Jacopo Sannazaro, aussi francisé Jacques SannazarLa forme francisée est vieillie, la forme courante étant Jacopo Sannazaro (voir la notice BnF, l'article de l'Encyclopedia Universalis ou encore les éditions récentes (L'Arcadie, Paris, Les Belles Lettres, 2004), né à Naples le et mort en 1530, est un poète italien de la Renaissance. Il a passé quelques années de sa vie en exil en France de 1501 à 1504.

Il a composé des œuvres en langue vulgaire (l'italien) comme les Gliommeri, les et surtout L'Arcadie son poème principal composé en plusieurs périodes à partir de 1483, et terminé avant le départ en exil en France en 1501. Le livre comporte douze chapitres formés chacun d’une partie en prose et d’une églogue.

On lui doit aussi plusieurs œuvres en latin, des élégies (trois volumes), des épigrammes et un poème sur L'Enfantement de la Vierge en trois chants sur lequel il a travaillé vingt ans.

Dès son plus jeune âge, Jacopo Sannazaro écrivit des divertissements et des rimes en langue vulgaire, connus sous le nom de Gliommeri.

Admis à l’Académie de Naples dont l'humaniste Pontano (en latin Pontanus) était le directeur, il prit le nom d’auteur d’Aetius Syncerus. Sous ce pseudonyme, il écrit, en latin, trois livres d’Elegiae, trois livres d’Epigrammata, cinq Eclogae piscatoriae, célébrant les beautés du golfe de Naples. Ces poèmes, ainsi que le De Partu Virginis, écrit à la fin de sa vie, lui vaudront le surnom de « Virgile chrétien ».

En 1501, Frédéric de Naples, roi de Naples, fut contraint de céder son royaume à Louis XII de France contre le comté du Maine, il dut s’exiler en France et Sannazaro le suivit ; il ne rentrera en Italie qu’après la mort de ce prince, à Tours, en 1504.

C’est alors qu’il publiera son poème Arcadia, (L'Arcadie), qu’il avait déjà composé avant l’exil ; considéré comme le prototype du roman pastoral, il eut une influence sur la littérature baroque en Europe et donne son nom à l’Académie d'Arcadie.

Il se consacre ensuite à la publication, en particulier de l’œuvre de Pontanus, de textes latins découverts en France, aux travaux de l’Académie de Naples et à la rédaction de poèmes, tous désormais en latin.

La fin de sa vie fut marquée par des échanges avec les papes Léon X et Clément VII sur des questions de loyauté et de fidélité, et qui ont abouti à la réalisation d’un poème religieux sur la Nativité (De partu Virginis, 1526).

Biographie Jacopo Sannazaro est né à Naples en 1457 d'une famille, originaire d’Espagne établie à San-Nazaro, château situé entre le Pô et le Tessin, non loin de Pavie..

Fils de noble ruiné, il passa son enfance à Naples et fit ses études sous Giuniano Maggio. À huit ans, il aima une noble damoiselle dont il fait mention dans ses vers ; Giovan Battista Crispo, Gaetano Volpi et tous ceux qui les ont copiés ont donné à cette demoiselle le nom de Carmosina Bonifacio ; en revanche, combat cette assertion en invoquant le témoignage de Fabrice de Luna, qui dans un dictionnaire imprimé à Naples, en 1636, dit positivement que la personne aimée par Sannazaro était une fille de Giovanni Pontano.

Devenue veuve, la mère de Sannazaro, Masella Santo-Mango et descendant d’une noble famille salernitaise, quitta Naples pour aller s’établir dans son fief de Saint-Cyprien, dans la région de Salerne.

Le besoin d’élever ses enfants ramena la mère de Sannazaro à Naples, où elle le replaça sous la direction de son ancien précepteur, qui lui apprit en peu de temps la rhétorique, le latin et le grec.

Les Aragon encourageaient l’humanisme, et Sannazaro trouva une atmosphère culturelle favorable. À la cour des princes d’Aragon, il organisa des fêtes et divertissements ; en 1480, il écrivit une farce de cour, perdue, ainsi que ses premières poésies en latin.

En 1481, Alphonse, duc de Calabre le reçut parmi ses « officiers de maison ».

