La communauté afro-caribéenne du Royaume-Uni désigne la population noire britannique originaire des Antilles britanniques, qui était elle-même descendante des personnes amenées d'Afrique aux Amériques en tant qu’esclaves entre les .

Du fait de la montée dans les de l'immigration au Royaume-Uni en provenance des pays d'Afrique, on emploie aussi cette appellation pour désigner les citoyens britanniques d'origine africaine, si bien que le terme regroupe aujourd'hui à la fois les notions d'origine africaine et caribéenne. L'utilisation la plus courante de ce terme se rapporte à tout groupe de personnes résidant sur le sol britannique et adoptant les us, traditions et coutumes de la culture caribéenne.

La grande majorité de la population afro-caribéenne britannique est d'origine jamaïquaine et trinidadienne. Cependant, les Afro-Caribéens sont originaires d'une multitude d'autres États, dont Saint-Christophe-et-Niévès, la Barbade, Sainte-Lucie, la Grenade, Montserrat, la Dominique, Anguilla, Antigua-et-Barbuda, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et le Guyana, tous situés en Amérique, ayant une culture caribéenne et considérés historiquement comme faisant partie des colonies britanniques de cette partie du globe. Un certain nombre de ces entités sont des territoires britanniques d'outre-mer, dont les ressortissants sont donc « citoyen d'un territoire britannique d'outre-mer » ( ou BOTC) et donc dotés de plein droit de la citoyenneté britannique depuis le British Overseas Territories Act de 2002.

La communauté est dispersée dans tout le Royaume-Uni, même si elle est principalement et massivement concentrée à LondresAssessment for Afro-Caribbeans in the United Kingdom Minorities at Risk (MAR) Project. Université du Maryland. 2004., Birmingham et dans les Midlands de l'Ouest. Des communautés afro-américaines importantes existent également dans d'autres villes urbaines, notamment à Manchester, Nottingham, Leicester, Bristol, Leeds, Sheffield, Liverpool et Cardiff. Dans ces villes, la communauté est traditionnellement associée à un quartier ou une zone particulière, comme Chapeltown à Leeds ou St. Pauls à Bristol Awareness of Afro-Carribbean Culture Leeds. Local Heritage Initiative website. "277 Chapeltown Road was, as Melody Walker writes, resurrected from the ruins of urban decay by Jamaicans in the area to become a little piece of Jamaica on British soil." ° Yahoo Travel Bristol. "St Paul's is home to the magnificent St Paul's Carnival, an annual street-party of enormous popularity and nation acclaim, which celebrates the African and Caribbean community here"..

Histoire

Les Afro-Caribéens sont à l'origine des descendants de peuples d'Afrique de l'Ouest, capturés ou achetés à des propriétaires d'esclaves africains. Les Africains était alors déportés à bord de navires vers les colonies anglaises, françaises, néerlandaises, danoises, espagnoles ou portugaises. À leur arrivée, la majorité des Africains étaient condamnés aux travaux forcés dans les vastes plantations de canne à sucre, caractéristiques des pays caribéens, au bénéfice des puissances colonialesBlack Britons find their African roots BBC Online. 14 février 2003..

L'émigration caribéenne vers la Grande-Bretagne était un phénomène de peu d'ampleur avant la Seconde Guerre mondiale, et rares sont les cas ayant vécu cette expérience. Au et au début du , toutefois, il est assez courant que de riches propriétaires de plantations dans les Caraïbes ayant des enfants avec une esclave noire, ou avec une esclave noire affranchie, envoient ceux-ci en Grande-Bretagne recevoir une éducation de gentleman - le plus célèbre de ces enfants métis étant , qui devient le riche propriétaire d'un manoir dans le Monmouthshire. John Stewart et Peter McLagan, tous deux fils d'un père britannique propriétaire de plantations dans les Caraïbes et d'une mère afro-caribéenne, ainsi que Henry Redhead Yorke, fils d'un métis antillais, sont chacun élu député de circonscriptions de Grande-Bretagne à la Chambre des communes au David Olusoga, Black and British: A Forgotten History, Pan Macmillan, 2016, pp.92-93. Gretchen H. Gerzina, Britain's Black Past, Oxford University Press, 2020, p.259. Daniel Alan Livesay, "Children of Uncertain Fortune: Mixed-Race Migration from the West Indies to Britain, 1750-1820, université du Michigan, 2010..

