vignette|Kylix représentant un palefrenier éthiopien, vers , conservé au Metropolitan Museum of Art. Dans la Grèce antique, les Éthiopiens (en grec ancien , « visage brûlé », de , « brûler », et , « visage ») sont les peuples du continent africain, au sud de l'Égypte (la région du Soudan et de l'Afrique subsaharienne), ayant une couleur de peau noire.

Dans la mythologie grecque, ce terme trouve une origine dans la légende de Phaéton, né de l'union d'Hélios et de Clymène, épouse de Mérops, roi des Éthiopiens, II, 1-271.. Dans sa folle course à travers le ciel sur le char de son père, il s'approcha trop près du sol de la Terre. Les populations qui vivaient dans ces régions près du royaume d'Océan (), furent alors brûlées et marquées, ainsi que leur descendance, ce qui expliquait leur teint foncé, et la Libye transformée en désert.

Les Éthiopiens dans la mythologie grecque Les Éthiopiens apparaissent dès les plus anciens textes mythologiques grecs. Chez Homère, ils figurent en effet aussi bien dans l’IliadeHomère, Iliade, Chants I et XXIII (lire en ligne ici, ici) que dans l’OdysséeHomère, Odyssée, Chants I, IV et V (lire en ligne ici, ici et ici). Ils apparaissent alors comme un peuple éloigné, aux limites du monde, près de l'Océan, qui sacrifient aux immortels des hécatombes de taureaux et de béliers. Ils sont présentés comme un peuple sans reproche chez qui les dieux — Zeus et les autres dieux dans l’Iliade, Poséidon dans l’Odyssée — vont banqueter, se trouvant alors momentanément coupés des autres mortels. Au cours d'un long voyage où il accumula des richesses, Ménélas fut d'abord jeté d'abord sur les côtes de Chypre, de la Phénicie et de l'Égypte. Aussi, il vit les Éthiopiens, les Sidoniens, les Érembes et la Libye. Situés au sudCe qu'indiquerait Od. 4,84 selon J.S. Romm, The Edges of the Earth in Ancient Thought: Geography, exploration and fiction, Princeton, 1994, . ils sont divisés entre Éthiopiens orientaux et Éthiopiens occidentaux. On s'accorde généralement à ne pas voir dans ces Éthiopiens de la mythologie, tant chez Homère que chez les auteurs antiques postérieurs, des habitants des régions formant l'Éthiopie moderneJ.W. Gardner, « Blameless Ethiopians and others », Greece and Rome, 24, 1977, .Selon Berhanou Abebe, il n'est cependant pas invraisemblable qu'une brève mention des « Éthiopiens » dans un fragment d'Hésiode fasse référence à un des États pré-axoumites (Histoire de l'Éthiopie d'Axoum à la Révolution, p. 27).. On pense qu'ils jouaient un rôle important dans le cycle troyen notamment à travers l'action de Memnon dans l'épopée perdue de l’Éthiopide.

L'étymologie généralement retenue du nom éthiopien, visage brûlé, fait voir en eux des populations à la peau foncée. Pour sa part le linguiste Jean Haudry a proposé de repousser cette étymologie unanimement admise pour voir à l'origine dans les Éthiopiens des « visages-brillants » qu'il conçoit comme issus de très anciens mythes indo-européensJean Haudry, La Religion cosmique des Indo-Européens, Arché Les Belles Lettres, Milan/Paris, 1987. La même thèse est soutenue, en toute indépendance, par le linguiste néerlandais . Il dissout le problème entre « brûlé » et « brillant » en observant que le champ sémantique du verbe (« brûler ») n'est jamais qu'actif, c'est-à-dire, dans ce cas, « brûlant », comme en témoigne aussi l'adjectif apparenté (« brillant » dit des métaux, « pétillant » dit du vin, « ardent » dit de la fumée).Robert Beekes, Etymological Dictionary of Greek, Brill, Leiden, 2009, tome I, .. Indépendamment du sens homérique, les auteurs grecs archaïques tardifs et classiques emploient le mot dans le sens africain, à commencer par le pseudo-Hésiode et Hérodote, c'est-à-dire en le reliant aux habitants des régions situées au sud de la Méditerranée (Libye, Sud de l'Égypte) ou, un peu moins courammentAndrea Debiasi, L'epica perduta, Hesperia 20, Rome, 2004, ., des orientaux à la peau foncéeRobert Drews, Aethiopian Memnon, African or Asiatic?, Rheinisches Museum, 112, 1969, .. Jonathan S. Burgess fait observer que l'idée d'un lien précoce entre les Éthiopiens mythologiques et l'Afrique est possible et acceptée par de nombreux chercheursJ.S. Burgess, The Tradition of Trojan War in Homer and the Epic Cycle, Johns Hopkins University Press, Baltimore, 2004, ., il souligne que le monde mycénien avait des contacts certains avec l'Égypte et que des contacts au moins indirects sont aussi attestés pour l'époque dite des Âges sombres qui a pu voir l'élaboration du récit homérique.