Sannazaro composa d’autres comédies, connues sous le nom de « Gliommeri » (de Glomerus ou peloton), la plupart de ces petites pièces, écrites en langue vulgaire sont perdues ; en effet, plus tard, Volpi, qui avait rassemblé plusieurs de ces Gliommeri, pour les inclure dans l'édition de Sannazaro, en avait trouvé le style bas et vulgaire ; il crut donc devoir les supprimer, craignant qu’elles ne portassent atteinte à la réputation du poète.

Sannazaro était entré dans l’Académie sous le nom d’« Aetius Sincerus ».

Toutefois, en cette période de grands troubles pour le royaume de Naples, Sannazaro quitta Naples mais son voyage lui fit craindre « de mourir loin de sa patrie, hors des bras de sa mère et sans avoir eu le temps de retoucher les écrits ». À son retour, sa bien-aimée Philis était morte, suivie peu après de sa mère Masella. Il passa quelque temps à Montella, chez le comte Cavaniglia, son confrère à l’académie, par un tableau de Lorenzo Sabatini, exécuté à cet endroit et où Sannazaro figure sous l'aspect de l’un des apôtres aux pieds de la Vierge.

À partir de là, il vivra auprès des princes d’Aragon prit part à la guerre contre Innocent VIII et seconda Giovanni Pontano dans les négociations de paix qui suivirent.

Avec l’approbation de Frédéric de Naples, il fit paraître son premier recueil de rimes en langue vulgaire, puis il publia ses Pelotes [I Gliommeri], compositions en hendécasyllabes à rimes médianes, écrites vers 1486.

La composition de L’Arcadie, à laquelle se rattache la notoriété de Sannazaro, peut être située durant la période qui couvre les années 1481-1486. L’Arcadie circulait manuscrite parmi les lettrés italiens, à la fin du , en dix épisodes en prose et dix églogues.

Lorsque le duc Alphonse se mit à la tête d’une armée pour envahir les États de l’Église, Sannazaro le suivit jusqu’à Rome, dans cette désastreuse campagne, qui fut une des causes des malheurs de la maison d’Aragon. Il racontera ce qu’il a vu dans cette expédition dans la du .

Le , sur l’ordre et en présence d’Alphonse, duc de Calabre, au château Capurno, une de ces pièces : Il trionfo della Fama, fut représentée sur le théâtre de la cour pour célébrer la prise de Grenade et la chute des Maures en Espagne. C’est de toutes ces farces de Sannazaro la seule qui soit arrivée jusqu’à nous. Elle est écrite en italien, à la différence des autres, qui étaient, dit-on, en napolitain.

Une amitié le liait alors à Frédéric , qui monte sur le trône en 1496, et qui lui avait offert, dès 1493, une villa située à Mergaellina, ancienne résidence des princes angevins, au pied du Pausilippe non loin du tombeau de Virgile. Le poète l’immortalisera dans ses vers. Lorsque la France et l’Espagne alliées, enlevèrent son royaume à Frédéric d’Aragon en , le poète suivit son maître dans son exil volontaire en France ; Louis XII de France l’avait contraint à céder son royaume contre le comté du Maine.

Il mit aussi à profit son séjour en fréquentant les milieux humanistes français et en recherchant des manuscrits dans les bibliothèques. C’est ainsi qu’il a découvert, entre autres, les Halieutiques d’Ovide et les Cynégétiques de Némésien, les poèmes de Gratius Faliscus, et quelques fragments d’Hippocrate, d’Ovide et de Solin ; il en fera la transcription, amendant le texte en philologue éminent. Il est également l'auteur d'une copie du manuscrit du De Reditu suo de Rutilius Namatianus.

L’Arcadia venait d’être publié lorsqu’il revint à Naples. Cet ouvrage obtint l’assentiment général et soixante éditions suivirent tout au long du .

Giovanni Pontano était mort en 1503 mais l’académie qu’il avait fondée lui avait survécu. Sannazaro se consacra à la publication des œuvres de Pontano et de l’Académie, dont il était devenu président.

À partir de son retour d’exil, il abandonna l’écriture en vulgaire, « pour porter son art plus haut » en poursuivant son œuvre latine.

En 1526, au terme d’un travail irrégulier qui avait duré vingt ans, il publia L’Enfantement de la ViergeDe partu virginis libri tres, sur Gallica. en trois livres. Deux papes, Léon X et Clément VII, ont encouragé le projet pendant sa longue gestation. Ce poème en hexamètres, qui unit la théologie et la poésie, connaît une grande fortune tout particulièrement en France. Il est divisé en trois parties, centrées sur l’Annonciation, la Nativité et l’adoration des bergers.

