John Zerzan (né le ) est un auteur américain, philosophe du primitivisme (anarcho-primitivisme). Ses travaux critiquent la civilisation comme oppressante dans son essence, et défendent des modes de vie conçus comme plus libres tirant leur inspiration des chasseurs-cueilleurs préhistoriques, notamment chez Homo habilis. Zerzan va jusqu'à critiquer la domestication, le langage, la pensée symbolique (des mathématiques jusqu'à l'art) et le concept de temps.
Ses livres principaux sont Elements of Refusal (1988), Future Primitive and Other Essays (1994), Running on Emptiness (2002), Against Civilization : Readings and reflections (2005) et Twilight of the Machines (2008).
Biographie Enfance John Zerzan est né en 1943 à Salem dans l'Oregon, dans une famille d'immigrés originaire de Bohême. Il a étudié comme undergraduate à l’université Stanford avant de recevoir une maîtrise d'histoire de l’université d'État de San Francisco. Il a alors commencé un Ph.D. à l’université du Sud de la Californie mais a abandonné l'université avant de finir sa thèse.
Pensée Dans ses travaux, Zerzan s'inspire du concept de Theodor Adorno de dialectique négative pour élaborer une théorie de la Civilisation comme résultat agrégé d'un processus d'aliénation. Selon Zerzan, les sociétés humaines originelles de l'époque paléolithique, et aujourd'hui les sociétés similaires comme les Kung, les Bochimans et les Mbuti, vivent selon un mode de vie non-aliéné et non-oppressant fondé sur la société primitive d'abondance, en contact avec la nature. La construction de telles sociétés relève d'une forme d'utopie politique, ou tout du moins, d'une intéressante comparaison à partir de laquelle il est possible d'attaquer les sociétés actuelles (en particulier industrielles). Zerzan utilise des études anthropologiques sur de telles sociétés pour fonder une critique qui s’étend à de nombreux aspects de la vie moderne. Il dépeint les sociétés contemporaines comme un monde de misère fondé sur la construction mentale d'un sentiment de manque et de besoin John Zerzan - « The Mass Psychology of Misery » (La psychologie collective de la souffrance). L'histoire de la civilisation est l'histoire de la renonciation et ce qui s'y oppose n'est pas le progrès. Il s'agit au contraire de la forme d'utopie qui émerge à vouloir en finir avec ce dernier John Zerzan - « Why Primitivism? » (Pourquoi le primitivisme ?).
Zerzan est un anarchiste, largement associé aux tendances anarcho-primitivisme, de l'Écologie libertaire, anti-civilisation, de l'anarchisme post-gauchiste ainsi qu'à « l'incarnation ». Il rejette non seulement l'État, mais également toutes les formes de relations hiérarchiques ou d'autorité. « Plus simplement, "anarchie" signifie « absence de commandement ».
Ce qui implique un rejet non seulement du gouvernement mais également de toutes les autres formes de domination et de pouvoirJohn Zerzan - « What is Anarchism? » (Qu'est-ce que l'anarchisme ?) ».
Le travail de Zerzan repose fortement sur un dualisme marqué entre les « primitifs » d'une part — vus comme non-aliénés, sauvages (et donc libres), sans hiérarchie, prompts au jeu et égalitaires sur le plan social — et les « civilisés » d'autre part — vus comme aliénés, suivant un mode de vie domestique (et donc mis en esclavage ou soumis), soumis à une hiérarchie structurée, obsédés par le travail et socialement discriminatoires. En conséquence, « la vie avant la domestication / l'agriculture était en fait largement une vie de plaisir, de contact avec la nature, de sagesse des sens, d'égalité sexuelle, et de bonne santéJohn Zerzan - « Future Primitive » (le primitif du futur) ».
Les déclarations de John Zerzan sur le statut des sociétés primitives sont fondées sur une interprétation des travaux d'anthropologues comme Marshall Sahlins et Richard B. Lee. La catégorie des primitifs est strictement restreinte pour Zerzan aux sociétés qui sont de purs chasseurs-cueilleurs sans agriculture ni élevage. Par exemple, l'existence d'une hiérarchie au sein des Indiens du Nord de la côte Est aux États-Unis, dont les principales activités étaient de pêcher et d'aller fourrager pour se procurer des vivres, est attribuée à leur comportement de domestication des chiens et leur culture du tabac. Son analyse est ainsi protégée des critiques comme celle de Murray Bookchin, qui se base sur des pratiques hiérarchiques, oppressives et portant atteinte à l'environnement qui sont le fait d'autres personnes qu'il regroupe sous le même nom de « primitifs ». Toutefois, ce choix a un coût puisqu'il restreint les références empiriques à un petit nombre de sociétés ayant existé et mène à une interprétation controversée des découvertes archéologiques.
John Zerzan appelle à un retour au primitivisme, c'est-à-dire à une reconstruction radicale de la société basée sur un rejet de l'aliénation et sur l'idéal de l'état sauvage. « Il se pourrait que notre unique espoir véritable soit le rétablissement d'une existence sociale de face-à-face, une décentralisation radicale, un démantèlement de la trajectoire dévorante, productionniste, aliénante, friande de nouvelles technologies qui cause tellement d'appauvrissement ». L'utilisation habituelle de preuves de type anthropologique est comparative et démonstrative - la nécessité ou la naturalité de certains aspects de la société moderne est mise en doute en mettant en lumière des contre-exemples dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs. « La documentation toujours plus importante sur la préhistoire humaine en tant que très longue période de vie principalement non-aliénée présente un net contraste avec les sombres échecs de l'insoutenable modernité ». Il est difficile, par contre, de savoir si cela implique un ré-établissement des formes littérales de chasseurs-cueilleurs ou alors une forme plus large d'apprentissage s'appuyant sur les modes de vie afin de construire des relations sociales non aliénées.
