Winnaretta Singer, princesse de Polignac, dite « Winnie » ou « Tante Winnie », née à Yonkers (État de New York) le et morte à Londres le , est une mécène musicale d'origine américaine et une des héritières des machines à coudre Singer.
Biographie thumb|left|Façade d'Oldway Mansion. Ses parents sont l'inventeur et richissime homme d'affaires Isaac Merritt Singer et Isabella Eugénie Boyer. Elle passe ses premières années à Paris, où ses parents se sont installés à cause de la guerre civile américaine, puis dans leur immense demeure d', dans le Devon en Angleterre. Son père meurt lorsqu'elle a dix ans, laissant une fortune colossale d'environ trois milliards d'euros actuels. Elle retourne en France en 1879 avec sa mère qui s'installe à Paris avec son deuxième mari, un violoniste hollandais célèbre, Victor Reubsaet, fait duc de Camposelice par Humbert d'Italie en 1881.
Elle étudie le piano et l'orgue. Après un mariage malheureux avec le comte Louis de Scey-Montbéliard en 1887Elle se serait réfugiée sur une armoire pendant sa nuit de noces, effrayée de ce qui se passait et aurait menacé son mari de se tuer s'il l'approchait. (elle avait 22 ans), annulé par le Vatican en 1892, elle épouse l'année suivante le prince Edmond de Polignac, homosexuel discret de 59 ans, chacun vivant librement grâce à cette union chaste. Le mariage avait été arrangé par la comtesse Greffulhe et Robert de MontesquiouGeorge D. Painter, Marcel Proust, Paris, Mercure de France, 1966, ., faisant dire à Blanche, mère de Jacques-Émile Blanche, chez qui le prince de Polignac se rendait souvent : .
Homosexuelle comme son second mari, la princesse a des relations amoureuses notoires avec Ethel Smyth, Romaine Brooks, Olga de Meyer, , Renata Borgatti et Violet Trefusis.
Après le suicide en 1896 de sa sœur Isabelle, duchesse Decazes, elle élève en partie les enfants Decazes. thumb|left|Palais de la princesse à Venise. Elle tient un salon musical dans son hôtel particulier avenue Henri-Martin à Paris (de nos jours avenue Georges-Mandel)« Parcours mémori.elles », storymaps.arcgis.com, consulté le 15 avril 2025., ainsi qu'à Venise, dans son palais Contarini-Polignac, où elle invite Gabriel Fauré. Elle encourage la plupart des musiciens de son temps : Nadia Boulanger, Emmanuel Chabrier, Jean Françaix, Reynaldo Hahn, Darius Milhaud, Maurice Ravel, Henri Sauguet, Germaine Tailleferre, Jean Wiener, Isaac Albéniz, Igor Markevitch, Kurt Weill, Ethel Smyth, Karol Szymanowski. Les pianistes Ricardo Viñes, Blanche Selva, Clara Haskil, Lili Kraus, Arthur Rubinstein et la danseuse Isadora Duncan ont également profité de son aide.
Elle commande de nombreuses pièces à des compositeurs célèbres. On lui doit entre autres la création de Socrate d'Erik Satie, du Renard d'Igor Stravinsky, du Retablo de Maese Pedro de Manuel de Falla, du Concerto pour deux pianos et du Concerto pour orgue, cordes et timbales de Francis Poulenc. Ravel lui dédie sa célèbre Pavane pour une infante défunte.
Elle fréquente le salon littéraire de Geneviève Halévy, où l'on rencontre le prince Auguste d'Arenberg, Lucien Guitry, le peintre Antonio de La Gandara qui fait son portrait, le romancier Paul Bourget ou Edgar Degas, qui rompt avec Halévy lors de l'affaire Dreyfus.
Son sens des réparties acides la faisait surnommer dans les cercles parisiens « Vinaigretta ».
La princesse Edmond de Polignac est à l'origine de la collecte de fonds pour la construction d'un bâtiment de l'hôpital Foch, à Suresnes, dans la banlieue ouest de Paris« L'histoire de la Fondation Foch », fondation-foch.com, consulté le 27 novembre 2018.. En 1910, elle achète un terrain au 72 rue de la Colonie à Paris pour y faire construire des habitations à loyer modéré à l'intention de familles ouvrières..
