José Ramón Larraz Gil. dit parfois Gil, Dan Daubeney, Watman ou Joseph Braunstein, est un dessinateur et scénariste de bande dessinée, auteur de roman-photo, photographe de mode et réalisateur espagnol, né le à Barcelone en Espagne et mort le à Malaga. Il a travaillé en Espagne, en France, en Belgique et en Angleterre. Dans les pays francophones, il est surtout connu pour deux œuvres : Paul Foran, une série de bandes dessinées publiée dans Spirou entre 1968 et 1978, et Vampyres, un film qu'il a réalisé en Angleterre en 1974 et qui a fait de lui, aux yeux des amateurs, « un petit maître de l'horreur moderne ». Bien que sélectionné en Compétition au Festival de Cannes en 1974, son film Les Symptômes est sorti en salles dans l'indifférence et n'a été redécouvert qu'une trentaine d'années plus tard. Larraz est le seul cinéaste cantonné dans le "cinéma bis" dont un film a concouru à Cannes pour la Palme d'or.
Biographie
1929-1953 : Barcelone José Ramón Larraz a sept ans le , quand éclate la guerre civile espagnole. Il vit à Barcelone, l'une des principales villes républicaines. « À cause de la guerre, presque aucun enfant n'allait à l'école. Mon père qui était un homme de gauche me disait : Va à l'école ! Mais à l'école, la seule chose qu'ils nous apprenaient c'était chanter... des chansons révolutionnaires. [...] [Puis] ma mère m'a gardé à la maison à cause des bombardements. » Barcelone est bombardée de janvier à et est prise par le camp franquiste le .
À la fin de l'adolescence, Larraz entre en possession d'un appareil photographique : « J'ai pris des photos d'animaux du zoo, racontera-t-il plus tard, des amis, des filles, et progressivement des filles habillées, moins habillées, puis déshabillées. »
Pour subvenir aux besoins de sa famille après la mort de son père en 1946, il interrompt ses études de philosophie et se consacre à la bande dessinée. Il dessine d'après des photographies prises par lui-même ou par d'autres. Il débute en 1951 pour les éditions Clíper : il remplace le dessinateur Francisco Batet sur la série El Coyote, une imitation de Zorro, et crée, entre autres, les séries Ray Walker, Vivian, Pecas, Janet y Pipa (« une bande de jeunes filles débrouillardes visitant les plateaux de tournage de cinéma, rencontrant les stars et starlettes de l'époque ») et Duncan Foster. À la demande de la MGM, il dessine également une adaptation en BD de Quo vadis pour accompagner la sortie espagnole du film (elle aura lieu en , plus de deux ans après la sortie aux États-Unis.).
1953-1962 : Paris Grâce à cette commande de la MGM, Larraz gagne suffisamment d'argent pour quitter l'Espagne et s'installer à Paris en 1953 ou en 1954'. « Je suis parti pour des raisons politiques et également à cause de la censure très importante qui régnait alors [en Espagne] [...], dira-t-il plus tard. Il n'était par exemple pas possible de dessiner une femme avec une belle poitrine ! Les bandes dessinées ne devaient mettre en scène que des hommes ou bien des femmes plates avec des jupes descendant jusqu'aux chevilles ! »
À Paris, Larraz travaille pour Marijac (qui le publie dans Mireille et Coq hardi), puis pour Paul WinklerLarraz aurait également dessiné, sous le nom de Gil, les illustrations de quelques livres pour enfants parus aux Éditions Mame. Le catalogue des Bibliothèques patrimoniales de Paris en recense deux : https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/search/49585be0-d55c-4a5e-8872-c9c6a8078336.. Pour Opera Mundi, l'agence de Winkler, il dessine, parfois sous pseudonyme, parfois en collaboration avec d'autres, de nombreuses bandes quotidiennes : entre autres Capitaine Baroud publiée dans L'Équipe, Jed ForanLa série sera rééditée dans Akim en 1988 et 1989. Voir http://akimbd.free.fr/akim/series.htm et https://www.bedetheque.com/serie-13266-BD-Akim-1re-serie-Aventures-et-Voyages__10000.html et Cécile publiées dans Le