Louis Dimier, né le à Paris (10e arrondissement), mort le à Saint-Paul-sur-Isère (département de la Savoie), est un homme de lettres, critique d'art, écrivain, historien et militant d'extrême droite monarchiste de l’Action française.
Biographie Son père, Joseph Louis Dimier, originaire de Moûtiers (département de la Savoie)., époux de Marie Virginie Delsart, fabricant de papier, meurt en 1870 à Paris (10e arrondissement).
Louis Dimier se présente d'ailleurs aux élections législatives de 1893 dans l'arrondissement de Moûtiers, mais échoue face à un candidat radical.. Il est directeur du journal le Réveil savoyard fondé en 1906.. Il devient le secrétaire perpétuel de l’Académie de la Val d'Isère de 1938 jusqu'en 1940. Il est l'époux d'Henriette Louise Marie BarbeauActe de décès numéro 12 de la commune de Saint-Paul-sur-Isère (Savoie) pour l'année 1943.. Un de ses fils, Joseph, entre chez les Trappistes et prend le nom de religion d'Anselme. Il est notamment connu pour son travail d'historiographe de l'ordre cistercien ..
En 1892, il est reçu à l'agrégation de philosophie, le quatrième. Il est docteur ès lettres après avoir soutenu en 1900 une thèse sur Le Primatice, peintre, sculpteur et architecte des rois de France (publiée par l'éditeur Ernest Leroux). En 1907, il fonde avec quelques amis l’Institut d'Action française, puis y enseigne l'histoire des idées politiques à la chaire RivarolLe Maurassisme et la culture, Michel Leymarie, Olivier Dard, Jacques Prévotat, Neil McWilliam, Presses Univ. Septentrion, juin 2010, 370 p., .Les textes de ces cours sont réunis dans l'ouvrage Les maîtres de la contre-Révolution au , Paris, Librairie des Saints Pères et Nouvelle librairie nationale, 1907..
En , avec Charles Maurras, il est l’un des cofondateurs du quotidien L’Action française (successeur du mensuel, la Revue d’Action française), l’organe de presse du mouvement politique de même nom.. Dimier fut un contributeur régulier d'articles. Après avoir longuement milité auprès de Charles Maurras, il se brouille avec ce dernier à la suite d'une violente polémique politique vers 1925 et quitte la vie politique pour se consacrer exclusivement à la critique d'art. Il a raconté ces années d'engagement dans un ouvrage autobiographique intitulé Vingt ans d'Action française (Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1926). On lui doit de nombreuses études sur la peinture française, quelques romans et des ouvrages polémiques.
Travaux et convictions Louis Dimier est souvent perçu comme un cas à part chez les historiens : son point de vue sur l’histoire de l’art est fortement lié à son engagement politique ; toute son œuvre résulte de sa haine profonde de la Révolution française.
Spécialiste de l’art en français depuis la fin du Moyen Âge, il est un admirateur de l’Ancien Régime et partisan du Grand Siècle. Dimier « prône les institutions absolutistes et féodales qui ont garanti l’ordre, protégé la foi, répandu le bonheur et la prospérité, et assuré la supériorité culturelle de la FranceNeil McWilliam, “Érudition et engagement politique. La double vie de Louis Dimier », dans Claire Barbillon, Roland Recht, Philippe Sénéchal, Histoire de l’histoire de l’art en France au . Actes du colloque international, Paris, INHA et Collège de France, 2-5 juin 2004, Paris, La Documentation française, 2008 ». Ainsi, Dimier fait un rejet total de la Révolution française : la République, dans sa volonté d’oublier le passé monarchique, aurait été néfaste pour les Beaux-Arts (parlant notamment des destructions révolutionnaires). Ainsi, les violences « contre l’édifice politique et social laborieusement construit à travers le temps » ont bafoué la supériorité culturelle de la France, la remplaçant par une forme d’anarchie.
