thumb|Une feuille de papyrus du de Nag Hammadi sur lequel on a découvert une version complète de l’évangile selon Thomas.

L’évangile selon Thomas est un évangile qui ne comporte que des paroles attribuées à Jésus. Il a probablement été écrit en grec et contient des logia peut-être antérieurs à l'écriture des plus anciens évangiles canoniques. Il a par la suite été déclaré apocryphe par la Grande Église au point de totalement disparaître. Contrairement aux autres apocryphes rejetés pour l'absence de message spirituel de leurs anecdotes, il ne contient guère d'anecdotes ni de récit et consiste presque exclusivement en messages spirituels.

Découvert en à Nag Hammadi, en Haute-Égypte, associé dans le même codex à d’autres textes également rédigés en copte, le manuscrit, désormais conservé au musée copte du Caire, date du mais a probablement été rédigé sur base d'un original grec dont on a retrouvé des traces dans des papyrus d'OxyrhynqueOxyrhynque 1, 654 et 655. datés du Jean-Daniel Dubois, Jésus apocryphe, éd. Mame, 2011, ..

Ce « cinquième évangile » pourrait provenir d'un milieu syriaque ou palestinien, et avoir été rédigé par une série de rédacteurs entre les . Certains chercheurs y détectent des éléments pré-synoptiques. Toutefois, ce point de vue ne fait pas consensus.

Il s'agit d'un recueil de sentences — des logia — qui, selon l’incipit du texte, auraient été prononcées par Jésus et transcrites par , c'est-à-dire l'apôtre Thomas. Au nombre de 114, les logia sont ainsi le plus souvent précédés de la mention « Jésus a dit ». Bon nombre ont leur parallèle dans les évangiles selon Matthieu et selon Luc ainsi que, dans une moindre mesure, dans l’Évangile selon Marc. Ces parallèles ont souvent une rédaction et une conclusion différentes de ce qu'on trouve dans les synoptiques. Les fragments qu'on a retrouvés en grec datant du présentent eux-mêmes des différences avec la version copte.

Découverte

La version complète en langue copte de l’évangile de Thomas a été découverte en 1945 dans une jarre de plus d'un mètre de haut, cachée dans un cimetière païen de Nag Hammadi (Égypte) ou dans une grotteBernadette Arnaud, « Les trésors oubliés du désert égyptien », dans Sciences et Avenir, , janvier 2013, .. Les paysans qui ont découvert ces manuscrits ont donné plusieurs versions, de sorte que si on est sûr de la localisation de Nag-Hammadi, l’environnement précis de la découverte de cette jarre n'est pas connuUn des paysans a même reconnu avoir brûlé quelques-uns des manuscrits pour se réchauffer. Bernadette Arnaud, « Les trésors oubliés du désert égyptien », dans Sciences et Avenir, , janvier 2013, .. Aux côtés du codex sur lequel figurait cet évangile, se trouvaient onze autres codex en papyrus datant du et rassemblant cinquante-deux écrits. Comme les couvertures de certains des écrits étaient formées de papyrus documentaires dont certains étaient datés, il a été possible de déterminer précisément après quelle date ces manuscrits ont été cachés.. Les textes retrouvés dans cette amphore figuraient sur la liste d'un décret de l’évêque Athanase d'Alexandrie () qui ordonnait leur destruction.

Avant cette découverte, on ne connaissait que moins de dix logia de ce texte grâce à des fragments en grec datant de la fin du , notamment ceux retrouvés dans des fouilles à OxyrhynquePour le texte des logia retrouvé à Oxyrhynque, voir France Quéré, Évangiles apocryphes, éd. du Seuil, Paris, 1983.Jean-Daniel Dubois opte pour une datation tardive des papyri d'Oxyrhynque au ; Jean-Daniel Dubois, Jésus apocryphe, éd. Mame, 2011, ..

L’évangile de Thomas retrouvé à Nag-Hammadi figurait dans le même codex — — que d'autres textes chrétiens eux aussi dans leur version copteLe Livre secret de Jean, l’Évangile selon Thomas, l’Évangile selon Philippe, l’, un traité sans titre souvent appelé Sur l'origine du monde, l’Exégèse de l’âme, le Livre de Thomas l’Athlète..

