Les Nuits d'été constituent un ensemble de six mélodies d'Hector Berlioz, sur des poèmes de Théophile Gautier extraits du recueil La Comédie de la mort paru en 1838. Composées vers 1840, publiées en , ces mélodies sont d'abord destinées à une voix de mezzo-soprano ou de ténor, et accompagnées au piano.
La première audition de la quatrième mélodie, Absence, a lieu le dans la salle du Conservatoire à Paris, lors d'un concert organisé par le pianiste Henri-Louis-Stanislas Mortier de Fontaine et son épouse Marie-Josine Vanderperren.
Berlioz orchestre Absence en 1843, et l'ensemble des Nuits d'été en 1856. Certaines mélodies sont transposées pour différentes voix : mezzo-soprano, ténor, contralto et baryton. La majorité des interprétations modernes est assurée par un seul artiste lyrique.
Le compositeur ne présente que deux des mélodies en concert, toujours sous sa direction : Absence, le à Leipzig, interprétée par sa compagne Marie Recio et Le Spectre de la rose, le à Gotha, interprétée par Anna Bochkoltz-Falconi.
Avec La Captive et le cycle des Nuits d'été, Berlioz crée le genre de la mélodie avec ensemble instrumental qui se développe dès la fin du et au , en France et en Europe, avec les cycles de Wagner, Mahler, Berg, Schönberg, Richard Strauss et Benjamin Britten.
Depuis le premier enregistrement des Nuits d'été dans leur intégralité, réalisé en 1951 par Suzanne Danco et l'orchestre symphonique de Cincinnati dirigé par Thor Johnson, les mélodies ont été chantées par de nombreux artistes, dont Régine Crespin, Janet Baker, Véronique Gens, Ian Bostridge, Michael Spyres et Benjamin Bernheim.
Berlioz considère Les Nuits d'été comme son « », dans le catalogue établi pour les éditions Richault en 1852. Le recueil porte la dans le catalogue de ses œuvres établi par le musicologue Dallas Kern Holoman.
Genèse des Nuits d'été Composition Dans ses Mémoires, rédigés à partir de 1848, le compositeur résume son activité en peu de mots pour le début des années 1840 : en dehors d'une tournée de concerts en Europe centrale, de 1842 à 1843, . En commentaire de cette déclaration, Pierre Citron admet que, .
Circonstances Le premier biographe de Berlioz, Adolphe Boschot, en est réduit à parler d' pour la période 1841-1842, dans son Histoire d'un romantique publiée en 1908. Quatre-vingt-dix ans plus tard, le musicologue américain Dallas Kern Holoman s'attache encore à suivre le compositeur dans ses de 1840 à 1846. En fait, durant ces années, où Julian Rushton voit surtout une tentative de se relever de l'échec cuisant de Benvenuto Cellini à l'opéra-comique : la « Romance de Teresa », abandonnée dans l'opéra, est reconvertie en concertino pour violon intitulé Rêverie et caprice, Le Carnaval romain reprend l'air de Cellini du premier tableau et la scène du carnaval au second tableau de l'acte I. Rêverie et caprice est publiée la même année que Les Nuits d'été, son « », en 1841. Les deux partitions pour orchestre sont retenues par le compositeur comme ses « » et « », succédant au recueil de mélodies dans le catalogue de ses œuvres établi en 1852.
La composition des Nuits d'été mais s'étend sur les années 1840-1841, , , au plus tard au mois d'. En composant ces mélodies, Berlioz renoue avec l' de La Captive, sa première œuvre pour mezzo-soprano et orchestre.
Inspirations
Les Nuits d'été sont composées à un moment de crise dans la vie amoureuse de Berlioz. Il a épousé l'actrice Harriet Smithson le , leur fils Louis est né le . Le couple paraît . En réalité, Harriet connaît un déclin pendant qu'une .
Bruno Messina trouve dans Les Nuits d'été , entre la culpabilité envers Harriet et l'espoir retrouvé avec Marie. David Cairns s'y refuse catégoriquement : . Les dates concordent mal et .
Peter Bloom admet la possibilité que Les Nuits d'été représentent . Cependant, le musicologue américain propose une approche plus stimulante : . Enfin, , Berlioz ayant toujours assimilé Harriet aux héroïnes de Shakespeare, .
