thumb|Carte des postes diplomatiques américains à l'étranger, en 2003. La politique étrangère des États-Unis (en anglais : foreign policy of the United States ou United States foreign policy) est la politique étrangère menée par les États-Unis vis-à-vis des États tiers et du système multilatéral mondial.
Elle constitue le résultat d'un processus d'élaboration complexe, fait de débats contradictoires tranchés par des arbitrages. D'autre part, le système constitutionnel américain prévoit une distribution précise des pouvoirs (checks and balances), ce qui donne aux différents acteurs (présidence, administration, Congrès, Cour suprême ou société civile) un pouvoir capable d'influer de façon très différenciée sur l'élaboration de la politique étrangère des États-Unis. Certains fondamentaux de la politique extérieure des États-Unis sont cependant présents depuis leur création. La prise de décision est partagée entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, sous la supervision du pouvoir judiciaire. Les deux subissent l'influence de la société civile (groupes de pression, électorats et think tank).
Les acteurs de la politique étrangère américaine Compétences du législatif et de l'exécutif Le secrétaire d'État est à la tête du département d'État des États-Unis. Il est chargé de représenter la diplomatie américaine ; actuellement, Marco Rubio occupe le poste.
Le principe de séparation des pouvoirs voulu par les Pères fondateurs des États-Unis les conduit à tenter de créer « deux branches vigoureuses, actives et combatives en leur octroyant, dans le domaine de la politique étrangère, des rôles significatifs se chevauchant l'un l'autre »Thomas E. Mann, A Question of Balance : The President, The Congress and Foreign Policy, Washington, 1990.
La constitution fixe en principe au Congrès le rôle prédominant en politique étrangère (article 1 section 8 de la Constitution des États-Unis). Cependant, les pouvoirs du président ont été ré-affirmés à de nombreuses reprises par la Cour suprême, qui dès les années 1930 admettaient par exemple la validité des sole executive agreements, c'est-à-dire d'accords signés par le seul président avec une puissance étrangère, contrairement aux traités qui requièrent l'approbation du Sénat.
En plus des pouvoirs généraux du Congrès s'appliquant aussi à la politique extérieurepouvoir de proposer et voter les lois, pouvoir de dépenser le budget, pouvoir d'enquêter, il lui appartient en effet : du point de vue diplomatique : réglementer le commerce extérieur, définir et punir les crimes commis en haute mer ; du point de vue militaire : assurer une défense commune, lever et entretenir les armées et déclarer la guerre. En application du mécanisme des poids et contre-poids (check and balance) régissant la séparation des pouvoirs aux États-Unis, le Sénat doit ratifier les traités à la majorité des 2/3 et confirmer les nominations à la majorité simple.
Si le fait que le président soit le symbole de l'unité nationale tend à renforcer son ascendance dans le domaine de la politique étrangère, il demeure que le Congrès a également su reprendre la main dans de nombreuses circonstances (face à Nixon pendant la guerre du Viêtnam, face à Reagan pour sa politique au Nicaragua, etc.) comme pendant de longues périodes (Entre-deux-guerres, après-Viêtnam, etc.). Son pouvoir budgétaire et dans les affaires économiques reste prédominant. Et plus encore, il a parfois refusé de ratifier des traités pourtant signés par le président, et qui s'avéraient déterminant sur la scène internationale (Traité de la SDN par exemple, et malgré les efforts du président Wilson).
Mécanismes de prise de décision
Le rôle du département d'État est de mener la diplomatie officielle des États-Unis. Son budget est relativement faible (1 % du budget fédéral contre 16 % au département de la défense par exemple)The One Percent Solution, Richard Gardner, article de la revue Foreign Affairs n°79, juillet-août 2000. Avant la Seconde Guerre mondiale, le département d'État constitue l'administration dominant la politique étrangère. Jusqu'en 1968, il prend encore de l'importance, à mesure de l'accroissement de l'intervention des États-Unis dans les affaires mondiales. À partir de cette date, il est de plus en plus concurrencé par d'autres administrations, notamment le département de la Défense et le conseil de sécurité nationale et connaît une certaine perte d'influence.
Le département de la Défense des États-Unis a profité de la période de la guerre froide pour devenir un acteur essentiel de la politique étrangère.
Approche géographique En Europe
vignette|Carte des différents accords de sécurité conclus entre 1947 et 1959 par les États-Unis : le traité de l'Atlantique nord pour l'Europe, le traité de Rio pour l'Amérique du Sud, le traité de l'Asie du Sud-Est pour l'Asie et le traité de l'ANZUS pour l'Océanie. Du fait de la doctrine Monroe, le gouvernement américain ne s'implique pas dans les affaires européennes jusqu'en 1905, date à laquelle le président Theodore Roosevelt offrit sa médiation pour arrêter la guerre russo-japonaise, cela aboutissant au traité de Portsmouth.
L'implication des États-Unis pendant la Première Guerre mondiale commence en 1917 tout en commerçant bien davantage avec les pays de la Triple-Entente qu'avec l'Allemagne impériale et ses alliés (l’Entente emprunte 2,3 milliards de dollars alors que les banques américaines ne prêtent que 26 millions aux puissances centrales). La guerre sous-marine à outrance et les désastreuses initiatives allemandes tels des sabotages d'usines d'armement sur le sol américain et le télégramme Zimmermann font basculer l'opinion publique et le , le congrès des États–Unis déclarent la guerre à l'Allemagne impériale en tant que « puissance associée » à l'Entente.
