Le classicisme français est un mouvement culturel, esthétique et artistique qui émerge en France à partir du milieu du sous l'influence de la Renaissance italienne, devient prépondérant dans de nombreux domaines comme la littérature, la peinture et l'architecture à partir des années 1630 sous Louis XIII en devenant progressivement indépendant de l'influence italienne, filtrant et modérant les influences du baroque en France. Puis il culmine dans tous les domaines artistiques sous Louis XIV et exerce une influence notable en Europe de 1660 à 1725 environ. Le classicisme conserve une grande importance, en parallèle d'autres mouvements, durant l'ensemble du jusqu'au début du , faisant le lien avec le néoclassicisme, qui n'en est que la continuité en France mais qui représente une nouvelle grande vague d'influence à l'échelle européenne. Défini par les critiques du , il est caractérisé par un ensemble de valeurs et de critères qui délimitent un idéal s'incarnant dans l'« honnête homme » et qui développent une esthétique fondée sur l'inspiration des Anciens.

La centralisation monarchique, qui s'affirme dès 1630 sous l'autorité de Richelieu d'abord, puis de Mazarin et de , dépasse le cadre politique pour toucher le domaine culturel. Doctes et littérateurs regroupés dans diverses académies inventent alors une esthétique fondée sur des principes assez contraignants, en particulier les règles du théâtre classique, qui doivent permettre la production d'œuvres de goût inspirées des modèles de l'art antique et marquées par l'équilibre, la mesure et la vraisemblance.

Le classicisme français concerne la littérature française du , en particulier le théâtre, et les arts plastiques : peinture, sculpture et architecture. La musique baroque française, contemporaine du courant classique, s'adresse au même public et partage des principes communs. Cette période voit aussi l'essor de la danse classique.

Origine et définition de la notion de classicisme

À l'origine, le terme classicus désigne en latin la classe la plus fortunée de la société. Par glissements successifs, le terme a désigné la dernière classe des auteurs, c'est-à-dire les écrivains de référence, ceux qu'on étudie dans les classesDictionnaire historique de la langue française sous la direction d'Alain Rey..

Voltaire, en 1761, parle des « auteurs classiques » français du mais cet emploi est longtemps peu répandu ; il est repris par Dumarsais dans l'Encyclopédie. Voltaire développe l'idée d'un parallèle entre plusieurs époques privilégiées de l'histoire de la culture : . Le terme de « classicisme » est utilisé pour la première fois par Stendhal en 1823 dans Racine et Shakespeare pour désigner les œuvres qui prennent pour modèle l'art antique par opposition aux œuvres romantiques. Émile Littré, dans son Dictionnaire de la langue française en 1872, présente le mot « classicisme » comme un néologisme qu'il définit comme : il prend donc son sens au dans la querelle qui oppose le romantisme français à la culture antérieure. La conception académique tend à restreindre le concept de classicisme à un petit nombre d'auteurs de référence publiés dans la collection des « Grands Écrivains de la France » même si d'autres écrivains du sont réédités.

Le classicisme renverrait à un moment de grâce de la littérature française où l'esprit français se serait le plus parfaitement illustré. Ce moment correspondrait à la seconde moitié du , voire plus précisément encore aux années 1660-1680. Cette vision est défendue par les historiens de la littérature du , notamment Ferdinand Brunetière et Gustave Lanson. De ce fait, le classicisme a servi de repoussoir à tous ceux qui défendaient une littérature moins réglée, à commencer par les romantiques. Le terme de classicisme appliqué à une période de la littérature nationale est propre à la littérature française. Les autres littératures européennes réservent ce terme aux premiers auteurs classiques, c'est-à-dire les auteurs de l'antiquité gréco-romaine.

Le classicisme à la française ne se définit cependant pas seulement par des critères historiques. Il répond également à des critères formels. Les œuvres classiques reposent sur une volonté d'imitation et de réinvention des œuvres antiques. Elles respectent la raison et sont en quête d'un équilibre reposant sur le naturel et l'harmonie. De ce fait, de nombreuses œuvres du ont été écartées par les partisans du classicisme, car elles ne répondaient pas aux normes classiques. Le terme baroque a été plus tard emprunté aux arts plastiques pour désigner cette littérature qui ne rentrait pas dans les cadres théoriques de l'époque, en particulier la littérature de la première moitié du . Mais il va de soi que les auteurs du n'avaient pas conscience de ces catégories et que la littérature dite baroque a très largement nourri la littérature dite classique. Il en va de même pour le maniérisme qui précède le classicisme et le rococo qui le suit.

Roger Zuber définit le classicisme à partir de la notion de goût qui désignerait une capacité à trouver un équilibre juste entre des tendances contraires. Ce goût serait né dans les salons mondains et aurait profondément influencé la littérature de la seconde moitié du siècleLa littérature française du , , PUF, ..

L'art classique du Grand Siècle a longtemps été « canonisé » par l'enseignement universitaire, s'attirant les huées des jeunes artistes. Au cours du , tandis que l'université s'ouvrait peu à peu à des auteurs plus récents, la tradition classique a été renouvelée par les études historiques et par la pratique des metteurs en scène du théâtre, Jacques Copeau, Louis Jouvet, Jean-Louis Barrault. Dans la seconde moitié du siècle, la clarté de pensée et d'expression des classiques du Grand Siècle est admirée par des auteurs comme André Malraux, Jean-Paul Sartre, Albert CamusEncyclopedia Universalis, art. « classicisme » ..

