Le nom d'hybrides producteurs directs (HPD) correspond à une notion ampélographique.

Les croisements évoqués ici concernent les familles de cépages - de cuve comme de table - créés par croisement entre la vigne européenne (Vitis vinifera) et vignes américaines (Vitis labrusca, Vitis riparia, Vitis rupestris…), voire Vitis amurensis weinbauversuchsring.de PDF. Cette notion a été abolie par Volker Jörger.

Explications

La notion d’hybrides a été révisée par l'ordonnance sur la vigne au conseil de l'Europe. Est hybride uniquement les plants issu de la F1 de ces différentes vignes, c'est-à-dire une génétique de 50 / 50 avec les parents de deux espèces. Les sortes viticoles actuelles appelées Piwi en allemand et VIFA en français, c'est-à-dire largement résistants aux maladies cryptogamiques tels l'oïdium et le mildiou, ont un génome de Vitis vinifera de plus de 97 % et ont une anatomie totalement identique aux cépages traditionnels connus et de ce fait ces sortes ont trouvé une entrée dans l'ampélographie moderne et le terme d'hybride a été aboli.

Ces sortes Piwi ont le grand avantage d'avoir toutes les propriétés gustatives et viticoles des cépages traditionnels, mais en plus, par sélection mendelienne, elles sont largement résistantes et de ce fait ne nécessitent pratiquement aucun traitement phytosanitaire, ou, uniquement par des années avec une météo extrême, et là nécessitent 1 ou 2 traitements avec des produits acceptés par la charte des vins Bio.

L'Union européenne demande à chaque domaine de production agricole de démontrer un chemin à suivre pour minimiser l'utilisation énergétique et l'apport de pesticides et d'engrais. Dans le domaine de la vigne les institutions de recherche d'Italie du nord, de Hongrie, d'Autriche, d'Allemagne, de Suisse, d'Espagne et aussi de France, ne voient aucune autre solution que de multiplier les efforts de sélection de cépages PIWI pour permettre d'accomplir les lignes directrices de l'Union européenne.

Ainsi un groupe de collaboration à ce niveau a été créé et a démarré ses travaux. Le but est de trouver d'ici 3 - 5 ans des alternatives à chaque cépage traditionnel, ce qui réunirait la continuité gustative des vins, mais un gain en résistance de ces nouveaux cépages.

Il est à noter que ces nouveaux cépages doivent confirmer leurs propriétés de résistance et on distingue des cépages hautement résistants, moyennement résistants et faiblement résistants.

Au une partie des professionnels ont vu dans les hybrides une solution aux problèmes posés par le phylloxéra (mais aussi par d'autres maladies). Les porteurs directs n'ont aucun intérêt pour la viticulture et furent finalement rejetés au profit de la technique du greffage. Les hybrides de sont considérés comme peu aptes à produire des vins de qualité, En Europe, une réglementation, fortement inspirée de celle existant en France, a contribué à cette évolution par des mesures incitatives ou même contraignantes, certains cépages étant par exemple tout simplement interdits: dans cette zone géographique, hormis en Armagnac, les HBD occupent aujourd'hui une place marginale.

Cette situation a beaucoup évolué dans le monde viticole. La première génération de résultats de croisement, tels les americanos ne peuvent pas donner des vins de qualité, c'est exact, ils ont tous une note trop prononcée de renard en rut (foxtone en anglais), mais déjà les cépages de comme le Léon Millot ou le Maréchal Foch montrent une bonne résistance et d'excellentes propriétés gustatives. La comme le Seyval ou Chambourcin etc. ont mérité d'être plantés, car maints domaines ont su produire d'excellents vins à partir de ce type de cépages.

Aujourd'hui, sur la base des croisements des années 1970 réalisés en Allemagne, en Hongrie, en Autriche, de Suisse et en Italie du nord, nous avons une large palette de cépages de qui permettent une production viticole qui est bien tolérée par le consommateur. Dans les dégustations à l'aveugle, ni le public ni les professionnels ne peuvent distinguer les vins issus de cépages Piwi ou de cépages traditionnels.

