Salomé, parfois (en hébreu : , Shlomit ; en grec ancien : , Salṓmē), est une princesse juive du mentionnée chez l'historiographe judéo-romain Flavius Josèphe. Fille d'Hérodiade et d'Hérode « fils d'Hérode », elle épouse en premières noces son oncle (le demi-frère de son père) , puis Aristobule de Chalcis, roi d'Arménie MineureMireille Hadas-Lebel, « Généalogie des Hérodiens », dans Rome, la Judée et les Juifs, éd. Picard, 2009, 44..

Dans le Nouveau Testament, une « fille d'Hérodiade » — habituellement identifiée par la tradition chrétienne à cette Salomé — est protagoniste d'un épisode des évangiles selon Matthieu. et selon Marc. qui est semblable à un récit vétérotestamentaire et à un autre populaire, profane. Son possible aspect scandaleux le rend peu vraisemblable pour certains historiensÉtienne Trocmé, L'évangile selon saint Marc, éd. Labor et Fides, 2000, 170. : la fille — ou la « fillette »Étienne Trocmé, L'évangile selon saint Marc, éd. Labor et Fides, 2000, 175. — d'Hérodiade danse devant Hérode AntipasHabituellement considéré comme son beau-père, l'analyse textuelle de l'évangile selon Marc fait qu'on ne peut exclure que son rédacteur envisage qu'Hérode soit le père de la fillette, ce qui est sujet à débat chez les historiens ; cf. Benoît Standaert, « Évangile selon Marc, commentaire : deuxième partie, Marc 6, 14 à 10, 52 », dans Études bibliques, n° 62, éd. J. Gabalda, 2010, 480. qui est son beau-père, peut-être son père. Charmé, celui-ci lui accorde ce qu'elle veut. Sur le conseil de sa mère, elle réclame alors la tête de Jean Baptiste, qu'Hérode Antipas fait apporter sur un plateau.

Alors que la Salomé des Évangiles peut apparaître comme une enfant manipulée et sans initiative, les hagiographes et les artistes en font un personnage de tentatrice sensuelle, particulièrement aux .

Flavius Josèphe La seule mention explicite de « Salomé », fille d'Hérodiade et d'Hérode fils d'Hérode (appelé Philippe dans les évangiles), se trouve dans la du du des Antiquités judaïques de Flavius JosèpheFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 4 Antiquités Judaïques..

Le père de Salomé, Hérode fils d'Hérode le Grand et de la fille du grand-prêtre Simon Boëthos, est appelé Philippe dans les évangiles. Certains historiens supposent donc qu'il s'appelait Hérode Philippe, alors que d'autres rejettent cette appellation en considérant les évangiles comme insuffisamment fiables. Il ne faut pas confondre ce « Philippe » avec le tétrarque de Batanée, un autre fils d'Hérode le Grand lui aussi appelé Philippe qui est le premier mari de Salomé. Mariage avec une très jeune fille qui a probablement été de très courte durée. D'après Christian-Georges Schwentzel, Salomé ne devait guère être âgée de plus de onze ou douze ans, à la mort de son premier époux. Elle était probablement trop jeune pour avoir un enfant, ce qui explique pourquoi le tétrarque Philippe est mort sans héritierChristian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, ..

Hérodiade, la mère de Salomé, quitte son mari Hérode, fils d'Hérode (Hérode Boëthos ou Hérode Philippe), pour se marier avec le demi-frère de celui-ci, Hérode Antipas, qui est tétrarque de Galilée. Flavius Josèphe évoque un comportement contraire aux lois nationales, qui fait référence au fait qu'Hérodiade « s'est séparée de son mari encore vivant ». Il précise la généalogie de Salomé en ces termes :

Salomé figure aussi sur trois monnaies de son deuxième mari Aristobule de Chalcis, le roi d'Arménie Mineure.

