vignette|right|Patrimoine naturel mondial de la Réunion avec ses paysages intérieurs extraordinaires. La randonnée pédestre est une activité sportive de pleine nature très pratiquée sur l'île de La Réunion, département d'outre-mer français dans le sud-ouest de l'océan Indien. De fait, elle constitue l'activité-phare dans un vaste choix de sports de plein air proposés aux visiteurs, et elle séduit par ailleurs de plus en plus de pratiquants locaux depuis la fin des années 1990. Il existe de nombreuses randonnées accessibles à tous les publics, courtes et comportant peu de dénivelés. Mais certains parcours requièrent toutefois une bonne condition physique tant le relief montagneux que l'on trouve dans les Hauts peut se révéler escarpé.
Pratique Histoire Le développement de la randonnée en tant que discipline de loisir est relativement récent à La Réunion. Il va de pair avec le développement d'un tourisme « vert », qui vient compléter le tourisme balnéaire, dit tourisme « bleu ». Néanmoins, si l'on en croit André Jean Benoît, auteur d'une histoire du sport dans les îles des Mascareignes, les randonnées et excursions en montagne connurent dès l'Entre-deux-guerres un essor certain à La Réunion, les scouts les développant à compter de 1926, et surtout à partir de 1934, quand leur mouvement prend de l'ampleurSport colonial, André Jean Benoît, Éditions L'Harmattan, Paris, 1996 – .. Désormais, pendant les vacances, on organisait des camps et des randonnées dans les cirques pour les louveteaux.
De fait, les Hauts de l'île étaient désormais considérés comme un refuge idéal pour les enfants malingres, et des voies furent inaugurées à la même époque : en 1919, on ouvrit le sentier entre Hell-Bourg et la caverne Mussard ainsi que celui qui reliait par ailleurs Cilaos à la caverne Dufour, la voie actuelle menant au Piton des Neiges. De même, le chemin d'accès menant au volcan appelé Piton de la Fournaise fut inauguré en 1928. Mais il ne semble pas, d'après André Jean Benoît, que ces sentiers furent très empruntés.
Fréquence et durée Si l'on en croit Muriel Augustini et Olivier Bessy, la saison chaude, humide et moins ventée qui s'étend de novembre à avril est assez favorable à la plongée, au surf, au parapente, au canoë-kayak, « alors que la saison sèche, plus fraîche et plus ventée (mai-octobre) est davantage favorable aux randonnées équestre et pédestre, au VTT, à l'escalade, au canyoning et à la voile »« Le rôle des loisirs sportifs dans l'attractivité touristique de La Réunion », Muriel Augustini et Olivier Bessy, .. C'est également ce que soulignaient Patrick Bouchet et Jean-Christophe Gay dès 1998 : « La période la plus propice à la randonnée est la saison fraîche de mai à novembre : c'est le moment où sont organisés les grands raids pédestres. » À cette époque de l'année, les sentiers ne sont pas boueux, il pleut moins« Les Hauts de La Réunion conquis par les loisirs », Patrick Bouchet et Jean-Christophe Gay, Mappemonde, n°51, 1998.. À tel point qu'au cirque de Mafate, dont les gîtes ne sont fréquentés que par les marcheurs, « la période janvier-mars est généralement considérée comme une "saison creuse" »<ref>« Fréquentation proche de zéro à Mafate », Journal de l'île de La Réunion, .</ref>.
Ce fait est confirmé par Isabelle Musso, qui écrit à ce sujet que « les mois creux sont essentiellement les mois de février, mai et juin où ni les locaux ni les touristes ne fréquentent les hébergements touristiques, les zones balnéaires et les sentiers de randonnée »« Tourisme et pratiques culturelles vacancières : le cas de l’île de La Réunion », Isabelle Musso, .. De même, les chiffres recensant le nombre de nuitées passées dans les gîtes de montagne à La Réunion en 1997 confirment que c'est bien cette période qui est la moins favorable à la randonnée, et ils indiquent que c'est précisément février le mois de l'année qui lui est le moins propice. À l'inverse, août est clairement le mois qui lui est le plus propice, suivi d'octobre et de novembre, à parité. Et la fréquentation des gîtes est tout de même 5,3 fois plus forte en août qu'en févrierLe tourisme vert, Claudine Loewenhaupt, Observatoire du développement de La Réunion, Études et Synthèses, n°35, ..
Équipement vignette|right|Un marcheur portant un sac de randonnée sur le chemin Crémont.
Pratiquants Nombre vignette|right|Un groupe de randonneurs se reposant sur un cône volcanique de l'Enclos Fouqué. En 2003, selon Muriel Augustini et Olivier Bessy, il n'y avait que 861 licenciés de la Fédération française de randonnée pédestre à La Réunion, contre sur l'ensemble du territoire national. Les licenciés réunionnais ne représentaient donc que 0,5 % de l'ensemble des licenciés de France. À part la voile, pour laquelle elle n'était que de 0,4 %, aucun des autres sports nature étudiés par les deux chercheurs ne présentait une proportion aussi faible de licenciés réunionnais dans l'ensemble français. Les Réunionnais représentaient jusqu'à 8,4 % des licenciés français de surf et de sports dérivés cette même année 2003.
Avec ces 861 licenciés, la randonnée pédestre captait tout de même, cependant, 12,0 % des adhérents réunionnais à l'une ou l'autre des fédérations représentant les dix sports nature étudiés, un chiffre qui inclut bien évidemment plusieurs fois toutes les personnes licenciées de plusieurs fédérations. Mais cela restait moins que les 14,0 % captés par le canoë-kayak, qui comptait donc licenciés, mais surtout que les 31,2 % attirés par la plongée, qui avait précisément licenciés. Si l'on se fie au nombre de ses licenciés, la randonnée n'était donc que le troisième sport nature le plus pratiqué à La Réunion en 2003, le même critère la plaçant au deuxième rang ex æquo derrière la voile en France, avec cette fois 22,8 % du nombre total de licenciés des dix sports nature étudiés.
