thumb|295px|À gauche le temple de Saturne, à droite le temple de Vespasien. Entre les deux, le portique des Dieux Conseillers avec le Clivus Capitolinus qui le longe. Derrière les colonnes du temple de Vespasien, on aperçoit les vestiges du Tabularium, intégrés dans la façade d'un édifice plus récent.
Le temple du divin Vespasien, parfois temple de Vespasien et Titus (en latin : Templum Divi Vespasiani ou Templum Vespasiani et TitiRégionnaires de Rome, Regio VIII), est un temple romain situé sur le Forum Romain et dédié au culte impérial de l'empereur Vespasien, divinisé par le Sénat peu après sa mort.
Localisation Le temple occupe l'extrémité nord du côté occidental du Forum Romain. Il est construit dans un espace exigu le long d'une rue en pente qui monte vers le Capitole (le Clivus Capitolinus), entre le temple de Saturne, le portique des Dieux Conseillers au sud, le temple de la Concorde au nord et le Tabularium à l'ouest. Les escaliers de ce dernier édifice démarrent immédiatement au nord du temple. Une porte d'accès a été condamnée lors de la construction (voir le plan).
Fonction Les catalogues régionnaires de Rome, le Curiosum et la Notitia urbis Romae, rédigés vers le milieu du , précisent que le temple est dédié à la fois à Vespasien et à Titus sous la dénomination Templum Vespasiani et Titi. Toutefois, ce concept de double dédicace pourrait être erroné et semble découler d'une supposition apparue durant l'Antiquité tardive selon laquelle le temple aurait été dans un premier temps construit en l'honneur de Vespasien, à l'instigation de son fils Titus, puis dans un second temps les travaux ayant été repris par Domitien après le décès de son frère Titus le 81, le temple aurait été de nouveau dédié mais cette fois en l'honneur de Vespasien et de Titus qui a également été déifié par décret du Sénat. Mais comme le suggère le fait que seul le nom de Vespasien apparaisse sur l'inscription d'origine, il est plus probable que le temple n'ait été dédié qu'au culte de Vespasien.
Histoire Antiquité : construction et restauration La construction du temple débute sous Titus peu après la mort de son père Vespasien survenue le 79 et le début de la procédure de divinisation, selon une pratique initiée par l'apothéose de Claude. Cette procédure n'est pas immédiate et s'étend sur plusieurs mois, entre septembre 79 et mai 80. Les premières monnaies célébrant l'évènement n'apparaissent qu'au début de l'année 80 après qu'il a été officialisé par le Sénat. Les travaux n'ont donc probablement pas commencé avant la fin de l'année 79 ou le début de l'année suivante. Cette année-là, Rome est touchée par un grand incendie qui cause de nombreux dommages nécessitant d'importants travaux, ce qui a sans doute ralenti les travaux de construction du temple voire retardé ces mêmes travaux qui n'auraient peut être commencé que quelques mois plus tard, vers 81.
À la mort de Titus, il semble que le temple ne soit pas achevé et se limite à la réalisation d'une plateforme de fondation en opus caementicium et une partie du podium. Domitien poursuit les travaux, achevés avant 87, date à laquelle le temple est mentionné pour la première fois dans les sources antiques, sur un acte du collège des Frères Arvales qui signale un sacrifice en l'honneur de la déesse Dia qui se serait déroulé devant le temple de la Concorde quae est prope templum divi Vespasiani. Dans cette inscription, le temple sert de nouveau point de référence topographique pour la zone nord-ouest du Forum, ce qui n'est pas le cas sur une inscription datée de février 86. Les travaux ont donc dû se terminer entre ces deux dates. Il s'écoule sept années entre l'officialisation de la divinisation de Vespasien et l'achèvement des travaux, un délai qui peut s'expliquer d'une part par la mise en route de nombreux chantiers, certains plus importants comme les travaux de restauration du temple de Jupiter Capitolin, et d'autre part par des difficultés d'ordre technique. En effet, la localisation du temple nécessite l'aplanissement d'une zone accidentée et un travail dans un espace restreint.
