La séquence (du latin sequentia), est un poème chanté intégré à la liturgie catholique romaine, initialement lié aux développements de l'alleluia et issu de la liturgie locale. Contrairement au sens initial, selon la liturgie actuelle, celle-ci précède l'alleluia tandis qu'au Moyen Âge, la pratique avant l'alleluia et l'Évangile était également fréquente. D'où, le terme s'emploie parfois sans distinction stricte avec la prose indiquant précédant.

Historiquement, par deux fois des réformes liturgiques limitèrent considérablement son usage. La première, après le concile de Trente, n'en adopta officiellement que quatre puis cinq. Depuis la seconde réforme, celle du concile Vatican II, seules quatre séquences sont en usage dans la liturgie officielle, pour les fêtes de Pâques, de Pentecôte, de Fête-Dieu ainsi que de Notre-Dame des Douleurs. La fonction de la séquence Dies iræ fut modifiée lors de cette réforme. En dépit de ces modifications, certaines séquences anciennes sont encore chantées.

Terme Le mot séquence, issu du latin sequentia, n'est pas ancien dans l'histoire de la langue française.. Mais le terme s'employait déjà dans les écritures au ..

Celui-ci signifie « suite », plus précisément suite de l'alleluia ou du verset de l'alleluia..

Dans la liturgie, ce terme possédait son double sens. Auparavant, il s'agît du synonyme du jubilus, à savoir long mélisme de l'alleluia, attribué à la dernière syllabe a de ce terme, qui n'est autre que le diminutif de Yahvé. De fait, le terme sequentia s'employait dans l'écriture d'Amalaire de Metz († 850) au lieu du jubilus. alors qu'auprès des monastères sangalliens, il s'agissait du terme hymne indiquant la séquence actuelle.

Il existait un emploi plus rigoureux de sequentia. L'alleluia se compose normalement en trois parties : alleluia - verset - alleluia (A - B - A). Parfois, le compositeur du chant grégorien préférait un nouveau jubilus plus développé, plus distingué, plus solennel après le verset (A - B - A bis). Au Moyen Âge, on appelait ce dernier morceau sequentia, sequela ou longissima melodiaDaniel saulnier, Le chant grégorien, p. 85, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2003. Et les melodiæ longissimæ sont précisément ces morceaux qui représentaient une difficulté particulière de la formation musicale aux yeux du jeune Notker de Saint-Gall († 912), qui établit un nouveau genre musical, la séquence, pour en faciliter la mémorisation. Il est normal que ce chant fût tout d'abord conçu afin de soutenir ces melodiæ longissimæ.

Séquence avant 1570 Origine Sous influence de la Renaissance carolingienne, grand mouvement culturel, le chant grégorien fut soigneusement composé, essentiellement aux IX et . Très fidèle au texte sacré, la Bible, il respecte strictement le rite romain, plus précisément le sacramentaire. En conséquence, au regard des manuscrits les plus anciens, sa qualité demeure exceptionnelle, dans les domaines artistique et théologique, en tant que le premier sommet de la musique occidentale. De fait en Europe, tous les chants liturgiques furent remplacés, à l'exception du chant ambrosien mais affaibli.

À partir du , de nouveaux chants furent ajoutés au répertoire du chant grégorien. D'une part, afin d'enrichir ce répertoire. D'autre part, pour répondre aux besoins de la liturgie locale. Donc, si ces chants étaient également notés en neumes anciens, il s'agissait d'un autre genre. Leurs mélodies étaient parfois issues d'anciennes pièces chantées et ne respectaient plus la grammaire musicale du chant grégorien. Surtout, les textes étaient normalement non bibliques.

