L'ouvrage de La Ferté est un ouvrage fortifié de la ligne Maginot situé sur les communes de Villy et de La Ferté-sur-Chiers, dans le département des Ardennes. L'édifice, bâti au sommet d'une colline (cote 215) ayant pour nom « La Croix de Villy », est parfois appelé « ouvrage de Villy-La Ferté ».

C'est un petit édifice destiné à l'infanterie, comptant deux blocs reliés entre eux par une galerie souterraine. Construit à partir de 1935, le bâtiment fut endommagé par les combats de . C'est l'un des points les plus célèbres de la ligne, marquant la limite septentrionale de la ligne fortifiée et constituant le premier ensemble attaqué par les Allemands. Ce petit fort sans grande puissance de feu (des mitrailleuses, des fusils mitrailleurs, des goulottes lance-grenades et quelques canons antichar de petit calibre), fut longé par le nord, puis pilonné par plus de allemands. Il ne bénéficia pas de l'appui des deux casemates censées l'épauler, équipées de canons de mais prématurément abandonnées. Durant la nuit du 18 au , il fut attaqué par l'ouest alors qu'il était conçu pour se défendre contre des attaques venant du nord et de l'est. L'intégralité de sa garnison fut anéantie.

Description Position sur la ligne Maginot Faisant partie du « sous-secteur de la tête de pont de Montmédy » du secteur fortifié de Montmédy, l’ouvrage de La Ferté était intégré à la ligne principale de résistance de la ligne Maginot. Il est situé entre la casemate d'intervalle de l'Aveney (une casemate construite par la main-d’œuvre militaire selon les plans du Service technique du génie (STG) entre 1937 et 1940Le niveau de protection d'une casemate de la ligne Maginot dépend de son modèle et de sa période de construction. De 1928 à 1935 sont construits les modèles les plus puissamment protégés : les casemates et ouvrages CORF, avec des murs et dalles épais jusqu'à de béton). Puis viennent à partir de 1935 les blockhaus MOM (main-d'œuvre militaire), avec de 0,60 à de béton, avec des modèles très variés selon la région : RFM (région fortifiée de Metz), RFL (région fortifiée de la Lauter), , , et RM (région militaire). Les MOM les plus protégés sont appelés FCR (fortification de campagne renforcée). De 1937 à 1940, le STG (Service technique du Génie) standardise les constructions, avec une protection de 1,5 à de béton. à côté du village de Villy) située à l'ouest et celle de Margut (une casemate dite CORF, du nom de la Commission d'organisation des régions fortifiées) à l'est. Enfin, il était à portée de tir des canons du gros ouvrage du Chesnois plus à l'est. À proximité immédiate de l'ouvrage se trouvent les deux casemates STG d'artillerie de Villy Ouest et de Villy Est (chacune armée d'un canon de modèle 1897/1933).

La tête de pont de Montmédy compte quatre ouvrages : outre La Ferté, il y a Le Chesnois (composé de six blocs), Thonnelle (quatre blocs) et Vélosnes (cinq blocs). Le Chesnois et Vélosnes étaient des ouvrages d'artillerie ; les deux autres étaient des ouvrages d'infanterie. À ces quatre ouvrages s'ajoutaient douze casemates simples ou doubles..

L'ouvrage de La Ferté et l'ouvrage du Chesnois sont les deux ouvrages septentrionaux du secteur fortifié, à l'extrémité de la ligne continue d'ouvrages allant du secteur de Montmédy jusqu'au secteur fortifié de Haguenau (sur le versant alsacien des Vosges). Plus au nord-ouest, le secteur appelé secteur défensif des Ardennes s'appuie sur des fortifications bien plus légères, composées de petits blockhaus disséminés. La percée allemande de mai 1940 s'est faite à travers ce secteur défensif des Ardennes.

