Jean-Joseph Henry Toussaint, né le à Rouvres-la-Chétive dans les Vosges et décédé le à Toulouse, est un vétérinaire et médecin français.
Il étudia le bacille du choléra des poules, alors connu depuis quelques années, et proposa des procédés de vaccination contre le charbon, notamment par atténuation de la virulence à l'aide d'un antiseptique (phénol), ce qui donne lieu à des accusations de plagiat par Pasteur, qui, sans le révéler, utilise lui aussi un antiseptique (le bichromate de potassium) lors de la célèbre expérience de Pouilly-le-FortAdrien Loir, A l'ombre de Pasteur, éd. Le mouvement sanitaire, 1938, p 18 et 160.Philippe Decourt, Les vérités indésirables, éd. Les archives internationales Claude Bernard, 1989, p 210 à 239 et 285 à 297 .Pasteur par David V. Cohn, Ph.D., Professeur émérite de biochimie de l’University of Louisville Le paragraphe sur le charbon est le suivant : "Fortunately, Pasteur's colleagues Chamberlain and Roux followed up the results of a research physician Jean-Joseph-Henri Toussaint who reported a year earlier that carbolic-acid/heated anthrax serum would immunize against anthrax. These results were difficult to reproduce and discarded although, as it turned out, Toussaint was on the right track. This led Pasteur and his assistants to substitute an anthrax vaccine prepared not dissimilar to that of Toussaint and different that Pasteur had announced". Louis Pasteur avec la collaboration de Chamberland et Roux L’expérience de Pouilly-le-Fort Yale Journal of Biology and Medecine (2002); 75, 59-62. L’introduction rappelle que le vaccin utilisé à Pouilly-le-Fort n’est pas celui de Louis Pasteur mais celui d'Henry Toussaint.Pierre-Yves Laurioz, Louis Pasteur - la réalité après la légende, éd. De Paris, 2003, p 147-155 .Antonio Cadeddu, Les vérités de la science. Pratique, récit, histoire : le cas Pasteur, éd. Léo S. Olschki, 2005, p 127 à 148 ..
Biographie Louis Georges Neumann, Biographies vétérinaires, avec 42 portraits dessinés par l'auteur, p 383 à 386Cornevin, Henry Toussaint, nécrologie, Journal de médecine vétérinaire et de zootechnie, 1890, troisième série, tome quatorzième, p 438-441.A. Chauveau, Éloge de Toussaint, sa vie et son œuvre, 1900, éd. Asselin et Houzeau, p 1-46Philippe Decourt, Les vérités indésirables, éd. Les archives internationales Claude Bernard, 1989, p 210 à 239 et 285 à 297 Cécile Dorbec, Jean-Joseph Henry Toussaint, sa vie, son œuvre. Thèse, 1998
Né le dans un petit village des Vosges, Rouvres-la-Chétive, Henry Toussaint est le fils d'un menuisier et d'une brodeuse.
En octobre 1865, il commence ses études à l'École vétérinaire de Lyon. Il est alors l'élève d'Auguste Chauveau. En 1869, il y obtient son diplôme de vétérinaire. Quelques mois après, il exerce dans son école comme vétérinaire jusqu'au mois de novembre 1876. En même temps, il concourt à l'École vétérinaire de Toulouse et passe le baccalauréat pour pouvoir postuler à un poste d'enseignementCornevin, Henry Toussaint, nécrologie, Journal de médecine vétérinaire et de zootechnie, 1890, troisième série, tome quatorzième, p. 438.. En décembre 1876, il est nommé professeur d'anatomie, de physiologie et de zoologie à l'École vétérinaire de Toulouse, chaire qui devint plus tard celle de physiologie et de thérapeutique. Il passe un doctorat ès sciences à Lyon et simultanément son doctorat en médecine. Ce dernier grade lui permet d'être nommé professeur de physiologie à l'École de médecine de Toulouse en 1878. À partir de 1881, sa santé décline ; il est atteint d'une maladie neurologique dont le diagnostic exact ne fut jamais établi avec certitude. Les facultés intellectuelles d'Henri Toussaint se détériorent progressivement, il est mis en disponibilité le .