Contenu

C’est un recueil de logia (terme grec signifiant « paroles »Outre le sens de « parole » qui est son sens principal, logion est la transcription du mot grec , « réponse d’oracle ».), c’est-à-dire d'expressions de Jésus, au nombre de cent quatorze, qui se suivent sans ordre apparent et sont le plus souvent précédés de la mention « Jésus a dit ». Ces paroles relèvent de plusieurs types littéraires : .

Bien que de nombreuses sentences soient propres à cet évangile et que certaines même proposent une vision de la foi différente de celle des évangiles canoniques, soixante-dix-neuf de ces logia trouvent leurs parallèles dans la littérature synoptique, pour l'essentiel dans les évangiles selon Matthieu et selon Luc et, dans une moindre mesure, dans l’évangile selon MarcRaymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? , éd. Bayard, 2011, .. Cela peut signifier une influence des synoptiques sur Thomas, ou l’inverse. Cela peut aussi être le signe que Thomas et les synoptiques avaient une source commune.Selon Jean Doresse, qui a fait la première publication des textes de Nag Hammadi, il s’agit d’« un apocryphe où ce qui correspond aux évangiles a toutes chances d’avoir été tiré d’eux, et non de leur source première, tandis que ce que Thomas offre d’inédit, même si cela mérite la qualification de logia, risque d’avoir été l’objet non seulement d’approximations mais aussi de retouches. » Jean Doresse, L’Évangile selon Thomas, éd. 1988..

Il n’y est pas fait mention de la naissance de Jésus, de sa mort ou de sa résurrection. Dans le logion , les disciples interrogent simplement Jésus, pour savoir quel chef « se fera grand sur eux » lorsqu'il les « quittera ». Jésus désigne alors Jacques le Juste.

Le genre littéraire de recueil de paroles de Jésus est attesté par des fragments retrouvés en Égypte et notamment des fragments d'un évangile attribué à Matthieu, différent de celui que l'on connaîtVoir à ce sujet France Quéré, Évangiles apocryphes, éd. du Seuil, Paris, 1983., et par les écrits de Pères de l'Église comme Papias d'Hiérapolis qui mentionne un recueil de paroles de Jésus écrit en langue hébraïque par Matthieu, C'est à ce genre littéraire qu'appartient aussi l’hypothétique source Q, qui, selon la « théorie des deux sources », serait avec une version de l’Évangile selon MarcCette version de l’évangile selon Marc serait antérieure à celle que l'on connaît. le matériel sur lequel se seraient fondés les rédacteurs des évangiles selon Matthieu et Luc. Certains auteurs reconnaissent dans l’évangile selon Thomas des éléments pré-synoptiquesFrançois Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, ., mais cette position ne fait pas consensus. Il est possible que ce genre littéraire ait précédé la rédaction des évangiles canoniques.

Titre Le titre original du texte est non pas l’Évangile de Thomas mais, suivant l'incipit, Les paroles secrètes de Jésus écrites par Thomas. Suivant cet incipit, certains auteurs ont insisté sur l'aspect ésotérique du texteJacques E. Ménard, L'évangile selon Thomas : [traduction et commentaire], Leiden, éd. Brill, 1975, ., et de sa théologie, mais celui-ci est néanmoins à relativiser : le terme « secret » ou « caché » renvoie davantage au caractère mystérieux des paroles de Jésus qu'à une transmission entre initiés. Au-delà de leur sens manifeste, les paroles de Jésus ont un sens plus profond qui ne se révèle qu'au prix d'un effort d'interprétation dont, dans le logion qui suit l'incipit, Jésus semble donner la clef herméneutiqueHermeneia en grec signifie « interprétation ». et inviter à cette interprétation : « Celui qui trouvera l'interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort ». La suite du texte insiste sur la nécessité d'approfondir certaines paroles, en répétant à plusieurs reprises « Que celui qui a des oreilles (pour entendre) entende » (une phrase que l'on retrouve souvent dans les évangiles canoniques ainsi que dans l'Apocalypse de saint Jean entre autres). Il est à remarquer que dans les évangiles canoniques, tout comme dans l'évangile selon Thomas, Jésus affirme .