Garnison

L'ouvrage de La Ferté accueillait cent six soldats, dont trois officiers, neuf sous-officiers et quatre-vingt-quatorze hommes de troupe. Aux soixante-quinze fantassins du d'infanterie de forteresse étaient associés des électromécaniciens du du génie, des téléphonistes du de génie et cinq artilleurs du régiment d'artillerie de position en qualité d'observateurs.. L'ensemble de l'effectif était dirigé par le lieutenant Maurice Bourguignon. Ce jeune officier avait pris cette responsabilité le , après avoir commandé la casemate double de Thonne-le-Thil, toujours sur la ligne Maginot..

Équipement thumb|alt=Plan de l'étage supérieur du bloc 1|Étage supérieur du bloc 1. thumb|alt=Plan de l'étage inférieur du bloc 1|Étage inférieur du bloc 1. thumb|alt=Plan de l'étage supérieur du bloc 2|Étage supérieur du bloc 2. thumb|alt=Photo d'une cloche GFM, cloche blindée surmontant le bloc fortifié et abritant guetteur et fusil mitrailleur |Cloche GFM (guetteur fusil mitrailleur) du bloc 2.

Lorsqu'il était opérationnel, le bloc 1 servait de casemate d'infanterie et en même temps d'entrée principale. L'étage supérieur était équipé d'une entrée fermée par une grille derrière laquelle se trouvait un créneau de fusil-mitrailleur (FM) de . La porte blindée était placée en chicane. L'entrée était également protégée par un fossé diamant défendu à nouveau par un fusil mitrailleur placé en caponnière et une goulotte lance-grenades. La chambre de tir était elle-même précédée par un fossé diamant. défendu là encore par fusil mitrailleur en caponnière et une goulotte lance-grenades. Elle possédait un créneau pour JM/AC 47 (un jumelage de mitrailleuses pouvant laisser place à un canon antichar de ), et un deuxième créneau pour un autre jumelage de mitrailleuses. En plus de la chambre de tir, se trouvaient au même étage un réservoir d'eau, une chambre de repos de quatre lits et le central téléphonique. À l'étage inférieur du bloc 1 se trouvaient une chambre de repos de quatorze lits, les groupes électrogènes (deux moteurs Diesel 108 monocylindres à deux pistons opposés de , couplés chacun à une génératrice), la salle des filtres ou « salle de neutralisation » des gaz de combat, la chambre du lieutenant Bourguignon, un poste de commandement avec le service de renseignements, et l'escalier (desservant les deux étages et la galerie souterraine)..

L'ensemble était surmonté de deux cloches GFM (guetteur fusil mitrailleur) et de deux cloches AM (arme mixte : canon antichar de et jumelage de mitrailleuses). Un projecteur à l'extérieur, sous abri bétonné avec porte blindée, complétait le dispositif.

Le bloc 2 avait une structure similaire mais un peu plus ramassée. L'étage supérieur comprenait une entrée secondaire pourvue du même dispositif que l'entrée du bloc 1, trois chambres de repos pour un total de 30 lits, le local radio (l'antenne de de cuivre était fixée sur la façade), le local téléphonique. À l'étage inférieur, de superficie réduite, étaient installés essentiellement le groupe électrogène (produisant le courant), la salle des filtres et un réservoir d'eau de consommation.

Sur les dessus se trouvaient une tourelle pour deux armes mixtes (tourelle AM), une cloche GFM, une cloche VDP (vue directe et périscopique, la seule de la tête de pont de Montmédy) et une cloche d'arme mixte.. La tourelle AM était une tourelle à éclipse et pouvant tirer dans toutes les directions, contrairement aux autres dispositifs. C'était un monstre d'acier d'un poids de , dont de masse mobile, servi par une vingtaine d'hommes.

Les deux blocs étaient reliés par une galerie souterraine, placée en dessous du bloc 1 (soit 130 marches à descendre)., et en dessous du bloc 2 (soit 167 marches).. Cette galerie faiblement éclairée s'étirait sur plus de , coudée et fermée par des portes étanches. Elle desservait quelques locaux techniques, notamment une cuisine, une laverie, un magasin aux vivres, une réserve à charbon, une infirmerie, un puits, une arrivée de câble téléphonique, et un magasin à munitions. Le même escalier permettant de passer du bloc 1 à la galerie de liaison menait également à une galerie de de long, l'égout visitable. Sous le dallage de béton de ce couloir s'écoulaient les eaux usées de l'ouvrage, qui se jetaient ensuite dans la Chiers..