Cependant, le nationalisme intégral de l’Action française que partage Dimier met l’auteur dans une position d’équilibre fragile, puisque certaines de ses convictions intellectuelles sont en contradiction avec les lignes directrices du mouvement : en tant qu’historien de l’art, Dimier est clairement antinationaliste. La thèse de Dimier, soutenue en 1900, soutient, à travers l’exemple du Primatice, que la Renaissance française apparaissant sous le patronage de François est due aux artistes italiens appelés par le monarque. Ainsi, tandis que certains voyaient dans l’école de Fontainebleau une « dangereuse contamination d’un art national par l’importation d’un art étranger et décadent », Dimier considère le Primatice comme l’initiateur de la Renaissance en France, c’est grâce à ces artistes italiens que la France accède enfin à la culture classique.
Dimier était donc patriote et nationaliste, tenté par la restauration de la Couronne en plaçant le duc d’Orléans sur le trône. Cependant, artistiquement il était radicalement antinationaliste et « considérait comme creuse l’idée d’art françaisHenri Zerner, “Histoire de l'art et idéologie politique chez Jules Renouvier et Louis Dimier », dans Claire Barbillon, Roland Recht, Philippe Sénéchal, Histoire de l’histoire de l’art en France au . Actes du colloque international, Paris, INHA et Collège de France, 2-5 juin 2004, Paris, La Documentation française, 2008 » authentique, se positionnant « contre les partisans d’un art autochtone ».
Ainsi, bien qu’il ne crût pas au nationalisme culturel, Dimier estimait que la supériorité artistique de la France existait grâce à l’effort progressiste (principalement depuis l’expérience de Fontainebleau). « Le progrès est le fruit lentement accumulé de l’expérience qui mûrit dans les institutions façonnées par chaque génération […] [c’est un] enrichissement du présent par un passé qui s’adapte aux changements de la vie à travers le temps ».
Mais la Révolution française, corrompue par la philosophie de Rousseau, a tout effacé. Dimier écrit : « Quinze siècles de politique illustre, de guerres glorieuses, d’art florissant, d’essor intellectuel unique et admirable auraient attendu le verdict d’une secte ignare et fanatique jugeant selon des maximes honnies de la raison civilisée ! »Louis Dimier, Les préjugés ennemis de l’histoire de France, Paris, Nouvelle Librairie Nationale, 1908. Ainsi, selon Dimier, pour que la France conserve son patrimoine, il est nécessaire de lui maintenir ses traditions, racines de son histoire.
Chez Dimier, la tradition artistique se confond donc avec l’idéologie politique : l’environnement politique est le cadre essentiel de la réussite culturelle. Sous l’Ancien Régime, l’Académie royale de peinture et de sculpture a permis à la France d’atteindre « le sommet de sa gloire artistiqueNeil McWilliam, “Érudition et engagement politique. La double vie de Louis Dimier », dans Claire Barbillon, Roland Recht, Philippe Sénéchal, Histoire de l’histoire de l’art en France au . Actes du colloque international, Paris, INHA et Collège de France, 2-5 juin 2004, Paris, La Documentation française, 2008 » tandis que les réformes de la Révolution française ont entraîné la chute de l’art français ; le monarque est garant du progrès et du rayonnement de l’art.
Cependant, tradition rime également avec innovation : « [le] progrès régulier […] [l’] enrichissement de l’art […] c’est d’un changement paisible qu’il s’agit, opéré du consentement général, comme un pas en avant dans les ressources de l’artLouis Dimier, « Histoire de la peinture française », conférence à l’Académie d’art de l’University for American, 1919 ». Cette structure organisée a été compromise par la Révolution ; 1789 : la tradition comme guide est rejetée et abolie. On recherche un nouvel état primitif et naturel de l’art en accord avec la fondation d’une nouvelle société ; « ne relever d’aucun enseignement de l’histoire, mais de la raison philosophique seulement ».
