, né à Yonezawa dans la préfecture de Yamagata, le , et mort à Saipan, dans les îles Mariannes, le , est une personnalité importante de la Marine impériale japonaise. Il a commandé la Force Mobile (Kidō Butai), c'est-à-dire l'escadre de grands porte-avions, qui est allée de succès en succès, de l'attaque de Pearl Harbor () au raid sur Ceylan (5-), mais qui a subi une terrible défaite à la bataille de Midway (4-).
Toujours à la tête de la plus puissante escadre de porte-avions japonais, redésignée comme la Flotte, il n'a plus connu que des résultats mitigés, aux batailles des Salomon orientales (24-) et des îles Santa Cruz (24-). Il n'a plus eu de commandement à la mer après . En , il se suicide pour ne pas être fait prisonnier lors de l'attaque américaine sur les îles Mariannes.
Carrière Avant la guerre du Pacifique Chūichi Nagumo, diplômé en 1908 de l'Académie navale impériale du Japon dans la , classé sur 191 élèves, embarque comme midship (Shōi Kōhosei) sur le croiseur cuirassé Soya (ex-russe Varyag), sur le croiseur cuirassé Nisshin et sur le croiseur protégé Niitaka. Comme enseigne de vaisseau (Shōi et Chūi) de 1910 à 1914, il embarque sur le croiseur cuirassé Asama et suit les cours de l'École de Canonnage et de l'École de Torpillage. Il embarque sur le cuirassé pré-dreadnought Aki, puis sur le destroyer de Hatsuyuki. Il suit les premiers cours de l'École de Guerre navale et se spécialise à l'École de Torpillage.
Comme lieutenant de vaisseau (Daii) de 1914 à 1920, il est affecté au Commandement des Constructions navales et suit la construction du croiseur de bataille Kirishima, puis embarque sur le destroyer de Sugi. Il est affecté à des fonctions d'officier d'état-major, puis, fin 1917, reçoit son premier commandement, le destroyer de Kisaragi. En 1918-1920, il suit le cursus de l'École de Guerre navale (), et est promu capitaine de corvette (Shōsa). Il est nommé commandant du destroyer Momi, alors tout récent. Il est affecté de 1922 à 1926 à des fonctions d'état-major, en particulier à l'État-major général de la marine (E-M.G.M.), à la section du bureau, tout en étant instructeur à l'École de Guerre navale. .
En 1925 et 1926, il fait partie d'une mission japonaise pour étudier la stratégie et l'équipement navals en Europe et aux États-Unis. À son retour, il commande successivement les canonnières SagaCanonnières et Uji, puis exerce des fonctions d'instructeur à l'École de Guerre navale. Promu capitaine de vaisseau (Daisa) fin 1929, il est nommé commandant du croiseur léger Naka, puis du de destroyers. D' à , il est chef de la du Bureau de l'État-major général de la Marine. Il commande ensuite le croiseur lourd , puis le cuirassé . Promu contre-amiral le , il commande alors la escadre de destroyers, puis la division de croiseurs (les trois croiseurs de la classe Sendai), en mer Jaune en appui de l'armée de terre en Chine. En 1938, il dirige l'École de Torpillage et est nommé, le , à la tête de la division de cuirassés (les cuirassés rapides de la ).
Promu vice-amiral le , il est remplacé à la tête de cette grande unité le , par le contre-amiral Ozawa, et va diriger l'École de Guerre navale. Il est nommé, le , commandant de la force de frappe de la flotte aérienne, c'est-à-dire les , et divisions de porte-avions, qui vont constituer le fer de lance de la marine impériale japonaise, pendant les six premiers mois de la guerre du Pacifique.
