François-Vincent Raspail, né le 24. ou le à Carpentras et mort le à Arcueil, est un chimiste, botaniste et homme politique français.

Fondateur de la cytochimie et d'une médecine populaire (la méthode ou le système Raspail), il mêle étroitement, durant toute sa vie, ses activités de savant, d'entrepreneur et de militant politique.

Biographie Origine familiale et jeunesse vignette|gauche|François-Vincent Raspail vers l'âge de 15 ans, élève au séminaire Saint-Charles d'Avignon. Miniature anonyme. Son père, aubergiste, très pratiquant et royaliste., le destine au sacerdoce. Très jeune, il est élevé par l'abbé EysséricDictionnaire critique de la République, sous la direction de Vincent Duclert et Christophe Prochasson, article "François-Vincent Raspail" rédigé par Isabelle Backouche, éditions Flammarion, 2002, un prêtre janséniste qui lui apprend l'histoire naturelle en lui enseignant le grec et le latin, et un peu l'hébreu, le sanskrit et le syriaque. Imprégné d'idéal républicain, ce prêtre fut déterminant dans la formation idéologique de Raspail.

En 1810, à l'âge de 16 ans, Il entre au séminaire d’Avignon où il apprend la philosophie et la théologie. Rapidement repéré pour ses excellents résultats et ses grandes facultés intellectuelles, il y devient professeur suppléant en théologie. En 1813, il quitte le séminaire pour devenir bibliothécaire du Collège de Carpentras.

Pendant les Cent-Jours, Raspail y compose une chanson à la gloire de Napoléon. Renvoyé d'abord pour indiscipline, il est ensuite nommé professeur du même collège..

La période de la Restauration Pour éviter la Terreur blanche de 1815 qui sévit en Provence, il va à Paris où il enseigne dans plusieurs écoles privées comme les collèges Stanislas ou Sainte-Barbe, tout en faisant des études de droit, de 1816 à 1820.

Il s’éloigne peu à peu des convictions religieuses familiales et adhère à la libre-pensée, devenant franc-maçon. Il collabore à La Minerve, journal libéral et anticlérical de l'époque, dans lequel il rédige des articles particulièrement vindicatifs à l'encontre des missionnaires, décrits comme des agents du pouvoir monarchique manipulateurs. Il est alors chassé de l’enseignement pour avoir rédigé des pamphlets républicains.

En 1821, son livre Les Missionnaires en opposition avec les bonnes mœurs fait scandale. Il rencontre sa future épouse, Henriette-Adélaïde Troussot.

L’année suivante, il étudie les sciences naturelles. Il rédige plusieurs articles remarqués sur les tissus animaux et végétaux, de 1824 à 1832.

Parallèlement, il adhère au carbonarisme, mouvement clandestin organisé sur le modèle italien des « ventesUne « vente » était une cellule de quelques conjurés.» conspirant contre le régime en place (il est emprisonné à plusieurs reprises comme carbonaro sous la monarchie de Juillet).

La monarchie de Juillet vignette|gauche|Lithographie représentant Raspail dans la prison de Versailles en 1833.. Sa défense devant la cour d'assises est reproduite en légende :

En 1830, Raspail se joint au peuple parisien insurgé lors des Trois Glorieuses, qui les 27, 28 et provoquent la chute et l'exil de Charles X. Grièvement blessé sur une barricade, il est par la suite décoré de la croix de Juillet. Pour ses actes de bravoure durant la révolution, il reçoit le titre de conservateur général du Muséum, avec l'appui du nouveau régime. La même année, il refuse la croix de chevalier de la Légion d'Honneur que le pouvoir veut lui décerner.