Le ministère de l'Agriculture, reconnaissant les services rendus à la science, lui attribue une généreuse allocation annuelle. Malgré son état de santé, les sociétés savantes de son époque ne l'oublient pas : elles se montrent également généreuses en lui accordant plusieurs prix : prix de la fondation Montyon (physiologie expérimentale, médecine et chirurgie), prix de la fondation Bréant décerné par l'Académie des sciences (1877, 1880, 1881), prix Barbier décerné par l'Académie de médecine (1882), prix Vaillant (1883), prix de Behague par la Société nationale d'agriculture (1885), prix Gegner (1889)A. Chauveau, Éloge de Toussaint, sa vie et son œuvre, 1900, éd. Asselin et Houzeau, p 2.. thumb|180px|Tombe d'Henry Toussaint dans le cimetière de Terre Cabade où elle a été identifiée par le professeur Guy Bodin présent sur la photo Grâce à ces divers concours, il est sauvé de la misère et un traitement décent peut lui être assuré à la fin de ses jours. Il meurt à 43 ans, le , après neuf ans de maladie. Henry Toussaint est enterré dans le cimetière de Terre-Cabade, à Toulouse. Sa tombe qui porte un médaillon sculpté à son effigie est malheureusement très détériorée.
Titres et distinctions Prix Montyon de l'Académie des Sciences pour son travail, en collaboration avec le Morat, sur les Variations de l'état électrique des muscles dans les différentes formes de contraction (1877) Prix Bréant de l'Académie des Sciences pour sa thèse de doctorat en médecine "Recherches expérimentales sur la maladie charbonneuse" (1880) (il reçut le prix Bréant également en 1877 et en 1881) Prix Montyon de l'Académie des Sciences pour son travail "L'immunité pour le charbon acquise à la suite d'inoculations préventives" (date ?)
Prix Barbier de l'Académie de médecine (1882) Prix Vaillant de l'Académie des Sciences (1883) Prix Béhague de la Société nationale d'agriculture de France (1885) Prix Gegner (1889) Membre correspondant de la Société de médecine vétérinaire Membre correspondant de l'Académie royale d'agriculture de Turin (1880) Membre correspondant du Royal College of veterinary surgeons de Londres (1880) Membre correspondant de la Société Royale des Sciences Médicales de BruxellesA. Chauveau, Eloge de Toussaint, sa vie et son œuvre, éd. Asselin et Houzeau, 1900, Cécile Dorbec, Jean Joseph Henry Toussaint, sa vie, son œuvre, 1998, Thèse.
Chronologie des travaux de Toussaint
Henry Toussaint, vétérinaire et jeune professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse, fait des recherches sur le bacille charbonneux. Il prend comme point de départ les travaux de Casimir Davaine qui avait présenté de nombreux articles à l'Académie des sciences sur cette maladieVoir les Comptes rendus de l'Académie des Sciences, Louis Georges Neuman, Adrien Loir (1938), Philippe Decourt (1989), Gerald L. Geison (1995), Pierre-Yves Laurioz (2003).
1877
À partir de 1877, Toussaint présente deux communications qui sont lues par M. Bouley, inspecteur général des Écoles vétérinaires Toutes les communications de Toussaint sur le charbon seront lues par M. Bouley. à l'Académie des sciencesHenry Toussaint, Sur la bactéridie charbonneuse (Note de Toussaint présentée par M. Bouley), Comptes-rendus de l'Académie des sciences, 1877, tome 85, 13/8/1877, p 415 et suivantes.Henry Toussaint, Du mécanisme de la mort consécutive à l'inoculation du charbon au lapin (Note de Toussaint présentée par M. Bouley), Comptes-rendus de l'Académie des sciences, 1877, tome 85, 3/12/1877, p 1076 et suivantes..
1878
Cette année-là, Toussaint présente de nombreuses communications à l'Académie des sciences, toujours lues par M. Bouley.
Le , Toussaint y présente un nouvel article sur le charbon Henry Toussaint, Preuves de la nature parasitaire du charbon. Identité des lésions chez le lapin, le cobaye et le mouton. (Note de Toussaint présentée par M. Bouley), Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1877, tome 85, 18/3/1878, p. 725 et suivantes.. Il présente des preuves de la nature parasitaire du charbon et montre que les lésions de la maladie sont identiques chez le lapin, le cobaye et le mouton.
