Daniel-François-Esprit Auber, né le à Caen et mort le à Paris., est un compositeur français.
S'il s’inspira à ses débuts de Gioachino Rossini, il perpétua surtout la tradition de l'opéra-comique français dans la lignée de François-Adrien Boieldieu. Avec Jacques-Fromental Halévy, il servit à son tour de modèle à Richard Wagner, lorsque celui-ci écrivit Rienzi.
Parisien obstiné « n’ayant jamais eu le temps. » de se promener hors de la capitale, épicurien, galant plus que passionné, il fut un musicien invariablement aimé et promu par ses contemporains au rang de grand maître en raison de ses succès. Il conserva dans l’extrême vieillesse une fine intelligence et une verve aimable, il avait coutume de dire avec humour :
Biographie Daniel-François-Esprit Auber nait en 1782 à l'auberge de l'image Saint-Julien à Caen où sa famille est de passage. Il est baptisé le dans l'église Saint-Julien de Caen.
Auber est issu d'une famille d'artistes aux relations privilégiées avec la royauté. En effet, son grand-père fut peintre de Louis XVI et son père, « officier des chasses du Roi », fut à la fois peintre et grand amateur de musique à la Cour.
Premiers contacts musicaux À la suite de la Révolution, la famille s’installe à Paris où Auber père ouvre un commerce d'estampes. C’est durant cette période qu’Auber, grâce aux relations de son père, développe un goût pour la musique. Son premier professeur, baryton de l’Opéra-Comique, est Jean-Blaise Martin, célèbre pour avoir donné son nom à un type de voix particulier (le baryton-martin). Daniel-François-Esprit Auber manifeste rapidement des prédispositions intéressantes pour la musique en composant quelques romances et petits airs italiens
Malheureusement pour lui, son père le destine à reprendre son affaire parisienne. Le jeune homme est donc envoyé à Londres en après la signature de la paix d’Amiens, pour y apprendre les rudiments du commerce et l’anglais. Mais la reprise des hostilités dès 1803 et son peu de goût pour le commerce le ramènent en France, pourvu du fameux « flegme britannique », ce soin à dissimuler l’effort pour ne laisser voir que le gentleman, qui le caractérisera toute sa vie alors que pour la musique on ne pourrait pas être plus français que lui.
Daniel-François-Esprit Auber se réinstalle donc à Paris, capitale de l’Europe musicale depuis la chute de l’Ancien Régime ; ville qu’il ne quittera plus jamais. Comme il le dit lui-même, il n’en sentit jamais le besoin :
Musicien amateur De retour, Auber commence sa carrière en dilettante, son père ayant pu redresser sa fortune, compromise par ses fonctions passées auprès du roi, et son commerce étant prospère. Il prend des leçons avec le pianiste Ignaz Ladurner et se produit parallèlement dans des salons. Il compose un petit opéra-comique, L’Erreur d’un moment, joué en 1805 par une société d’amateurs à Paris et de la musique de chambre, ainsi que quelques concertos pour violoncelle.
En 1808, son Concerto pour violon en ré pour le célèbre violoniste Jacques Féréol Mazas obtient un immense succès lors de sa première exécution au Conservatoire de Paris. Pour la première fois, Auber émerge de la foule de compositeurs amateurs et attire l'attention des artistes, notamment Cherubini. Ce dernier aurait déclaré à Auber père : Voilà qui décide le jeune Auber à étudier pendant trois années avec ce maître exigeant, qui, dans le même temps, lui trouve un mécène : le prince de Chimay. C’est sous sa protection et dans son château en Belgique qu’Auber crée en 1812 Jean de Couvin, son deuxième opéra-comique.
Enhardi par ce succès et bénéficiant du soutien de Jean-Nicolas Bouilly, considéré par Beethoven comme un des meilleurs librettistes de son temps (c'est une de ses pièces qui inspira Fidelio), Daniel-François-Esprit Auber compose sur l’un de ses livrets son premier opéra, Le Séjour militaire créé en à l'Opéra-Comique, où règne alors sans partage Nicolo. Le feuilletoniste Martainville fait grâce au compositeur débutant : Malheureusement, l'œuvre ne rencontre qu’un succès d’estime.
