Poste MontantComptes débiteurs 10Prêts immobiliers aux ménages 25Prêts d'investissement aux entreprises 20Titres d'état 5Dépôts et épargne liquide -20Comptes à terme -11Emprunts interbancaires -24Fonds propres -5Bilan de WikiBank
La gestion actif-passif, aussi dénommée par son acronyme anglais ALM (Asset and Liability Management), est une pratique développée par les institutions financières anglo-saxonnes à partir des années 1970Adam, 2007 p6. Elle s'est généralisée dans les banques à partir de la fin des années 1980, concommitamment à la création de l'OTS en 1989, désormais chargée de superviser les savings and loans, dont un grand nombre avait fait faillite lors de la crise éponyme au cours des années 1980 à la croisée des chemins de la gestion des risques et du pilotage stratégique. Elle consiste à analyser la situation du bilanbilan au sens large, c'est-à-dire en prenant en compte les opérations figurant au bilan et au hors-bilan, et notamment les dérivés, les engagements de financement et de garantie ainsi que l'épargne financière ou conservation pour compte de tiers et son évolution probable sur un horizon de planification, en fonction de variables vis-à-vis desquelles elle précise des anticipations (taux d'intérêt, développement commercial, indicateurs macro-économiques et autres variables de marché).
Elle a pour objectif d'estimer et piloter l'équilibre entre les ressources et les emplois au regard des risques pris par l'établissement sous contrainte d'un niveau de rentabilité et d'un cadre réglementaire précis et variable selon les pays. Elle analyse systématiquement le risque de liquidité et le risque de taux, et s'assure du respect des ratios imposés par les régulateurs domestiques et internationaux. Elle a pour cela besoin de comprendre les comportements de la clientèle, afin de les modéliser et d'en évaluer les impacts au travers de simulations qui lui permettent alors de décider de mettre en place des opérations de couverture contre les risques identifiés.
La gestion actif-passif est au centre des préoccupations des directions financières des banques, des institutions financières et des compagnies d'assurances car elle permet d'estimer les risques financiers et de piloter la marge d'intérêts, et de s'assurer qu'il n'y a ni dépassement de limitation de vitesse (risque de taux), ni à-coup (grâce aux couvertures), ni assèchement prochain du réservoir d'essence (risque de liquidité). Néanmoins, elle ne permet pas d'anticiper une éventuelle crevaisonmétaphore utilisée par N. Taleb dans The Black Swan, et récupérée ici dans un contexte similaire (défaillance d'une contrepartie importante) et ne s'intéresse que partiellement à la possibilité de vents contraires de plus de 150 km/h (crise prolongée de liquidité) ou à l'occurrence de gros bouchons (crise économique).
Sa pratique et son degré de sophistication varient significativement d'un établissement à un autre, dans la mesure où les contraintes réglementaires n'obligent qu'à un suivi basique des différents risques. Par la suite, les principaux concepts techniques seront illustrés au travers de la banque de détail Wikibank dont le bilan est présenté sur la droite.
Typologie des risques Périmètre traité par la gestion actif-passif
le risque de liquidité : se matérialise par l'incapacité d'investir ou de respecter ses engagements. Pour une banque, ils correspondent donc soit à une perte d'opportunité, soit à l'occurrence d'une crise de liquidité lorsque celle-ci n'est plus en mesure d'honorer les sorties d'argent (retrait sur dépôts à vue, déblocage de nouveau prêt, remboursement d'emprunt) en dépit de ses liquidités : rentrées d'argent (remboursement de prêt, émission de nouveaux emprunts) et disponibilités (compte à vue, actifs liquides, fonds propres).
le risque de taux : traduit l'incertitude sur les résultats financiers induits par l'exposition aux variations de la courbe des taux. Ce risque est analysé en intérêts courus (impact sur la marge d'intérêt) ainsi qu'en valeur de marché (pour les éléments comptabilisés en juste valeur, et les indicateurs règlementaires en valeur actuelle nette).
le risque de change : il est lié aux activités en devise, qui se reflètent par les positions au bilan (prêteuse ou emprunteuse nette contre la devise de référence), et le niveau de couverture retenue.
Le risque de défaut ou risque de crédit correspond au risque qu'un client ou qu'une contrepartie devienne insolvable (dépôt de bilan, redressement judiciaire). Il est géré de manière unitaire : chaque client ou chaque contrat de crédit génère à lui seul un niveau une probabilité de défaut de la contrepartie, qui est mesuré unitairement. Par conséquent le risque de crédit proprement dit ne fait pas partie du périmètre de l'ALM (qui gère le bilan en grandes masses), même s'il est à l'origine de l'exigence d'un certain niveau de fonds propres minimum défini par le ratio de solvabilité.
À la lisière et en dehors du périmètre
La gestion des risques suivants, quoique souvent portée à la connaissance des instances de gouvernance de gestion de bilan, est soit non réalisée en tant que tel (dans les petits établissements), soit déléguée à des départements spécialisées au sein des directions des risques.
Le risque de marché : ce risque correspond aux impacts des autres variables de marché que celle des taux et des changes : composante action, corrélation et volatilité sont autant d'éléments pris en compte avec horizon de gestion très courts. Comme le risque de crédit, il fait également l'objet d'une exigence de fonds propres à travers le ratio de solvabilité. Toutefois, son suivi est généralement conféré à des départements spécialisés, d'autant plus que la sophistication des produits en position et les horizons de gestion très courts (souvent intrajournaliers) interdisent une implication opérationnelle des dirigeants.