Le , Bouley présente une autre communication de Toussaint. Celui-ci démontre l'action inflammatoire du sang charbonneux Henry Toussaint, Du charbon chez le cheval et le chien. Action phlogogène du sang charbonneux (Note de Toussaint présentée par M. Bouley), Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1878, tome 86, 1/4/1878, p. 833 et suivantes..
Le , il propose une théorie de l'action des bactéries charbonneuses Henry Toussaint, Théorie de l'action des bactéridies dans le charbon (Note de Toussaint présentée par M. Bouley), Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1878, tome 86, 15/4/1878, p. 978 et suivantes.. Le , Toussaint envoie une autre note Henry Toussaint, Sur une maladie à forme charbonneuse, causée par un nouveau vibrion aérobie (Note de Toussaint présentée par M. Bouley), Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1878, tome 87, 8/7/1878, p. 69 et suivantes..
1879
En 1879, il se rend en Beauce (France) pour y étudier la maladie charbonneuse (appelée aussi "sang de rate") et il publie ses résultats dans un rapport adressé au ministre de l'agriculture : il y montre clairement que cette maladie se communique par les aliments, qu'il n'y a pas de charbon spontané, et que l'inoculation est toujours la condition nécessaire de l'apparition de la maladie Louis Georges Neumann, Biographies vétérinaires, avec 42 portraits dessinés par l'auteur, p. 384Cornevin, Henry Toussaint, nécrologie, Journal de médecine vétérinaire et de zootechnie, 1890, troisième série, tome quatorzième, p. 439..
En 1879, à la Faculté de médecine de Lyon, il présente une thèse qui résume ses travaux sur le charbonJean-Joseph-Henry Toussaint, Recherches expérimentales sur la maladie charbonneuse, Thèse de Doctorat en Médecine, Faculté de Médecine et de Pharmacie (Lyon), 1879, In-8°, 127 p.. Ce mémoire contient également un travail sur le choléra des oiseaux de basse-cour : il démontre la présence du microbe de cette maladie et l'analogie avec celle-ci avec la septicémie (autre maladie décrite à l'époque d'Henry Toussaint) Louis Georges Neumann, Biographies vétérinaires, avec 42 portraits dessinés par l'auteur, p. 384-385.
Le , Toussaint adresse à l'Académie des sciences, pour le concours Bréant, son mémoire sur ses Recherches expérimentales sur la maladie charbonneuse. Sur le choléra des oiseaux de basse-cour. Étude au point de vue du microbe parasite de cette maladieHenry Toussaint, Recherches expérimentales sur la maladie charbonneuse. Sur le choléra des oiseaux de basse-cour. Étude au point de vue du microbe parasite de cette maladie (Note de Toussaint présentée par M. Bouley), Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1879, tome 88, 2/6/1879, p. 1127 et suivantes. : pour ces travaux, il reçoit le prix l'année suivante.
1880
Début 1880, Toussaint utilise dans ses premiers essais un procédé à base de filtration de sang charbonneux. Il abandonnera ce procédé parce que « C’est un moyen dangereux et nullement pratique, car souvent les filtres laissent passer des bactéridies que le microscope reconnaît difficilement, parce qu’elles sont très rares, et l’on tue les animaux que l’on voulait préserver ».
Par la suite il remplace le procédé de filtration par un chauffage à 55 °C du sang charbonneux défibriné pendant 10 minutes, en présence d’une concentration faible d’acide phénique (0,25 %).
Il constate, début , l’efficacité de chauffage à 55 °C, et constate qu’il faut, pour obtenir l'efficacité de son procédé, renouveler une fois l’injection du produit.
Le , Henri Toussaint dépose un « pli cacheté » à l’Académie des sciences : il parle de la possibilité de faire acquérir une immunité contre le charbonHenry Toussaint, De l'immunité pour le charbon, acquise à la suite d'inoculations préventives (Note de Toussaint présentée par M. Bouley), Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1880, tome 91, 12 juillet 1880, p. 135 et suivantes.