L'Albatros royal (Diomedea epomophora) est une espèce d'oiseaux marins de la famille des Diomedeidae. Il se reproduit sur quelques îles néo-zélandaises, principalement l'île Campbell, et vole dans toute la région subantarctique hors de sa période de reproduction.

L'Albatros royal est l'un des oiseaux ayant la plus grande envergure : ses ailes déployées peuvent mesurer plus de . Sa tête et son corps sont blancs, avec un bec plus ou moins rose selon la saison et les individus. Seul le dessus de ses ailes est sombre, avec une bordure noire en dessous. Les taches blanches qu'il porte sur les ailes lui ont donné son ancien nom d'Albatros à épaulettes. Quelques détails le distinguent de l'Albatros de Sanford (Diomedea sanfordi) et de l'Albatros hurleur (Diomedea exulans) : il a une bande blanche plus ou moins large à l'avant de ses ailes, qui blanchissent avec l'âge, et un trait noir sépare ses mandibules.

La majorité des Albatros royaux se reproduisent sur l'île Campbell, au large de la Nouvelle-Zélande. Quelques individus nichent aussi sur l'île Enderby et l'île Adams et l'espèce peut s'hybrider avec l'Albatros de Sanford dans la région d'Otago. Lorsqu'il ne se reproduit pas, il vole sur de très grandes distances, d'abord vers l'Amérique du Sud, puis il fait le tour de la région subantarctique jusqu'à rejoindre la Nouvelle-Zélande.

Plutôt solitaire, l'Albatros royal se laisse porter par le vent au-dessus des vagues afin d'économiser son énergie. Il se nourrit principalement de calmars, mais aussi de poissons, de crustacés, de Tuniciers et de carcasses en mer. Il ingère aussi des objets non comestibles, comme des morceaux de plastique. Comme d'autres oiseaux marins, il possède des glandes à sel qui lui permettent de filtrer l'eau de mer.

Il n'atteint sa maturité sexuelle qu'à et se reproduit tous les deux ans, sauf en cas d'échec de sa couvée. Les couples sont très fidèles. Après une parade nuptiale complexe qui comprend des chants et des gestes variés, le couple donne naissance à un seul petit, entre fin novembre et début décembre. Le poussin arrive à maturité très tard comparé à d'autres espèces, environ après son éclosion. Il peut vivre jusqu'à une soixantaine d'années, ce qui en fait l'un des oiseaux à la longévité la plus importante.

L'Albatros royal est considéré comme une espèce vulnérable par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et par le ministère de la Conservation néo-zélandais. Par le passé, il a souffert de l'introduction d'espèces envahissantes et de l'exploitation agricole sur ses aires de reproduction, qui l'ont probablement fait disparaître de l'île Auckland et ont fait chuter ses effectifs sur les îles voisines. Des efforts de suivi et de protection ont permis à sa population d'augmenter au cours du , mais elle décline depuis les années 1990. Il est aussi une victime accidentelle, comme d'autres oiseaux marins, de la pêche à la palangre.

Description

Dimensions et plumage L'Albatros royal est l'un des plus grands Albatros.. Il mesure de long, avec une envergure qui peut atteindre . ou . Son bec mesure en moyenne , sa queue et son tarse .. Les mâles sont généralement plus grands et ont le plumage plus blanc que les femelles. Ils sont aussi plus lourds : pour les mâles contre pour les femelles.

Il est l'Albatros au plumage le plus blanc. Chez les adultes, la tête et le corps sont entièrement blancs, avec le dessus des ailes brunâtre ou noir. Le dessous des ailes est presque entièrement blanc, avec seulement une bande noire à l'arrière, qui rejoint la pointe de l'aile et s'étend jusqu'au carpométacarpe. Les ailes blanchissent progressivement avec l'âge. Le bec est plus ou moins rose, avec une ligne noire caractéristique qui sépare les mandibules. Il semble que le bec et les pattes des mâles prennent un rose plus vif en période de reproduction.

