vignette|Buste de Rousselot surmontant sa stèle tombale au cimetière du Père-Lachaise. Jean Rousselot est un phonéticien et dialectologue français, né le à Saint-Claud, en Charente, et mort le à Paris.

L'abbé Rousselot est considéré comme le fondateur de la phonétique expérimentale tant en recherche fondamentale qu'en recherche appliquée. Il a proposé d'étudier les modifications phonétiques des parlers par une méthode expérimentale et d’en induire les lois phonétiques des changements en cours et plus généralement les processus analysés jusque-là par la linguistique historique. Les deux volumes des Principes de Phonétique Expérimentale qui sont publiés en 1897 et 1901 marquent le tournant d’une véritable réarticulation scientifique : la phonétique, après la médecine de Claude Bernard (1865) et la psychologie de Pierre Janet (1889), va ainsi se déplacer dans le cadre des sciences expérimentales des sciences de la vie et de l'Homme. C'est par des observations sur le terrain qu'il comprend que « la phonétique devait prendre pour base, non des textes morts, mais l'homme vivant et parlant ». C'est par l'incapacité de ses maîtres à réentendre à partir de ses propres notations ce que son oreille exercée avait entendu sur le terrain qu'il se met à l'enregistrement à l'aide d'appareils dérivés ou créés à partir de l'instrumentation de la physiologie expérimentale du laboratoire d'Étienne-Jules Marey du Collège de France. Pour lui, la phonétique expérimentale, science d'observation et d'expérimentation, débouche naturellement sur des applications pédagogiques et thérapeutiques. L'enseignement du français, des langues étrangères, la correction des erreurs de prononciation et la rééducation des sourds en constitueront les champs.

L'abbé Rousselot a influencé de nombreux phonéticiens français ou étrangers, notamment : Josef Chlumsky, Jean Poirot, , Théodore Rosset, George Oscar Russell, Raymond Herbert Stetson.

Éléments biographiques Né le à Saint-Claud, l'abbé Rousselot est fils de modestes cloutiers. Sa mère ne parle que le parler local, l'occitan limousin (parler du Croissant), son père limousin et français. Après être allé à l’école communale, il devient l’élève du curé de Cellefrouin puis il entre au Petit Séminaire de Richemont en classe de seconde. En 1870, il est ordonné prêtre.

Jean est son prénom d’état civil et Pierre pour sa famille (apparaissent ainsi les dénominations de Jean-Pierre, Pierre-Jean et dans certains cas Pierre ou Jean). Lui-même signe ses publications sous le nom de L'abbé Rousselot ou de L'abbé P.-J. Rousselot.

De 1871 à 1873, vicaire de Cognac et curé de Javrezac, il continue ses études de philologie et apprend des langues étrangères (espagnol, anglais, allemand).

De 1873 à 1879, il est professeur au petit-séminaire de Richemont, il s’occupe particulièrement de l’étude pratique du latin et du grec et enseigne aussi la littérature. En 1877, il est bachelier ès lettres et en 1878, il est licencié ès lettres.

Il reste en congé de maladie en 1879-1880.

Au cours de l’été de 1879, il commence des recherches sur les limites des langues d’oc et d’oïl en vue d’une thèse de doctorat. Il entreprend une vaste enquête dialectale qu'une maladie l'oblige d'interrompre. Rentré au foyer, l'ouïe sans doute affinée par ses observations précédentes, il constate que le parler de sa mère, de ses camarades et de leurs parents, diffèrent du sien ce qui oriente son attention vers l'étude généalogique des patois.

De 1880 à 1885, il fait de nombreux voyages en France et à Paris. Il en profite pour étudier les patois et suivre les cours de géologie d'Albert-Auguste de Lapparent, ceux d'Édouard Branly, sur la propagation du son par radiocommunication à l'Institut catholique, et d'Henri Becquerel, sur l’électricité et la télégraphie aux Arts et Métiers. Il réalise d'ailleurs une pile à circulation et en prend le brevet.

En 1885, il entre à l’École des Carmes. Il suit les cours de philologie romane de Gaston Paris, Paul Meyer, Arsène Darmesteter, Jules Gilliéron, Alfred Morel-Fatio et de philologie indo-européenne de Michel Bréal, d'Arbois de Jubainville, Bergaigne et il étudie la paléographie avec Léon Gautier.