Parmi les Éthiopiens dans la mythologie grecque, on peut compter entre autres

Aithops, l'un des plus valeureux guerriers éthiopiens, dans l'iliade ; Céphée et Cassiopée, roi et reine d'Éthiopie, et leur fille Andromède ; Delphos, fondateur de DelphesFrank M. Snowden Jr., « Blacks in Antiquity. Ethiopians in the Greco-Roman Experience » in The Journal of African History, vol. 12, No. 1 (1971), pp. 157-159. ; Émathion, frère aîné de Memnon, et roi éthiopien. Tué par Héraclès ; Memnon, prince éthiopien combattant dans la guerre de Troie.

Les Éthiopiens chez les savants grecs et romains Avec le développement d'un mode d'enquête renouvelé sur le monde qui les entourait, à l'origine de nos sciences modernes, les Grecs ont tenté de décrire le monde qui les entourait d'une manière plus fiable que le mythe. Les premiers géographes et historiens grecs ont alors cherché à replacer dans le monde connu les Éthiopiens mentionnés dans les mythes, recherche liée à celle des sources du Nil.

Hécatée de Milet Hécatée de Milet (550 av. J.-C. - 475 av. J.-C.), historien et géographe grec, semble avoir été le premier à les situer clairement au sud de l'Égypte.

Hérodote vignette|Carte du monde connu décrit par Hérodote dans les Histoires. Les Éthiopiens et les Macrobiens sont localisés au sud de l'Égypte.|236x236px Hérodote, historien et géographe grec, dans ses HistoiresHérodote, Enquête, livre II, chapitres XXII, XXVIII, XXIX, XXX, XLII C CIV CX CXXXVII CXLVI (lire en ligne) ; livre III, chapitres XVII, XXIII, XCVII et CXIV (lire en ligne). (écrites vers les années 440 ), distingue des Éthiopiens d'Afrique et d'Asie. Il décrit l'Éthiopie d'Afrique comme s'étendant à l'ouest de l'Arabie, en tirant vers le sud : c'est le dernier des pays habités. Elle produit beaucoup d'or, des éléphants monstrueux, toutes sortes d'arbres sauvages et de l'ébène. Les hommes y sont grands, beaux, bien faits et vivent très longtemps. Rapportant les propos d'un hiérogrammatéus (interprète des hiéroglyphes d'Athéna) de Saïs en Égypte, il explique qu'entre Syène et l'île Éléphantine se trouvent deux montagnes, Crophi et Mophi, où sont situées les sources du Nil ; la moitié de leurs eaux coule en Égypte, vers le nord et l'autre moitié en Éthiopie, vers le sud. L'historien ajoute que la frontière entre les deux pays se trouve sur l'île , au-dessus d'Éléphantine. À une certaine distance au sud de cette dernière se trouve leur capitale, Méroé. Aussi, il explique aussi que ce peuple adore uniquement Zeus et Dionysos et qu'il se fait circoncir. Il rapporte que es Grecs assurent que, aussitôt que Dionysos fut né, Zeus le cousit dans sa cuisse et le porta à Nyse, ville éthiopienne au-dessus de l'Égypte. Hérodote affirme que des prêtres lui lurent une liste de trois cent trente rois ayant gouverné l'Égypte après Ménès, dont dix-huit Éthiopiens. L'un d'eux, Sabacos, roi d'Éthiopie, fondit sur l'Égypte avec son armée pour renverser le pharaon Anysis et prendre sa place.

