Sergueï Pavlovitch Korolev, ou Sergueï Pavlovitch KoroliovKoroliov est la transcription la plus fidèle par rapport à la prononciation en russe, mais Korolev est implanté dans l'usage. (en ), né le à Jytomyr (gouvernement de Volhynie, Empire russe, aujourd'hui en Ukraine) et mort le à Moscou (RSFS de Russie, URSS), est un ingénieur soviétique, fondateur du programme spatial soviétique. Grâce à son génie visionnaire, sa force de caractère, ses capacités de travail et ses talents d'organisateur, l'Union soviétique acquiert une position dominante dans le domaine spatial à la fin des années 1950 et au début des années 1960.
Korolev reçoit une formation d'ingénieur à l'Institut Baumann puis travaille dans le bureau d'études du constructeur d'avions Tupolev avant d'intégrer en 1931 le petit centre de recherche du GIRD qui effectue un travail de pionnier dans le domaine des fusées. Au sein du RNII soutenu par les militaires soviétiques, il travaille sur un avion-fusée et sur un missile propulsé par fusée. En 1938, il est arrêté au cours des purges staliniennes qui déciment les cadres du pays et est envoyé dans le bagne de la Kolyma dont il est sauvé grâce à l'intervention de parents et d'amis. Il est interné dans une charachka où il contribue, durant la Seconde Guerre mondiale, à mettre au point des fusées d'assistance au décollage d'avions. Mi-1945, il est libéré et envoyé en Allemagne comme tous les spécialistes des fusées soviétiques pour tenter de récupérer le savoir-faire que l'équipe de Wernher von Braun a acquis en concevant et produisant le missile V2. En , alors que les relations avec les pays occidentaux se tendent, le dirigeant de l'Union soviétique Staline décide de lancer son pays dans la réalisation de missiles balistiques. Korolev, qui a été identifié pour ses talents d'organisateur, joue un rôle clé dans le plan de Staline.
Il est placé à la tête d'un des bureaux d'études du NII-88, où il est chargé de développer une copie améliorée du missile V2, le R-1. Par la suite, plusieurs missiles aux capacités croissantes sont mis au point par son équipe : R-2, R-3, R-5. En 1953, les dirigeants soviétiques donnent leur accord pour le développement de son projet de missile balistique intercontinental R-7 porteur d'une tête nucléaire. Après avoir surmonté de nombreux problèmes de développement, le missile effectue son premier vol en 1957 ; celui-ci est suivi de peu par le lancement du premier satellite artificiel Spoutnik 1.
Korolev parvient à convaincre ses donneurs d'ordre militaires de l'intérêt de missions spatiales habitées. Le vol de Youri Gagarine, premier homme dans l'espace, et les premiers succès des sondes lunaires du programme Luna consacrent le triomphe de Korolev. Mais celui-ci doit lutter pour garder la faveur de ses donneurs d'ordre car, contrairement à ce qui se passe aux États-Unis, il n'existe pas à l'époque de véritable instance de pilotage du programme spatial civil en Union soviétique. Il a du mal à imposer ses projets contre des concurrents comme Vladimir Tchelomeï et Mikhail Yanguel, tandis que ses relations avec d'autres responsables de bureau d'études dont dépendent ses réalisations, comme le constructeur de moteurs Valentin Glouchko, se tendent. Les dirigeants soviétiques décident tardivement en 1964 de relever le défi du programme Apollo et demandent à Korolev de battre les Américains, alors que le retard technique de l'industrie soviétique s'est creusé. Korolev, épuisé par l'ampleur de ses tâches, décède à 59 ans, en 1966, au cours d'une opération chirurgicale qui tourne mal.
Enfance et formation vignette|Sergueï Korolev en 1927 Korolev est né le à Jytomyr, ville provinciale du centre de l'Ukraine qui fait partie à l'époque de la Russie impériale. Ses parents sont Maria Mykolayivna Moskalenko (Ukrainienne) et Pavel Iakovlevitch Korolev (Russe). Il s'agit d'un mariage arrangé et leur union n'est pas très heureuse. Trois ans après la naissance de Sergueï, ses parents se séparent en raison de difficultés financières. Sa mère lui annonce prématurément le décès de son père, alors que celui-ci n'est survenu qu'en 1929 (il n'a cependant jamais revu son père après le divorce de ses parents).