Par ailleurs, il est en relation avec Karl Rudolf Koenig, l'élève et le constructeur d'Helmholtz, qui l'initie aux traditions du fondateur de l'acoustique. Il devient physiologiste sous la direction de Jules Dejerine à la Salpétrière où il s'occupe de la rééducation d'aphasiques.

En 1885, Gaston Paris conseille à son élève de s'intéresser aux travaux du docteur Charles-Léopold Rosapelly. En effet, dès 1874, la Société de Linguistique de Paris avait consulté Etienne-Jules Marey dans le but d’appliquer la méthode graphique aux mouvements de la parole, le Rosappely initia ce travail. Rousselot commence alors ses premières recherches de phonétiques expérimentales et crée son premier appareil (inscription électrique de la Parole, 1886).

En 1887, il est chargé d’un cours d’histoire de la langue française à l’Institut catholique de Paris. Par ailleurs la même année, il fonde avec Jules Gilliéron la Revue des patois gallo-romans qui cessera de paraître en 1893.

En 1889, à l'Institut catholique de Paris, grâce à son supérieur, Maurice d'Hulst, la première chaire de phonétique expérimentale ainsi que le premier laboratoire de phonétique au monde sont créés pour lui. Cette même année, il est chargé par le Ministère de l’Instruction publique d’une enquête sur les patois des Alpes italiennes.

En 1891, il soutient sa thèse à la Faculté des lettres de Paris pour l’obtention du doctorat ès lettres : Les modifications phonétiques du langage étudiées dans le patois d’une famille de Cellefrouin (Charente). Ferdinand Brunot écrira sur cette thèse : « Ce travail, à première vue si limité, a une portée considérable, car l'auteur y pose définitivement les bases d'une science nouvelle : la linguistique expérimentale ». (Cette thèse est publiée dans le tome 5 de la Revue des patois gallo-romans et chez Welter, éditeur à Paris).

À partir de 1891, le laboratoire de Rousselot sert à des explorations philologiques. En 1891, il est transporté en Angoumois ; en 1892, à l'appel du professeur Edouard Koschwitz de l'Université de Greifswald et sur l'invitation des néophilologues allemands, à Berlin ; en 1893-4-5, à Greifswald ; en 1897-98, à Marbourg ; en 1903, à Koenigsberg. En 1895, réclamé par Joseph Loth, il fait le voyage de Rennes et parcourt la Bretagne française. Plus tard, il ira à Londres. L'abbé Jean-Marie Meunier en emportera un semblable à Nevers, Hubert Pernot à Chio, Léonce Roudet à Nancy, M. Schmitt à Chicago…

En 1893, il participe à la création de la Société des parlers de France.

En 1894-1895, il crée avec le professeur Edouard Koschwitz le premier Cours de vacances pour le français à Greifswald, le continue à Marbourg et à Koenisberg, prend part à ceux de Paris à dans le cadre des Cours de vacances de l’Alliance française dirigé par Ferdinand Brunot.

En 1895, il occupe le poste de président de la Société Linguistique de Paris.

En 1897, un laboratoire de phonétique expérimentale est créé auprès de la chaire de Grammaire comparée du Collège de France tenue par Michel Bréal. L'abbé Rousselot y est nommé au poste de préparateur, il y restera quinze ans. Des savants du monde entier y viennent. Un grand nombre de langues, du Maia du Yucatan jusqu'au guarani du Paraguay, y sont étudiées. Des thèses de phonétique en sortent : celles de Hubert Pernot, Freeman M. Josselyn, Giulio Panconcelli-Calzia, Eugène Landry, Paul Verrier, Georges Lote…

De 1899 à 1904, l'attention de Rousselot se porte aussi sur les troubles de l'audition. Souhaitant qu'une école d'éducation de l'oreille pour sourds-muets et sourds accidentels soit annexée à son laboratoire, il la trouve en l'Institut de laryngologie et d'orthophonie qu'il fonde avec le Marcel Natier. Il codirige alors avec ce dernier la revue La Parole, revue internationale de rhinologie, otologie, laryngologie et phonétique expérimentale.

