Étienne Nicolas Méhul, né le à Givet et mort le dans l'ancien de Paris, est un compositeur français.
Le plus important compositeur d’opéras en France pendant la Révolution française, il est également au nombre des fondateurs du Conservatoire de Paris.
Quittant l'abbaye de Laval Dieu, où il était élève-organiste, pour la capitale, il a traversé en effet l'une des périodes les plus agitées de cette ville, s'attachant essentiellement à la création musicale, même s'il fut aussi le compositeur d'un des plus fameux hymnes patriotiques issus de cette période, le Chant du départ, et il était l'ami de nombreux artistes et écrivains. Il fut un des premiers musiciens dits « romantiques » en France, contribuant à élargir le champ sonore de la symphonie, comme ses contemporains Haydn et Beethoven. Ses opéras ont profondément influencé Hector Berlioz qui disait de lui. :
Biographie ÉtienneConnu un temps avec le prénom Étienne Henri. est né à Givet sur la Meuse dans les Ardennes. Son père, Jean-François, fut d’abord maître d’hôtel du comte de Montmorency puis modeste marchand de vin à la mort du comte. Les parents ayant détecté les dons précoces du petit Étienne, mais étant trop pauvres pour lui offrir une éducation musicale régulière, l’enfant reçut ses premières leçons d'un pauvre organiste aveugle appelé , dont on ne sait rien. Ses aptitudes étaient telles que, à dix ans, on le nomma organiste des Franciscains au couvent des Récollets, toujours à Givet.
En , un musicien et organiste allemand de l'abbaye de Schussenried, le moine Guillaume Hanser, fut engagé, par l'abbé Remacle Lissoir, au monastère de Laval-Dieu, non loin de Givet, pour y fonder une école de musique. Méhul devint son élève occasionnel, en contrepointSelon Cherubini : Notice sur Méhul. notamment, et son suppléant en 1778. Sur l'orgue de l'église du village qui est l'ancienne chapelle de l'abbaye, on pouvait lire C'est pendant ce séjour que le musicien développa sa passion pour les fleurs et surtout pour la tulipe et la renoncule :
Sa formation à Paris Âgé de quinze ans en 1779, Méhul vint à Paris grâce à la générosité d’un mécène qui l’avait entendu à la tribune, armé d’une lettre de recommandation à l’intention de Gluck :
Il prend des leçons chez Jean-Frédéric Edelmann, un claveciniste fort apprécié à Paris, installé depuis 1775, et lui-même ami de l’idole de Méhul, Gluck. Edelmann, d'origine strasbourgeoise, eut aussi Jean-Louis Adam pour élève et retourna dans sa ville natale dès la Révolution où il fut guillotiné à la fin de la Terreur en juillet 1794 comme robespierriste.
Dès son arrivée, Méhul assista à la première d’Iphigénie en Tauride et en fut très ému.
Ses premières armes de compositeur consistèrent à adapter des airs d’opéras populaires comme Thésée de Gossec. Une Ode sacrée de Jean-Baptiste Rousseau fut jouée au Concert Spirituel en 1782. La première composition publiée de Méhul fut un livre de trois sonates pour pianoforte en 1783 ; il avait tout juste vingt ans. En 1788, un nouveau recueil de sonates forme son opus II. Par ces publications, .
En 1786, Méhul rejoint la loge maçonnique l’Olympique de la Parfaite Estime (constituée en 1782), dans sa partie musicale. En cela, il partage ce trait avec de nombreux musiciens de son siècle : Gossec, Cherubini, Devienne, Philidor, Pleyel, Saint-George, Viotti C'est dans cette loge que les symphonies parisiennes de Joseph Haydn furent interprétées (1787). Plus tard, il compose une musique de scène lyrique pour la Loge du Grand-Sphinx, dont il est membre, à l'occasion de la cérémonie funèbre du de Henri Belleteste, membre de l'Institut d'ÉgypteReproduction du document..