En fait, le nombre de licenciés rapporté au nombre de pratiquants effectifs était particulièrement faible à La Réunion : ce rapport était de 0,3 % à peine, alors qu'il était de 1,1 % en France, également pour la randonnée, ou encore de 27,3 % sur l'île même, mais cette fois pour la voile, qui détenait le record local des sports nature étudiés en la matière. On estimait en effet à le nombre total de pratiquants à La Réunion. Cela représentait cette fois 2,1 % du nombre total de pratiquants à l'échelle nationale, estimé à 15 millions. La randonnée n'était plus dépassée, suivant ce nouveau critère, que par le parapente, qui captait localement 20,8 % des pratiquants de France, le surf et ses dérivés, qui en faisaient autant de 14,5 % de tous ses pratiquants dans le pays, et enfin la plongée, qui recensait à La Réunion 8,2 % de ses adeptes.
La randonnée était surtout très clairement le sport nature le plus pratiqué à La Réunion en 2003, comme c'était d'ailleurs le cas en France. La part qu'elle prenait dans l'ensemble des pratiquants des dix sports étudiés était de 61,9 %, soit un pourcentage supérieur à celui de 61,1 % enregistré en France : la randonnée séduit dans l'île davantage d'adeptes des sports nature que dans l'ensemble du pays, un état de fait qui est sans doute dû à la non prise en compte dans ces pourcentages des sports d'hiver, par exemple. Quoi qu'il en soit, la randonnée pédestre distance la plongée, qui arrivait au deuxième rang bien loin derrière avec pratiquants, soit 10,2 % du total étudié à peine.
Origine géographique Sur l'ensemble des randonneurs comptabilisés dans l'île durant l'année 2003, , c'est-à-dire 38,3 % d'entre eux, étaient des résidents de l'île, et , c'est-à-dire les 61,7 % restants, étaient des touristes extérieurs. À La Réunion, la randonnée pédestre attirait donc bien plus de touristes extérieurs que de résidents. Seul le parapente attirait une proportion encore plus grande de touristes venus de l'extérieur de l'île, de 71,2 %. Cette inégalité est également constatable en observant les participants au Grand Raid : « 62 % des participants sont originaires de la métropole et seulement 28 % de La Réunion. »« La provenance des participants au Grand Raid de La Réunion », Olivier Bessy et Olivier Naria.
Dans le même temps, les randonneurs représentaient jusqu'à 70,4 % du nombre total cumulé des pratiquants des 10 sports nature étudiés parmi les touristes extérieurs. En fait, pour ces touristes extérieurs, les chiffres manipulés proviennent d'une enquête réalisée auprès des touristes non-résidents en 2001. Sur touristes, 70 % déclaraient alors avoir pratiqué au moins une activité physique sportive ou un sport de plein air motorisé, ce qui faisait touristes au total. Sur ce total, 65 % s'adonnaient à la randonnée pédestre.
Sorties Muriel Augustini et Olivier Bessy estiment à un million le nombre total de sorties qu'ont effectué les randonneurs en 2003, ce qui fait 60,1 % de toutes les sorties enregistrées dans les dix sports étudiés, soit tout de même moins que la part des randonneurs dans l'ensemble des pratiquants. Cela faisait quand même 3,2 sorties par pratiquant par an, un chiffre moyen. La Maison de la Montagne et de la Mer parle quant à elle de son côté en 2004 de seulement un million de journées par an sur les sentiers pour l'ensemble des randonneurs« Mafate, sanctuaire en péril », Journal de l'île de La Réunion, ..
Si ces sorties ne sont ni spécialement nombreuses ni spécialement peu nombreuses, on peut penser qu’elles sont plutôt longues au regard de celles qui sont réalisées dans le cadre d’autres sports nature. Ainsi, en 1998, Patrick Bouchet et Jean-Christophe Gay signalaient sur un schéma que de toutes les activités de loisirs pratiquées par les touristes extérieurs dans l’île la grande randonnée était effectivement la plus longue, avec une moyenne de 10 jours pour chaque sortie. Les résidents lui consacraient quant à eux peut-être 2 jours et demi en moyenne, mais on enregistrait tout de même de leur part des sorties plus longues, dans le cadre de sports motorisés à la pratique nettement plus confidentielle. D'après les deux auteurs, en 1998, la grande randonnée ne séduisait pourtant qu'environ touristes extérieurs et locaux, ce qui n'en faisait que leur troisième activité de loisir en nature après le pique-nique et les promenades et visites.
Si les différents chiffres donnés d'une part par Olivier Bessy et Olivier Naria et d'autre part par Patrick Bouchet et Jean-Christophe Gay n'ont qu'un tant soit peu de rapport entre eux, cela signifie que le nombre de randonneurs a explosé au tournant du siècle à La Réunion, et même si on considère que le terme « grande randonnée » utilisé par les seconds ne couvre qu'une partie de ce que couvre le mot « randonnée pédestre » employé par les premiers. Ceci est d'autant plus probable que des chiffres parus dans des travaux légèrement antérieurs d'Olivier Bessy et Olivier Naria, qui ont visiblement été corrigés à la baisse en 2003, font état dès 2002 d'encore plus de randonneurs, non pas de mais de , parmi lesquels cette fois une majorité de locaux : ils auraient été au nombre de .
Profil sociologique vignette|right|Des pratiquants d'un certain âge sur le sentier facile de la Cascade Biberon.