En 1911, il fonde avec l'helléniste Hubert Pernot, son élève phonéticien et collaborateur, la Revue de phonétique qui paraîtra jusqu'en 1914. Cette même année, en s'appuyant à la fois sur les travaux de l'abbé Rousselot et sur les exemples étrangers d'archives phonographiques, le linguiste Ferdinand Brunot crée les Archives de la parole, première pierre de l'Institut de phonétique de l'Université de Paris avec l'aide d'Emile Pathé qui fournit un laboratoire d'enregistrement et du personnel.

Pendant la guerre 1914-1918, l’abbé Rousselot met au point des techniques de repérage par le son des canons ennemis les Berthas ainsi que des sous-marins allemands, ce qui le conduira à recevoir le grade de chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur.

En 1922, il obtient enfin un poste de chargé de cours au Collège de France, puis une chaire de phonétique expérimentale en 1923.

Il meurt le , dans son appartement situé au 23, rue des Fossés-Saint-Jacques. L’abbé Rousselot est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

À sa mort en 1924, des laboratoires de phonétique expérimentale s'élèvent dans le monde entier. En dehors de celui du collège de France, Paris en compte quatre autres, à la Sorbonne, à l'Alliance française, aux Sourds-Muets, et celui de M. le Alfred Thooris spécialement orienté vers les sports et la préparation militaire. En France, ceux de Montpellier, Rennes, Lille, Grenoble, Lyon ; à l'étranger, Liège, Louvain, Groningue, Hambourg, Marbourg, Koenigsberg, Kazan, Cluj (Klausenbourg), Skopje, Prague, Bologne, Barcelone, Madrid, Londres, La Havane, San Francisco, Tokyo…

Distinctions honorifiques Docteur ès Lettres () Prix Volney pour sa thèse (1893) Prix Volney pour la de ses Principes de phonétiques (1896) Prix Chavée pour la (1908) Mention honorable de l’Académie de Médecine pour son mémoire « Phonétique et Surdité » Membre de l’Académie de Leyde, de la Société philologique de Saint-Pétersbourg, de l’Académie malgache, de l’Académie de Prague Docteur honoris causa de l’Université de Greifswald Grand Prix de l’Exposition universelle (1900) (1907) ()

Témoignages de contemporains de l’Abbé Rousselot

Professor of Experimental Phonetics in the University of Vienna.

Maurice Croiset Administrateur du Collège de France

Gabriel Tarde Sociologue

Publications Livres Les modifications phonétiques du langage étudiées dans le patois d'une famille de Cellefrouin (Charente), 1891, Paris, Welter, 372 p., gr. in-8°. Thèse principale, pour le doctorat ès lettres. Tirage à part de la Revue des patois gallo-romans, 1891. Principes de phonétique expérimentale, tome I, 1897-1901. Paris-Leipzig, Welter, , in-8°. Télécharger le tome I () Principes de phonétique expérimentale, tome II, Paris-Leipzig, Welter, 1901-1908, à 1252, in-8°. Télécharger le tome II () Précis de prononciation française par l'abbé Rousselot et Fauste Laclotte, 1902, Paris-Leipzig, Welter, 255 p. in-8°. Deuxième édition, 1913, Paris-Leipzig, Welter, puis Didier. L'éducation de l'oreille dans la surdité, (Clermont (Oise)), 1903 La Phonétique expérimentale, Leçon d'ouverture du Cours professé au Collège de France, . Revue des Cours et conférences, 28 Février 1923

Articles (La Revue des patois gallo-romans, la revue La Parole et la Revue de phonétique sont accessibles sur le site de la BNF Gallica.) De vocabulorum congruentia in rustico Cellae Fruini sermone, (1887), . Prononciation du français au Canada, Bulletin de la Société de Linguistique de Paris, t. 6, 1887, p. cxl Revue des patois gallo-romans, recueil trimestriel publié, par J. Gilliéron et l'abbé Rousselot, 1887-1893. 5 vol : gr. in-8° en 21 fascicules, dont les 8 premiers à Paris (Champion) et Neuchâtel (Attinger) et les suivants chez Welter (Paris). Introduction à l'étude des patois, Revue des patois gallo-romans, tome I, 1887, .