Korolev grandit à Nejine, sous la garde de ses grands-parents. Sa mère voulant qu'il ait une formation supérieure, il suit des cours à Kiev. C'est un enfant solitaire avec peu d'amis, mais il est bon élève, notamment en mathématiques. En 1916, sa mère épouse Grigori Mikhaïlovitch Balanine., un ingénieur électricien, qui a une bonne influence sur l'enfant. Grigori ayant obtenu un emploi aux chemins de fer régionaux, la famille déménage à Odessa en 1917.
L'année 1918 est tumultueuse en Russie, avec la fin de la guerre mondiale, la révolution russe et la guerre civile. Les luttes intestines continuent jusqu'en 1920. Pendant cette période, les locaux des écoles restent fermés et le jeune Korolev doit poursuivre ses études à la maison. En 1923, il adhère à l'aéro-club local. En 1925, Korolev part à Moscou et y termine ses études à l'université technique d'État en 1929.
Début de carrière Ingénieur dans l'aéronautique
Après avoir reçu son diplôme, Korolev obtient un premier emploi dans un bureau d'études chargé de la conception d'un aéronef baptisé OPO-4, ou expérimentale. Ce projet rassemble certains des meilleurs concepteurs russes. Il est dirigé par Paul Aimé Richard, constructeur français d'avions, arrivé en URSS en 1928.. Korolev ne se distingue pas particulièrement dans le groupe. Il s'emploie à plusieurs projets personnels. L'un d'eux est la mise au point d'un planeur capable d'accomplir de la voltige. En 1930, il devient ingénieur principal chargé de la conception du bombardier lourd Tupolev TB-3.
Recherche sur les fusées au GIRD (1931-1933) vignette|Membres du GIRD. Korolev est assis au milieu du premier rang.
C'est au cours de l'année 1930 que Korolev s'intéresse à l'utilisation de propergol liquide pour la propulsion par moteur-fusée. À l'époque, il cherche à utiliser cette technologie pour la propulsion des avions. Les dirigeants soviétiques ont lancé à la fin des années 1920 une politique très volontariste misant sur l'industrialisation à marche forcée ainsi que sur la recherche. Dans ce contexte, la principale association paramilitaire soviétique, l'OSOAVIAKHIMSociété pour la promotion de la défense et du progrès aérochimique., crée en 1931 le GIRD, qui réunit des ingénieurs et des techniciens pour effectuer des recherches dans le domaine des fusées. Korolev participe à la fondation de la section moscovite en tant qu'adjoint de Friedrich Tsander, un des pionniers soviétiques de l'astronautique. Il y rencontre Mikhaïl Tikhonravov qui deviendra un de ses plus proches collaborateurs. La section moscovite du GIRD, qui compte une soixantaine de personnes, travaille sur une dizaine de projets utilisant plusieurs types de propulsion. Korolev met au point un planeur propulsé par un moteur-fusée RP-1Un ancêtre du V1 et du missile de croisière. brûlant un mélange d'oxygène et de kérosène. En 1932, Tsander tombe malade et Korolev le remplace à la tête du GIRD moscovite. La même année, les militaires s'intéressent aux efforts déployés par le groupe et commencent à fournir des fonds. En 1933, le groupe réalise le premier tir d'une fusée à propulsion liquide, baptisée GIRD-09, soit sept ans après Robert Goddard et son lancement peu médiatisé de 1926.
En 1932, le GIRD moscovite a des contacts informels avec le GDL : ce laboratoire de recherche militaire installé à Léningrad rassemble 200 ingénieurs et techniciens travaillant dans le domaine de la propulsion à ergols liquides et la propulsion à propergol solide. Valentin Glouchko, qui concevra par la suite la majeure partie des moteurs propulsant les fusées de Korolev, y est responsable d'une section qui effectue des recherches méthodiques sur la propulsion à ergols liquides. Le GDL joue un rôle central dans la mise au point des roquettes.
