thumb|upright=1.2|alt=Photographie des chevalements de la mine de houille désaffectée de Serbariu à Carbonia|Chevalements de la mine de houille de Serbariu à Carbonia. L'histoire de l'exploitation des minerais en Sardaigne, et donc le travail dans les mines, remonte à des temps très lointainsLaurent-Jacques Costa, 2007, L'obsidienne, un marqueur d'échanges en Méditerranée préhistorique, éditions Errance, Paris;.
Les commerçants et les explorateurs avaient l'habitude de fréquenter les côtes de l'île, attirés par les formidables richesses du sous-sol sardeSite Euro-Export ;. Divers toponymes, qui y sont liés d'une manière ou d'une autre, témoignent donc de la très ancienne présence de l'activité minière : Argentiera, Montiferru, Funtana Raminosa, et Capo Ferrato, pour n'en donner que quelques exemplesLe nom de Gennargentu ( en sarde, ou porta d'argento en italien), nous vient d'Eugenio Marchese, alors directeur du district de la Sardaigne, qui la fit renommer ainsi, nous rappelant d'un ancien gisement de ce métal précieux dans le pays de Talana ; mais le nom sarde d'origine est Jenna 'e Bentu (à lire djenn'e entou), qui signifie « porte du vent » (porta del vento). Argent en sarde est pratta ; la traduction de Marchese aurait donc du être Jenna 'e Pratta..
Depuis 2007, huit aires minières de la Sardaigne font partie du réseau mondial des Géoparcs selon un programme établi, en 1998, par l'UNESCOMembres du Global Network of National Geoparks.. Préhistoire
La longue histoire minière de Sardaigne commence vraisemblablement autour du avec l'extraction de l'obsidienne sur le Mont Arci au centre-ouest de l'île. Le Mont Arci fut l'un des plus importants centres méditerranéens de l'extraction et d'industrie de cette roche volcanique. Des traces d'au moins 70 centres miniers et environ 160 infrastructures stables ou temporaires ont été trouvées dans cette région, depuis lesquels l'obsidienne était transportée au sud de la France, au nord de l'Italie, et vers les peuples des bords de la méditerranée dont l'Afrique voisine.
Autour du les techniques et le savoir de la métallurgie arrivent et sont diffusés en Sardaigne, probablement importés du bassin oriental de la Mer Méditerranée, ce qui donne à la culture nuragique un niveau avancé de technologie. En même temps se développa la technologie minière, permettant l'extraction croissante de minéraux et donc des métaux. La position géographique de l'île, et surtout son patrimoine minier, attirèrent entre les XIVeDAYTON J. E, Sardinia, the Sherden and Bronze Age Trade Routes, Annali. Istituto Orientale di Napoli Roma, 1984, vol. 44, no3, pp. 353-371 (1 p. 1/2). ; et VIIIe siècles av. J.-C. les commerçants phéniciens, qui furent progressivement remplacés par les Carthaginois au Tous les deux exploitèrent de manière intense les richesses minières, surtout dans l'iglesiente, où des traces d'excavations et des déchets de fusion attribuables à cette période ont été retrouvés. Les traces archéologiques témoignent également d'une intense activité métallurgique près des riches gisements de minerai du Sarrabus, constitués de minéraux composés oxydés et des soufres de fer, de cuivre et de plomb.
L'époque romaine thumb|upright=1.2|alt=Photographie de la côte de Nebida. Au premier plan, les vestiges de l'ancienne laverie Larmamora|La côte de (600 millions d'années) avec au premier plan les vestiges de l'ancienne laverie Larmamora. La domination romaine de la Sardaigne commença en 238 av. J.-C. après la première guerre punique. Les mercenaires sur l'île se rebellant, les Carthaginois durent la céder à Rome. La Sardaigne devint province de la République romaine en 226 av. J.-C.