En 1928, avec l'artiste Madeleine Zillhardt, elle est à l'initiative de l'achat de la péniche de béton Liège, réhabilitée par le Corbusier, afin de la mettre à disposition de l'Armée du salut. Le bateau prend alors le nom de Louise-Catherine en hommage à Louise Catherine Breslau, peintre germano-suisse, compagne de Madeleine Zillhardt, disparue l'année précédente d'une longue maladie. Selon les vœux de Madeleine Zillhardt, le bateau devient un refuge pour les sans-abris l'hiver et une colonie de vacances pour les enfants l'été. Gérée par l’Armée du Salut jusqu'en 1986, amarrée à Paris sur les berges de la Seine, au pont des Arts puis au pont d'Austerlitz, la péniche Louise-Catherine est reprise en main par l'architecte Michel Cantal-Dupart et la fondation Le Corbusier mais sombre accidentellement en durant une crue de la Seine à Paris.. Elle est renflouée deux ans plus tard, le .
Elle meurt à Londres, au 55 Park LaneRecueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine, 15 février 1945., le .
Fondation Singer-Polignac vignette|43, avenue Georges-Mandel.
Winnaretta Singer fait un don à l'État français en vue de la création d'une fondation pour la promotion des arts et des sciences.
La loi du ratifie la création de l’établissement public dénommé fondation Singer-Polignac, et le décret du approuve la dotation de la princesse à l’État français en vue de cette création, le revenu de ce capital étant destiné aux activités de mécénat.
À la mort de la princesse, la fondation reçoit en legs son hôtel particulier, sis au 43 avenue Georges-Mandel à Paris, et s’y installe en 1945.
Cette fondation, aujourd'hui reconnue d'utilité publique, se consacre à des activités de mécénat en faveur des arts, des lettres et des sciences (sciences humaines et médicales), financées par ses propres fondsPrésentation de la fondation Singer-Polignac par son président, Yves Pouliquen, sur France Musique, dans Les traverses du temps de Marcel Quillévéré, le ..
Commandes d'œuvres musicales Liste d'œuvres commandées par la princesse Winnaretta SingerFondation Singer-Polignac, « Les commandes de la princesse ».Nombreux exemples dans : , France Musique, Arabesques par François-Xavier Szymczak, les 7 mars et . :
Distinctions
en 1939.
Notes et références
Annexes Bibliographie Michaël de Cossart, La Princesse Edmond de Polignac et son salon, Plon, 1979. Louis de Beauchamp, L’Hôtel de la princesse Edmond de Polignac, Éditions de la fondation Singer-Polignac, 1983 . Myriam Chimènes, « La princesse Edmond de Polignac et la création musicale », La Musique et le pouvoir, Aux amateurs de livres, 1987. Jean Gallois, Les Polignac. Mécènes du XXᵉ siècle, Éditions du Rocher, 1995 . Sylvia Kahan, Music's Modern Muse: A Life of Winnaretta Singer, Princesse de Polignac, Eastman Studies in Music, University of Rochester Press, 2003 . Mario d'Angelo (coord., textes réunis et édités avec le soutien de l'Observatoire musical français), La Musique à la Belle Époque. Autour du foyer artistique de Gustave Fayet, Béziers, Paris, Fontfroide, éd. MAGFF, 2010 . Sylvia Kahan, Winnaretta Singer-Polignac : Princesse, mécène et musicienne, Dijon, Les Presses du réel, 2018 ; présentation sur le site de France Musique Philippe Cendron, L’hôtel Singer-Polignac. Histoire et architecture, CoolLibri, Toulouse, 2025 .
Radio , France Musique, Arabesques par François-Xavier Szymczak, les 7 mars et
Articles connexes Violet Trefusis Alex-Ceslas Rzewuski
Liens externes Site de la fondation Singer Polignac Article dans The Villager, Article en relation avec les autres Singer
Bases de données et dictionnaires
Catégorie:Princesse française du XIXe siècle Catégorie:Princesse française du XXe siècle Catégorie:Socialite américain Catégorie:Mécénat musical Catégorie:Histoire des LGBT au Royaume-Uni Catégorie:Naissance en janvier 1865 Catégorie:Naissance à Yonkers Catégorie:Décès en novembre 1943 Catégorie:Décès à Londres Catégorie:Décès à 78 ans