Parisien libéré, Hommes et bêtes publiée dans France-Soir. Dans Cécile, une série sentimentale située dans le milieu des mannequins de mode, mais aussi dans des séries d'aventures exotiques comme Capitaine Baroud, Larraz peut faire ce que la censure espagnole lui interdisait : accorder des rôles importants aux personnages féminins et les dessiner sans avoir à les vêtir jusqu'aux chevillesOn peut voir de nombreuses bandes quotidiennes dessinées par Larraz sur cette page : https://www.2dgalleries.com/jose-larraz/originaux/6097. « On était lu dans les journaux (sous la forme de strips quotidiens replacés dans de nombreux titres nationaux et régionaux), expliquera-t-il plus tard, et c'était pas tellement pour les enfants, c'était déjà de la bande dessinée pour les adultes. » Thierry Lecloux et Philippe Capart retiennent de cette période la série Hommes et bêtes, une des « plus belles bandes quotidiennes » de Larraz, « dessinée à quatre mains » avec José Laffond, « leurs styles étant intimement imbriqués ».vignette|Logotype de France-Soir en 1952. En 1956 et 1957, le journal publiera Hommes et bêtes, une bande quotidienne dessinée par Larraz et José Laffond.|452x452px|centré
À cette époque, Larraz réalise aussi des bandes dessinées en pleines pages pour Le Journal de Mickey, dont une adaptation du film L'Homme des vallées perdues, qu'il signe du nom de sa compagne, Diana Daubeney, une Anglaise. Au début des années 1960, à la demande de Paul Winkler, il passe au roman-photo, notamment en adaptant Anna Karénine, Les Hauts de Hurlevent et Les Derniers Jours de Pompéi pour l'hebdomadaire Confidences.centré|vignette|446x446px|Logotype du journal Pilote sur le numéro 1, 29 octobre 1959. L'hebdomadaire publiera la série de Larraz Yves La Brousse en 1967. 1962-1969 : Bruxelles Larraz abandonne pendant un temps ses activités de dessinateur. En 1962, Diana Daubeney et lui ont un premier enfant. Ils le prénomment Duncan (d'après le prénom d'un des personnages qu'il avait créés en Espagne au début des années 1950 : Duncan Foster). La famille quitte la France et s'installe en Belgique en 1962 ou, selon d'autres sources, en 1966. Larraz est désormais photographe de mode. Il rencontre l'écrivain Thomas Owen dont il devient l'ami. En 1966, il participe au tournage en Espagne de Quatre dollars de vengeance, un western réalisé par Jaime Jesús Balcázar et produit par Alfonso Balcázar (Larraz collaborera à nouveau avec les frères Balcázar en 1972 et au début des années 1980, quand il sera lui-même devenu cinéaste). vignette|187x187px|Yvan Delporte en 1996 (photographie de Lafloche). Delporte était rédacteur en chef de Spirou en 1967, quand le journal a publié Christian Vanel et Michaël.|gaucheIl reprend le dessin et intègre en 1967 l'équipe du journal Spirou (la même année en France, le journal Pilote publie sa BD Yves La Brousse). Après le départ de Jijé et d'Eddy Paape, l'hebdomadaire belge manque de séries d'aventure.. Larraz en propose trois. D'abord, sous le pseudonyme de Dan Daubeney, Christian Vanel : des aventures maritimes situées au XVIIIe siècle. Ensuite, sous le même pseudonyme, Michaël : des aventures africaines dont le héros est un petit garçon à qui Larraz donne les traits de son fils. Enfin, à partir de 1968 et sous le pseudonyme de Gil, Paul Foran : des « aventures exotiques teintées de mystère et de fantastique gothique, avec de multiples références cinématographiques, un érotisme discret, et des ambiances sombres ». Les séries Christian Vanel et Michaël sont vite abandonnées en raison de leur mauvais classement dans le "référendum" que le journal réalise chaque année auprès de ses lecteurs. En revanche, la série Paul Foran « marque plus d'un imaginaire » et se poursuit pendant dix ans : dix aventures paraissent dans Spirou, dont quatre seront reprises en albums souples publiés par Dupuis dans la seconde moitié des années 1970.