L'intérêt contemporain pour le développement durable et la diminution des intrants (herbicides, fongicides...), mais aussi le développement de la viticulture dans des zones géographiques nouvelles (nordiques ou tropicales) ont redonné à certains de ces cépages ou du moins à leurs versions modernisées, une nouvelle actualité. On use alors plus volontiers d’expressions comme « nouveaux cépages » ou PiwiPiwi pour PIlzWIderständig = fongirésistant cf pdf. Stricto-sensu, les expressions hybrides ou hybrides producteurs directs s'appliquent plutôt aux variétés développées entre 1880 et 1935. Les cépages produits depuis les années 1950 à aujourd'hui ne se nomment plus hybrides.

Historique

La création d'hybrides producteurs directs fut d'abord pensée puis initiée par des viticulteurs américains désireux d'allier la qualité du vin issu de cépages européen avec la robustesse des vignes américaines (les tentatives d'implantation de V. vinifera sur leur continent ayant régulièrement échoué)Ainsi de William Prince dans les années 1820 et Samuel Pond vers 1830 ; ces expériences ne semblent pas avoir donné naissance à des cépages utilisables ; le premier hybride artificiel enregistré est le cépage Ada créé en 1852 par William W. Valk ; à la même époque John Fisk Allen et Edward Staniford Rogers créèrent aussi des hybrides cf Thomas Pinney ; J.H. Ricketts et Jacob Moore s'illustrèrent aussi dans cette activité ;Hermann Jaeger et Jacob Rommel développèrent également beaucoup de cultivars et eurent une influence certaine sur Thomas Volney Munson cf James F. Hancock, Temperate fruit crop breeding:germplasm to genomics. Le cépage Delaware était ainsi bien implanté dans les années 1850A history of wine in America from the beginnings to prohibition, Volume 1, Thomas Pinney. Ce n'est que dans un deuxième temps que les Européens - essentiellement des Français- s'attachèrent à leur développement ; dans la sphère anglophone on parle d'ailleurs de French Hybrids ou de French-American Hybrids.

Au , plusieurs maladies de la vigne furent importées du continent américain. Le phylloxéra qui arriva en Europe vers 1865-1885, est la plus connue ; l'oïdium, le mildiou et le black rot eurent également alors un impact importantTemperate fruit crop breeding: germplasm to genomics, James F. Hancock, . Le dépérissement des vignes a conduit la viticulture à rechercher des solutions. Or, les cépages américains résistaient bien à ces maladies avec lesquelles ils avaient coévoluéEn 1877 Planchon croyait encore pouvoir utiliser les plants américains en producteurs directs . On fut tenté de les vinifier, mais les vins obtenus étaient trop différents des vins habituels, avec des goûts foxés (très herbacés, arôme très puissant et peu agréable).

Pendant cette époque, une évolution semblable que dans le nouveau monde a eu lieu en Russie du . Là au lieu de croiser avec des espèces américaines ils le firent avec des espèces asiatiques. Ils firent les essais surtout avec Vitis amurensis dans le but de permettre d'insérer les propriétés de résistance au froid hivernal dans les vignes et cépages européens qui proviennent en fait des berges du Tigre et de l'Euphrate en Asie mineure.

Le débat sur les hybrides producteurs directs ne fut pas seulement gouverné par des arguments d'ordre scientifique, botanique, œnologique ; il fut aussi sous la dépendance de déterminants sociaux-économiques : la paysannerie et les petits exploitants étaient attachés aux hybrides, alors que la tradition bourgeoise privilégiait les grands crusHarry W. Paul, Science, Vine and Wine in Modern France.

Les premiers hybrides producteurs directs, s'ils furent progressivement délaissés en France et dans les grands vignobles européens, donnèrent toutefois naissance à d'autres cultivars largement utilisés sur la côte est des États-Unis et au CanadaJames F. Hancock, Temperate fruit crop breeding: germplasm to genomics, .

