La cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne est un édifice catholique emblématique de la ville de Narbonne. Consacrée à deux jeunes écoliers exécutés par les Romains, elle a rang de cocathédrale du diocèse de Carcassonne et Narbonne. Caractéristique du style gothique méridional, elle a remplacé des lieux de culte édifiés au centre de la ville dès le . Sa particularité réside dans le fait qu'elle est inachevée (seul le chœur est présent) et que sa hauteur sous voûte en fait la quatrième plus haute de France ( sous voûte, après Beauvais à et Amiens et Metz à ). Ce monument, presque disproportionné au regard du reste de la ville, fut l'un des chantiers les plus ambitieux de la France médiévale et l'une des œuvres les plus savantes du début du Louis de Courcy, quotidien La Croix, 4 et 5 août 2012 ..

Cet édifice fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840. Le cloître fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Un ensemble de sites archéologiques attenants fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le ..

Historique Les origines left|thumb|Pilier datant de la fin du représentant Dieu, la Vierge à l'Enfant et deux martyrs, conservé au musée des Augustins de Toulouse. La cathédrale de Narbonne se situe au cœur de la ville actuelle ; cependant, au Moyen Âge, elle se trouvait en bordure des remparts. Cet emplacement est issu d'une longue « sédimentation » de lieux de culte. Approximativement sur le même emplacement fut construite initialement une basilique constantinienne, élevée peu après l'édit de 313 autorisant le culte chrétien. Elle fut détruite par un incendie en 441, et il fallut 37 jours pour démolir ce que le feu avait épargné. Une basilique latine suivit, construite en quatre ans par l'évêque Rustique, que le préfet des Gaules, Marcellus, encouragea dans son entreprise. La basilique fut terminée le .

Une peinture, probablement d'origine orientale, de l'église primitivement dédiée à saint Genès, montre un christ imberbe, ceint seulement du subligaculum, pagne d'athlète typique de l'Antiquité romaine. Cette figure du crucifié quasi nu, de type hellénistique, va disparaître au cours du . Grégoire de Tours raconte en 593 dans son De Gloria Martyrium que le Christ apparut en songe par trois fois à un prêtre nommé Basil, pour en dénoncer la nudité et le menacer de mort s'il ne la couvrait pas.

Dans l'atrium de l'église Saint-Rustique, la présence de vestiges musulmans suggère qu'une mosquée aurait été construite par les Arabes Omeyyades entre 719 et 759, lors de la présence sarrasine en France.. thumb|Statues de saint Just et saint Pasteur dans la cathédrale d'Alcalá de Henares. En 782 l'église fut désormais consacrée aux jeunes martyrs espagnols Just et Pasteur. Les vestiges en sont deux colonnes romaines du forum réemployées pour la nef (visible dans le cloître) ; le linteau avec dédicace ; un édicule de marbre blanc (visible au musée lapidaire).

Une cathédrale préromane carolingienne fut construite en 890 par l'archevêque Théodard, mort le . Il en subsiste le clocher dit « clocher de Théodard », en grande partie restauré, visible du cloître. Malgré l'aide apportée par trois papes, cette église tomba en ruine.

La construction de la cathédrale gothique fut un acte politique, décidé en 1268 par le pape Clément IV, ancien archevêque de Narbonne. Ce sera, dit-il, une œuvre faite à l'instar des magnifiques cathédrales du royaume de France. La première pierre de l'église actuelle fut posée par l'archevêque Maurin le , dans les fondements de l'actuelle chapelle Sacré-Cœur. L'édification de la cathédrale Saint-Just et Saint-Pasteur fut projetée dès 1264 mais ne débuta qu'en 1272, et le chœur fut achevé en 1332.

