thumb|right|L'expansion des langues indo-européennes d'après l'hypothèse kourgane introduite par Marija Gimbutas. thumb|Distribution approximative actuelle des branches indo-européennes dans leurs terres d'origines en Europe et en Asie :
Les zones hachurées ou en pointillé, indiquent les régions où le multilinguisme est fréquent ou la norme. thumb|Distribution approximative actuelle des langues indo-européennes parlées en Amérique :
En linguistique, les langues indo-européennes forment une famille de langues étroitement apparentées ayant pour origine ce qu'il est convenu d'appeler l'indo-européen commun et . Environ mille langues indo-européennes sont actuellement parlées, par près de trois milliards de locuteurs, ce qui en fait la première famille par nombre de locuteurs et la troisième par nombre de langues, après les langues nigéro-congolaises et les langues austronésiennes.
Histoire de l'étude des langues indo-européennes Le terme « indo-européen » pour désigner cette famille de langues est une traduction du terme anglais Indoeuropean (ou Indo-European), qui fut introduit pour la première fois en 1813 par Thomas Young et qui a supplanté les termes plus anciens comme « japhétique » ou « scythe ». L'équivalent allemand indogermanisch est une traduction du français « indo-germanique », proposé en 1810 par le géographe Conrad Malte-Brun, mais qui n'a pas réussi à s'imposer en français malgré un usage relativement fréquent au . D'autres termes attestés historiquement mais aujourd'hui obsolètes incluent «indo-celtique», « aryen » ou encore « sanskritique ».
thumb|upright=1.5|Schéma simplifié des branches de la famille des langues indo-européennes.
thumb|right|Répartition des langues indo-européennes vers -2500. thumb|right|Répartition des langues indo-européennes vers -1500. thumb|right|Répartition des langues indo-européennes vers -500. thumb|right|Répartition des langues indo-européennes vers 500. vignette|Arbre des langues indo-européennes. Les tout premiers travaux concernant l'existence d'une langue ancestrale et commune aux différentes langues européennes , ont été réalisés au par Joseph Juste Scaliger. Il mit en lumière des liens évidents entre les langues européennes (langues mortes et vivantes) et établit en outre une classification de ces dernières en quatre groupes par le biais du mot signifiant dieu : le groupe deus (langues romanes), le groupe germanique gott, le groupe théos (dont le grec) et enfin le groupe slave bog.
Au le linguiste Marcus Zuerius van Boxhorn subodore l'existence d'une ancienne langue commune aux langues grecque, latine, perse, germaniques, slaves, celtes et baltesDe Graecorum, Romanorum et Germanium languis earumque symphonia dissertatio, Leyde, ex officina Guilielmi Christiani, 1650., qu'il baptise du nom de « scythique »Bediedinge van de tot noce toe onbekende afgodinne Nehalennia over de disent en de meer jarret ondes het candit begraven, dan onlancx ontdeckt op het strandt van Walcheren in Zeelands, Leyde, Willem Christiaens vander Boxe, 1647, 32 p.. Ses travaux restent cependant sans suite et inaboutis.
Au , William Jones identifie à nouveau la famille indo-européenne, en s'inspirant probablement des travaux du linguiste indien (mort en 1756) qui a émis l'hypothèse d'une origine commune du persan et du sanscrit. Dans son Troisième discours à la société asiatique de Calcutta, en 1786, Jones écrivaitCité par Merritt Ruhlen dans L'origine des langues, Gallimard, 2007. :
C'est à William Jones que revient l'invention de la linguistique comparée.
En 1767, l'Anglais James Parsons, membre honoraire et pair de la Royal Society et de la Society of Antiquaries, publia un livre dans lequel il décrivait ses travaux sur une probable langue commune indo-européenne ; cependant, même si celui-ci fit avancer la théorie indo-européenne, l'ouvrage en question contenait d'importantes erreurs d'interprétation.
Les comparaisons systématiques conduites par Franz Bopp sur ces langues confirmèrent cette hypothèse et sa Grammaire comparée des langues sanscrite, persane (zende d'Avesta), grecque, latine, lituanienne, slave, gothique, et allemande, publiée entre 1833 et 1852, marqua le début des études indo-européennes. Karl Brugmann fonde leur étude comparée.
Également au cours du , August Schleicher poussa l'étude comparative en élaborant un procédé de reconstruction linguistique, la , ou triangulation linguistique, sur la base de mots usuels et familiers, comme le terme « mouton ». Néanmoins, ce nouveau procédé était lui aussi appelé à devenir obsolète, dès lors que les recherches devenaient plus globalisantes.
À la fin du , le philologue et linguiste Johannes Schmidt éclaira les études sur les langues indo-européennes d'un jour nouveau, en s'appuyant non plus sur un tableau de classification par ramifications comme cela avait été antérieurement proposé par ses prédécesseurs, mais sur une classification par « vague ». Cette nouvelle base de travail permit d'intégrer les interactions et les influences réciproques des langues indo-européennes, mais également d'inclure l'ascendance, aussi minime soit-elle, des langues non-indo-européennes. La thèse de Schmidt faisait de l'étude comparative une science plus proche de la réalité des faits ; il mettait ainsi en évidence, par exemple, les liens de causalité entre l'apparition d'éléments ou de termes italiques dans certaines langues celtiques et les répercussions de faits historiques, commerciaux et culturels entre les deux groupes ethniques des celtes et des italiques durant l'Antiquité. La théorie des vagues compétitives ira plus loin que Johannes Schmidt en rejetant entièrement la Stammbaumtheorie.