En 1929, une enquête estimait la surface plantée en hybrides producteurs directs à presque 15 % du vignoble français.

En 2005 un auteur américain faisait remarquer que le rôle des hybrides producteurs directs dans la viticulture européenne n'avait jamais été correctement décrit par les historiens, in . Ceci est tout à fait vrai, car dans le milieu scientifique viticole français, les cépages traditionnels ont été érigés en maîtres et toute modification, même positive, de ces cépages traditionnels était considérée comme une hérésie. Ainsi on pouvait constater que la France ampélographique s'est retirée dans un cocon et a combattu seule l'évolution des nouveaux cépages.

Les hybrides

Le croisement des vignes européennes, américaines et asiatiques étant fertile, des hybridations multiples ont eu lieu. Certaines ont donné des porte-greffes destinés à porter des greffons de Vitis vinifera.

Les hybrides producteurs directs sont des croisements destinés à travailler la vigne comme avant le phylloxera : pas de greffe et multiplication par simple bouturage, cette technique a été rejetée déjà vers 1870, donc là il s'agit d'une technique antique que la science a laissée de côté, car à la production viticole.

À l'état naturel, la vigne s'hybride très facilement, ce qui peut être un désavantage pour les viticulteurs cherchant à garantir une stabilité et une uniformité de leur production, mais qui est aussi un avantage pour ceux, comme les pépiniéristes, qui recherchent à développer des variétés nouvelles. Tandis que la variabilité sera évitée par la multiplication végétative, par bouturage, le développement de nouvelles variétés passera par des semis. D'ailleurs, certains des cépages dits américains utilisés au , soit comme porte-greffe soit comme producteurs directs, étaient en fait déjà des hybrides (ce que l'on ignorait alorsDès 1806 cependant, Bernard Macmahon écrivait que l' Alexander et le Bland étaient le produit d'hybridation, cf. Thomas Pinney, A history of wine in America from the beginnings to prohibition, Volume 1). LAlexander, le Catawba et lIsabella sont par exemple le fruit d'hybridation naturelle entre variété américaine et V. vinifera, l'espèce européenne. Les HPD sont des hybrides inter-spécifiques. Dans le cas d'hybridation intra-spécifique on préférera parler de métis.

La création des hybrides était destinée à combiner la résistance au phylloxera avec la qualité des cépages européens. Des dizaines de passionnés ont dirigé des croisements, semé des pépins de raisin, cultivé les vignes pour produire du raisin et enfin, vinifié le raisin. Ils ont comparé les types de vins et gardé les meilleurs pour la vente de bois à repiquer. Puis, ils ont tenté de croiser des hybrides avec des cépages européens pour augmenter leur proportion. Ils ont dû renoncer à trop diluer la part génétique des cépages américains, car les produits obtenus retrouvaient la sensibilité à la maladie. Et c'est à ce moment que certains chercheurs européens ont développé des techniques de sélection de masse où de très grands nombres de pépins issus de croisements successifs sont testés dès la sortie des cotylédons avec des suspensions de spores de mildiou ou oïdium. Ainsi par exemple certains centres de recherche font pour chaque type de croisements (croisements de cépages de Vitis vinifera) plantons. Sur ces , il est probable que 300 montrent une certaine résistance aux maladies cryptogamiques. Sur les 300 retenus seuls 3 - 5 montrent un intérêt viticole suffisant pour persévérer. Ceci est le travail gigantesque de la sélection.

Les premiers hybrideurs européens ont assez vite cessé de recourir à Vitis labrusca à cause du goût très prononcé des vins produits. Ils ont utilisé V. riparia, V. rupestris et V. aestivalis var. lincecumii.

Processus de création vignette|Croisement dirigé : castration de toutes les fleurs d'une grappe de vigne de la variété mère avant de déposer du pollen de la variété père.