De Pearl Harbor au raid sur Ceylan (décembre 1941-avril 1942)
Alors âgé de 54 ans, présenté comme vieillissant, le vice-amiral Nagumo avait dans cette position le défaut de n'avoir d'expérience que dans l'emploi des torpilleurs et des cuirassés et de ne pas avoir exercé de commandement d'un porte-avions ou d'un groupe de porte-avions, comme avaient pu l'avoir les vice-amiraux Tsukahara ou Ozawa. Mais il peut compter sur de grands subordonnés comme les contre-amiraux Ryūnosuke Kusaka, son chef d'état-major, Tamon Yamaguchi et Chūichi Hara, commandants des et divisions de porte-avions, ou des officiers d'une grande valeur comme le commandant Mitsuo Fuchida.
Conçue par l'amiral Yamamoto, minutieusement préparée par les contre-amiraux Fukudome et Ōnishi et le commandant Genda, malgré un certain scepticisme du vice-amiral Nagumo, l'attaque de Pearl Harbor est un succès tactique. Du côté américain, deux cuirassés sont irrémédiablement coulés et l'aviation basée à terre anéantie, trois cuirassés ont dû être reconstruits presque entièrement, et des dégâts substantiels sont portés à trois autres cuirassés, au prix de quelques dizaines d'appareils japonais perdus. Mais on va reprocher à l'amiral Nagumo de ne pas avoir lancé une troisième vague d'avions pour détruire les dépôts d'essence et les installations de réparation navale qui ont eu un rôle stratégique très important dans la poursuite de la guerre pour les Américains. On ne saurait, en revanche, lui imputer la faiblesse du renseignement japonais, qui a conduit à attaquer la base de la Flotte du Pacifique alors que les porte-avions américains étaient à la mer.
Rentrant de Pearl Harbor, les porte-avions Sôryû et Hiryū sont détachés, courant , pour aller appuyer l'attaque de Wake, où la résistance des U.S. Marines est acharnée. Du 20 au , quatre porte-avions, aux ordres du vice-amiral Nagumo, appuient l'attaque japonaise sur les positions australiennes de Rabaul et de Kavieng, pendant que les porte-avions Sôryû et Hiryū bombardent Amboine, dans les Célèbes, le . Ayant rassemblé ses forces, le vice-amiral Nagumo va procéder le au bombardement de Port-Darwin en Australie, ce qui annihile les capacités militaires de ce port. Fin mars, les porte-avions du vice-amiral Nagumo appareillent des Célèbes et passent dans l'océan Indien, pour un raid sur Ceylan qui doit porter des coups décisifs à la flotte britannique d'Orient (Eastern Fleet) qui est en train d'être renforcée. Les bases de Colombo et de Trincomalee sont bombardées le 5 et le , deux croiseurs lourds et le petit porte-avions ancien sont coulés, mais le vice-amiral Somerville réussit à mettre l'essentiel de sa flotte hors de portée des porte-avions japonais.
Alors qu'ils sont en route pour rentrer au Japon, les porte-avions Shokaku et Zuikaku sont dirigés vers Truk, pour assurer la couverture éloignée, avec deux croiseurs lourds, aux ordres du vice-amiral Takagi, d'une double attaque de Guadalcanal et Tulagi, dans les îles Salomon d'abord, de Port-Moresby sur la côte sud-est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, ensuite, opération placée sous la responsabilité du vice-amiral Inoue, commandant en chef de la Flotte. Ils vont ainsi participer à la bataille de la mer de Corail, au cours de laquelle ils seront endommagés, au point d'être indisponibles pendant plus d'un mois. Du côté américain, le grand porte-avions a été coulé et le porte-avions , endommagé, mais réparé à Pearl Harbor de sorte qu'il est de nouveau opérationnel à la fin mai.
