Camille Ladvocat, né Pierre François Lavocat, le à Caudebec-en-Caux et mort le à Paris , est un libraire-éditeur français.
Au , Ladvocat a été l’homme de la librairie moderne. Au temps du romantisme, son nom était dans toutes les bouches parisiennes.. Il a été surnommé « le prince des éditeurs. ».
Biographie Fils d’un architecte du Havre, Camille Ladvocat monte, aux alentours de sa vingtième année, à Paris où, après s’être occupé d’édition théâtrale, il épouse en 1817 Constance Sophie Aubé, elle-même libraire et propriétaire d’un cabinet littéraire au Palais-Royal, qui a été le centre de l’agitation littéraire et bibliographique, de 1815 à 1830. Dentu, Barba, Corréard, Petit, Delaunay, Chaumerot, Pelissier y avaient leur librairie. Tous les livres nouvellement parus, toutes les dernières brochures s’y trouvaient.
Simple employé de sa femme, à ses débuts, il exerce les fonctions de commis-voyageur et de chargé de relations publiques, jusqu’à ce que l’humble berceau du cabinet de lecture s'agrandisse du double pour s’étendre, deux années plus tard, sur deux travées.. Exerçant sans brevet, menacé d’une amende de , il demande le brevet de libraire et le reçoit le . En 1822, il se voit gratifier du titre de libraire du duc de Chartres..
Donnant, avec son premier argent, des diners, pour attirer les auteurs en vogue, il développe rapidement son affaire et, bientôt, sa librairie occupe l’un des principaux magasins du Palais-Royal, au 197 de la Galerie-de-Bois. Rendez-vous de tous les lettrés sous la Restauration, sa librairie a connu une vogue extraordinaire de 1822 à 1832..
Ladvocat reprend et améliore les méthodes de son grand prédécesseur Charles-Joseph Panckoucke.. Ladvocat, a conquis la fortune en s’appuyant, lui le premier, sur cette puissance du monde moderne qu’est le journalisme. Chaque après-midi, il va, dans son tilbury, rendre visite aux rédacteurs du Journal des Débats, du Constitutionnel, du Courrier français, de la Quotidienne et de l’Étoile, le Diable boiteux, le Miroir, la Pandore, la Revue encyclopédique, le Mercure de France, et ses rédacteurs, Léon Thiessé, Kératry, Antoine Jay, Pierre-François Tissot, Saint-Marc Girardin, Desbordes-Valmore, Amable Tastu, Delphine Gay, etc..
Fastueux, Ladvocat, patronne une foule de jeunes écrivains qu’il introduit à la carrière littéraire. Il est le premier, au , à faire vivre l’homme de lettres en donnant une certaine valeur au manuscrit du poète, de l’historien, du romancier. L’un des grands éditeurs des romantiques, dont la première édition complète des œuvres de Chateaubriand, on lui doit également l’édition des Messéniennes de Casimir Delavigne, des Odes et Ballades de Victor Hugo, des œuvres d’Alfred de Vigny, d’Ourika de Claire de Duras, des Mémoires de Laure Junot d’Abrantès, de Lamartine, de Sainte-Beuve, de Millevoye. On lui doit la publication des traductions de Byron par Amédée Pichot, de Shakespeare par Guizot, de Schiller, par Barante, vingt-cinq volumes de chefs-d’œuvre empruntés aux théâtres étrangers et vingt autres ouvrages de premier ordre, une multitude de mémoires et deux dictionnaires, tous les succès d’édition de son époque, et surtout, de Paris, ou le Livre des Cent-et-un. vignette|Frontispice du Livre des Cent-Et-Un. Doué d’une intelligence audacieuse, d’une infatigable activité de corps et d’esprit, passionné par sa profession d’éditeur, Ladvocat a devancé son époque, en donnant au commerce des livres, à la littérature elle-même, une impulsion, un essor, une vie qui, sans lui, se seraient produits beaucoup plus tard. Le plus hardi et le plus audacieux de tous les publicateurs de livres de son époque, non moins intelligent que téméraire, il jetait dans l’éventualité des plus grands risques commerciaux les bases de renommées qui ne firent que grandir après lui. Toujours à la piste de tout nouvel ouvrage, Ladvocat courait le monde littéraire à la recherche d’auteurs, à la différence des anciens éditeurs qui se contentaient de les attendre du fond leur boutique. Toujours sur la brèche, il ébauchait bravement, laborieusement, quelque réputation nouvelle, prêt sans cesse à servir les lettres et à secourir, à aider ceux qui s’y consacraient, se montrant, dans ce but, constamment actif, intelligent et souvent généreux.