À peine remis, il fonde un journal d’opposition républicaine, Le Réformateur, et préside la Société des Amis du Peuple. Préoccupé de questions sociales, il dénonce la pénurie et les souffrances de la classe ouvrière. En 1832, il donne des consultations médicales, il accède à une notoriété internationale avec l’Essai de chimie microscopique (1830) et le Nouveau système de chimie organique (1833).

vignette|Raspail à la maison d'arrêt de Versailles, entouré de ses compagnons de cellule et de sa famille venue vivre dans la même ville pour lui apporter ses repas. De gauche à droite : Balthasar Charles Larpenteur (auteur de la toile), Auguste Blanqui, Bonnias, Raspail, ses fils aînés Camille et Benjamin, son ami Guillard de Kersausie. À l'arrière-plan, l'épouse de Raspail porte leur plus jeune fils Émile. Huile sur toile, 1833. La Société des Amis du Peuple est dissoute en 1832 par le nouveau pouvoir qui condamne Raspail à quinze mois de prison et 500 francs d’amende pour « offense au roi ». À Sainte-Pélagie où sont maintenant regroupés les prisonniers politiques, il prend la tête de l’« Association républicaine de défense de la liberté de la presse ».

À l'aide de sa machine infernale, Giuseppe Fieschi commet, le , un attentat contre le roi. Louis-Philippe, indemne, réagit en s'en prenant aux républicains. Raspail est arrêté à la Seilleraye, près de Nantes, et écope de deux ans de prison et cinq ans de « surveillance »., étant accusé de complicité avec Fieschi dans le cadre de l'attentat. Il occupe sa détention en écrivant Nouveau Système de botanique, publié en 1837.

Tirant l'expérience de ses détentions, il s’intéresse à la vie dans les prisons (son « second domicile ») en écrivant Réforme pénitentiaire. Lettres sur les prisons (1839). Il dénonce aussi le travail dans les manufactures, .

En 1840, il est expert de la défense, lors du procès de Marie Lafarge, accusée d’avoir empoisonné son mari à l’arsenic. Sa déposition le rend célèbre auprès du grand public : il affirme que la présence de l'arsenic dans un cadavre n'est pas forcément due à un empoisonnement, mais qu'elle peut être liée à d'autres facteurs exogènes. Le même problème se pose un siècle plus tard avec l'affaire Marie Besnard.

En 1843, il publie son Histoire naturelle de la santé et de la maladie en trois volumes, résumés sous la forme d'un manuel, Le Médecin des familles. Ces publications sont suivies deux ans plus tard d'éditions annuelles dites Manuel annuaire de la santé à partir de 1845 (les dernières éditions posthumes s'arrêtent en 1935). Ces ouvrages de vulgarisation lui assurent de confortables revenus. Il y donne la recette d’un fameux élixir ; dans ces volumes, il donne également des précisions sur sa théorie parasitaire (évoquant souvent des « helminthes » comme responsables des maladies), qui anticiperait la théorie microbienne.

Cependant sa pratique de l’art médical se veut militante : médecin des pauvres, il est l’un des premiers propagateurs de l’hygièneDe la pureté à la qualité de l’air : l’exemple de F.-V. Raspail au et Biographie de Raspail par les amis d’André Arru. et de l’antisepsie dans les classes populaires. Il préconise l’usage systématique du camphre sous différentes formes.

Tout ceci lui vaut l’hostilité des milieux officiels de la médecine et, en 1846, une condamnation pour exercice illégal de la médecine à la suite d'une dénonciation de l'association des médecins de Paris. Raspail assure sa défense lui-même et est condamné par le tribunal à 15 francs d'amendeRevue scientifique et industrielle, volume 25, pages 359 à 381..