On possède des informations sur l'existence de petites communautés noires dans les ports de Cardiff, Liverpool et South Shields, au milieu du . Ces communautés étaient composées d'esclaves libres à la suite de l'abolition de l'esclavage Culture and Ethnicity Differences in Liverpool - African and Caribbean Communities E. Chambré Hardman Archive.. Ces immigrés de la première heure étaient principalement employés en tant que domestique ou cocher, avec cependant une présence de plus en plus forte de Caribéens dans l'armée britannique, si bien que la présence de Caribéens dans l'industrie militaire s'élevait à à l'aube de la Première Guerre mondiale Early immigration. Migration histories..

Après la Seconde Guerre mondiale, nombre d'Afro-Caribéens immigrèrent en Amérique du Nord et en Europe, précisément aux États-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. À la suite des conséquences des nombreuses pertes humaines britanniques lors de la guerre, le gouvernement encouragea alors l'immigration massive des résidents des pays de l'Empire britannique et du Commonwealth afin de pallier la pénurie de main-d'œuvreShort History of Immigration BBC online.. Le British Nationality Act de 1948 donna la citoyenneté britannique à toutes les personnes résidantes dans les pays du Commonwealth, ainsi que les droits d'entrée, de sortie et de résidence sur le sol britanniqueNational Archives. Citizenship 1906-2003.. De nombreux résidents des colonies britanniques furent attirés par les nouvelles perspectives que leur offrait ce qu'ils désignaient sous le nom de « métropole ».

La « génération Windrush »

Le navire Empire Windrush achemina le à Tilbury, situé vers la ville de Londres, un premier groupe de 492 immigrants. Le Windrush effectuait l'itinéraire Australie-Angleterre par l'océan Atlantique, en faisant escale à Kingston en Jamaïque et à Port of Spain à Trinité-et-Tobago. Une annonce parut dans un journal jamaïcain offrant le transport à un prix dérisoire pour toute personne désireuse d'émigrer et de travailler au Royaume-Uni. Les nouveaux arrivants étaient temporairement hébergés dans les abris anti-aériens de Clapham South, dans le sud-ouest de Londres, à moins de deux kilomètres de la route de Coldharbour Lane à Brixton.

Même si nombre d'entre eux n'avaient prévu de rester en Grande-Bretagne que quelques années, et bien que certains d'entre eux s'en retournèrent aux Caraïbes rejoindre la RAF, la plupart avaient envisagé de s'installer définitivementBritish history : The making of modern Britain, BBC Online : Mike Phillips, 1998.. L'arrivée de ces immigrants constitua une étape importante dans l'histoire de la Grande-Bretagne contemporaine et les images de ces immigrés noirs prises à la descente des bateaux symbolisent les débuts de la société multiculturelle britanniqueVoir une photographie ici..