La participation de Larraz à l'hebdomadaire aura aussi marqué les lecteurs pour une raison plus anecdotique : c'est lui qui en 1967 offre à Charles Dupuis Pinky, le lionceau dont la garde est confiée au rédacteur en chef Yvan Delporte. Pinky a servi de modèle à Larraz pour dessiner l'animal qui accompagne le jeune héros de la série Michaël. Devenu le lionceau du journal, il fait l'objet de reportages plus ou moins fantaisistes rédigés par Delporte. et apparaît dans des planches de Gaston..
Bien qu'il travaille pour Spirou, Larraz ne reprend pas goût au dessin, et « il fait appel à des collaborations extérieures, officielles ou non ». René Follet, Herbert Geldhof et Jordi Bernet dessinent des cases ou des décors de Michaël sans être crédités. Jesús Blasco, crédité sous le pseudonyme de Montero, puis Jordi Bernet, sous le nom de Jordi, dessinent la plupart des cases des neufs premiers épisodes de Paul Foran.
1969-1976 : Londres À la fin des années 1960, Larraz ne s'intéresse plus au dessin mais au cinéma. Il trouve une opportunité en Angleterre pour réaliser un film érotique à petit budget. Avec Diana Daubeney, sa compagne, il déménage à Londres en 1969. L'Enfer de l'érotisme, son premier film, est un thriller dans le milieu de la photographie de mode. Le « petit succès » qu'il rencontre permet à son réalisateur d'embrasser, à l'âge de quarante ans et en autodidacte, « une nouvelle carrière ».
Devenu cinéaste, Larraz reprend l'acteur masculin principal de L'Enfer de l'érotisme, Karl Lanchbury, et tourne un second thriller érotique, Déviation sexuelle. En 1972, il réalise La muerte incierta et Emma, puertas oscuras, deux productions espagnoles filmées en partie dans les studios Balcázar à Barcelone. La muerte incierta, un film d'aventure « teinté de fantastique », « reste à part dans la filmographie de Larraz ». C'est « son unique tentative de renouer avec les thématiques récurrentes de ses bandes dessinées : l'Inde mystérieuse et exotique, des tigres, une femme envoûtante ». En revanche, Emma puertas oscuras est dans la continuité des deux thrillers anglais qu'il avait réalisés : « on y retrouve la même ambiance malsaine et la présence d'un meurtrier psychologiquement perturbé. » Bien que terminé en 1972, le film ne sort pas en Espagne avant 1974Alex Mendibil, « Dark Doors and Stigmas », livret du Blu-Ray José Ramón Larraz Double Feature : Emma, puertas oscuras - Estigma, Dorado Films, 2017. De retour en Angleterre, Larraz réalise en 1973 un autre thriller avec Karl Lanchbury : Crie et meurs. vignette|Angela Pleasence dans Les Symptômes (photographie de plateau). Grâce au soutien financier des éditeurs belges de ses BD, la famille Dupuis qui lui donne carte blanche, Larraz peut réaliser son film suivant, Les Symptômes, sans se soucier de contraintes commerciales. Il choisit d'atténuer l'érotisme et de réduire le nombre de séquences violentes. Il confie le rôle principal à Angela Pleasence, la fille de Donald Pleasence : « C'est une [...] [vraie] comédienne [...]. Je pouvais lui demander des choses difficiles et d'ailleurs, j'avais écrit le scénario en conséquence ». Maurice Bessy sélectionne Les Symptômes en Compétition au festival de Cannes de 1974. Le film y est reçu dans l'indifférence et ne sort que deux ans plus tard sans grand succès. Jouissant d'une bonne réputation auprès des amateurs mais longtemps très difficile à voir, Les Symptômes ne sera redécouvert que dans les années 2010...
Larraz réalise ensuite Vampyres en prenant un parti opposé à celui qu'il vient de prendre. : il accentue l'horreur et l'érotisme au point de rendre le film choquant « par son jusqu'au boutisme ».. Vampyres est, selon Olivier Père, suffisamment « sulfureux et effrayant » pour faire du cinéaste « un petit maître de l'horreur moderne ». Produit par Brian Smedley-Aston, le monteur de Les Symptômes et futur producteur d'Exposé de James Kenelm Clarke, Vampyres est un succès commercial.