Midway (4-6 juin 1942)
La bataille de Midway a résulté de la volonté de l'amiral Yamamoto d'aller débarquer sur l'atoll de Midway, position avancée de la Flotte américaine dans le Pacifique central. La force de débarquement devait être escortée par la Flotte du vice-amiral Kondō, les porte-avions du vice-amiral Nagumo devaient assurer la couverture éloignée, et la Flotte, c'est-à-dire les cuirassés, sous la conduite personnelle du commandant en chef de la Flotte combinée, aurait été en position d'affronter les grands bâtiments américains sortis de Pearl Harbor, dans une « bataille décisive ». Plusieurs éléments ont fait échouer ce plan. La surprise n'a pas joué en faveur des Japonais, comme à Pearl Harbor. Cette fois-ci, en décryptant des écoutes radio, les Américains ont su où les Japonais allaient attaquer, et l'amiral Nimitz a fait prendre position à ses trois porte-avions à 350 nautiques au nord-est de Midway, ce que les reconnaissances japonaises n'ont pas détecté. Par ailleurs les forces japonaises ont eu un triple déficit de concentration des moyens. D'abord deux des six grands porte-avions japonais ont été indisponibles, à la suite des dégâts qu'ils avaient subis à la bataille de la mer de Corail. Ensuite les forces japonaises du Pacifique central et celles du Pacifique nord qui devaient mener dans le même temps, avec deux porte-avions, une attaque contre les îles Aléoutiennes, n'étaient pas en mesure de s'appuyer mutuellement, à km l'une de l'autre. Enfin les grands cuirassés de l'amiral Yamamoto étaient trop éloignés des porte-avions du vice-amiral Nagumo pour les faire bénéficier du soutien de leur DCA.
Le , vers , une première vague d'avions de l'aviation embarquée japonaise a attaqué Midway. Peu après, la présence à la mer de porte-avions américains a été repérée, mais des renseignements précis ne sont pas parvenus au vice-amiral Nagumo avant . Le contre-amiral Yamaguchi a demandé la permission de lancer une attaque sans délai, avec les avions immédiatement disponibles. Mais le vice-amiral Nagumo, plus à l'aise pour mener des opérations soigneusement préparées, a tergiversé, décidant de mener une deuxième attaque sur Midway, avant de donner ordre de modifier l'armement des avions, portant des bombes pour une attaque contre la terre, par des torpilles, et garder les ponts dégagés pour le retour de la première vague. Les porte-avions japonais ont supporté sans grands dommages les premières attaques de l'aviation basée à Midway et de l'aviation embarquée sur les et , mais des bombardiers en piqué de l', vers , ont surpris les Japonais et réussi à endommager très gravement l', et mis en flammes les et Sôryû, qui ont dû très vite être abandonnés.
Une première attaque de l'aviation embarquée du Hiryū immobilise vers midi l', laissant croire aux attaquants japonais qu'il est perdu. Mais ses équipes de sécurité vont parvenir à le remettre en marche, de sorte que lorsqu'une seconde vague d'attaque japonaise l'immobilise à nouveau, les Japonais croient avoir détruit un second porte-avions américain. Dans l'après-midi, l'aviation embarquée des et mettent hors de combat le Hiryū. Trois porte-avions japonais sont achevés par des destroyers américains dans la soirée du , et le Hiryū, dans la matinée du 5, tandis que l', resté à flot sera achevé par un sous-marin japonais, le dans l'après-midi.
Guadalcanal (août-novembre 1942) Les pertes de Midway conduisent à une modification profonde de l'ordre de bataille japonais, mise en place le . La Flotte aérienne et sa force de frappe, qui ont été anéanties à Midway, sont formellement dissoutes. Une Flotte est reconstituée, avec le vice-amiral Nagumo à sa tête, comprenant une nouvelle , composée des Shokaku, Zuikaku, et Zuiho, sous les ordres directs du vice-amiral Nagumo, et une Division, avec les porte-avions Jun'yō, Hiyo et Ryūjō , prenant la suite de l'ancienne Division, avec toujours le vice-amiral Kakuta à sa tête. Une Flotte est constituée, aux ordres du vice-amiral Mikawa, dont la Division de cuirassés est confiée au vice-amiral Kurita, scindée en deux sections, la première ( et Haruna) lui étant rattachée, et la ( et Kirishima), est confiée au contre-amiral Abe. Le contre-amiral Hara, précédemment commandant de la Division de porte-avions, succède au contre-amiral Abe à la tête de la Division de croiseurs, et le contre-amiral Nishimura avait succédé fin juin au vice-amiral Kurita à la tête de la Division de croiseurs.