Le projet politique de John Zerzan vise à l'élimination de toute technologie. Zerzan effectue la même distinction qu'Ivan Illich entre les outils qui restent sous le contrôle de l'utilisateur et les systèmes technologiques qui prennent le contrôle de l'utilisateur. Une différence entre les deux auteurs porte sur la division du travail à laquelle Zerzan s'oppose. Alors que les outils peuvent être utilisés par chacun dans une communauté (quoiqu'avec une variabilité dans le niveau de compétence), ce qui mène à une distribution équitable du pouvoir et à une situation d'autonomie individuelle, la technologie, quant à elle, requiert des connaissances spécialisées qui ne sont possédées que par une élite, qui possède alors automatiquement le pouvoir sur les autres utilisateurs. Ce pouvoir est l'une des sources de l'aliénation, en même temps que la domestication et la pensée symbolique.
La méthode typique de John Zerzan est de retenir une construction particulière de la civilisation (comme une technologie, une croyance, une pratique ou une institution) et de faire le compte-rendu de ses origines historiques, de ses supposés effets destructeurs et aliénants et enfin des contrastes qu'elle présente avec les expériences des chasseurs-cueilleurs. Dans son essai sur le nombre, par exemple, Zerzan commence par mettre en lumière le contraste entre d'une part le poids donné par les « civilisés » dans le fait de décompter et de mesurer et de l'autre l'importance donnée chez les « primitifs » au partage, en citant pour appuyer son argument les travaux de Dorothy Lee sur les habitants des îles Trobriand, avant de raconter l'histoire de l'essor du nombre par des étapes successives de domination étatique, à commencer par le désir des rois égyptiens de mesurer ce qu'ils dominaientJohn Zerzan - « Number: Its Origin and Evolution » (Le Nombre : Son origine et l'évolution). Cette approche est répétée pour le tempsJohn Zerzan - « Time and its Discontents » (Le Temps et ses mécontentements), les inégalités sexuellesJohn Zerzan - « Patriarchy, Civilization, and the Origins of Gender » (Le Patriarcat, la civilisation et l'origine du genre), le travailJohn Zerzan - « Organized Labor versus "The Revolt Against Work" » (Le Travail organisé versus « la révolte contre le travail »), la technologieJohn Zerzan - « Technology » (La Technologie), l'art et le rituelJohn Zerzan - « Running on Emptiness: The Failure of Symbolic Thought » (La course vers le vide : l'échec de la pensée symbolique), l'agricultureJohn Zerzan - « Agriculture » (Agriculture) et la mondialisationJohn Zerzan - « Globalization and its Apologists: An Abolitionist Perspective » (La Mondialisation et ses apologues : une perspective abolitionniste). John Zerzan écrit également des textes plus généraux sur l'anarchisme et la théorie primitiviste, des critiques d'auteurs perçus comme opposants, à l'image de Hakim BeyJohn Zerzan - « "Hakim Bey", Postmodern Anarchist » ("Hakim Bey", anarchiste postmoderne) et Noam ChomskyJohn Zerzan - « Who is Chomsky? » (Qui est Chomsky ?), et enfin des commentaires culturels sur des programmes télévisés comme Star TrekJohn Zerzan - « Star Trek » (Star Trek).
Apprentissage politique En 1966, John Zerzan est arrêté à Berkeley lors d'une marche de désobéissance civile en opposition à la guerre du Viêt nam et passe deux semaines à la prison du comté de Contra Costa. Il prend la décision, après avoir été relâché, de ne plus jamais être arrêté de façon volontaire. Zerzan assiste à des événements organisés par l'écrivain Ken Kesey et son groupe des Merry Pranksters, et est également lié à la scène musicale du quartier de Haight-Ashbury à San Francisco où la contre-culture hippie s'exprimait par l'art psychédélique.
Vers la fin des années 1960, John Zerzan est travailleur social pour le compte de la ville de San Francisco. Frustré par sa vie banale de fonctionnaire à bas salaire, il participe à l'organisation d'un syndicat des travailleurs sociaux, le Social Service Employees Union (SSEU)Histoire du syndicat SSEU. Il en est élu vice-président en 1968 et président en 1969. Un groupe local, Contradiction, proche de l'Internationale situationniste l'attaque comme étant un bureaucrate de gauche"Open Letter to John Zerzan, anti-bureaucrat of the San Francisco Social Services Employees Union" (Lettre ouverte à John Zerzan, anti-bureaucrate du SSEU de San Francisco). Il se radicalise progressivement et prend conscience de ce qu'il considère être le rôle contre-révolutionnaire du SSEU et des autres syndicats. Zerzan lit également de manière intensive la littérature situationniste, particulièrement influencé par Guy Debord.
En 1974, les éditions Black and Red Press et Fredy Perlman publient l'ouvrage Unions Against Revolution (« Les Syndicats contre la Révolution ») du théoricien espagnol d'extrême-gauche Grandizo Munis, qui comprend un article de John Zerzan, auparavant publié dans le journal Telos. Durant les vingt années suivantes, Zerzan est devenu intimement lié aux publications Fifth Estate, Anarchy: A Journal of Desire Armed, Demolition Derby et autres périodiques anarchistes. Après la lecture des travaux de Fredy Perlman, David Watson et d'autres auteurs, il en vient lentement à la conclusion que la civilisation en elle-même est la racine des problèmes du monde et qu'une société de chasseurs-cueilleurs représente le modèle le plus égalitaire pour les relations de l'homme avec ses congénères et avec la nature.
Zerzan et « Unabomber »