Le Duguay-Trouin est un navire de guerre français de 1800 à 1805 puis britannique jusqu'en 1949. C'était un vaisseau de 74 canons de la classe Téméraire, nommé en l'honneur de René Duguay-Trouin.
Construction
Mis en chantier en à Rochefort Liste générale de la marine de la république en date du 29 avril 1798, Service Historique Défense – Marine (SHD-M) BB5/59. sous la responsabilité de l’ingénieur Rolland d’après les plans de Sané. Sa construction est interrompue en par manque de bois de bonne qualité. Elle est reprise en Extraits des décisions du ministre en date du 1797. par Destouches, puis devant son incapacité à terminer, la Marine passe un contrat avec Capon en .
Le vaisseau est mis à l’eau (mais non terminé) le SHD-M BB5/59., sa carène est doublée en cuivre. L’ordre d’armement est donné en . Il descend la Charente en avril et l’armement est déclaré terminé fin à Port-des-barques bien qu’on ne finisse la peinture que le . Le bâtiment est alors ancré en rade d’Aix sous le commandement du Capitaine de vaisseau Willaumez. Les marins et artilleurs s’entraînent et on procède aux essais en mer sous les yeux des Anglais qui patrouillent au large.
Service dans la Marine française
L’escadre dont il fait partie est envoyée le en station à Saint Domingue, suivant l’ordre de l’amiral Decrès pour mater la révolte des esclaves menée par Toussaint Louverture. Cette expédition est connue sous le nom d’Expédition de Saint Domingue, elle est constituée de et de de ligne. Après une traversée hivernale difficile, l’escadre arrive en vue de l’ile le .
Le Le Duguay-Trouin s’échoue sur la cote sud en face de Jérémie à cause d’un pilote incompétent SHD-M BB4-163.. On devra pomper son eau douce, démonter un maximum de son gréement en le passant sur une goélette, jeter à l’eau les canons de ses gaillards et leurs affûts, l’alléger en enlevant du matériel et même le gouvernail pour arriver à le haler sur une ancre vers l’eau libre. Bilan quelques feuilles de cuivre arrachées et une petite voie d’eau sans conséquences.
Il effectue alors plusieurs missions contre les "rebelles" (transports de troupes), l’artillerie est réduite par la suppression des canons des gaillards qui sont restés à Jérémie. Le Duguay-Trouin change alors de capitaine : Willaumez est remplacé par Lhermitte. La fièvre jaune se déclare à bord et, en , il ne reste plus que sur les 650 de l’équipage, on y envoie pour remplacer les morts. Les missions de transport et d’appui des troupes à terre continuent en 1803.
En mai, les Anglais rompent la paix d’Amiens et déclarent la guerre à la France, impliquant un rapatriement des principaux vaisseaux vers la métropoleOrdres de Latouche Tréville du 29 messidor an XI. mais les Anglais patrouillent autour de Saint Domingue. Le , Le Duguay-Trouin et la frégate La Guerrière profitent d’un orage qui a éloigné les forces anglaises pour rentrer « dans un port de France ou d’Espagne, si possible à Rochefort ». Les Anglais ont toutefois repéré la sortie des navires et le lendemain, Le Duguay-Trouin engage le combat contre le HMS Elephant. L’arrivée de La Guerrière fait fuir le vaisseau anglais. Le , les deux bâtiments rencontrent la division anglaise forte de et Lhermite décide de se réfugier à la Corogne, dans le Nord de l’Espagne, différant ainsi son retour vers Rochefort. À l’arrivée à la Corogne, les Espagnols mettent les deux navires en quarantaine pour soigner les malades et les scorbutiques.
Dès son arrivée, Lhermite envoie un courrier au ministre pour exposer sa situation : le bâtiment est en mauvais état, le cuivre qui double la coque est endommagé, le gréement nécessite une grosse révision et il n’a aucune rechange, la voie d’eau s’est aggravée, il faut pomper en permanence. De plus, il a , (officiers et dames) et . Que faire des prisonniers et des passagers ?