En 1527, obligé de sortir de Naples pour se mettre à l’abri de la peste, Sannazaro, quasi septuagénaire, se réfugia dans un village au pied du Vésuve, non loin de la retraite où vivait Cassandra Marchèse. Dès que la contagion eut cessé, il reprit ses occupations ordinaires jusqu'à sa mort survenue le , âgé d’au moins 70 ans.

Ses restes reposent dans un tombeau dans la que Sannazaro fit bâtir sur l’emplacement même de son palais de Mergellina. Ce monument fut exécuté à Carrare par Jean-Ange Poggibonsi, de Montorsoli, d’après les dessins de Santacroce, sculpteur napolitain, qui a fourni le bas-relief et le buste. Bembo y fit graver le distique suivant : .

Œuvres thumb|right|Page 1 du De partu virginis, de Jacopo SannazaroHactenus, ô superi, partus tentasse verendosSit salis ; optatam poscit me dulcis ad umbramPausilypus, poscunt Neptunia littora, et udiTritones, nereusque senex, Panopeque, Ephyreque,Et Melite, quœque in prunis mihi grata ministratOtia, Musarumque cavas per saxa latebras,Mergellina, novos fundunt ubi citria flores,Citria Medorum sacros referentia Lucos,Et mihi non solita nectunt de fronde coronam. Et maintenant les frais ombrages du Pausilippe, les rivages de la mer, Neptune, ses tritons, le vieux Nérée et ses nymphes m’invitent au repos ; vous surtout, bords charmans de Mergellina, avec vos grottes chères aux Muses, avec vos orangers chargés de fleurs odorantes, l’oranger qui donne à nos climats la beauté des bois de l’Orient et ceint mon front d’une couronne plus belle que le laurier.De partu Virginis, 1526

Toutes les œuvres de Sannazaro ont été publiées sous le nom d’Actius Sincerus, qui lui avait été donné quand il était entré à l’académie de Pontanus.

Il en a composé en italien (langue vulgaire) et en latin ; ses ouvrages en latin étant plus nombreux et plus estimés.

Les œuvres en langue vulgaire. Les Gliommeri il convient de les mettre de côté car ils n’ont pas retenu l’attention des critiques et des historiens, après la mort du poète et qui ont, pour la plupart, été perdus.

Les Sonetti e canzoni Après sa mort, on imprima à Rome, en 1530, ses ouvrages en langue vulgaire sous le titre Sonnets et chansons (Sonetti e canzoni di M. Jacopo Sannazzaro)Sonetti e canzoni del Sannazaro , sur Gallica..

L’Arcadie, son poème alt=|vignette|Berger d'Arcadie, de Cesare Saccaggi. Composé en plusieurs périodes à partir de 1483 et terminé avant le départ en exil en 1501, le livre comporte douze chapitres formé chacun d’une partie en prose et d’une églogueLibro pastorale nominato Arcadio , sur Gallica.Arcadia del Sannazaro tutta fornita et tratta emmendatissima dal suo originale, sur Gallica ; et L'Arcadie sur Wikisource.. Ce n’est pas vraiment un récit historique, ni un roman comme le Daphnis et Chloé de Longus. C’est plutôt un itinéraire spirituel placé sous le signe de Mnémosyne, la mère des Muses. On l’a rapproché de la Consolation de la philosophie de Boèce et des Confessions de Saint-Augustin.

Il n’y a aucune péripétie et même pas de relation suivie entre les personnages ; le récit se fait au fil de la remémoration ; le décor est planté lors des haltes que font les pasteurs de brebis, accompagnés de leurs bêtes dans une Arcadie issue des réminiscences de l’enfance du poète et bien peu conforme à un pays qui aurait réellement existé, comme c’est le cas chez Virgile. Le personnage principal porte le nom d’auteur de Sannazaro, Syncero, narrateur exilé loin de Naples ; le lecteur sait que ce royaume est en proie au plus graves crises politiques, aux occupations étrangères et aux trahisons. Chaque halte est l’occasion d’une pause méditative, agrémentée par les jeux accomplis au son de la musette évoquant les lointains souvenirs.