Hérodote mentionne parmi les Éthiopiens du sud de la Libye les « Éthiopiens Longue-Vie » ou Macrobies, contre qui Cambyse, roi de Perse et pharaon d'Égypte, fit la guerre. Ils conservent des caractéristiques merveilleuses (ils ont une longévité extraordinaire, rapportée à une source qui est une sorte de fontaine de jouvence). Bien que ce pharaon ne put pas les soumettre, il vainquit d'autres Éthiopiens : ceux qui sont voisins d'Égypte et ceux qui habitent Nyse. Ces derniers et leurs voisins observent vis-à-vis des morts, les mêmes coutumes que les Indiens-Calaties et leurs maisons sont sous terre. Ils versaient comme tribut à Cambyse tous les trois ans deux chénices d’or fin, deux cents troncs d’ébène et vingt défenses d’éléphant, ainsi que cinq jeunes Éthiopiens. Hérodote mentionne que les Ammoniens sont une colonie d'Égyptiens et d'Éthiopiens, dont la langue tient le milieu entre celle de ces deux peuples. Il suppose qu'ils s'appellent Ammoniens parce que les Égyptiens donnent le nom d'Amon à Zeus. Enfin, il dit que Méroé est équidistante d'Éphantine et du pays des Automoles, qui s'appellent Asmach. Ce nom, traduit en grec, signifie « ceux qui se tiennent à la gauche du roi ». Ils descendent de deux cent quarante mille soldats Égyptiens. Sous le règne de Psammitichus, ces derniers furent mis en garnison à Éléphantine pour défendre le pays contre les Éthiopiens. Étant restés trois ans dans leurs garnisons sans être relevés, ils résolurent, d'un commun accord, d'abandonner leur souverain et de passer chez les Éthiopiens. L'apprenant, ce prince les poursuivit et tenta de les convaincre de revenir. Là-dessus, l'un d'entre eux, lui montrant le signe de sa virilité, lui dit « Partout où nous le porterons, nous y trouverons des femmes, et nous y aurons des enfants ». Les Automoles, arrivés en Éthiopie, se livrèrent au roi. Ce prince les en récompensa en leur accordant le pays d'Éthiopiens qui étaient ses ennemis et qu'il leur ordonna de chasser. Ces Égyptiens s'étant établis dans ce pays, les Éthiopiens se civilisèrent en adoptant les mœurs égyptiennes.

Diodore de Sicile Plus tard, Diodore de Sicile, historien grec, cherche à aborder une histoire universelle dans sa Bibliothèque historique () et récapitule dans ses premiers livres les diverses données de la mythologie en les historicisant. Il situe les Éthiopiens en Nubie, à l'emplacement de l'actuel Soudan.

Il mentionne l'Éthiopie et ses habitants dans plusieurs passages du livre IIDiodore de Sicile, Bibliothèque historique, Livre II, parties XVII, XVIII, XIX, XXXIII, XXXIV, XXXVII, XXXVIII et XXXIX (lire en ligne).. Abordant la mythologie, il dit que le géant Antée reçut le gouvernement des contrées de l'Éthiopie et de la Libye. Un jour, Osiris réunit une grande armée pour parcourir le monde et apprendre aux hommes la culture de la vigne, du froment et de l'orge ; partout on le recevait comme un dieu bienfaisant. Passant par ce pays, on lui amena des satyres couverts de poils jusqu'aux reins ; il fit rejoindre son expédition à ceux qui se distinguaient par le chant, la danse et le jeu. Sur place, il fonda des villes célèbres et il laissa des gouverneurs chargés d'administrer le pays et de percevoir le tribut. Parvenu aux confins de l'Éthiopie, il fit border le Nil de digues et installa un système d'écluses, afin que ses eaux inondassent raisonnablement le pays. Il y pousse l'arbre persique, dont les fruits sont remarquables par leur douceur, qui a été importé de l'Éthiopie par les Perses, à l'époque de Cambyse. Cette plante est soit un pêcher, d'après l'avis de Jean-Chrétien-Ferdinand Hœfer, soit le balanites œgyptiaca (le heglyg ou lébakh des Arabes), selon le botaniste Alire Raffeneau-DelileVoir note de bas de page ici.. Décrivant le Nil, Diodore dit :

Diodore consacre aussi son livre III à la description des Éthiopiens. Il décrit plusieurs de leurs peuples : les Chélonophages (les « mangeurs de tortues », qui habitent une multitude d'îles voisines du continent), les Rhizophages (les « mangeurs de racines », qui vivent au-dessus de l'Égypte, près du fleuve Asa), les Cynèges (les « chasseurs »), les Éléphantomaques (les « chasseurs combattant les éléphants »), les Simes (« au nez camus », à l'ouest des précédents), ainsi que les Struthophages (« mangeurs d'autruches », au sud)Voir ces notes de bas de page pour les étymologies correspondantes.. Il dit aussi :

Strabon vignette|261x261px|Le monde selon Ératosthène.