L'activité minière augmenta énormément sous les Romains, surtout lorsqu'il s'agissait des gisements de plomb et d'argent. La République romaine avait adopté l'argent comme monnaie à la fin du tandis que le plomb était omniprésent dans la vie civile, étant utilisé dans la production de beaucoup de produits, allant de la vaisselle aux conduites d'eau. La Sardaigne était la troisième plus grande région sous domination romaine pour sa quantité de métaux produits, après l'Espagne et la Grande-Bretagne. La production minière pendant la domination romaine est estimée à environ 600 000 tonnes de plomb et 1 000 tonnes d'argent. L'activité minière des Romains ne se limita pas au bassin iglesiente ; ils connaissaient bien et exploitaient les riches gisements d'argent du Sarrabus, ce qui mena le géographe antique Solin à écrire : « India ebore, argento Sardinia, Attica melle »C'est-à-dire que l'Inde était connue pour l'ivoire, la Sardaigne pour l'argent, et l'Attique pour le miel..
Le système d'extraction des minerais consistait, à l'époque romaine, à faire des puits verticaux qui pouvaient aller à plus de cent mètres de profondeur. Le travail de ces puits, mené avec des outils manuels simples et parfois du feu, fut entrepris d'abord par des mineurs libres, dits metallari, puis, à partir de 190 av. J.-C. environ, par des esclaves et des prisonniersPaul Christophe, L’Église dans l'histoire des hommes,1983, p.69. Cet auteur prend l'exemple de Pontien, et de Hippolyte de Rome qui ont été envoyés aux mines de Sardaigne dans le cadre de la persécution de Maximin ;, ces derniers dits damnati ad effodienda metalla.
. La production minière sarde diminua donc considérablement à la fin de l'époque romaine. Quelques gisements continuèrent leur activité afin de satisfaire aux besoins limités du marché insulaire, mais beaucoup d'autres furent abandonnés, dont quelques-uns qui furent longtemps oubliés, comme ceux du Sarrabus.
Le Moyen Âge À la suite de la chute de l'Empire romain d'Occident, l'histoire de la Sardaigne commença à se développer de manière différente à celle de la péninsule italienne. Après la brève parenthèse de l'occupation vandale, l'île tomba sous domination byzantine, sous laquelle la production minière et l'activité métallurgique enregistrèrent une certaine renaissance. L'argent redevint l'un des principaux produits d'exportation de la Sardaigne, même si le trafic commercial dans la Méditerranée devint difficile à partir de 710 Pietro Martini, Storia delle invasioni degli Arabi e delle piraterie dei barbeschi in Sardegna, p.60; à cause des raids des sarrasins, dont ceux sur la côte sarde qui provoquèrent la dépopulation progressive des établissements côtiers au profit de ceux à l'intérieur de l'île.
Étant isolée du reste de l'empire byzantin, la Sardaigne connut en cette période sa première vraie autonomie politico-administrative. L'île s'organisa en quatre royaumes souverains, ou judicats : Cagliari, Arborée, Logudoro et Gallura. Il n'existe que peu de documents sur l'histoire minière de la période judicale, mais il est raisonnable de penser que l'activité minière ne fut pas totalement abandonnée. En 1131 le giudice Gonario di Torres donna la moitié de la région d'Argentiera della Nurra à l'église de Sainte Marie de Pise, témoignant ainsi des forts liens politiques entre les faibles États sardes et la commune toscane.
C'est au début du , en fait, que sous les auspices de la cour papale de Benoît XIII, les deux républiques maritimes, Gênes et Pise, intervinrent dans l'histoire sarde, d'abord en tant qu'alliées contre l'émir musulman Mujāhid al-‘Āmirī, qui contrôlait quelques parties de l'île, et ensuite en tant que concurrentes pour le contrôle des faibles judicats sardes. La querelle se résolut à la faveur de Pise. En effet, la paix de 1087 entre les Génois et les Pisans fit prédominer le royaume pisan sur tout le territoire sarde.
