’aide à la décision publique, est apparue aux États-Unis dans les années 1960 avant de se développer au Royaume-Uni, dans les pays scandinaves puis dans les autres démocraties occidentales vingt ans plus tard. La Commission européenne en a fait notamment une exigence réglementaire systématique dans le cadre des financements alloués aux États membres à partir des années 1990.

Typologie Paradigme pluraliste Le paradigme pluraliste étudie les situations où le processus de décision politique est la résultante d’une interaction entre une multitude d'acteurs. Cette théorie anglo-saxonne sert à rendre compte d’une réalité politique où une multitude de groupes d’intérêts représente des intérêts divergents et sont reconnus en tant qu’acteurs légitimes non seulement par l’État mais aussi par les autres groupes d'intérêts concurrents.. Ce paradigme correspond le plus à l'idée libérale d'un État-gendarme dont l'intervention est limitée au strict nécessaire.

Paradigme corporatiste Le paradigme corporatiste étudie les cas où ce processus résulte principalement d'une collaboration entre des corporations, qui représentent la société civile de manière structurée. Il a été beaucoup utilisé pour décrire le fonctionnement de la société allemande dans les années 1980.

Paradigme néocorporatiste Le paradigme néocorporatiste considère que certains acteurs sont dominants et coproduisent les politiques publiques avec l'État. Il sert à étudier beaucoup de politiques récentes, notamment en Allemagne..

Paradigme étatiste Le paradigme étatiste est utile pour l'analyse des situations où l'État est l'acteur principal, voire exclusif, des politiques publiques. Il peut correspondre au système socialiste. Une version moins extrême renvoie au système bureaucratique français développés après-guerre, dans le cadre de grands plans étatiques (politique quinquennale).

Politiques publiques et monde académique Politiques publiques et science politique En France, des années 50 jusqu’aux années 60-70, les politiques publiques étaient généralement étudiées comme des interventions ne pouvant émaner que de l’État. Ce dernier était alors perçu comme incontournable, que ce soit en tant qu’État-gendarme ou en tant qu’État-providence. L’étude des politiques publiques était alors focalisée sur l’analyse stratégique et la rationalité de l’action publique, en fonction d’approches qualifiées de volontaristes ou de décisionnistes. Les politiques publiques étaient souvent associées à la métaphore du « tireur » : leur « bonne » réalisation dépendait de la capacité du décideur public en tant que « tireur » à atteindre un objectif « cible » par la mobilisation des ressources étatiquesSimon, Herbert Alexander. Administrative Behavior. New-York : Free Press, 1957. 259 p.Jones, Charles-Oscar. An introduction to the study of Public Policiy. Sous la dir. de Wadsworth Publishing 3rd Revised edition. Belmont, 1970. 276 p..

Toujours en France, ces approches furent rapidement complétées par d’autres écoles, souvent inspirées d’une approche plus sociologique de la science politique : le corporatisme, le pluralisme, le néocorporatisme, le corporatisme sectoriel… Par exemple, le corporatisme sectoriel fut développé par Bruno Jobert et Pierre MullerJobert, Bruno et Pierre Muller, L’État en action. Politiques publiques et corporatismes, Paris : Presses Universitaires de France (Paris), 1987. 242 p.. Cette conception amène à analyser les politiques sectorielles, Rouban Luc, Jobert (Bruno), Muller (Pierre) - L'État en action. Politiques publiques et corporatismes, Revue française de science politique, 1988, Volume 38, Numéro 3 p. 433-435. En d’autres termes, il existerait un référentiel global, qui correspond à l’État et à son rôle dans la société, et un référentiel sectoriel, qui correspond aux missions imparties à chaque politique publique. Il est dès lors question d’étudier les mécanismes d’intégration et de mise en cohérence de ces différents référentiels. Selon Bruno Jobert et Pierre Muller, ces ajustements entre référentiels étaient rendus possibles par l'existence d'élites travaillant au niveau ministériel, sur des questions transsectorielles.

L’étude du rapport entre l'État et les politiques publiques resta central dans les travaux universitaires français jusqu’à la fin des années 1980, au travers de l’analyse des processus de planification ou des idées en actionsGiddens, Anthony. The nation-State and violence. 2 : A contemporary critique of historical materialism. London : University of California Press, 1987. 399 p.. Cependant, ces outils d’analyse des politiques publiques, qui tiennent pour acquis l’existence d’un cadre étatique national, furent peu à peu remis en question par la perte de centralité de l’État dans les sociétés contemporaines depuis les années 1980 (perte de capacité de l’État à diriger l’économie, fragmentation des sociétés nationales et structuration d’espaces politiques supra-nationaux)Le Galès, Patrick et Desmond King, « Sociologie de l’État en recomposition », Revue Française de Sociologie 52.3 (2011), p. 453–480. Ce sont les premières remises en question de l'approche décisionniste de l'étude des politiques publiques : Les approches classiques idéaliseraient une conception « logique et rationnelle » des politiques publiques ; Elles négligeraient l’étape de réalisation des actions publiques ; Elles se focaliseraient sur des décideurs publics, alors que les phénomènes étudiés sont en réalité des constructions collectives ; Elles seraient obnubilées par le rôle de l’État, au point de ne pas accorder une attention suffisante aux intervenants extérieurs des actions collectives.