Pendant six ans, Daniel-François-Esprit Auber délaisse la composition et fréquente les salons, notamment celui de François-Antoine-Eugène de Planard, auteur d'opéra-comique en vogue, à Passy où se réunissent de nombreux artistes et où Auber peut s'adonner à l'improvisation au piano. Planard se prend d'affection pour lui et lui fournit le livret d'un deuxième opéra-comique : Le Testament et les Billets doux (). C'est un nouvel échec qui conduit Auber à s’intéresser plus attentivement à la question du livret.
Débuts de carrière vignette|Tract pour la représentation de l'opéra Emma de Daniel-François-Esprit Auber et du vaudeville Le Gardien d'Eugène Scribe et Jean-François-Alfred Bayard au théâtre de Bruges (Belgique) le vendredi 16 janvier 1835.
La mort de son père, ruiné, en 1819, alors qu’il a 37 ans, le met pour la première fois de sa vie devant ses responsabilités financières mais aussi familiales puisqu’il est désigné soutien de famille (de sa mère et de son jeune frère), bien qu’il soit célibataire. Auber qui se distrayait auparavant à pasticher Mozart envisage donc de subvenir à ces responsabilités en embrassant la carrière de musicien professionnel. À partir de cette date, Auber devient un compositeur prolifique, composant en moyenne une œuvre lyrique par an.
Dans la première d’entre elles, La Bergère châtelaine, créée en à nouveau sur un livret de Planard, Auber se dégage des banalités conventionnelles pour développer une individualité, des coupes nouvelles, des mélodies originales. L'œuvre est très applaudie mais critiquée par la presse. Il ne se décourage pas et en , avec l’opéra-comique en trois actes Emma ou la Promesse imprudente, sur un meilleur livret, il remporte un véritable succès tant à Paris (121 représentations jusqu’en 1832 à l’Opéra-Comique) qu’en province.
Rossini et Scribe est l’année charnière dans les orientations artistiques d’Auber. Un dîner organisé par Michele Enrico Carafa lui permet de rencontrer Gioachino Rossini, un des compositeurs les plus réputés de son temps, qui vient s’installer à Paris pour prendre la direction du Théâtre-Italien. Il en est profondément marqué : Mais ce moment de découragement passé, il découvre peu à peu la musique de Rossini, la digérant et renonçant à sa froideur et à sa correction gourmée pour adopter une allure libre, élégante, décidée et pleine d’entrain (on a dit de lui qu’il « faisait danser les chaises ».). Finalement, Rossini lui rendra le compliment dès La Muette de Portici :
Néanmoins, c’est d’un bon librettiste qu’Auber a surtout besoin. Il a la bonne fortune de rencontrer celui qui deviendra le plus important librettiste du siècle en la personne d'Eugène Scribe, auteur des meilleurs livrets d’opéras du siècle. Ils s’entendront à merveille (37 ouvrages en commun) et se compléteront parfaitement jusqu’à la mort de Scribe en 1861 (ils avaient l’habitude de se voir ou de correspondre quotidiennement lorsqu’ils préparaient un ouvrage). Leur première collaboration, l’opéra-comique en trois actes Leicester ou le château de Kenilworth d’après Walter Scott, remporte un solide succès, malgré un langage musical d'inspiration rossinienne sans réelle personnalité. Leur seconde collaboration a lieu la même année. Le succès n’est pas en reste non plus puisque La Neige ou le Nouvel Eginhard a droit à 145 représentations au théâtre Feydeau. À partir de ce moment, la quasi-totalité des ouvrages d’Auber et de Scribe dépasseront les cent représentations dans le siècle à la salle Favart. Citons à titre d’exemple encore, Léocadie (), un autre opéra-comique moins connu, qui sera joué quand même 120 fois en huit ans.
Le , c’est le premier grand succès d’Auber avec Le Maçon, un opéra-comique en trois actes (dont une ronde est toujours célèbre de nos jours). Il y aura 525 représentations de à à l’Opéra-Comique et ce succès passera les frontières. La voie d’Auber vers la gloire était désormais tracée.