L’Histoire de la peinture française au (1914) fait le tableau des méfaits de la Révolution. Ainsi, d’après Dimier, David a trahi la tradition qui avait garanti le progrès de l’art ; l’âge classique croyait aux principes universels du beau, avec ses « doctrines archaïsantes », David a perverti le classicisme. « Ce purisme affecté […] mène infailliblement à de pires décadences que toutes celles qu’il prétend guérirLouis Dimier, Introduction de Joshua Reynolds : Discours sur la peinture, 1909 ». La suppression des institutions de l’Ancien Régime a entraîné un individualisme effréné et donc une incohérence et une dispersion des arts au . Pour Dimier, c’est donc l’Institution nationale et la tradition qui sont seuls véhicule de l’identité nationale : la France a été façonnée par ses rois depuis sa naissance sous la dynastie capétienne, la nation est donc une création forgée à travers le temps.
Le fonds d'archives Louis-Dimier L'INHA conserve un important fonds d'archives de cet historien d'art, comprenant papiers personnels, manuscrits d'ouvrages et correspondance, donné par ses descendants en 1946 et 1976, avec versement complémentaire en 2022.
Vente Louis Dimier Le , à Paris, se déroula la vente aux enchères de la collection de dessins anciens de Louis Dimier. Frits Lugt analyse cette collectiondans son ouvrage Marques de collection, (Dessins-Estampes), supplément, La Haye, 1956, ; Lugt en ligne http://www.marquesdecollections.fr/detail.cfm/marque/8208/total/1 :
Œuvres Le Primatice, peintre, sculpteur et architecte des rois de France. Essai sur la vie et les ouvrages de cet artiste, suivi d’un catalogue raisonné de ses dessins et de ses compositions gravées, Paris, Leroux, 1900 Lien vers l'ouvrage, prix Charles-Blanc de l’Académie française en 1902. French Painting in the sixteenth century, Londres, Duckworth, 1904 Lien vers l'ouvrage Les Maîtres de la contre-Révolution au dix-neuvième siècle, Paris, Librairie des Saints-Pères et Nouvelle Librairie nationale, 1907 Lien vers l'ouvrage Les Préjugés ennemis de l’histoire de France, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1908 Lien vers l'ouvrage Discours sur la peinture : lettres au flaneur; suivis des Voyages pittoresques, Paris, H. Laurens, 1909, prix Langlois de l’Académie française en 1910. Portraits des rois et des reines de France, Paris, Action française, 1910 Les Grands Palais de France, Fontainebleau, Paris, Eggimann, 1910 Les Primitifs français, biographie critique illustrée, Paris, Laurens, 1911 L’Architecture et la décoration française aux s, Paris, Eggimann, 1912 Guides artistiques et pittoresques des pays de France : Haute-Normandie, Basse-Normandie, prix Marcelin Guérin de l’Académie française en 1913. Histoire de Savoie, des origines à l'annexion, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1913. Histoire de la peinture française au , Paris, Delagrave, 1914 Faits et idées de l’histoire des arts, Paris, Bloud et Gay, 1923 Histoire de la peinture de portrait en France au , accompagnée d’un catalogue de tous les ouvrages subsistant en ce genre, de crayon, de peinture à l’huile, de miniature, d’émail, de tapisserie et de cire en médaillons, Paris/Bruxelles, Van Oest, 1924-1926 Histoire de la peinture française. Des origines au retour de Vouet (1300-1627), Paris/Bruxelles, Van Oest, 1925 Histoire de la peinture française. Du retour de Vouet à la mort de Le Brun (1627-1690), Paris/Bruxelles, Van Oest, 1926 Vingt ans d’Action française, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1926 La vie raisonnable de Descartes, Paris, Librairie Plon (collection Le roman des grandes existences), 1926 Le Primatice, Paris, Albin Michel (collection Les maîtres du Moyen Âge et de la Renaissance), 1928 Les Peintres français du . Histoire des vies et catalogues de leurs œuvres, Paris/Bruxelles, Van Oest, 1928, 2 volumes. Le premier volume comporte les catalogues raisonnées d'Antoine Watteau, de François Lemoine, Coypel, Claude Gillot, Louis Galloche, Robert Tournières, Nicolas Vleughels, Jacques-François Delyen, Pierre Charles Trémolières, Jacob van Schuppen, Bonaventure de Bar, Claude Arnulphy, Gilles-Marie Oppenord, Pineau Père, Toro, Bernard Picart.