Entre 200 et 205, le temple est restauré par Septime Sévère et Caracalla. La restauration ne semble pas de grande importance puisque de nombreux éléments de l'époque flavienne restent en place mais l'inscription est tout de même complétée d'une ligne supplémentaire sur l'architrave. Entre le et le , le temple semble avoir été endommagé lors d'un important incendie comme l'atteste la couche de débris carbonisés, de pierres et de métaux fondus et de fragments de décoration en marbre calcinés qui recouvre le sol de la cella, mise au jour lors de fouilles du début du . Il est difficile d'être plus précis dans la datation de cet incendie qui pourrait tout aussi bien correspondre à l'incendie de Carin en 283, l'invasion d'Alaric en 410 ou l'occupation de la ville par les Vandales en 455. Malgré un état probablement délabré, le temple ne fait pas partie des édifices restaurés par Théodoric le Grand entre 507 et 518.
Moyen Âge : ensevelissement progressif Le temple n'est plus mentionné par la suite avant le et le témoignage de l'Anonyme d'Einsiedeln qui retranscrit l'inscription du temple ainsi que celles des temples voisins de Saturne et de la Concorde. À cette époque, le temple semble avoir subi des dégâts importants avec la dégradation et la récupération des éléments de décoration intérieure et extérieure les plus facilement transportables. Le temple est gravement endommagé au début du Moyen Âge avec l'écroulement du toit et la construction à proximité de l'église dei SS. Sergio e Bacco, située entre le temple et l'arc de Septime Sévère, sur l'angle gauche du temple de la Concorde. Cette église est reconstruite et agrandie sous le pontificat d' entre 772 et 795. Le temple de Vespasien n'est pas démoli mais est inclus dans un des deux jardins attenants de l'église, lhortus post Sanctum Sergium. Au début du et durant le , le pape fait réaménager le temple en petite forteresse. La représentation la plus ancienne du temple date du début du avec un croquis publié dans le Codex Escurialensis et correspond en grande partie avec l'état actuel des ruines, à ceci près que le niveau du sol est plus élevé et recouvre la partie inférieure jusqu'aux bases des colonnes. La zone du temple sert de réserve de marbre durant tout le , comme l'atteste la mention d'une « carrière de marbre » dans un document de 1579. La destruction de la diaconie dei SS. Sergio e Bacco et le réaménagement de la place du Capitole (Piazza Campidoglio) en marché contribuent à l'ensevelissement des vestiges antiques situés au pied du Tabularium.
La partie émergée des ruines ne permet plus d'identifier l'édifice à l'origine comme un temple, tant et si bien que le temple n'est pas mentionné dans les Descriptiones Urbis des . Les trois colonnes sont interprétées comme faisant partie d'un portique. En 1553, Pirro Ligorio reconnaît néanmoins les vestiges d'un édifice templaire et propose de l'identifier au temple de Jupiter Tonnant sur la base des catalogues régionnairesPirro Ligorio, Delle Antichita di Roma, Venezia, 1553, p. 32. Cette hypothèse est mise en doute par Andrea Palladio et Étienne Dupérac qui considèrent que les colonnes font partie d'un portique entourant un temple, ce dernier restant identifié au temple de Jupiter Tonnant jusqu'au . Les ruines sont l'objet de nombreux croquis, dessins et relevés, témoignant de l'intérêt que leur portent les artistes qui apprécient la qualité de la décoration architectonique de l'entablement et des chapiteaux corinthiens.
Époque moderne : dégagement du temple On assiste au à un renouveau dans l'intérêt porté aux ruines de la Rome antique. De nombreuses fouilles archéologiques sont alors initiées sous l'autorité pontificale. Entre 1774 et 1780, durant le pontificat de , des fouilles de dégagement sont entreprises près de l'arc de Septime Sévère. Quelques décennies plus tard, en 1802, est émise l'idée d'étendre ces travaux de dégagement jusque sous le Tabularium afin de libérer complètement l'arc de Septime Sévère, le temple de la Concorde et le temple dit « de Jupiter Tonnant » dont les colonnes sont alors enterrées aux deux-tiers.