La Muette de Portici ou la naissance du « Grand opéra » vignette|Portrait d'Auber par Hortense Haudebourt-Lescot, vers 1827 (Paris, Bibliothèque-musée de l'Opéra) C’est alors que l’Opéra de Paris, établi depuis peu rue Le Peletier, lui confie la composition d’un opéra en cinq actes sur un épisode historique (la révolution de Naples en 1647 et la révolte de Masaniello) avec pour héroïne une ballerine muette. Le , c’est la première de La Muette de Portici, le titre étant modifié pour éviter une confusion avec le Masaniello de Carafa joué en . Les costumes et les décors de Ciceri, la mise en scène spectaculaire de Solomé, le talent des deux interprètes, la soprano Laure Cinti-Damoreau dans le rôle d’Elvire et le ténor Adolphe Nourrit dans le rôle de Masaniello, la grâce de la ballerine Lise Noblet dans le rôle-titre, conjugués au livret revisité par Scribe assurent un triomphe à cette œuvre.
De à , la pièce occupera l’affiche pour un total de 505 représentations à Paris. Elle sera plus tard traduite dans toute l’Europe, encensée par Wagner qui la dirigera très souvent en Allemagne. Le à Bruxelles, le duo « Amour sacré de la patrie » fut applaudi à outrance ; à la sortie du théâtre de la Monnaie se formèrent des attroupements enflammés, puis on se rendit au journal Le National et au Palais de Justice. Ainsi, La Muette donna véritablement le signal de la révolution belge à la suite de laquelle la Belgique prit son indépendance en se séparant du royaume des Pays-Bas. Ce fut la seule révolution qui commença, à ce jour, dans un opéra.
En , Auber succède à François-Joseph Gossec en tant que membre de l'Académie des beaux-arts. Il est élu à la majorité absolue des trente-cinq votants au troisième tour du scrutin après l'élimination successive d'Antoine Reicha et Stanislas Champein.
Sur le plan historique, cet ouvrage jette les bases du Grand opéra historique français. Louis Véron, nouveau directeur de l’Opéra en 1831, tire du succès de La Muette de Portici une leçon sur les goûts pour le spectaculaire des Parisiens et lance de nombreux projets dans ce nouveau genre, presque toujours sur des livrets de Scribe, avec pour les plus réussis Guillaume Tell de Gioachino Rossini (1829), Robert le Diable de Giacomo Meyerbeer (1831) ou encore La Juive de Jacques-Fromental Halévy (1835).
Auber s’y essaie lui-même à nouveau dans Le Dieu et la Bayadère () avec encore une protagoniste ballerine, Le Philtre () dont le livret servira également à L'elisir d'amore de Gaetano Donizetti en 1832, Gustave III ou le Bal masqué () avec ses 300 figurants dans la scène finale du bal et dont le sujet sera repris par Saverio Mercadante en 1843 dans Il reggente et par Giuseppe Verdi en 1859 dans Un ballo in maschera, ou encore Le Lac des fées (). Mais l’enthousiasme initial, malgré des partitions tout aussi plaisantes, ne sera jamais atteint, sauf en Allemagne avec Le Lac des fées.
Ces succès qui en appelleront beaucoup d’autres va considérablement changer sa situation matérielle. Le compositeur Adolphe Adam fait d’ailleurs remarquer ceci : Dès lors, Auber n’a qu’à concilier composition, tâches administratives de plus en plus lourdes à la suite de ses diverses nominations, équitation, brèves aventures sentimentales avec ses interprètes — la compositrice de romances Pauline Duchambge demeurera sa compagne la plus fidèle — et soirées théâtrales.
Une institution dans l’art musical français C’est finalement à l’opéra-comique, toujours aidé de son complice Scribe, sans égal pour construire des livrets agréables et intéressants, qu’Auber va se consacrer avec le plus de succès et de régularité à partir du triomphe de Fra Diavolo (). Dès lors, il y figurera immanquablement à l’affiche au moins une fois par an pour une création ou une reprise, et ce jusqu’à sa mort. Notons par exemple sa participation en à l’ouvrage collectif La Marquise de Brinvilliers qui le reconnaît au milieu de ses pairs comme Boieldieu, Cherubini, Berton, Hérold, Paër et Carafa.