Le compositeur dramatique vignette|redresse|alt=gravure : portrait d'un visage de profil|Étienne Nicolas Méhul, par H. E. von Wintter. Aidé et encouragé par Gluck, qui rend consciente sa vocation, Méhul envisage une carrière de compositeur dramatique. En 1785, l’écrivain Valadier lui offre le livret de Cora. Bien que présenté à l’Académie Royale de Musique, l’opéra ne sera monté que six ans plus tard.
À la même époque Méhul trouve, en la personne du librettiste François-Benoît Hoffmann, son collaborateur favori. Il donne le texte de son premier opéra représenté : Euphrosine, ou Le tyran corrigé. La première, à la Salle Favart le , fut un immense succès et a marqué le compositeur par le talent qu’on lui reconnut.
Le duo dont il est question est celui de la scène 5 où s'opposent Coradin et la comtesse : Gardez-vous de la jalousie ; redoutez son affreux transport. Le morceau, dont l'instrumentation met en scène des cors, fut à la mode dès la création de l’ouvrage. André Grétry en parle lui aussi :
Quant à Berlioz, qui cite le mot de Grétry dans son Traité d'instrumentation et d'orchestration, il considérait que l'opéra était le
Sa carrière était lancée et c’était le début d’une longue relation avec le théâtre de la Comédie Italienne (renommé Opéra-Comique en 1793).
En dépit de l’échec de Cora, présenté seulement le , et de l’interdiction d’Adrien par la Commune de Paris pour raisons politiques en , Méhul a consolidé sa réputation avec des œuvres telles Stratonice (Favart, ) ou bien Mélidore et Phrosine (Favart, ).
De la Révolution jusqu’à l’Empire Durant la Révolution, Méhul a composé de nombreux chants patriotiques et des pièces de propagande. Le plus célèbre étant le Chant du départ (1794) sur un poème de Chénier, qui est comme une seconde Marseillaise. L’engagement de Méhul fut récompensé par sa nomination à Institut de France en 1795, avec François-Joseph Gossec et André Grétry. La même année, il obtient un des cinq postes d’inspecteurs du Conservatoire de Paris, lors de sa fondation le , sous l'initiative de Bernard Sarrette, Capitaine de la Garde nationale. Le musicien en devint l'un des membres les plus dynamiques. Méhul est aussi « le plus important compositeur d’opéras en France pendant la Révolution Bartlet & M. Elizabeth, Introduction to the edition of Méhul’s opera Stratonice, Pendragon Press, 1997, . ».
vignette|Méhul enseignant les chants patriotiques au peuple de Paris.
Dans la nouvelle institution, où il exerce jusqu'en 1816, il a eu pour élève notamment Louis-Joseph-Ferdinand Herold.
En bons termes avec , il devient l’un des premiers Français à recevoir la croix de chevalier de la Légion d'honneur (1804), en même temps que François-Joseph Gossec et André Grétry.
En 1807 il obtient le second Prix de Rome (le premier n’est pas décerné) avec une Cantate Ariane à Naxos. Ce prix est partagé avec Fétis.
Le succès des opéras de Méhul ne fut pas si grand aux débuts du qu’à la fin du , cependant des œuvres tel Joseph. (1807) furent célèbres. Le Premier Consul Napoléon, qui appréciait beaucoup la musique vocale, récompensera l’ouvrage.. Deux arias notamment : Champs paternels, Hébron, douce vallée et À peine au sortir de l’enfance furent très populaires. L’opéra fit carrière à l’étranger, particulièrement en Allemagne.
En revanche, l’échec de son opéra Les Amazones en 1811 (présenté à l’Opéra le ) fut un coup sévère et a clos sa carrière de compositeur pour le théâtre. Il prit alors une retraite bien méritée, dans sa maison de Pantin, pour cultiver (Cherubini).