La Seconde République vignette|gauche|Portrait de Raspail par Denis Bonnet, 1849. Au moment de la Révolution française de 1848, Raspail est, le , comme l’écrit Karl Marx, l’un des premiers à proclamer la RépubliqueRécit et analyse de Karl Marx, dans Les Luttes de classes en France : « Le 25 février (1848), vers midi, la République n’était pas encore proclamée, mais, par contre, tous les ministères étaient déjà répartis entre les éléments bourgeois du Gouvernement provisoire et entre les généraux, banquiers et avocats du National. Mais, cette fois, les ouvriers étaient résolus à ne plus tolérer un escamotage semblable à celui de juillet 1830. Ils étaient prêts à engager à nouveau le combat et à imposer la République par la force des armes. C’est avec cette mission que Raspail se rendit à l’Hôtel de ville. Au nom du prolétariat parisien, il ordonna au Gouvernement provisoire de proclamer la République, déclarant que si cet ordre du peuple n’était pas exécuté dans les deux heures, il reviendrait à la tête de . Les cadavres des combattants… à peine refroidis, les barricades n’étaient pas enlevées, les ouvriers n’étaient pas désarmés et la seule force qu’on put leur opposer était la Garde Nationale (faible et peu sûre). Dans ces circonstances, les considérations politiques et les scrupules juridiques du Gouvernement provisoire s’évanouirent brusquement. Le délai de deux heures n’était pas encore écoulé que déjà sur tous les murs de Paris s’étalaient en caractères gigantesques : République française ! Liberté, Égalité, Fraternité ! ».. Il fonde un nouveau journal, L’Ami du peuple. Le , il prend part à l'invasion de l'Assemblée constituante, durant laquelle il lit à la tribune une pétition qu'il a rédigée en soutien envers les insurgés polonais. Il est arrêté durant ce même mois pour avoir participé à ces manifestations, avant d'être condamné à six ans de prison en 1849... vignette|Devise de François-Vincent Raspail : In patria carcer laurus in exilio, En patrie la prison, en exil les lauriers. Il est élu député de Paris en septembre, puis se présente à l’élection présidentielle de 1848. D'après l'universitaire Samuel Hayat, il s'agit en France de .. Alors qu'il est en prison pendant la campagne, Le Peuple présente ainsi sa candidature dans son manifeste électoral, rédigé par Pierre-Joseph Proudhon, comme .. Les partisans de la République démocratique et sociale du printemps 1848 s'y rallient, en particulier Auguste Blanqui. Sa candidature est explicitement dirigée contre celle d'Alexandre Ledru-Rollin, qui a directement participé à la répression des journées de Juin. Il recueille , soit 0,51 % des votants. et l'élection est remportée par Louis-Napoléon Bonaparte (5 millions et demi de voix). Samuel Hayat relève cependant que la campagne de Raspail .

Après avoir participé à l’organisation d’une manifestation de soutien à la Pologne, perçue par le gouvernement comme une tentative de coup de force, il est jugé en 1849 par la haute cour de justice de Bourges et condamné à six ans de prison.

Le Second Empire Libéré en 1853, il s’exile en Belgique. Rentré en France en 1863, il est élu député de Marseille en 1866, et réélu dans les Bouches-du-Rhône en 1869.

Il se fait remarquer pour ses prises de position radicales contre le régime impérial, ainsi que par des projets de loi portant sur la décentralisation, l'instauration d'un impôt unique et progressif et sur l'instauration d'un service militaire obligatoire pour tous.

Il vote contre la déclaration de guerre à la Prusse en 1870.

La Troisième République vignette|gauche|Portrait de Raspail par Francesco Miralles Galup.

En 1871, il fustige la répression des Versaillais contre la Commune de Paris et est à nouveau condamné à deux ans de prison, bien que n'ayant pas directement pris part à l'insurrection.

Le , la Cour d’assises de la Seine condamne son fils Xavier Raspail à 6 mois de prison et 500 francs d’amende pour avoir publié un Almanach et calendrier météorologique qui prévoyait le temps durant l'année à venir. Selon son père, « Le jury était composé en majorité de citoyens ennemis des libres-penseurs par nécessité plus peut-être que par conviction ; je leur pardonne. ».

En 1876, alors qu’il est âgé de 82 ans, Raspail est élu député de Marseille. Comme doyen d’âge, il préside la séance d’ouverture de la nouvelle assemblée. Le député Louis Andrieux écrit dans ses Mémoires :Comme il [Raspail] se rendait au fauteuil de la présidence, encadré par deux officiers de la garde républicaine, sabre au clair, qui lui rendaient les honneurs militaires, - on sait que la garde républicaine, c’est la gendarmerie de Paris, - il se tourna vers le jeune M. Pierre, déjà attaché au Secrétariat général de la présidence, et lui dit « C’est la première fois que je suis entre deux gendarmes sans aller en prison ».

vignette|Portrait de Raspail sur son lit de mort, Paris, musée Carnavalet.