Indépendance du Kosovo thumb|upright=1|Pays dans le monde ayant reconnu le Kosovo. L'administration Bush reconnaît l'indépendance du Kosovo le Dépêche de L'Express.Dépêche du Parlement suisse., sans l'accord de l'ONU et de son Conseil de sécurité. 64 autres États, la plupart alliés des États-Unis, avaient auparavant fait de même. Cependant, les États-Unis auraient poussé la Slovénie à faire de même, selon la presse slovèneArticle de RFI.Courriers balkans., l'Allemagne de Angela Merkel ayant reconnu le Kosovo, ce que dénonce l'ancien chancelier Gerhard Schröder.. En avril 2010, l'Argentine déclare qu'elle a résisté aux pressions américaines, qu'ils l'auraient poussé à une reconnaissance du Kosovo.. le Kosovo n'est toujours pas reconnu par l'ONU. La décision des États-Unis est soutenue par ses alliés européens, à l'exception de la Grèce et de l'Espagne, la Slovaquie et la Roumanie (pays tous membre de l'OTAN).
Avec la Russie
Souhaitant en début de son mandat remettre à 0 (reset) les relations russo-américaines et rallier Moscou à la cause anti-chinoise, Barack Obama doit néanmoins composer avec le Congrès et les agences fédérales (CIA, Pentagone) partisans d'un endiguement de la Russie et d'un contrôle direct sur les États voisins (Pays baltes, Ukraine, Géorgie) par le biais de l'OTANDario Fabbri, « L'ère Obama et l'avenir de l'Amérique», Conflits, hors série 4, Automne 2016, .. L'affaire Snowden et la révolution ukrainienne de février 2014 compliquent ces relations, la Russie accusant les agences américaines d'avoir joué un rôle déclencheur dans les événements ukrainiens. Quand les régions de l'Est du pays se révoltent contre le pouvoir central, Vladimir Poutine est accusé d'encourager un soulèvement pro-russe. La crise de Crimée et le référendum qui la suit sont sévèrement condamnés par le gouvernement américainObama : «Un référendum en Crimée violerait le droit international», le président russe, de son côté, ne manquant pas de rappeler l'antécédent du KosovoKosovo-Crimée : deux poids, deux mesures ?, lefigaro.fr, 17 mars 2014. Barack Obama décide de répondre par une politique de sanctions économiques imposées à la Russie et suivie par ses alliés européens.
En Amérique latine Depuis le , l'Amérique latine est une préoccupation majeure de la politique étrangère des États-Unis. La doctrine Monroe de 1823 en fait une zone réservée associant interventionnisme et isolationnisme. Tout acte d'intervention européen vers l'Amérique latine sera considéré comme un acte d'hostilité envers la jeune République. Au cours du , le rôle de « gendarme » de l'Amérique se développe. Il légitime la guerre hispano-américaine de 1898 déclenchée par l'insurrection cubaine contre le colonisateur espagnol. ainsi que diverses interventions militaires (Doctrine du Big Stick) jusqu'à la doctrine du bon voisinage de Franklin Roosevelt qui modère celle-ci.
Pendant la guerre froide
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la politique étrangère américaine en Amérique latine n'est pas épargnée par l'affrontement avec l'URSS qui justifie d'une manière nouvelle la suprématie américaine. Le traité de Rio (ou pacte de Rio) du stipule : « Toute attaque armée contre un État américain sera considérée comme une attaque contre les autres États américains. » Le , la charte de Bogota crée l'Organisation des États américains (OEA) qui regroupe tous les États du continent sauf le Canada. Dès 1942, l'Organisation interaméricaine de défense préparait une certaine coopération militaire américaine, tandis que la coopération policière internationale est organisée par l' de 1957 à 1974. En 1962, Cuba, devenu communiste, est exclu de l'OEA, tandis que le Canada attendra 1980 pour la rejoindre.
vignette|gauche|Rencontre de Kennedy et de Nikita Khrouchtchev à Vienne, en 1961. Les années 1959-1962 marquent une rupture dans la politique américaine vis-à-vis de l'Amérique latine. Elle doit s'adapter à la présence d'un État pro-soviétique, Cuba, à sa porte. Les relations deviennent vite tendues, malgré la tentative de médiation du président argentin Arturo Frondizi, avec le fiasco du débarquement de la baie des Cochons en puis l'embargo à partir de février 1962. En , la tension monte lors de la crise des missiles, qui marque la limite de la coexistence pacifique entre les deux blocs. La résolution de cette crise conduit à la détente entre les deux superpuissances, cependant, les leçons de cette crise n'ont pas été tirées et le droit d'attaquer un pays possédant l'arme nucléaire reste de mise.
Entre 1961 et 1965, les États-Unis cherchent à se donner une image de générosité en lançant l'Alliance pour le progrès, programme qui fait partie de la doctrine Kennedy, et prévoit 20 milliards de dollars d'aide en 10 ans et le soutien aux réformes agraires. Mais le Congrès rogne les dépenses et l'énergie des Américains est vite absorbée par la guerre du Viêtnam. De plus, ce volet d'aide économique est lié à une coopération militaire renforcée qui dépasse nettement les simples traités bilatéraux d'assistance militaire, signés dans le cadre du de 1951.. À l'exception du Guatemala, où Jacobo Arbenz Guzmán est renversé en 1954 par la CIA, « l'Amérique latine n'est pas », jusqu'à Kennedy, « une zone à haute priorité défensive ». Avec le tournant Kennedy-Mc Namara de 1962, « la sécurité intérieure et la lutte antisubversive se substituent à la politique commune de défense contre une agression extérieure » (A. Rouquié, 1982). L'aide militaire s'institutionnalise davantage, mettant l'accent sur l'anticommunisme et l'« action civique », en vue de « convertir des armées de défense hémisphériques en forces de l'ordre intérieur mobilisées contre la subversion communiste ». Les programmes d'assistance militaire (PAM), dont l'École des Amériques n'était qu'un chaînon, étaient coordonnées par le Southern Command, transféré au Panama en 1963.