Datation

La datation est débattue car la nature même du texte le rend difficile à dater avec précision : constitué d'un assemblage de citations, son corpus est évidemment plus malléable que les évangiles canoniques les plus connus et, par conséquent, la genèse de sa formation doit être abordée de manière singulière : ainsi se pose davantage la question de savoir quand la compilation a débuté, comment elle s'est poursuivie et quand elle s'est fixée, si ce fut le cas. . Les chercheurs sont partagés entre des datations situées, d'un côté, vers 50 ap. J.-C. — au moins pour le noyau de l'évangile — et de l’autre, à la fin du , une large majorité de chercheurs penchant pour une rédaction au deuxième siècle et plus particulièrement pour une date comprise entre 135 et 200.

Des indices semblent témoigner de l’existence de certaines versions de l’évangile de Thomas dès le : la collection de citations est une forme littéraire qui appartient à la première période de l’activité littéraire chrétienne, à rapprocher de la source Q, une collection de proverbes et paraboles utilisées pour la composition des évangiles selon Matthieu et Luc. Le fait que le nom de Jésus ne soit accompagné d'aucun des titres christologiques dont l’apparition est plus tardive est également à considérer. L’existence de ces versions de la fin du ne signifie pas pour autant que l’évangile aujourd'hui connu remonte à cette période haute, car le texte témoigne de nombreux ajouts, modifications et innovations.

Avec la Grande Révolte juive de 66-74, la collecte de paroles comme forme d'évangile semble passer de mode, notamment au profit d'un genre narratif, qui se présentent comme des « biographies » de Jésus. C'est alors qu'apparaît également une nouvelle forme d'évangiles dans lesquels le Jésus ressuscité délivre une connaissance ésotérique ; ce genre reprend et développe de plus anciennes citations attribuées à Jésus. Ces traces de réécritures gnosticisantes du texte portent à ne pas dater la version connue actuellement avant le milieu du Frédéric Amsler, L’Évangile inconnu : la source des paroles de Jésus (Q), éd. Labor & Fides, 2006, .. Ainsi, depuis les dernières décennies du , lorsque la collecte et la fixation des paroles de Jésus étaient toujours en cours et en débat, la compilation de l’évangile de Thomas a pu se poursuivre au cours du , permettant au corpus de grandir et d'évoluer jusqu'à la version copte trouvée à Nag-Hammadi, vraisemblablement copiée au par un moine de Haute-Égypte. Dans l’exégèse de ce texte, il faut ainsi prendre en compte la possibilité de datations différentes pour chacun des logia qui le composent.

Dans les débats modernes sur la datation, la littérature ésotérisante a également voulu y voir un texte antérieur aux écrits néotestamentaires.

Diffusion Si l’on compare le nombre d’exemplaires préservés de l'Évangile selon Thomas en grec (3 ex.), aux , il se situe dans la moyenne des autres textes chrétiens en grecPaul-Hubert Poirier, Quelques perspectives récentes sur l’Évangile selon Thomas, § 2. À propos de l'article de Larry Hurtado, « The Greek Fragments of the Gospel of Thomas as Artefacts : Papyrological Observations on Papyrus Oxyrhynchus 1, Papyrus Oxyrhynchus 654 and Papyrus Oxyrhynchus 655, dans Jörg Frey, Enno Edzard Popkes, Jens Schröter, éd., Das Thomasevangelium. Entstehung — Rezeption — Theologie, Berlin, New York, Walter de Gruyter (, 157), 2008, ix-545 p.. Ce qui suggère qu'il y avait un lectorat moins important que pour le Livre des Psaumes (16 ) ou le Pasteur d’Hermas (11 ex.), mais plus important que pour l'Évangile selon Marc, les deux ou les deux premières Épîtres de Jean (1 ex. chacun). Pour les trois exemplaires connus, il s’agit de copies destinées à un usage privé, ce qui Il semble que ces trois manuscrits ont

Auteur Le texte copte de Nag-Hammadi s'ouvre sur l’incipit suivant :