Histoire

Construction initiale

thumb|alt=photo du bloc 2|Le bloc 2. thumb|alt=Plan de l'implantation souterraine des deux blocs et de la galerie les reliant|Plan de profil. La tête de pont de Montmédy, partie la mieux organisée du secteur fortifié de Montmédy (le reste du secteur étant formé de fortifications de campagne), représente une extension de la ligne Maginot vers l'ouest. Elle appartient aux « nouveaux fronts » (appelés aussi « second cycle ») de la ligne. Ces nouveaux fronts sont financés par la loi-programme votée le , allouant de francs aux fortifications., permettant la construction entre 1935 et 1938., alors que l'Allemagne réarme (depuis 1933, le service militaire y est rétabli le ) et que la Belgique proclame sa neutralité (le ). Ces tronçons de fortification complètent la ligne dans le Nord (secteurs de l'Escaut et de Maubeuge), la Meuse (tête de pont de Montmédy) et la Moselle (secteurs de la Sarre et de Rohrbach).

Le premier plan de masse (qui définit la mission et la position précise de l'ouvrage) date du . Il est remanié le puis le . Le plan d'implantation est du .. La construction débute en . Les travaux de bétonnage, menés par une entreprise d'Antibes, Chanel, occupent une centaine d'ouvriers, travaillant par tous les temps en raison du coulage continu du béton.. Ils sont suivis des travaux de blindage et cuirassement, menés par les spécialistes d'une entreprise d'Argenteuil, Lagache et Glazmann, connue par ailleurs pour son expertise sur les carrosseries de voitures de sport dans l'entre-deux-guerres.. Outre les aménagements intérieurs et l'installation des matériels militaires, un élément important de la construction de l'ouvrage est aussi la pose du réseau téléphonique le reliant aux autres ouvrages. Cette pose est effectuée par une entreprise parisienne, GT, Garczynski et TraploirL'entreprise GT, d'André Garczynski et Gaston Traploir, existe toujours et appartient aujourd'hui au Groupe Vinci.. La construction se termine en . La livraison à l'armée est effectuée le .

L'ouvrage résulte d'un compromis entre un projet initial, prévoyant trois blocs, deux blocs de combats et un bloc d'entrée, et un impératif budgétaire imposé au général Belhague, pour aboutir à un ensemble composé de deux blocs d'infanterie autonomes, disposant chacune de leur entrée et reliés par une galerie souterraine. C'est un petit ouvrage, qui ne peut être comparé à l'ouvrage du Hochwald, à celui du Hackenberg, ou même à celui du Mottenberg ou du Kerfent, par exemple. La Ferté n'est pas un ouvrage de la ligne Maginot telle que conçue initialement et ne répond pas aux principes de la CORF.. Sa puissance de feu est limitée : des goulottes lance-grenades, des fusils mitrailleurs, des mitrailleuses, des canons antichar de et un canon antichar de , soit des armes de petits calibres de portée inférieure à .. La chambre de tir du bloc 1 croise certes ses feux avec la casemate de Margut pour défendre la vallée de la Chiers. Mais les possibilités de feu vers l'arrière sont particulièrement limitées et seule la tourelle AM peut intervenir dans toutes les directions avec cependant un masque causé par la cloche GFM du même bloc. Les feux réciproques des deux casemates sont également limités, un seul créneau de la cloche GFM du bloc 1 couvrant partiellement le bloc 2. Les deux blocs ne peuvent pas vraiment se couvrir mutuellement et sont dépendants de l'appui de l'ouvrage du Chesnois.. Les cloches du bloc 2 ainsi que la tourelle en position haute sont bien visibles au sommet de la colline et donc vulnérables aux tirs directs..

Aménagements ultérieurs