Il s'agit des trope, séquence, prose ainsi que des pièces farcies de l'Ordinarium Missæ, tels les Kyrie. Quant à la séquence, celle-ci suivait, selon la première définition, le verset de l'alleluia pour renforcer ce dernier. Son origine demeure plus obscure que celle du trope. Des prototypes, vraisemblablement, se trouvaient au milieu du dans un antiphonaire originaire de l'abbaye de Jumièges (voir le paragraphe suivant). Faute de ressources documentaires suffisantes, il est impossible d'affirmer qu'il s'agit d'une invention de ce monastère.

Séquence de Notker Naissance de la séquence sangallienne au

Alors que les auteurs de la plupart des séquences demeurent inconnus, celui d'une des plus anciennes fut paradoxalement identifié avec une excellente certitude. Il s'agit de Notker le Bègue († 912), moine de l'abbaye de Saint-Gall, célèbre poète, écrivain et musicien. Dans la préface de son Liber hymnorum dédié à Liutward de Verceil vers 884, il précisait pourquoi de nombreuses séquences avaient été composées . Quand il était jeune, il lui fallait devenir chantre, donc mémoriser les melodiæ longissimæ (jubilus) avec une immense difficulté. En effet, le chant grégorien est si profondément lié au texte latin qu'à cette époque-là, il était vraiment difficile à exécuter de longs mélismes sans support de texteAfin de comprendre ceux que Notkar écrivait, il faut connaître la différence de la nature de la musique au début du Moyen Âge et celle de nos jours. Aujourd'hui, on peut mémoriser facilement la musique manquant de texte, telle la musique instrumentale. Nonobstant, à l'époque où Notker vivait, il n'existe pas encore de chanson sans paroles, à l'exception du jubilus. De surcroît, faute de notation pour le solfège, il fallait dix ans pour former un chantre. La notation en quatre lignes ainsi que les Do, Ré, Mi ... furent inventés par Guy d'Arezzo au pour résoudre cette difficulté. Désormais, il fallait un an ou au maximum deux, selon Guy d'Arezzo. D'ailleurs, on peut considérer que chaque syllabe de la séquence de Notker fonctionnait au lieu des Do, Ré Mi ... pour mémoriser les notes. C'était exactement la raison pour laquelle Iso lui recommanda le chant entièrement syllabique, à la place du premier plan de Notker.Par ailleurs, au cas où le chantre ne serait pas capable d'exécuter correctement le jubilus, la séquence est idéale pour le remplacer, notamment auprès des établissements de petite taille, en satisfaisant la célébration solennelle. Ce serait la raison pour laquelle la pratique de la séquence au Moyen Âge était importante. Ce genre n'a pas besoin de musicien de qualité..

La solution fut donnée, par hasard. Un jour, un moine de l'abbaye de Jumièges y arriva avec un antiphonaire, après que le monastère de Jumièges avait été dévasté en 841 par les vikings. Notker s'aperçut que quelques versus étaient notés en forme de séquence dans cet antiphonaire, adaptés à ces mélodies de longueur extrême sans texte. Quoique assez de musicalité ne fût pas trouvée dans ces notations, le jeune moine sangallien, bien inspiré, commença à chercher une meilleure manière.. Selon cette préface, la première séquence composée était la Laudes Deo concinat orbis. Encouragé par son maître Iso, il remania celle-ci ainsi que d'autres et continua sa composition. Un conseil d'Iso donna finalement naissance au chant syllabique à Saint-Gall. Certes, les moines sangalliens employaient le terme hymne pour de nouveaux chants. Mais, il s'agissait d'un chant plus simple et très différent de l'hymne de saint Ambroise de Milanhttps://books.google.fr/books?id=fOALsklxz2QC&pg=PA103.

D'ailleurs, si Notker exprimait qu'il ne s'agissait que d'une amélioration, et non invention, cette écriture et ses notations expliquent déjà les deux caractéristiques importantes de la séquence : chant syllabique, étroitement lié à l'alleluia. Il faut ajouter qu'au moins à Saint-Gall, les œuvres s'employaient dans l'optique pédagogique, notamment pour de jeunes choristes : mémoriser facilement la mélodie en bénéficiant du chant syllabique.