Littérature classique Contexte La centralisation monarchique initiée par s'affirme dès 1630 dans le domaine politique sous l'autorité de Richelieu d'abord, puis de Mazarin et de . Elle a des conséquences dans le domaine culturel avec la création de l'Académie française en 1635 puis d'autres Académies qui ambitionnent de codifier la langue et de réglementer la composition des œuvres. Il ne faut cependant pas assimiler trop vite autorité politique et autorité culturelle.

La religion tient une grande place dans la vie littéraire du où elle représente la moitié de la production imprimée à Paris. Le jansénisme inspire les Provinciales de Pascal, publiées en 1656, brillant pamphlet contre les jésuites. Les Petites écoles de Port-Royal, foyer intellectuel janséniste, contribuent à fixer la langue et la pensée par leurs manuels de grammaire et de logique fondés sur la raison, leurs traductions des classiques latins et grecs et qui rayonneront longtemps après la dissolution de Port-RoyalGeorges Mongrédien, La Vie littéraire au , Tallandier, 1947, p. 175-179.. L'Église officielle est représentée par Bossuet, précepteur du Dauphin, orateur religieux des Oraisons funèbres, auteur d'ouvrages de polémique et d'histoire sainte. Plusieurs querelles littéraires ont une dimension religieuse : polémiques autour du Tartuffe de Molière, refus du merveilleux chrétien par Boileau, attaque du janséniste Pierre Nicole contre le théâtre, ce qui l'entraîne dans une controverse avec son ancien élève Racine, défense du roman par Huet.

Ce sont les œuvres des doctes qui définissent les théories du goût classique, à travers des lettres, des traités, des arts poétiques. Vaugelas, Guez de Balzac ou Dominique Bouhours légifèrent ainsi sur la bonne utilisation de la langue. Jean Chapelain et l'abbé d'Aubignac définissent les règles du théâtre classique. Ils diffusent ce goût auprès du public mondain des salons qu'ils fréquentent. Les canons littéraires sont définis aussi dans des ouvrages non théoriques, œuvres littéraires, ou préfaces les justifiant. Il en va ainsi chez les plus grands dramaturges : Molière, Racine et surtout Corneille qui fut mêlé à de nombreuses querelles et fit la somme de ses opinions sur l'écriture théâtrale dans Les Trois discours sur l'art dramatique. Cependant les dramaturges plaident le plus souvent pour une adaptation des règles qu'ils n'appliquent que rarement à la lettre.

L'enseignement des doctes est en effet fondé sur des règles tirées des modèles grecs et latins. On lit et relit à cette époque La Poétique d'Aristote dont l'interprétation est à l'origine de la plupart des règles du théâtre classique. En poésie, c'est L'Art poétique d'Horace qui sert de référence. Enfin, les auteurs classiques puisent dans les modèles antiques pour créer leurs propres œuvres. Pour autant, elles ne relèvent pas de l'imitation pure. Les grands auteurs ne réutilisent ces modèles que pour en faire des œuvres modernes.

Caractéristiques vignette|upright|Boileau par Hyacinthe Rigaud. Le classicisme du est loin de se limiter à une imitation des Anciens. Doctes et littéraires inventent en fait une esthétique fondée sur des principes d'ordre assez contraignants qui amèneront la critique moderne à assimiler classicisme et respect des règles.

L'écriture classique se veut fondée sur la raison. On y a parfois vu l'influence du rationalisme de Descartes, mais il s'agit plutôt d'un intérêt pour la lucidité et l'analyse. Les héros et héroïnes classiques ne sont en général pas rationnels : la Phèdre de Racine ou la Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, par exemple, sont toutes deux emportées par une passion violente, mais les œuvres qui les portent s'attachent à disséquer les ressorts de ces passions de sorte à les comprendre. Le classicisme est donc davantage influencé par une volonté de soumettre le déraisonnable à l'ordre de la raison que par un véritable rationalisme qui inspirera plus tard les philosophes des Lumières.

En créant une forme d'ordre, les écrivains classiques recherchent au plus haut point le naturel. Donner l'impression d'une parfaite adéquation entre la forme et le fond grâce à une écriture qui coule de source est en effet l'idéal du style classique. À cet égard, le classicisme entre effectivement en tension avec ce que fut le style baroque. Charles Sorel écrit ainsi : De la connoissance des bons livres, 1671..

Or pour donner l'impression de naturel, il importe avant tout de ne pas choquer le lecteur. C'est pourquoi les règles de vraisemblance et de bienséance jouent un rôle majeur au .

La vraisemblance correspond à ce qui peut paraître vrai. L'objectif n'est pas de représenter la vérité, mais de respecter les cadres de ce que le public de l'époque considère comme possible. Boileau a pu dire dans son Art poétique que . Est vraisemblable ce qui correspond aux opinions du public en termes de morale, de rapports sociaux, de niveau de langue utilisé, etc. Le plus grand reproche que l'on ait fait au Cid est de proposer une fin invraisemblable, car la morale ne peut accepter qu'une fille épouse le meurtrier de son père même si le fait est historique.

L'importance de la vraisemblance est liée à l'importance de la morale dans la littérature classique. Les œuvres classiques visent à créer une critique qui apporte le public à comprendre le danger des passions. D'après Chapelain, le public ne peut être touché que par ce qu'il peut croire et la littérature ne peut aider les hommes à s'améliorer que si elle les touche. L'idéal du classicisme comprend une morale incarnée d'une figure renommée de l'honnête homme. Cette expression résume toutes les qualités que l'on peut attendre d'un homme de Cour : politesse, culture, humilité, raison, tempérance, respect des règles, capacité à s'adapter à son entourage.

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