Le risque opérationnel : risques induits par un incident dans le processus de gestion courant des opérations. Il peut notamment être induit par un employé (erreur humaine), un système (bug) ou un tiers (fraude, vol, etc.) Comme le risque de crédit, il fait également l'objet d'une exigence de fonds propres à travers le ratio de solvabilité.
Le risque de modèle : les techniques de valorisation et de planification reposent sur des hypothèses qui sont par nature fausses. Ainsi, dans les travaux de gestion actif- passif, des écarts sur les comportements de la clientèle (nouvelle production, collecte, remboursements anticipés) ou sur les hypothèses d'évolution des taux biaisent les analyses dans des proportions variables, et peuvent amener les instances de gouvernance à prendre des décisions de gestion non optimales, voire parfois défavorables, à l'établissement.
Les autres risques : le risque de réputation, le risque de catastrophe exceptionnelle (naturelle, économique, etc.).
Concepts ALM
thumb|alt=illustre la position de transformation : emprunteur à court terme (2 premières périodes), prêteur décroissant ensuite|right|upright=1.4|Impasse ou gap de liquidité statique thumb|alt=Cycle de vie d'un prêt|right|upright=1.4|Cycle de vie d'un prêt
Impasse ou gap
Une impasse constitue la différenceLa convention de signe des impasses n'est pas normée, et doit donc être précisée. Dans le présent article, une impasse positive traduit un montant des emplois supérieur au montant des ressources entre les emplois et les ressources du bilan pour un ensemble d'opérations, à une date ultérieure donnée.
Cet ensemble d'opérations retenues peut être restreint à un sous-ensemble d'opérations ayant des caractéristiques communes comme le type de taux (fixe, variable, révisable à telle fréquence) ou l'engagement préalable en date d'analyse (en stock, en prévision). À l'instant t, pour un ensemble d'opérations E :
La présentation graphique de l'évolution de ces impasses dans le temps, selon un pas d'analyse généralement trimestriel, permet d'illustrer les perspectives et de mettre en lumière les risques financiers.
Statique vs dynamique
L'analyse statique retient l'évolution future des encours d'opérations en stock : déjà engagées ou présentes au bilan. L'analyse dynamique élargit le périmètre d'analyse en ajoutant à l'évolution future des encours du stock, celle des hypothèses de production nouvelle.
Écoulement et cycle de vie
La gestion actif-passif assigne à l'ensemble des opérations un cycle de vie en modélisant les dates d'échéance, que ces dernières soient contractuelles (cas d'un prêt) ou non (cas d'un compte à vue) : elle définit ainsi la vitesse de sortie du bilan des différents produits. Voir infra.
Gestion du risque de liquidité Impasse statique en liquidité
Poste Amort. Durée t t + 1 t + 2 t + 3 t + 4Comptes débiteurslinéaire1100000Prêts immobiliers aux ménageséch. const.102523211916Prêts d'investissement aux entrepriseslinéaire420151050Titres d'étatin fine355500Dépôts et épargne liquidelinéaire10-20-18-16-14-12Comptes à termein fine1-110000Emprunts interbancairesin fine2-24-24000Fonds propresin fine10-5-5-5-5-5Impasse statique de liquidité de WikiBank0-4155-1
La gestion du risque de liquidité constitue, avec la solvabilité, la préoccupation primordiale des institutions financières, et des banques en particulier.
La particularité des bilans de ces institutions réside dans la comptabilisation dans ses livres des opérations clientèle qui se renouvèlent en permanence (actifs et passifs). L'analyse de ce risque se fait en premier lieu par l'observation de l'impasse de liquidité statiquece gap statique est généralement emprunteur à court terme, puis prêteur décroissant, illustrant la transformation que réalisent les banques qui mesure les besoins ou les excédents de liquidités aux dates futures. L'observation de cette impasse d'une période à une autre permet d'apprécier la déformation du bilan de l'établissement.
L'impasse de liquidité statique de Wikibank est déterminée grâce aux caractéristiques d'amortissement et de durée des opérations qui sont présentées dans le tableau. Ainsi, les prêts d'investissement sont amortissables linéairement sur 4 périodes. En t+1, il reste en stock le montant initial duquel est retranché le premier des quatre amortissements de 5 unités, soit 15 unités. Et ainsi de suite pour les autres postes et les autres périodes.
En t (date d'arrêté des comptes), le bilan est équilibré et le gap est nul; en t+1 le gap est négatif (-4), c'est-à-dire qu'il y a plus de ressources que d'emplois; en t+2, le gap est positif (+15), ce qui signifie qu'il y a moins de ressources que d'emplois : ce besoin de refinancement futur est essentiellement lié aux échéances des emprunts bancaires à 2 ans qui disparaissent du bilan en t+2. Le caractère amortissable des opérations non échéancées est abordé dans la partie modélisation.
Gestion de la liquidité à court-terme Poste Solde Type Montant Facteur AssietteComptes débiteurs10stock00 %0Prêts immobiliers aux ménages25flux-270 %1,4Prêts d'investissement aux entreprises20flux-570 %3,5Titres d'état5encours570 %3,5Dépôts et épargne liquide-20stock-2021 %4,2Comptes à terme-11stock-1170 %7,7Emprunts interbancaires-24flux0100 %0Fonds propres-5stock-5100 %5Coefficient de liquidité de WikiBank112,6 %