Manuscrits sangalliens La bibliothèque de Saint-Gall conserve plusieurs notations de ces séquences. Il s'agit des manuscrits 376, 378, 380, 381, 382, 484 et 546. De même, celle d'Einsiedeln possède le manuscrit 366 (472) et surtout le 121, version de luxe.. Les neumes des manuscrits les plus anciens, 484 et 381, ne sont pas identique à ceux des manuscrits tardifs. D'où, il n'est pas facile à retrouver les mélodies authentique de Notker. Au regard des textes, son authenticité de l'auteur fut établie en 1948, grâce aux études de Wolfram von den Steinenhttps://books.google.fr/books?id=XzL3_SHNyjoC&pg=PA572.

Ces manuscrits suggèrent que les séquences de Notker étaient effectivement pratiquées dans les monastères de la famille de Saint-Gall. Toutefois, il est probable que les moines distinguaient strictement ces séquences du répertoire du chant grégorien, d'abord, en rendant hommage à ce grand prédécesseur de Saint-Gall. D'ailleurs, ils connaissaient la différence musicale entre deux. Vraisemblablement pour ces deux raisons, le manuscrit Einsiedeln 121 contient une magnifique page de titre, dorée, pour commencer la deuxième partie, In nomine Domini incipit liber ymnorum (hymne) Notkeri (folio 436, ).

Une collaboration internationale et scientifique put réaliser récemment une exécution de qualité de ces séquences, selon les neumes sangalliens et avec des musiciens professionnels.

Séquence florissante au Moyen Âge Un grand nombre des chants de ce genre exprimait que la création des chants liturgiques se continuait durant tout le Moyen Âge, notamment sa composition de textes profitant d'anciennes pièces chantées. Mais, sa pratique se caractérisait, en comparaison du chant grégorien, d'une particularité, à savoir diffusion très variable. Certaines œuvres étaient très connues en tout lieu. Tantôt, la pratique restait dans une région. Tantôt, une séquence n'était exécutée qu'auprès d'un seul établissement religieux.

On considère qu'à la fin du Moyen Âge, quasiment toute la messe s'accompagnait d'une séquence, jusqu'à ce que cette pratique n'ait plus été recommandée en 1570. On estimait l'existence de plusieurs mille séquences médiévales dans un dictionnaire. Si un autre musicologue Richard Hallowell Hoppin aussi donnait environ., essentiellement liturgies locales, il est difficile de compter exactement le nombre de compositions.

Au , l'autorité soupçonnait nonobstant la qualité des séquences, en tant que chant liturgique de l'Église. En 1536, il s'agissait de l'un de sujets du concile provincial de Cologne. Une fois le concile de Trente commencé, celui de Reims, tenu en 1564, ordonna que les séquences soient examinées..

Difficulté de classification À mesure que les chants dans ce genre devinrent nombreux, sa dénomination connaissait une confusion considérable. Notamment, la distinction entre la prose (signifiant avant) et la séquence (après) avec l'exécution de l'alleluia fut quasiment perdue. Elles devinrent presque synonymes, et la classification reste encore floue jusqu'à nos joursp. 17 : « Leurs formes parfois très spéciales et les dénominations différentes qui leur sont attribuées dans les manuscrits des divers pays, ne facilitent pas le choix d'une terminologie précise et claire, dont les musicologues ressentent aujourd'hui le besoin. ». Ainsi, plus tardivement, Marc-Antoine Charpentier composa son motet Victimæ paschali laudes en faveur d'une célébration de Pâques en 1671. Il écrivait dans sa notation autographe : Prose Pour Le jour de Pasques . Mais il n'est pas certain que cette œuvre ait été exécutée avant l'alleluia le dimanche . Dans le Dictionnaire de liturgie, rédigé par Dom Robert Le Gall, ceux qui concernent se trouve entièrement sur la page de la Prose tandis que celle de la Séquence. ne se consacre qu'à sa définition.