On peut distinguer cinq stades de développement du plumage chez les Albatros royaux. Les juvéniles au stade 1 se distinguent des adultes grâce aux motifs noirs sinueux en bas de leur dos et parfois une bande noire au bout de la queue. Le dessus des ailes est noirâtre, avec quelques pointes de blanc sur le bord d'attaque et une tache blanche au centre de l'aile. Les taches blanches sur le dessus de l'aile deviennent plus prononcées au stade 2, puis elles blanchissent encore plus aux stades 3 et 4.

Voix

L'Albatros royal est généralement silencieux, mais il peut devenir bruyant lorsqu'il cherche à s'imposer pour atteindre de la nourriture. Il émet alors des coassements, des cris perçants et des gargouillis. Il produit un son menaçant pour éloigner les intrus, en claquant son bec rapidement de manière répétitive. Lors de la parade nuptiale, les couples établissent une communication complexe qui comprend des chants variés, puis lors de l'accouplement la femelle émet des jappements bas.

Espèces ressemblantes L'Albatros de Sanford (Diomedea sanfordi) vit dans les mêmes zones que l'Albatros royal et ils peuvent être difficiles à distinguer. Longtemps considéré comme une sous-espèce, l'Albatros de Sanford a des ailes uniformément noires sur le dessus et presque entièrement blanches en-dessous. En revanche, l'Albatros royal a la plupart du temps des taches blanches sur le dessus de l'aile, et une bande blanche à l'avant, sur le bord d'attaque. Selon l'ornithologue John Penhallurick, ces différences peuvent être liées à la latitude à laquelle ces deux espèces se reproduisent : l'Albatros royal, qui se reproduit plus au sud dans un climat plus froid, a des ailes plus blanches, alors que l'Albatros de Sanford, dans un climat plus chaud, a les ailes plus sombres.. Les jeunes Albatros de Sanford ont un motif brun moucheté sur le sommet de la tête, ce qui n'est pas le cas chez les jeunes Albatros royaux.

L'Albatros royal ressemble beaucoup à l'Albatros hurleur (Diomedea exulans). Vu de près, des différences légères permettent de les reconnaître, notamment le motif du dessous des ailes : chez l'Albatros royal, la marge noire à l'arrière de l'aile se fond de manière plus égale que chez l'Albatros hurleur. Le dessous des ailes est identique, chez les adultes et chez les juvéniles. En vol, l'Albatros royal peut sembler légèrement plus bossu et l'Albatros hurleur n'a pas la ligne noire caractéristique entre ses mandibules.

Répartition et habitat vignette|alt=Carte de distribution centrée sur l'Antarctique.|L'Albatros royal se reproduit dans quelques îles néo-zélandaises, mais les individus non-reproducteurs volent tout autour de la région subantarctique. vignette|alt=Photographie d'un oiseau en vol au-dessus de l'océan, avec des falaises en fond.|Plutôt solitaire, l'Albatros royal plane sur de grandes distances en étant porté par le vent. L'Albatros royal ne se reproduit que dans les îles néo-zélandaises, en grande majorité sur l'île Campbell, tandis que les Albatros de Sanford se reproduisent en majorité dans les îles Chatham. Son aire de répartition en période de reproduction s'étend de la région subantarctique jusqu'à une latitude de 36°S, aux alentours de la Nouvelle-Zélande. Il s'éloigne peu de son site de reproduction, y compris pour chercher de la nourriture qu'il trouve principalement entre le plateau de Campbell, les îles Snares et les îles Chatham, dans le même territoire que l'Albatros à sourcils noirs (Thalassarche melanophris), l'Albatros à tête grise (Thalassarche chrysostoma) et l'Albatros de Buller (Thalassarche bulleri).