Dans cette optique, les politiques publiques furent de plus en plus analysées en fonction de cadres scientifiques inspirés de la sociologie politique, plus précisément de la sociologie des organisations, de la sociologie historique de l'État et des policy analysis nord-américaines.

Politiques publiques et sociologie politique (social politique) À partir des années 1960, certains centres français de sociologie, tels que le Centre de Sociologie des Organisations de Paris, le Centre d'étude et de recherche sur la vie locale de Bordeaux ou encore le Centre de recherche sur le politique, l’administration et le territoire de Grenoble, vont s'intéresser à l'étude des politiques publiques. Cet intérêt se matérialisera au travers de travaux empiriques consacrés au fonctionnement concret de l’administration dans sa gestion des politiques publiques, ainsi qu'au système politico-administratif françaisCrozier, Michel, « Pour une théorie sociologique de l’action administrative », Traité de science administrative. Sous la dir. de Langrod G. paris : Mouton, 1966Grémion, Pierre. Le pouvoir périphérique. Bureaucrates et notables dans le système politique français, Paris : Le Seuil, 1976, 477 p.. Se crée ainsi un dialogue interdisciplinaire entre la sociologie et la science politique, amenant à critiquer les analyses administratives de l’organisation étatique française, ainsi qu’à insister sur le rôle des collectivités territoriales et du local dans la mise en œuvre des politiques publiques. Par exemple, le politiste Jean-Claude Thoenig travaillera sur les relations entre l'État et le personnel des communesTheonig, Jean-Claude, « La politique de l’État à l’égard du personnel des communes », Revue française d’administration publique 23 (1982), p. 487–517. Pour leur part, les sociologues Jacques Lagroye et Vincent Wright compareront les structures locales en Grande-Bretagne et en FranceLagroye, Jacques et Vincent Wright, Les structures locales en Grande-Bretagne et en France, Paris : La Documentation française, 1982. 260 p..

En 1996, après une longue période de remise en question du rôle de l'État et de la notion même de politique publique, un nombre croissant de sociologues va soutenir l'existence d'une recomposition de l'État, non plus au travers de grandes politiques publiques nationales, mais au moyen d'actions publiques intégrées à un enchevêtrement de structures sociales, nationales, européennes et locales. On observerait ainsi une perte de pouvoir coercitif de l’État au profit d’une capacité renforcée à la régulation et à la mobilisation des acteurs et des ressourcesSabino Cassese et Vincent Wright, La recomposition de l’État en Europe, Paris : La Découverte, 1996, 239 p.Daniel Béhar et Philippe Estèbe, « L’État peut-il avoir un projet pour le territoire », Annales de la Recherche 82 (1999), . Certains évoquent à ce sujet le passage d'une logique de gouvernement, caractérisée par une organisation pyramidale et hiérarchisée, à une logique de gouvernance, où les acteurs se coordonnent et s’organisent en vue de buts négociés collectivement plus que du fait d’objectifs imposés par une hiérarchie centralisée.

Cette transformation des méthodes et des centres d'intérêt des analystes de l'action publique a dès lors permis de multiplier les points de vue : comparaison internationale ; étude des flux, de la circulation des idées et des conceptsRenaud Payre. Socio-histoire de l’action publique. Paris : La découverte, 2013. 128 p.… Ces champs de recherche furent adoptés par différents courants d'étude des politiques publiques : les approches néoinstitutionnalistes, portant sur la comparaison internationale des institutions nationales ou s’intéressant aux notions de régulation économique, politique et socialePatrick Le Galès, « Régulation, gouvernance et territoire », Les métamorphoses de la régulation politique. Sous la dir. de Jacques Commaille et Bruno Jobert. 1999 ; les approches sociohistoriques, axées sur l’européanisation et l’internationalisation des échanges ; les approches néomarxistes consacrées aux relations entre l’État et le capitalBob Jessop, State power. A strategic-relational approach, Cambridge : Cambridge University Press, 2007. 200 p. ; etc.

Politiques publiques et économie La science économique aborde également les politiques publiques, notamment dans le cadre de l'évaluation de politiques publiques et de l'économie publique. Arthur Cecil Pigou (1932) et Ronald Coase ont tous deux mené des recherches sur les critères de légitimité d'une politique publique. Ils les considèrent légitimes dès lors qu'il y a une défaillance de marché, et que les coûts de l'intervention sont inférieurs aux avantages procurés pour la société.

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