Les maîtres d'œuvre thumb|200px|Plan de la partie réalisée et du projet supposé par Eugène Viollet-le-Duc

Cet édifice, établi sur le même plan directeur que les cathédrales de Clermont et Limoges, semble avoir eu le même architecte, Jean Deschamps. De son contrat d'embauche de 1286, il ressort que le contractant signataire avait dû au préalable solliciter l'accord de MM, les prévôts, responsables de la construction. Cette hypothèse ne convainc pas tous les historiens. Certains considèrent que cette trace est bien trop tardive pour attribuer à Jean Deschamps la conception de plans retenus depuis longtemps et d'un chantier déjà bien avancé. Il y a donc deux possibilités : – soit Jean Deschamps travaillait déjà sur le projet de la cathédrale, mais avec une autre fonction ; – soit Jean des Champs, cité ici, n'est pas la même personne que celle qui a construit la cathédrale de Clermont-Ferrand.

La plus grande partie des collatéraux fut élevée de 1295 à 1309, par Dominique de Fauran. Son fils Jacques de Fauran (1309-1336) établit le premier étage des tours et termina la construction du chevet. Ralentis, les travaux furent continués par Raymond Aicard (1336-1349) qui posa les fondations du transept et commença deux portails latéraux aux extrémités de ce transept. Pierre Daniel de Carcassonne et Louis Richecler (1349 à 1354), travaillèrent au transept et aux étages supérieurs des tours. Plus tard, celles-ci furent restaurées, partiellement détruites par un incendie en 1405. La tour nord fut réparée par l'archevêque François de Conzié et le chapitre.

L'église à Narbonne Narbonne a possédé un évêque métropolitain dès le début du , époque de l'arrivée du premier d'entre eux, saint Paul de Narbonne. À la demande de Charlemagne, le pape Léon III éleva en 810 le siège épiscopal de Narbonne au titre d'archevêché. Deux archevêques, Guy Foulquoy au et Jules, cardinal de Médicis au , devinrent papes sous les noms de Clément IV et Clément VII. L'archevêché de Narbonne a subsisté jusqu'au concordat de 1801 où il est supprimé.

De 1822 et 2006, l'archevêque de Toulouse est autorisé à reprendre le titre archiépiscopal de Narbonne. Le cardinal Saliège fut le dernier archevêque de Toulouse à prendre possession du siège. Le , la ville a été rattachée au diocèse de Carcassonne.

Pour quelles raisons la cathédrale est-elle inachevée ?

La cathédrale devait avoir la forme d'une croix latine. Il est facile de remarquer que seul le chœur (la tête de la croix) est terminé et que le transept (les bras de la croix) est à peine commencé, ainsi que la nef (pieds de la croix).

Les raisons de cet inachèvement sont :

Le manque de ressources, mais cette raison n'est pas la plus importante ; L'hostilité des Consuls. Cette deuxième raison fut déterminante comme nous allons le voir lors du procès ; La reprise de la guerre de Cent Ans. En 1355, le Prince Noir a assiégé la ville, montrant que les remparts étaient nécessaires ; Les désastres accumulés par la ville au cours du , comme la peste (1348 à 1355), démoralisant la cité et accumulant les ruines et deuils, ou bien la chevauchée du prince de Galles.

Ces événements avaient conduit à réévaluer l'intérêt des fortifications. Les villes se hâtaient de réparer leurs vieilles murailles, ou d'en élever de nouvelles. À cette occasion plus d'un conflit éclata entre les diverses prétentions des évêques, seigneurs et consuls qui se partageaient la juridiction et l'autorité. Or, les nouvelles constructions allaient buter contre le mur d'enceinte de la cité et il était impossible d'élever le même transept sans ouvrir une brèche dans le vieux rempart préwisigothique du . Mais les consuls qui prétendaient être les propriétaires du rempart s'efforcèrent aussi de faire valoir leurs droits. Il en résulta un conflit juridique.