En 1846, le vieux perse, langue parlée vers le , est déchiffré puis, du fait de ses similitudes et caractéristiques qui le rapproche de la famille linguistique indo-européenne, est intégré à cette dernière. Par la suite, en 1917, la langue hittite subit le même traitement. Au cours du milieu du , c'est au tour du mycénien d'intégrer la famille indo-européenne. En 2007 le linguiste Eñaut Etxamendi propose de classer la langue basque parmi les langues indo-européennesEñaut Etxamendi, L'origine de la langue basque, édition L'harmattan, 2018..
Classification La famille des langues indo-européennes est généralement subdivisée en huit branches : l'albanais ; l'arménien ; les langues balto-slaves ; les langues celtiques ; les langues germaniques ; les langues helléniques ; les langues indo-iraniennes ; les langues romanes (italiques).
Elle possède également deux branches majeures éteintes : les langues anatoliennes ; les langues tokhariennes.
À ces branches majeures s'ajoutent un certain nombre de langues attestées uniquement de manière fragmentaires, comme les langues illyriennes ou le phrygien, dont la classification reste incertaine. En 2007, Eñaut Etxamendi suggère que le basque a aussi une origine indo-européenne ; il écrit être le seul à défendre cette thèse car le seul à avoir comparé le basque au groupe indo-européenEñaut Etxamendi, L'origine de la langue basque, éditions L'Harmattan, 2018, Paris..
L'une des théories les plus importantes pour la linguistique comparée concerne l'opposition entre les langues dites satem et celles dites centum, du mot servant à dire « cent ». Cette opposition sépare, selon une isoglosse nette, le groupe satem (qui se situe à l'est et au sud-est de l'aire de répartition des langues indo-européennes, et comprend l'albanais, les langues anatoliennes, l'arménien, les langues balto-slaves et les langues indo-iraniennes) du groupe « centum » (qui se situe en majorité au centre et à l'ouest de l'aire de répartition des langues indo-européennes, et comprend les langues celtiques, les langues germaniques, les langues helléniques, les langues italiques et les langues tokhariennes, ces dernières étant les seules du groupe à avoir été parlées en Asie centrale). Par ailleurs les langues germaniques, qui appartiennent au groupe centum, et les balto-slaves, qui appartiennent au groupe satem, ont en commun certains traits syntaxiques qui les distinguent de toutes les autres langues de la famille.
L'ensemble des langues indo-européennes sont des langues dites flexionnelles.
L'arménien est l'unique langue indo-européenne qui soit agglutinante (c'est-à-dire qu'elle se présente sous la forme d'éléments de base, les morphèmes), à la différence des autres langues indo-européennes, lesquelles sont spécifiquement des langues dites synthétiques ou fusionnelles (c'est-à-dire dont les déclinaisons grammaticales fonctionnent par affixes et par suffixes sur un seul élément de base). Ces typologies linguistiques mettent en lumière la complexité de la genèse puis de l'évolution de la famille indo-européenne. Cependant, ces différents postulats typologiques, notamment la différenciation « satem/centum », ont été remis en question, au moins partiellement, durant les années 1980.
Schéma récapitulatif
D'après .
Branche balto-balkanique Un point d'interrogation (?) signale une incertitude sur le regroupement.
Fichier:Branche indo-europeenne balto-balkanique.png
Sous-branche paléo-balkanique
Sous-branche balte
Sous-branche slave
Branche germanique
Fichier:Branche indo-europeenne germanique.PNG
Branche italo-celtique Fichier:Branche indo-europeenne italo-celtique.png
Sous-branche italique
Langues romanes (issues du latin)
Sous-branche celtique
Répartition tirée en partie de celle de Jean-Louis Brunaux :
Langues pré-celtiques indo-européennes ligure ancien lusitanien tartessien (hypothèse)
Branche arménienne arménien
Branche helléno-phrygienne Fichier:Branche indo-europeenne helleno-phrygien.png
Branche tokharienne
agnéen (ou tokharien (A) proprement dit) koutchéen (ou tokharien B, ou kuci)
Branche indo-iranienne
Fichier:Branche indo-europeenne arya.png
Sous-branche indo-aryenne
Sous-branche iranienne
Branche anatolienne
Origine et évolution des langues indo-européennes De nombreux indices laissent supposer que toutes ces langues proviennent d'une unique langue mère ; néanmoins, en l'absence de toute trace écrite de celle-ci, cela demeure une hypothèse.
Les racines des langues indo-européennes dateraient vraisemblablement de la fin du Néolithique et du Chalcolithique. En pratique, l'indo-européen commun est donc, à l'instar de divers autres langues et idiomes, reconstitué par recoupements (phonétiques, grammaticaux) entre ses différentes langues filles, par le biais de la linguistique comparée, entre autres. C'est en effet un produit, sans doute le plus achevé, de la linguistique comparée, laquelle est une discipline qui s'est essentiellement développée entre la fin du et le début du . L'existence de cette langue mère avec son vocabulaire propre, conjuguée aux nombreux autres traits culturels, religieux et anthropologiques qui se sont probablement répandus en même temps qu'elle, permettent d'envisager l'existence d'un ancien peuple indo-européen, avec une identité ethnique, culturelle, linguistique, sociale et religieuse qui lui est propre. Ce peuple se serait répandu sur de vastes territoires en Eurasie, diffusant sa langue, ancêtre de toutes les langues indo-européennes, et sa culture, probablement influencée par celles des ethnies autochtones.
Il existe différentes hypothèses quant à la localisation du foyer et à la culture archéologique précise qui correspondraient à ce peuple originel, et principalement deux. : l'hypothèse anatolienne, selon laquelle les Indo-Européens se sont dispersés à partir de certaines régions du Croissant fertile dès AP, apportant avec eux l'agriculture ; l'hypothèse kourgane (ou théorie des steppes), généralement privilégiée, qui postule une expansion hors de la steppe pontique-caspienne, au plus tôt , et principalement avec un pastoralisme des chevaux à partir d'environ .