Le (soit 13 mois plus tard) il est enfin réparé après de nombreuses péripéties et mouille dans la rade du Ferrol en compagnie de la division de l’amiral Bedout, les hommes manquent totalement d’entraînement et Lhermitte, tombé malade entre-temps, a été remplacé par le capitaine de vaisseau Touffet.
Trafalgar
Après les événements qui ont amené à la bataille de Trafalgar, Le Duguay-Trouin se retrouve à l’arrière-garde, derrière la formation générale de son escadre composée de 7 vaisseaux sous les ordres du CA Dumanoir-le-PelleySHD-M BB4-237.. Au cours de la bataille et à la suite d'un virement de bord général, l’arrière-garde de Dumanoir devient l’avant-garde et le combat va se dérouler derrière ses vaisseaux. Villeneuve s’aperçoit que son avant-garde va se retrouver hors de l’action et ordonne de revenir rapidement au contact. Dumanoir ignore cet ordre et lâche quelques bordées aux Anglais les plus proches. Villeneuve réitère son ordre d’assistance aux vaisseaux écrasés sous les bordées anglaises. On vire difficilement de bord (et surtout grâce aux embarcations) pour rejoindre le combat et les vaisseaux de Dumanoir, alignés comme à la parade traversent le champ de bataille en échangeant quelques bordées, engageant quelques vaisseaux anglais isolés en s’apercevant que de nombreux vaisseaux français ou espagnols étaient vaincus et pris, les autres faisant tant bien que mal route vers Cadix pour s’y réfugier. Les quatre vaisseaux presque intacts de Dumanoir, dont Le Duguay-Trouin, vont éviter le combat avec un groupe de ennemis et quitter le champ de bataille en s’éloignant vers l’ouest.
Bataille du Cap Ortégal
Dumanoir, parti plein ouest, lutte dans la tempête qui s’est levée et remonte péniblement vers le nord afin de rallier Rochefort. Le Duguay-Trouin casse sa grand-vergue. Le , la tempête s’affaiblit et Dumanoir double le cap Saint Vincent pour remonter vers le nord le long de la côte du Portugal.
Le vers 14 heures, Dumanoir aperçoit les voiles des vaisseaux de l'amiral britannique Sir Richard Strachan à grande distance. Ces derniers disposent de quatre vaisseaux et quatre frégates soit . Les Français ne comptent que quatre vaisseaux, soit .
Le , à l’aube, deux frégates anglaises viennent harceler les Français. Les vaisseaux se mettent alors en ligne de batailleSHD-M BB4-236. et à , les premières bordées s’engagent. Après une demi-heure de canonnade très virulente, les Anglais cessent le feu. Les Français virent alors de bord, ils sont repris en chasse par les Anglais et à le combat reprend encore plus violent. Le Formidable de Dumanoir amène son pavillon à , Le Scipion à , croulant sous le feu anglais.
Le combat n’est pas terminé et les deux autres vaisseaux français, Le Duguay-Trouin et Le Mont-blanc tentent alors de fuir mais les Anglais essaient encore de les intercepter. Le Duguay-Trouin endommage gravement le HMS Hero, un des deux vaisseaux qui l’assaillent. Son gréement est fortement endommagé et le capitaine Touffet est tué au début du combat tandis que son second est grièvement blessé et que les lieutenants qui prendront successivement le commandement seront blessés les uns après les autres. Les hommes des gaillards sont décimés par la mitraille anglaise, le deuxième pont armé de canons de Poids du boulet. ne compte plus que la moitié de ses servants et seul le premier pont et ses canons de sont en état de tirer. À Le Mont-Blanc ne pouvant résister au feu anglais amène son pavillon laissant Le Duguay-Trouin seul face aux vaisseaux anglais.
Le lieutenant de vaisseau Guillet décide alors d’évacuer les gaillards et la batterie de 18 pour armer les canons de afin d’infliger le plus de dégâts possible aux vaisseaux anglais qui l’encerclent alors et qui le canonnent à outrance. Les Anglais « irrités par cette résistance leur criaient d’amener leur pavillon ». Les tirs anglais font s’écrouler la mâture et les éléments de mâture, voiles et gréement masquent la batterie de 36, rendant dès lors tout nouveau tir impossible.
À , le pavillon étant tombé avec la mâture, Le Duguay-Trouin se rend sans amener son pavillon.