La composition semble avoir . Berlioz pouvait avoir . Le choix de la voix de mezzo-soprano est significatif. Dans l'entourage du compositeur, Rosine Stoltz et avait participé à la création de Benvenuto Cellini. Leurs relations s'étaient refroidies par la suite. Pauline Viardot, qui montrera toujours , est alors âgée de et devait bientôt représenter et pour Les Troyens. Berlioz fondait encore de grands espoirs sur Cornélie Falcon, qui avait donné la première audition publique de La Captive sous sa direction. Après ces étoiles, Marie Recio, de Berlioz, mais paraît bien .
Orchestration vignette|gauche|redresse=1.3|Lettre à la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein, du , annonçant la composition des Troyens. Berlioz lui demande en marge si Peter Cornelius a terminé sa traduction des Nuits d'été en allemand.|alt=Lettre manuscrite sur papier bleu. Berlioz , aboutissant à une orchestration pour Les Nuits d'été, mais aussi La Belle Voyageuse, La Captive, Zaïde, Le Chasseur danois et Le Jeune Pâtre breton.
Le manuscrit de la version pour mezzo-soprano et orchestre dAbsence est daté avec précision, . Il faut pourtant attendre les années 1850 pour disposer de selon David Cairns.
En 1852, Berlioz semble avoir abandonné la composition : il renonce à entreprendre une nouvelle symphonie, établit le catalogue de ses œuvres pour les éditions Richault, et se concentre sur sa carrière de chef d'orchestre. Franz Liszt le soutient en organisant des représentations de ses œuvres à Weimar, dont Benvenuto Cellini, sous sa propre direction. Sur ses conseils, Berlioz retravaille son opéra. Il dirige l'orchestre lorsque Liszt présente son et remporte lui-même de véritables triomphes. La première audition de La Fuite en Égypte, à Leipzig, obtient un succès inattendu : Brahms et des copies de ses partitions circulent pour être traduites en allemand, dont La Captive et Les Nuits d'été.
Berlioz reprend confiance en lui, encouragé par le compositeur Peter Cornelius, un disciple de Liszt qui a déjà traduit L'Enfance du Christ et Le Retour à la vie en 1855. Cornelius devient l'un des plus fervents admirateurs et , qui lui témoigne une grande reconnaissance.
C'est donc pour accompagner une audition intégrale de L'Enfance du Christ, à Gotha, que Berlioz réalise l'orchestration du Spectre de la rose, au début de l'année 1856. Dans l'assistance, aux côtés de Liszt, Cornelius convainc le jeune éditeur suisse Jakob Melchior Rieter-Biedermann de Winterthour de commander une version orchestrale de tout le cycle. Un mois plus tard, de retour à Paris, Berlioz a terminé cette orchestration.
Au début du mois d', aussitôt après l'envoi de la partition à son éditeur, il entreprend . Le livret est achevé à la fin du mois de juin, mais le duo de l' « Nuit d'ivresse et d'extase infinie » a été composé dès le début du mois. La composition de cet opéra, de 1856 à 1858, marque le retour de son et offre une synthèse de toute son œuvre :
Publication L'éditeur Catelin publie Les Nuits d'été pour chant (mezzo-soprano ou ténor) et piano en . Comme à son habitude, Berlioz avait pris soin d'en faire l'annonce dans la Revue et gazette musicale de Paris, le . Elles sont annoncées dans l, en tant que (« Chansons en forme de ballades »), le . Dallas Kern Holoman n'en déplore pas moins une publication .
De fait, cet article est du pianiste et compositeur Stephen Heller, de Berlioz :
Joseph d'Ortigue leur consacre un article un peu ironique dans le Journal des débats, en 1852, à l'occasion de la publication de Tristia :
En 1857, le compositeur fait insérer dans la Revue et gazette musicale un article du de Leipzig, pour rendre compte de la traduction des Nuits d'été par Peter Cornelius et suggérer . Yves Gérard en conclut que .
Les Nuits d'été sont les six premières pièces dans la Collection de que Berlioz fait publier par les éditions Richault en 1863. Ces publications sont . En 1881, l'éditeur Novello & Co publie les Nuits d'été en anglais, traduits par Francis Hueffer.
Présentation Poésie Choix des poèmes Le recueil de Théophile Gautier intitulé La Comédie de la mort est publié en . Berlioz . Le poète et le musicien sont alors très proches, en tant que journalistes, .