La littérature doit également à cet expert dans l’art des relations publiques la création neuve et originale de l’affiche promotionnelle., innovation bientôt imitée de toute part. Ayant même été représenté au Théâtre des Variétés, en , dans la comédie-vaudeville L’imprimeur sans caractère, ou le classique et le romantique de Francis d’Allarde, Gabriel de Lurieu et Armand d'Artois. Jules Janin a rapporté qu’il est allé se voir,avant de faire envoyer ses habits à l’acteur qui devait l’incarner le lendemain pour lui permettre de « s’habiller historiquement » puisqu’il jouait un « personnage historique ».. vignette|Gravure de Thompson d’après Henry Monnier pour le Livre des Cent-Et-Un. Sans être un lettré dans la stricte acception du mot, car il n’était pas instruit, il avait à la fois l’intelligence, le sens intime des hommes et des choses, maniant les premiers avec la délicatesse, l’aplomb et quelquefois la hauteur, qui font réussir et mettant en œuvre les secondes avec l’aisance, le luxe et le laisser-aller d’un gentilhomme. Menant grand train, il avait pour habitude de traiter splendidement tous les gens de lettres qu’il a croisés. Prodigue d’une fortune qu’il ne possédait pas, il a entrepris et mené à bonne fin ses opérations les plus réussies avec le crédit que lui donnaient le nom des écrivains qu’il éditait et la confiance qu’inspiraient à tous son savoir-faire et sa capacité. Le luxe qu’il affectionnait, la dépense qu’il a faite, étaient pour lui autant de routes ouvertes à son ambition.
Sans ce luxe pour lequel il semblait être né, sans cette vie splendide de la capitale qui paraissait être son élément, il n’aurait pu accomplir ce qu’il se proposait. Après avoir été en rapport, au moins en affaires, avec les plus grands noms de son temps, qui a connu et approché tous les hommes politiques, les hommes d’art et les hommes de littérature de son temps, Ladvocat réussit à échapper, une première fois, à la faillite en en vendant son fonds, les fleurons de son catalogue, les cuivres du Théâtre étranger, de Delavigne, les droits du tirage de Mignet, de Barante, du chansonnier Désaugiers, à sa femme et au libraire Malo, mais ne peut l’éviter, malgré le soutien des hommes de lettres qu’il a soutenus, du temps de sa prospérité, alors que circulent, dans Paris des rumeurs selon lesquelles Ladvocat envisagerait d’en finir avec la vie, comme son homologue Sautelet. De 1831 à 1834, paraissent les quinze volumes de Paris, ou le Livre des Cent-et-un, initialement annoncé sous le nom/titre de Diable Boiteux à Paris., alimentés par les deux textes d’études de mœurs, dépeignant lieux et personnages parisiens, que lui fournit chacunOn y trouve des célébrités comme des étoiles montantes : Chateaubriand, Victor Hugo, Lamartine, Alfred de Musset, Henry Monnier, Benjamin Constant, Jules Janin, Charles Nodier, Eugène Sue, Alexandre Dumas, et même Goethe, dont c’est le dernier écrit…. Le gain, d’une centaine de mille francs, est insuffisant à renflouer les finances de Ladvocat, d’autant que de nombreuses imitations. Le marasme économique auquel fait face le pays depuis la Révolution de 1830 est, de surcroit, peu propice à ce genre de commerce. Les acheteurs aristocratiques disparus, les envois en province et à l'étranger suspendus, on ne lisait plus que les journaux, et Ladvocat fait faillite, le , puis à nouveau en . vignette|redresse|Le divan-jardinière de Ladvocat. La publicité qui avait mené au succès de Ladvocat sera l’instrument de sa perte, lorsque l’introduction des annonces dans la presse lui fera perdre son monopole publicitaire. Le succès des Mémoires de la Contemporaine d’Ida Saint-Elme, dont le bénéfice a dépassé, tous frais payés, , sera insuffisant à soutenir le mode de vie dépensier de ce viveur. Pour diminuer un peu le chiffre de ses dépenses, il se décide néanmoins à quitter le Palais-Royal, où la fortune l’avait trouvé et ne songeait pas à l’abandonner, pour aller s’installer au quai Voltaire. Après avoir passé les ponts, cet éditeur méconnu ou mal apprécié, de son vivant, a perdu sa clientèle. À nouveau en faillite, en , a dû quitter la librairie, pour se tourner vers le négoce des modes, en association avec une ancienne maitresse, Mme Camille, bien connue comme marchande de modes, puis des objets d’art. Fournisseur des objets d’art de la cour de Madrid, il participe à l’Exposition universelle de Londres en 1851 et parvient à vendre un magnifique divan-jardinière, représenté par l’Illustration du ., à la reine d’Espagne et au prince-Président de la République française.
Après avoir manié utilement des millions pour tout le monde, et laissé une trace brillante l’histoire littéraire de la Restauration, Ladvocat s’est éteint dans la pauvreté et presque dans l'oubli, abandonné à l’hôpital Saint-Louis. Sa famille ayant renoncé à sa succession, sa dépouille a été jetée à la fosse commune.. Le caractère épique de la destinée de Ladvocat n’a pas échappé à Balzac qui, en a fait dans Illusions perdues, un personnage de sa Comédie humaine sous les traits de Dauriat. Il a laissé un ouvrage manuscrit intitulé Mémoires d’un libraire au .
Jugements
Notes et références Notes
Références
Bibliographie Pascal Durand et Anthony Glinoer, Naissance de l’Éditeur. L’édition à l’âge romantique, Paris ; Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2005 .
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