La Restauration En dépit de ses liens avec Napoléon, la carrière musicale de Méhul ne pâtit point de la Restauration, d'autant qu'il sut ne pas se compromettre durant les Cent jours. Ainsi il est nommé au Conservatoire en 1816. Retiré un temps à Hyères entre janvier et mai pour y trouver un peu de repos et un soulagement à sa phtisie (tuberculose), le compositeur mourut de cette maladie à Paris le matin du , chez lui, 28 rue de MontholonBiographie générale par Bartlet (1997) ., âgé de 54 ans.
vignette|Peinture de Méhul par Antoine Wiertz, mairie de Givet. Le soir même, son élève préféré Ferdinand Hérold, qui le qualifiait de , créa à l'Opéra-Comique La Clochette.
Reconstruite dans les années 1980, sa tombe, dans l’enclos des musiciens au cimetière du Père-Lachaise, est proche de celles d’autres compositeurs français tels ses contemporains André Grétry ou François-Joseph Gossec.
Une statue de Méhul sculptée par Aristide Croisy a été inaugurée à Givet en 1892.
Pierre-Auguste-Louis Blondeau décrivait Méhul comme :
Le compositeur Œuvre dramatique La trentaine d’opéras de Méhul constitue la majeure partie de son œuvre musicale. Il fut, de la génération des compositeurs des années 1790, le premier à comprendre son ami et rival Luigi Cherubini ainsi que son ennemi Jean-François Lesueur. Méhul suivit l’exemple des opéras que Gluck avait écrits pour Paris dans les années 1770 et appuya les réformes de ce dernier dans l’opéra-comique (un genre mélangeant musique et dialogue n’était pas nécessairement d’humeur comique ; cf. Joseph qui représente tout de même un extrême de sérieux et de rigueur du sujet), mais il a poussé la musique dans une direction plus romantique, montrant un usage croissant de dissonances et un intérêt pour les sentiments extrêmes, telles la colère et la jalousie, préfigurant alors des compositeurs romantiques comme Weber et Berlioz. vignette|redresse|Étienne-Nicolas Méhul par Zéphirin Belliard
Méhul fut réellement le tout premier compositeur romantique David Cairns, Berlioz: the Making of an Artist (André Deutsch, 1989), .Notes du livret d’Ates Orga joint au disque des « ouvertures » (ASV, 2002). ; le marquis de Condorcet usa de ce mot dans La chronique de Paris le après avoir vu Le jeune sage et le vieux fou. Son principal souci musical voulait que tout serve à accroître l’impact dramatique. Son admirateur Berlioz a écrit :
La manière selon laquelle Méhul a accru l’expressivité dramatique consistait à tout expérimenter avec l’orchestration. Par exemple, dans Uthal, un opéra lancé dans les hautes terres d’Écosse, il élimine les violons de l’orchestre, les remplaçant par le son plus grave des alti de manière à rajouter une couleur locale David Charlton, section on Méhul, dans The Viking Opera Guide éd. Holden (1993) .Gérard Oberlé, chronique du jeudi 16 octobre 2003 sur France Musique, reproduite dans La vie est ainsi fête, Grasset, 2007, ., les voix n’étant soutenues que par les cors et des harpes.
Les œuvres clés de Méhul dans les années 1790 étaient Euphrosine, Stratonice, Mélidore et Phrosine et Ariodant David Charlton, « French Opera 1800-1850 », dans The Oxford Illustrated History of Opera éd. Roger Parker (OUP, 1994) . Voyez aussi le livret des symphonies publié chez Nimbus.. Ariodant, malgré l’échec de sa première en 1799, a finalement été apprécié par les critiques. Elizabeth Bartlet le qualifia Bartlet p. x.. Lors d'une interprétation à Berlin en 1816, le critique E.T.A. Hoffmann qui qualifiait le compositeur de , termine l'article en ces termes :
L’œuvre traite de la même histoire de passion et de jalousie que l’opéra de Haendel de 1735 Ariodante. Comme dans ses nombreux autres opéras, Méhul utilise le « motif de réminiscence », thème musical associé à une idée particulière dans l’opéra et qu'on retrouve sous le terme de leitmotiv dans la musique dramatique de Richard Wagner. Dans Ariodant, le motif de réminiscence est le cri de fureur, exprimant un sentiment de jalousie. Méhul emploiera ce procédé pour sa quatrième symphonie (1810).