Lors de la première audition, triomphale, de Roméo et Juliette en 1839, Gautier avait loué le compositeur pour avoir . Cependant, l'auteur dÉmaux et Camées ne montrait pas de grandes dispositions musicales : . De fait, , d'autant moins que Gautier quitte Paris pour l'Espagne en . Il défendait le compositeur et, .
Berlioz . Les Nuits d'été ne sont pas le seul hommage rendu à Gautier : Les Grotesques de la musique, ouvrage de critique musicale publié en 1859, empruntent leur titre aux Grotesques, recueil paru en 1844. De son côté, Gautier se montrait remarquablement souple vis-à-vis des musiciens :
Ainsi, Berlioz avec les poèmes dont .
Élisabeth Brisson devine dans le choix des poèmes par Berlioz .
Claude Ballif convient que .
Choix du titre Le titre du recueil pourrait faire allusion au Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare, l'un des auteurs favoris de Berlioz. Élisabeth Brisson suggère dans le choix de ce titre : .
Gautier avait mis en épigraphe de ses Poésies, publiées en 1830, un vers extrait de L'andalouse d'Alfred de Musset, poème mis en musique par Hippolyte Monpou :
Dans un article de 1835, Berlioz rend compte d'un concert d'anciens étudiants d'Alexandre-Étienne Choron et distingue . Peter Bloom considère ainsi que le titre s'est proposé naturellement à son auteur pour .
Michel Guiomar cite La Nuit d'été d'Yves Bonnefoy, en exergue de son analyse du cycle de mélodies :
Mélodies et dédicaces vignette|redresse=0.8|Anna Bochkoltz-Falconi, par Marie-Alexandre Alophe.|alt=Portrait gravé d'une femme, en buste.
Dans sa version initiale pour chant et piano, dédiée à Louise Bertin Les Nuits d'été comprennent six mélodies :
« Villanelle » — () de en la majeur, à ; « Le Spectre de la rose » — () de en ré majeur, à ; « Sur les lagunes. Lamento » — () de en sol mineur, à ; « Absence » — () de en fa dièse majeur, à ; « Au cimetière. Clair de lune » — () de en ré majeur, à ; « L'Île inconnue » — () de en fa majeur, à .
La version définitive, pour chant et orchestre, apporte quelques modifications et les dédicaces de chaque mélodie : « Villanelle » — à , de la cour grand-ducale de Weimar ; « Le Spectre de la rose », transposé en si majeur, avec de prélude orchestral — à , de la cour grand-ducale de Gotha ; « Sur les lagunes. Lamento », transposé en fa mineur — à , de la cour grand-ducale de Weimar ; « Absence » — à , de la cour royale de Hanovre ; « Au cimetière. Clair de lune » — à , de la cour grand-ducale de Weimar ; « L'Île inconnue » — à , de la cour grand-ducale de Weimar.
Berlioz avait découvert en Madeleine Nottès , et l'avait dirigée dans les de La Damnation de Faust, le à Hanovre. Rosa von Milde avait interprété le rôle d'Ascanio dans Benvenuto Cellini à Weimar, en 1852, sous la direction de Liszt. Berlioz la tenait en très haute estime, notamment dans le rôle-titre dAlceste et celui d'Elisabeth dans Tannhäuser. Son époux Feodor von Milde, Louise Wolf et Friedrich Caspari avaient également interprété sa musique.
La durée d'exécution du cycle complet est d'environ . Hugh Macdonald observe que Villanelle, Le Spectre de la rose et Absence que celui indiqué dans la partition par un compositeur qui recommandait l'usage du métronome. En effet, Berlioz .
Musique Tessitures Les Nuits d'été témoignent des choix esthétiques du compositeur, .
Tessitures des Nuits d'étéVillanelleLe Spectre de la roseSur les lagunesAbsenceAu cimetièreL'île inconnue140px140px140px140px140px140pxmezzo-sopranomezzo-sopranomezzo-soprano mezzo-sopranoténor ténorténorténor contraltocontraltobaryton
Les Nuits d'été sont .
La répartition des mélodies sur plusieurs voix permet de mieux exprimer .
Piano Dans Les Nuits d'été, . À propos de la version initiale des six mélodies, Gérard Condé estime que, . Plus précisément, .