Il y avait dans le Royaume-Uni d'après-guerre un énorme besoin de main d'œuvre et des entreprises comme le British Rail, le National Health Service ou les sociétés de transport public recrutaient presque exclusivement de la Jamaïque et de l'île de Barbade Birmingham's Post War Black Immigrants Birmingham.gov.uk. Birmingham council website.. Même si le gouvernement, au travers de campagne d'immigration, encourageait la venue d'afro-caribéens sur le sol britannique, ceux nouvellement arrivés devaient subir une discrimination et un fort racisme de la part de certaines parties de la société britannique. Ce rejet marquera profondément et longuement la communauté afro-caribéenne, et ses rapports avec la société tout entière Four decades of UK race law, BBC online.. Les immigrés afro-caribéens de la première heure trouvaient du travail dans le privé, mais le logement leur était refusé à cause de leur couleur de peau. La pénurie de logement d'après-guerre amena à l'apparition de premiers conflits entre les Afro-Caribéens et la population britannique blanche. Les conflits continuèrent et s'amplifièrent durant les années 1950, et des émeutes éclatèrent dans des villes comme Londres, Birmingham ou Nottingham. En 1958, des attaques envers la communauté afro-caribéenne par de jeunes blancs dans le quartier de Notting Hill à Londres amena à la création du carnaval de Notting Hill en 1959,institué par la forte présence de Caribéens originaires de Trinidad-et-Tobago qui se voulait une réponse positive de la communauté afro-caribéenne Carnival's roots, BBC online.. En 1962, le gouvernement britannique adopta le Commonwealth Immigrants Act, un décret limitant l'entrée d'immigrés sur le sol britannique, et jusqu'en 1972, seuls les détenteurs d'un permis de travail, ou les personnes ayant des parents ou grands-parents d'origine britanniques avaient le droit de rentrer en Grande-Bretagne, ce qui endigua de manière efficace l'immigration en provenance des Antilles britanniques. En dépit de ces mesures, une génération entière de Britanniques aux origines afro-caribéennes s'était constituée, insérée dans la société britannique à tous les niveaux. Le nombre de britanniques nés dans les Antilles britanniques est passé de en 1950 à en 1961, puis à en 1981. Le nombre total de Britanniques aux origines afro-caribéennes depuis 1981 se situe entre 500 et , selon les sources officielles utilisées General Timeline of Blacks in Britain Center for African American Studies. University of California, Los Angeles..

Problèmes sociaux et politiques Historiquement, les centres communautaires ont cherché à résoudre les problèmes qui se posent au sein de la communauté, notamment les problèmes de harcèlement policier et les préoccupations concernant le logement des Afro-Caribéens.. L'un de ces centres communautaires était la Gloucestershire West Indian Association, qui a été créée en 1962. DE tels centres ont aidé les Afro-Caribéens à se socialiser sans risquer la discrimination raciale potentielle.. Ils ont nommé un agent des relations communautaires dont le rôle était d'assurer la liaison entre la communauté et la société britannique au sens large, y compris l'establishment.

Les British Black Panthers, mouvement antiraciste fondé en 1968, dont les membres sont principalement des immigrés afro-caribéens et sud-asiatiques du Royaume-Uni, se sont inspirés des Black Panthers américains dans leur lutte contre les discriminationsAngelo, Anne-Marie. (2018). “Black Oppressed People All over the World Are One”: The British Black Panthers' Grassroots Internationalism, 1969–73. Journal of Civil and Human Rights. 4. 64. 10.5406/jcivihumarigh.4.1.0064., lire en ligne.. Ils ont contribué à sensibiliser l'opinion au sujet du problème largement méconnu et sous-estimé du «racisme institutionnel» au Royaume-Uni, et ont mené de nombreuses actions pour un meilleur accès au logement, à l'éducation, à la santé, à l'aide juridique, à l'emploi et contre la brutalité policière, entre 1969 à 1973.

Bien que la communauté ne soit confrontée à aucune restriction officielle ou informelle concernant sa participation à la vie politique, les Britanniques d'origine caribéenne sont sous-représentés dans la politique locale et nationale. Il existe également des preuves considérables que les Afro-Caribéens subissent un traitement différent de la part des fonctionnaires, des tribunaux et du système pénal britanniques et de la police. Des études suggèrent que l'indifférence à l'égard de certaines zones urbaines régionales de la part d'institutions financières telles que les courtiers d'assurance affecte de manière disproportionnée la communauté à son détriment.