Les individus qui ne se reproduisent pas volent sur de grandes distances autour du cercle antarctique. Des suivis par satellites ont permis de montrer que les oiseaux non reproducteurs peuvent chercher de la nourriture sur une aire supérieure à . Ils rejoignent directement l'Amérique du Sud, la plupart pour hiverner en Patagonie argentine, puis font le tour du cercle antarctique vers l'est jusqu'à rejoindre la Nouvelle-Zélande. Ils sont fréquents le long des côtes de l'Amérique du Sud, principalement en Argentine, plus occasionnellement au sud du Chili et quelquefois au Pérou.. Ils peuvent être observés jusqu'à une latitude de 10°S à l'ouest, et 23°S au large du Brésil, ainsi que dans la Grande Baie australienne. Ils sont rares au sud de l'océan Indien et des individus erratiques peuvent être aperçus à la pointe sud de l'Afrique et dans les îles Tuamotu. Un jeune individu isolé a été observé au centre de la Grande Barrière de corail, dans le Queensland, en 2012..

Écologie et comportement vignette|gauche|alt=Vidéo montrant des Albatros royaux.|Cette vidéo, prise sur l'île Enderby, montre des Albatros royaux au décollage, en vol et lors d'une parade nuptiale. vignette|gauche|alt=Photographie de deux oiseaux posés sur l'eau. L'un d'eux ouvre son bec contre l'autre.|Deux Albatros royaux près de la péninsule de Tasman. L'Albatros royal est généralement solitaire, bien que de grands groupes puissent se former lors de la recherche de nourriture, notamment autour des bateaux de pêche.. Son comportement rappelle celui de l'Albatros hurleur, bien que l'Albatros royal suive moins les bateaux.

Pour se déplacer sur de très grandes distances, l'Albatros royal plane au-dessus des vagues en se servant des courants d'air. Battre des ailes lui demande trop d'énergie, ce qui le rend dépendant du vent : par temps trop calme, il peut être obligé de se poser pour flotter sur l'eau. Il a besoin de courir sur une certaine distance pour s'envoler, et peut occasionnellement se blesser en atterrissant sur des sols durs.

En mer, les mâles et les femelles sont généralement séparés, ce qui se reflète dans les cas d'oiseaux pris dans des filets de pêche : les femelles sont plus souvent prises dans les régions subtropicales et les mâles dans les régions subpolaires.

Alimentation vignette|alt=Vidéo d'un groupe d'oiseaux posés sur l'eau, en train de manger un poisson.|Un groupe d'Albatros, dont des Albatros royaux, en train de se nourrir. L'Albatros royal se nourrit principalement de céphalopodes, surtout des calmars, mais aussi de poissons, de crustacés et de Tuniciers. Il peut aussi se nourrir de carcasses de requins. D'après une étude de M. J. Imber (1999), la proie la plus souvent consommée est une espèce de calmar, Histioteuthis atlantica, mais Onykia ingens représente le plus de masse ingérée. L'Albatros royal consomme majoritairement des céphalopodes adultes, excepté le Calmar géant dont il ne mange que les juvéniles et les espèces du genre Taningia qu'il consomme à n'importe quel âge. Il est plus sélectif que l'Albatros hurleur, qui consomme 27 familles de calmars différentes contre seulement 5 pour l'Albatros royal. Les poissons qu'il mange sont plus difficiles à identifier, mais on sait qu'il se nourrit d'espèces du genre Macruronus, Pseudophycis, Genypterus et Hoplostethus. Les crustacés sont secondaires dans son régime. Il ingère aussi des objets flottants non comestibles, comme des morceaux de bois, des algues et des objets en plastique variés . Il chasse surtout la nuit.

Autour de la Nouvelle-Zélande, les zones où il recherche sa nourriture s'étendent au sud et au sud-est du plateau de Campbell et au sud des îles Snares. Selon Imber (1999), il ne chasse pas dans les zones de grands fonds. Les proies principales de son régime vivent à proximité des côtes, tandis que des espèces qui vivent exclusivement en eaux profondes sont absentes. Néanmoins, un rapport de 2024 qui tient compte de suivis GPS montre qu'en dehors de la période de reproduction, il préfère se nourrir à la limite entre le plateau et le talus continental et au-dessus des grands fonds. Il capture surtout ses proies en surface, posé sur l'eau, mais peut occasionnellement plonger jusqu'à deux mètres de profondeur.