Un mariage contesté Pour être nommé à la tête de la tétrarchie de Philippe par l'empereur, Antipas a imaginé conforter sa position en se mariant avec HérodiadeNikkos Kokkinos, The Herodian Dynasty: Origins, Role in Society and Eclipse, Journal for the Study of the Pseudepigrapha Supplement Series, 1998, Sheffield Academic Press, Sheffield, 267-268., la mère de Salomé. « Il se dit qu'un mariage avec Hérodiade pourrait renforcer sa prétention à obtenir un jour le titre royal de la part de l'empereurChristian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, 216-217.. » « Partant pour Rome », là où tout se décide, Antipas passe proposer le mariage à Hérodiade, ce qu'elle s'empresse d'accepterChristian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, .. Elle décide de se séparer de son mari encore vivantChristian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, ., ce qui fait scandale dans la région dès que ce projet est révélé. Ils conviennent qu'elle cohabitera avec lui dès qu'il sera rentré de Rome et surtout « qu'il répudierait la fille d'Arétas », avec laquelle Antipas était mariéFlavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 1.Nikkos Kokkinos, in Jack Finegan, Chronos, kairos, Christos: nativity and chronological studies, éd. Jerry Vardaman & Edwin M. Yamauchi, 1989, 133..

La manœuvre est habile car Hérodiade, descendant à la fois d'Hérode le Grand et des Hasmonéens, est d'une lignée nettement plus assurée que la sienne et une union matrimoniale pourrait renforcer la prétention d'Antipas à obtenir le titre royal de la part de l'empereur. La mère de Salomé est aussi la sœur du futur Christian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, 225., adversaire potentiel d'Antipas, qui d'ailleurs gagnera finalement ce combat d'influence lorsque Caligula lui donnera les territoires de l'ancienne tétrarchie de Philippe, augmenté de la principauté de ChalcisChristian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, ., avec le titre de roi de Batanée (printemps 37).

Le récit évangélique

Salomé n'est pas nommée dans les Évangiles, où apparaît un personnage — une fillette — identifiée comme « la fille d'Hérodiade » (ou d'« Hérodias » selon les traductions)Pour certains spécialistes comme Étienne Trocmé c'est l'identification même de Salomé qui pose un problème, puisqu'ils interprètent le texte en grec de l'évangile selon Marc comme parlant d'une fille portant le même nom que sa mère: Hérodiade cf Étienne Trocmé, L'évangile selon Marc, éd. Labor et Fides, Genève, 2000, 172 ; Taylor, V. (1966). The gospel according to St Mark, 2nd Edition. London: Macmillan .

Dans les Évangiles, Jean-Baptiste dénonce le remariage d'Hérodiade avec Hérode Antipas.

L'Évangile selon Marc (vers 68-73Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? , Bayard, 2010, 169.), 6:17-28Traduction de Louis Segond, disponible sur Wikisource., indique :

L'Évangile selon Matthieu (vers 80-90Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? , Bayard, 2010, 214.), 14:3-11Traduction de Louis Segond, disponible sur Wikisource., indique :

Ce passage ne figure pas dans les autres évangiles qui sont parvenus jusqu'à nous.

Pour plusieurs auteurs, cette « séquence évangélique » évoque le livre d'EstherMarc, vi, cf. Esth, ii, 9 ; Marc, vi, 23, cf. Esth., v, 3... Pour Claudine Gautier, « le récit évangélique emprunte à deux sortes de sources. Des sources vétérotestamentaires tout d’abord. Cette jeune fille à qui, parce qu’elle lui a plu au cours d’un banquet, un roi promet : « ce que tu me demanderas, je te le donnerai, jusqu’à la moitié de mon royaume » (Marc 6,23), n’est pas sans rappeler l’héroïne du livre d’Esther, à qui le roi Assuérus, séduit lui aussi au cours d’un banquet, fait mot pour mot la même promesse (Esther 5,3-6 ; 7,2). La première reçoit sur un plat la tête du Baptiste, la seconde obtient la mise à mort de Haman, le conseiller félonDominique Casajus, Au sujet du livre de Claudine Gauthier: Saint Jean et Salomé. Anthropologie du banquet d’Hérode, Archives de sciences sociales des religions, n° 148, octobre-décembre 2009.. »

Monnaies vignette|Monnaie d'Aristobule et Salomé. L'effigie de Salomé figure sur trois monnaies de son mari Aristobule de Chalcis, le roi d'Arménie Mineure. Sur l'une de ces monnaies on lit ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΑΡΙΣΤΟΒΟΥΛΟΥ « (Monnaie) du roi Aristobule ». « Au revers, figure le buste de la reine, seule image connue de Salomé. Elle est sans voile, seulement coiffée d'un diadéma dont les pans flottent à l'arrière du buste »Christian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, 279.. Sur ce revers est inscrit « (Monnaie) de la reine Salomé ». Selon Christian-Georges Schwentzel, Un second type monétaire d'Aristobule a été découvert dans une collection privée, mais sur celle-ci Salomé ne figure pasChristian-Georges Schwentzel, "Hérode le Grand", Pygmalion, Paris, 2011, 281..