En 1810, après la recréation de la Commissione per la cura dei monumenti antichi, le projet est relancé et la tâche de dégagement du temple revient à l'architecte italien Francesco Camporesi qui fait abattre un édifice établi contre les ruines. Camporesi commence par réaliser un sondage le long de la colonne la plus proche du Tabularium afin d'évaluer la solidité des ruines dont certains ont prédit l'écroulement sitôt dégagées. La structure émergée est consolidée avec des crampons en plomb encore visibles aujourd'hui. À la fin de ses travaux préliminaires, en , les trois colonnes apparaissent entièrement libres. Le retrait du tertre de terre permet la mise au jour de quelques éléments de décoration qui font leur entrée dans les musées du Vatican. Les enregistrements de certains d'entre eux dans les documents archivés entre 1812 et 1814 font mention de fragments d'une statue féminine, d'un pied de statue fissuré et d'une corniche « provenant du temple de Jupiter Tonnant ». Des fragments de l'entablement sont restaurés et sont aujourd'hui exposés dans une galerie du Tabularium, à laquelle on accède depuis les musées du Capitole. En , les ruines de l'abside de la diaconie dei SS. Sergio e Bacco récemment mis au jour sont entièrement démantelées.
Après une brève pause, les fouilles reprennent au printemps 1817 sous la direction de Carlo Fea. Elles permettent la libération complète du podium et la mise en évidence du plan au sol de l'édifice. L'escalier frontal est partiellement dégagé et les archéologues remarquent sa particularité, plus haut d'un côté que de l'autre, due à l'exiguïté de l'espace de construction et au fort dénivelé de la rue en façade. Les colonnes, le podium et l'escalier sont renforcés à cette occasion. Le résultat des fouilles archéologiques est documenté par une gravure de Rossini et des relevés plus précis réalisés par les architectes Valadier et Auguste Caristie. Les archéologues supposent l'existence d'une double rangée de colonnes à l'intérieur de la cella et reconnaissent au temple un plan pseudo-périptère. Toutefois, il est encore difficile de dire si le temple possède six ou huit colonnes en façade.
Une nouvelle campagne de fouilles est programmée en avec le soutien du pape mais ne démarre qu'en sous la direction de l'archéologue Antonio Nibby. Cette campagne permet en 1830 le dégagement complet de la cella. Parmi les vestiges mis au jour, on note des fragments de colonnes en marbre giallo antico dont les fûts devaient être ornés de cannelures câblées et un morceau d'architrave portant la mention SACRVM.
Vestiges Aujourd'hui, on peut encore voir le haut soubassement conservé contre un des murs du Tabularium, le centre du podium, une petite partie de la cella et les trois colonnes corinthiennes redressées du coin sud-est. Un grand fragment de l'entablement est exposé dans une galerie du Tabularium dès 1827 aux côtés d'une section de l'entablement du temple voisin de la Concorde, reconstitués à partir des fragments mis au jour dans la zone en 1823. Les autres fragments de la décoration architectonique sont réutilisés pour reconstituer l'entablement porté par les trois colonnes redressées.
Influence Le tempietto de l'église de San Pietro in Montorio sur le Janicule, construit par Bramante, possède une frise dorique dont les métopes sont décorées avec des objets liturgiques chrétiens, inspirée de la décoration de la frise du temple de Vespasien. À Vienne, Johann Ferdinand Hetzendorf von Hohenberg construit en 1778 une ruine décorative dans les jardins du château de Schönbrunn qui ressemble aux ruines du temple de Vespasien telles que représentées sur une gravure de Piranèse. Brongniart s'est inspiré du temple pour la construction du Palais Brongniart, la Bourse de Paris jusqu'en 1998.