Service dans la marine britannique : HMS Implacable
Le Duguay-Trouind'après La vie houleuse du Duguay-Trouin par Yves Boyer Vidal, Marine Editions, 2010., pris, est conduit à Plymouth. Dans les semaines qui vont suivre, l’arsenal va le réparer, faire des essais en mer et apprécier ses bonnes qualités. On remplace la figure de proue, Duguay-Trouin brandissant un sabre, par un buste de Méduse. Il est intégré à la Royal Navy et renommé HMS Implacable.
En 1808, il se fait remarquer en BaltiqueW. Laird Clowes in The Royal Navy. participant au soutien anglais à la Suède face aux forces russo-danoises. Il prend le vaisseau de 74 canons de la marine russe Vsevolod en août, mais ce dernier prend feu et explose. En on le retrouve en Finlande lors de la même campagne, prenant et marchands. Il est de retour à Plymouth en 1813.
Il s'ensuit alors une longue période d’inactivité jusqu'en 1840 lorsqu'il participe en Méditerranée au blocus des côtes syriennes, puis prend part à la libération de Beyrouth occupé par les troupes égyptiennes et au bombardement des côtes de Syrie et de la ville d’Alexandrie.
Le HMS Implacable rentre une fois de plus à Plymouth en 1841 auréolé du titre de vaisseau le plus beau de la Méditerranée et le meilleur en évolution, titre récompensé par un coq doré perché en haut de son grand mât. Le plus beau certes, mais surclassé par les constructions plus récentes puisqu'il avait alors près de .
Vaisseau d’entraînement et de loisirs thumb|Le navire en 1943. Il est alors mis en réserve en 1842 et en 1855, il devient le premier bâtiment d’entraînement à Devonport. En 1871, il est absorbé par la structure HMS Lion, regroupement de centres d’entraînement. Il ne subit quasiment pas d’entretien et on ne s’inquiète pas de savoir comment vieillit la coque, elle flotte…
En 1908, l’Implacable, qui a 108 ans, entre dans la liste des vaisseaux à vendre aux démolisseurs mais le roi Edward VII intervient. Un millionnaire, Goeffrey Cobb, industriel du charbon, dont le père avait déjà sauvé le HMS Foudroyant de Nelson, s’associe à plusieurs hommes influents du pays afin d’obtenir un peu de répit pour le vaisseau. Finalement il n’est pas vendu aux démolisseurs mais « prêté » à Cobb en 1911. Remis en état à minima en 1912 aux frais de Cobb, il sert de base aux adolescents et des scouts marins.
En 1924, Cobb n’ayant plus les moyens pour subvenir à l’entretien, demande une expertise qui révèle la nécessité de disposer de pour garder le navire à flot. On fait appel aux dons, ces dons permettent de réparer le vaisseau en 1926/27. Cobb voulait que les jeunes Anglais comprennent la part que la Marine britannique avait eue dans l’histoire de l’Angleterre. Pour ce projet, on aménage le vaisseau. Le pont supérieur, devient aire d’activité de plein air, l’ancien second pont sert de salle de réunion, concerts, de séance d’instruction et d’enseignement. On y trouve aussi le réfectoire. L’avant de ce pont est réservé aux cuisines et à la boulangerie. Le premier pont (le plus bas) est dégagé de bout en bout, il sert de dortoir pour . Dans les vastes cales, on installe des magasins, des caisses pour l’eau douce, les moyens de production d’électricité et de chauffage ainsi que des pompes électriques. Les officiers et le personnel d’instruction sont logés aux extrémités du deuxième pont.
Mais l’argent manque et en 1930, le maire de Londres lance un nouvel appel de fond suivi d’un second par le duc d’York en 1931. On avait besoin de pour les grosses réparations et pour l’entretien. On ne reçoit que mais le comité créé par Cobb continue son travail d’éducation. Cobb meurt en 1931 bouleversant le projet car il en était l’animateur mais aussi le principal donateur. En , l’Implacable est remorqué vers Portsmouth et on le mouille près du HMS Victory, son vieux compagnon de combat tout juste restauré dans son dock, sauvé de justesse en 1816 de la démolition.