Arbre généalogique

L'ordre des enfants d' et Bérénice fille de Salomé, sœur d'Hérode le Grand est arbitraire. Bérénice et sont permutés pour la commodité de la représentation.

Légendes

Selon un texte apocryphe, la Lettre d'Hérode à Pilate, Salomé mourut en passant sur un lac glacé : la glace se brisa et elle tomba jusqu'au cou dans l'eau. La glace se reforma autour de son cou, laissant apparaître sa tête comme posée sur un plateau d'argent. Cette légende est parfois située au lac de Barbazan (Haute-Garonne), près de Saint-Bertrand de CommingesHenry Pac, Les églises du pays de Luchon, L'Adret, 1983, p. 68 . Selon Flavius Josèphe, Hérode Antipas et Hérodiade auraient été exilés à , selon les Antiquités judaïques et selon la Guerre des Juifs Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, , , 2 ; tous les manuscrits de la Guerre des Juifs (, , 6) ont ("en l’exilant en Espagne").. La plupart des critiques concilient ces deux données en supposant que cela correspond à l'ancienne Lugdunum Convenarum dans les Pyrénées. Hérodiade elle-même apparaît dans diverses légendes pyrénéennes comme un personnage maléfiqueBernard Duhourcau, Guide des Pyrénées mystérieuses, Tchou, 1985..

Adaptations Peinture

Vers 1310, une fresque byzantine de l'église des Saints-Apôtres de Thessalonique représente Salomé dansant, le corps ondulant, tenant des foulards et portant sur sa tête un plateau avec la tête coupée de Jean le BaptisteElpedia, « La Danse de Salomé aux Saints Apôtres de Thessalonique ».

Au , le personnage de Salomé a inspiré plusieurs maîtres des écoles allemande et flamande, parmi lesquels Rogier van der Weyden, Memling et Cranach l'Ancien. L'école italienne reprend également ce thème, notamment Botticelli, Sebastiano del Piombo, le Titien, Le Caravage, Battistello Caracciolo, Guido Reni, le Guerchin ou Carlo Dolci. Certains de ces artistes, en particulier le Titien et le Caravage, consacrent plusieurs toiles à Salomé.

Au , Gustave Moreau consacre lui aussi plusieurs tableaux et dessins à Salomé, entre autres Salomé dansant devant Hérode, 1876, (Los Angeles, The Armand Hammer Museum of Art & Collection), Salomé au Jardin, 1878-1885, aquarelle, (Le Caire, musée Mahmoud-Khalil), Salomé en prison et L'Apparition. De même, Aubrey Beardsley réalise plusieurs illustrations lors de la parution de la pièce d'Oscar Wilde, Salomé. Parmi les autres artistes inspirés par ce thème, on pourra citer Georges Desvallières, Gustave Doré, Henri Regnault, James Tissot, Maurycy Gottlieb, Lovis Corinth, Georges Paul Leroux, Franz von Stuck ou Gustav-Adolf Mossa.

Littérature vignette|redresse|Salomé dansant en portant la tête de Jean le Baptiste, mosaïque de style byzantin, basilique Saint-Marc de Venise, première moitié du s. Si le personnage de Salomé reste une figure mineure du Nouveau Testament, sa postérité littéraire est importante. Au Moyen Âge, c'est essentiellement à des fins d'édification que la jeune fille apparaît dans les récits littéraires. Dans La Légende dorée de Jacques de Voragine, par exemple, Salomé la pécheresse, qui a obtenu la tête de Jean Le Baptiste est sévèrement punie pour son acte indigne : elle meurt, soit engloutie par la terre, soit anéantie par le souffle de la bouche du saint qu'elle a fait tuer.