Le procès entre le chapitre et les consuls

En 1925, l'abbé Sigal publie une étude détaillée de l'affrontement entre les consuls de la ville de Narbonne et le chapitre au sujet de l'achèvement de la construction de la cathédrale de Narbonne. Les consuls de Narbonne qui, en 1344, étaient déjà en guerre ouverte avec l'archevêque à propos de la démolition de la tour du Capitole, s'opposèrent à toute entreprise du chapitre lorsqu'il voulut en 1345, toucher aux murs de la cité. Décidés, malgré cette opposition, à poursuivre l'achèvement de la cathédrale, les chanoines en appelèrent à l'autorité du roi. Alors commença, en 1345, cette lutte qui, coupée de longues trêves, de plaidoirie en plaidoirie, devait se prolonger huit ans et cesser brusquement en 1354. L'épilogue en effet n'eut lieu qu'en 1361. La paix se fit alors entre le consulat et le chapitre. Celui-ci obtint d'adosser aux fortifications toujours intactes le cloître qu'il allait construire. Mais le prix de la paix fut la cathédrale inachevée.

La Fille du Nord déguisée en méridionale Selon Viviane PaulAutour des maitres d’œuvre de la cathédrale de Narbonne, colloque de 1992 sur l'art méridional au Moyen Âge, Édition Ville de Narbonne, un autre compromis expliquerait la configuration de la cathédrale narbonnaise, quatrième église à avoir été construite sur le site : « La cathédrale de Narbonne n'a jamais été une construction directement transplantée du Nord au Sud, mais plutôt dès le début, le résultat d'un compromis, d'un jeu d'équilibre entre forme du Nord et du Sud. Si le modèle est venu du Nord, le goût des commanditaires locaux pour l'architecture du Midi a été respecté d'une manière significative. Narbonne ressemble, dès l'origine, à une fille du Nord déguisée en méridionale. »

Projets de finalisation thumb|Plaque commémorative (1708) de la pose de la pierre fondamentale de la nouvelle nef «Saint-Eutrope» par archevêque Charles Le Goux de la Berchère. Comme nous venons de le voir, la construction s'arrête progressivement au milieu du . Cependant, au cours des siècles qui suivent, trois tentatives sont faites pour terminer l'édifice : En 1514, l'archevêque Guillaume Briçonnet, fait abattre les anciennes murailles qui passent entre les constructions dénommées actuellement (depuis 1708) Cour Saint Eutrope et le bâtiment qui était récemment encore la chapelle des Pénitents Bleus, après avoir été celle des templiers hors les murs. Lorsque l'enceinte fut élargie, l'emplacement devient la propriété des archevêques de Narbonne. Mais monseigneur Briçonnet décéda le . En 1708, l'archevêque Charles Le Goux de La Berchère reprend les projets du chapitre et fait élever, dans un gothique modifié par l'esthétique classique, les chapelles extérieures que l'on appelle bâtiment de Saint-Eutrope. À la mort de l'archevêque, le , les travaux sont suspendus. Son successeur, l'archevêque René de Beauvau, y consacre quelques sommes à partir de 1722, puis ils sont à nouveau abandonnés. Enfin, en 1840, Viollet-le-Duc, entreprend de couronner l'œuvre du , par un porche fortifié, mais des dissensions avec le Conseil de Fabrique l'éloignent de Narbonne au bout de quelques mois, et les travaux de la cathédrale sont demeurés depuis en suspens.

Description de la cathédrale

L'édification de la cathédrale est un des projets les plus ambitieux du royaume de France du . Saint-Just possède un chœur aux dimensions imposantes : de large, de long, pour un vaisseau central de de large. Les voûtes s'élèvent à de hauteur ; seules celles de Beauvais () d'Amiens et Metz () présentent une hauteur supérieure. À l'extérieur même originalité dans l'établissement des vastes terrasses sur l'abside, la galerie fortifiée qui relie le sommet des culées, la finesses des arcs-boutants à deux étages et à double volée. Enfin la de l'appareil, dont les assises sont réglées de hauteur, la perfection des voûtes, le solide équilibre de ces masses articulées, font de la cathédrale de Narbonne une des œuvres les plus savantes du début du .

L'extérieur Le cloître