Recherche sur les missiles et les avions-fusées au RNII (1933-1938)
Certains militaires soviétiques et en particulier le maréchal Mikhaïl Toukhatchevski, militaire novateur et très influent, ont pris conscience du potentiel des fusées. Toukhatchevski œuvre pour rapprocher le GDL et la section moscovite du GIRD . En , les deux structures sont fusionnées au sein de l'Institut de recherche scientifique sur les moteurs à réaction ou RNII ( ; ). Le nouvel ensemble est dirigé par l'ancien responsable du GDL Ivan Kleïmenov, avec comme adjoint Korolev. Peu après la création du RNII, des divergences se font jour entre Korolev et Kleïmenov sur les objectifs de l'institut de recherche. Ce dernier considère que la mise au point des roquettes constitue le projet de recherche prioritaire. Korolev est remplacé par Gueorgui Langemak ce qui sauvera sans doute la vie de Korolev par la suite. Au sein du RNII, Korolev est responsable d'un projet de « missile de croisière » (projet 212) et surtout de l'avion-fusée RP-318-1. Ces deux engins sont propulsés par des moteurs développés par Glouchko. Le RNII met ainsi au point des systèmes automatisés de gyroscopes permettant de stabiliser le vol le long d'une trajectoire programmée. En 1934, Korolev publie l'ouvrage Une fusée dans la stratosphère.
Victime des purges staliniennes (1938-1944)
Arrestation et déportation en Sibérie
En 1937, les purges staliniennes, manifestation de la paranoïa de Staline qui décime l'armée et les cadres du régime soviétique, frappent aveuglément les principaux membres du RNII. Le bureau d'études a été placé sous surveillance par la police secrète soviétique (le NKVD), car il avait été patronné par le maréchal Toukhatchevski qui fut une des premières victimes des purges. Un des ingénieurs du RNII qui brigue la direction du RNII rédige de fausses accusations contre les responsables du centre de recherches : Kleïmenov et son adjoint Langemak sont arrêtés sous l'accusation de déviationnisme trotskyste. Langemak avoue des « crimes » sous la torture et sans doute aussi dans l'espoir d'éviter une condamnation à mort. Il dénonce à son tour Glouchko et Korolev. Kleïmenov et Langemak sont exécutés peu après. Glouchko est arrêté en et, tout en avouant des actes fictifs de sabotage, dénonce ses collègues dont Korolev. Alors que Glouchko est interné dans la charachka TsKB-4, une prison pour ingénieurs, Korolev est envoyé dans la Kolyma, le pire bagne du Goulag soviétique. Il a la mâchoire fracassée pendant un interrogatoire et, victime du scorbut, il perd la moitié de sa denture. Il sort à temps du bagne de la Kolyma, libéré sur ordre de Lavrenti BeriaCelui-ci vient d'arriver à la tête du NKVD où il se distingue par sa cruauté ; il inaugure son règne par une période de clémence. grâce à l'intervention de sa mère et du constructeur d'avions Andreï Tupolev. Ce dernier obtient, en 1940, son transfert dans la charachka dont il est responsable. Peu après, Korolev est muté dans la charachka que dirige Glouchko et qui développe des fusées d'assistance au décollage pour avions. Glouchko en fait son adjoint et le responsable des essais..
Libération
Le , Korolev est libéré par un décret spécial du gouvernement. Les charges retenues contre lui ne sont abandonnées qu'en 1957Michael Parrish, The Lesser Terror, Greenwood Publishing Group, 1996, .. Le bureau d'études du NKVD passe sous l'autorité de la commission de l'aviation du gouvernement. Korolev continue à travailler dans ce bureau pendant encore un an comme concepteur adjoint sous les ordres de Glouchko. Il étudie différents modèles de fusées.
Développement du premier missile balistique intercontinental (1945-1957)
La récupération du savoir-faire allemand vignette|Premier missile V2 allemand récupéré qui sera lancé par les soviétiques en octobre 1947.