Cette période pisane est très bien documentée en matière d'histoire minière. La famille pisane des comtes de Donoratico, sous Ugolino della Gherardesca, donna une nouvelle vie aux activités minières dans ses domaines sardes en faisant passer cette activité au premier plan de l'activité d'exportation sarde , p.163 ;, et en particulier dans l'iglesiente. Ugolino opérait sur un territoire d'environ 500 kilomètres carrés nommé Argentaria del Sigerro en honneur de la richesse en argent de son sous-sol. Il favorisa le transfert des connaissances toscanes en Sardaigne, particulièrement en matière du travail minier, et plus généralement la repopulation de ses propres domaines. Le principal résultat de la politique démographique des Donoratico fut l'essor et le développement de Villa di Chiesa, l'actuel Iglesias.
Les pisans reprirent le travail des Romains en ouvrant de nombreux puits et en redécouvrant les anciens. L'intense activité dans les mines, ainsi que dans la vie politique, économique et sociale, fut réglée par une série de lois réunies dans un codex subdivisé en quatre tomes appelé le Breve di Villa di ChiesaPhilippe Braunstein, Travail et entreprise au Moyen Âge, De Boeck Université, 2003, . p.151;. Dans ce codex la réglementation de l'activité minière, et en particulier l'extraction de l'argent, revêt d'un rôle d'importance. Les délits contre l'activité minière étaient sévèrement punis : la peine de mort était prévue non seulement pour ceux qui volaient de l'argent ou des minéraux en contenant, mais aussi pour les fondeurs qui extrayaient de l'argent de minéraux volés.
N'importe qui pouvait entreprendre l'activité minière dans la région de l'Argentiera ; ce n'était pas rare que des entreprises soient créés dans ce but, dans lesquelles les participants possédent des actions de l'entreprise. Certains partenaires de ces entreprises se limitent à avancer le capital nécessaire.
Les travaux se développent en creusant plus de puits, dits bottini, et des galeries, suivi des veines, quoique, ici l'extension des travaux est plutôt limitée. Pour travailler la roche on utilise de petites pioches et d'autres outils manuels ; du feu est utilisé pour la roche plus dure. La semaine de travail commence le lundi midi et finissait le samedi midi. Les mineurs travaillent douze heures par jour ; il leur est interdit de s'arrêter. Le travail dans les mines est suspendu pour l'été à cause de l'insalubrité du climat, les régions côtières en particulier étant fortement frappées par le paludisme. On calcule que les mineurs sardes ont fourni 15 tonnes du métal précieux par an à la ville de Pise pendant la période qui va du XII au XIV siècle. La splendeur de la ville toscane est donc en partie créée par environ 6 500 metallari à Villa di Chiesa.
Pise perd ses domaines sardes en 1326 en faveur de la couronne du Royaume d'Aragon. La perte de l'île, et surtout de son argent, fut le début du déclin de la ville toscane, alors rivale avec Lucques et Florence.
La couronne aragonaise prit contrôle elle-même des mines et des droits inhérents à l'exploitation des riches gisements d'argent dans le but d'éviter que ceux-ci soient gaspillés dans des disputes entre les nobles aragonais. Le niveau d'activité minière est très réduit comparée à la période pisane. À la suite de la conquête totale de l'île, les Aragonais cherchèrent à donner un nouvel élan à l'extraction de l'argent : les douanes, les impôts et les droits de la couronne sur les minerais furent allégés. Toutefois, cette stratégie politique ne réussit pas à redonner à l'industrie minière sarde son ancienne splendeur. L'activité minière vit donc un déclin continu sous la domination aragonaise et éventuellement espagnole ; la Sardaigne, autrefois l'une des plus importantes régions du monde en matière d'extraction d'argent, se voit contrainte d'importer le métal précieux depuis les possessions espagnoles du Nouveau Monde. L'industrie minière sarde ne fut pas toutefois détruite ; elle tournait encore pour le petit marché domestique, notamment en ce qui concerne le plomb.