thumb|upright=1|Stephen Colbert en novembre 2007.|alt=Portrait de Stephen Colbert, souriant. Le discours de Stephen Colbert au dîner des correspondants de la Maison-Blanche est un événement qui se déroule le . Après le dîner organisé par l'association des correspondants de la Maison-Blanche, qui se tient à l'hôtel Hilton de Washington, D.C., l'humoriste américain Stephen Colbert fait un numéro de de plus de vingt minutes, diffusé en direct sur les réseaux câblés et . Tradition perpétuée depuis 1924, le dîner est l'occasion pour les présidents en exercice de faire de l'autodérision à la fin du dîner, suivis ou précédés par un comique ou un animateur de télévision.

Debout à quelques mètres du président des États-Unis républicain, George W. Bush, et devant un public composé de personnalités politiques, célébrités et journalistes membres de l'association, Stephen Colbert délivre un numéro satirique et controversé. Dans le rôle du personnage homonyme pince-sans-rire qu'il interprète dans son émission sur , il cible principalement le président et les médias par une critique détournée, agressive et sans concession, caractéristique de l'humour développé par la chaîne et appelée aux États-Unis.

Malgré un accueil glacial du public, le discours de Colbert connaît immédiatement un succès considérable sur Internet. Dans les jours qui suivent, un débat fait rage dans les médias américains sur la question de la valeur purement comique de cette prestation et de la nature politique de ses remarques. De plus, des accusations de « médiatique » sont rapportées, devant la façon dont l'évènement est inégalement rapporté par les médias traditionnels. Le magazine note que la prestation de Colbert devient la et le ajoute que le discours de Colbert est devenu un des élections de mi-mandat de 2006.

Contexte thumb|upright=1.2|left|George W. Bush, accompagné par son imitateur , propose un sketch d'autodérision au dîner annuel des correspondants de 2006.|alt=Bush est en retrait alors que son imitateur parle devant un pupitre identique au sien.

À partir des années 1980, le dîner des correspondants de la Maison-Blanche accueille des comédiens de américain. Leur numéro est généralement précédé ou suivi d'un petit exercice d'autodérision de la part du président en exercice, à l'image de Gerald Ford avec Chevy Chase en 1975. C'est parfois l'occasion d'un duo comique entre les deux hommes, par exemple Ronald Reagan avec Rich Little en 1981. Plus récemment, le dîner a accueilli Frank Sinatra, Conan O'Brien, Jon Stewart, Ray Charles, Jay Leno ou Seth Meyers.

En cette année 2006, George W. Bush propose un discours humoristique en compagnie de l'un de ses sosies, . Il tourne en dérision le vice-président Dick Cheney, qui s'est distingué peu de temps auparavant en tirant sur un ami au cours d'une partie de chasse, ainsi que sa propre politique intérieure et extérieure, notamment la guerre d'Irak.. Le président prononce un discours creux, tandis que son sosie révèle ce qu'il pense vraiment. Le sketch provoque l'hilarité d'une bonne partie du public du dîner. Ce public, qualifié de par l', comprend plus de , dont la première dame Laura Bush, le chef d'état-major des armées Peter Pace, le procureur général des États-Unis Alberto Gonzales, l'ambassadeur de Chine , le cofondateur d'AOL Steve Case, la top-model et tenniswoman Anna Kournikova et les acteurs George Clooney et Laurence Fishburne, entre autres.

Peu après la fin du dîner et immédiatement après le sketch du président, Mark Smith, journaliste de l' et alors président de la , invite Stephen Colbert à la tribune.. Par la suite, Smith avouera qu'il ne connaissait guère le travail de l'humoriste.

La prestation de Colbert

Discours

Note : sauf mention contraire, les citations sont tirées des transcriptions du discours de Colbert.

Vers , Colbert se lance dans un discours de plus de seize minutes dans lequel il s'adresse directement à plusieurs reprises au président George W. Bush. Il le complimente ironiquement sur sa politique étrangère, son style de vie et ses opinions, sans oublier de rappeler sa chute dans les sondages d'opinion. Sous les traits du personnage conservateur pince-sans-rire qu'il interprète dans , caricature des commentateurs politiques républicains de , il s'en prend également aux journalistes et à d'autres personnalités présentes au dîner.. Si la majeure partie du discours a été écrite spécialement pour l'occasion, plusieurs passages proviennent directement du , notamment celui sur le concept de « », repris du premier épisode de l'émission, diffusé en .

« J'ai le privilège de célébrer ce Président »

thumb|upright=0.9|Dick Cheney et George W. Bush (2006). thumb|upright=0.9|Bush sur l'USS Abraham Lincoln (2003).|alt=Bush prononce un discours sur le pont du porte-avion Abraham Lincoln au cours de l'évènement intitulé Mission accomplie. thumb|upright=0.9|Bush à Ground zero (2001).|alt=Bush, debout sur les ruines du World Trade Center, fait un discours aux sauveteurs dans un mégaphone. thumb|upright=0.9|Bush à La Nouvelle-Orléans (2005).|alt=Bush enlace une femme noire et sa fille, dont les proches ont été tués par l'ouragan.

Après une rapide allusion à l'accident de chasse de Dick Cheney, Stephen Colbert affirme son approbation de la philosophie de Bush et explique qu'ils ne sont pas si différents alors que le président reste impassible. D'après lui, ils ne sont ni des (critique implicite du positionnement anti-intellectuel de Bush), ni des membres de la (en référence au quatrième pouvoir), qui passent leur temps à dire aux autres ce qui est vrai ou faux d'après ce qu'ils lisent dans les livres.

Il déclare que ce que lui et Bush disent, cela vient de leurs tripes, parce que c'est de là que vient la vérité, avant d'affirmer sans sourciller que le corps humain possède deux fois plus de terminaisons nerveuses dans les tripes que dans le cerveau. Il explique que, dans son émission, il donne aux gens la vérité qui n'est pas passée au filtre des arguments rationnels, ce qu'il appelle .

Il satirise ensuite sur l'opposition traditionnelle républicaine à un (un gouvernement fédéral puissant) en mentionnant la guerre d'Irak. Il explique que, comme les républicains, il pense que moins un gouvernement gouverne, meilleur il est, avant d'ajouter que d'après ces critères, Colbert évoque également la religion et l'américanocentrisme d'une certaine partie du pays, puis fait allusion à l'externalisation de la Chine en déclarant à l'ambassadeur chinois

Après cette introduction en tout point conforme à son style, Colbert liste une série de convictions absurdes du genre . Il ironise ensuite sur la chute de Bush dans les sondages d'opinion et le compare à Rocky Balboa, un type qui se prend une longue série de coups de poing en pleine figure :

Il conclut son raisonnement par un argument fallacieux, affirmant que si les sondages d'opinion déclarent que 68 % des Américains désapprouvent ce que fait le président, cela ne veut-il pas aussi dire, logiquement, que 68 % approuvent ce qu'il ne fait pas ? Il poursuit son simulacre de défense du président en saluant sarcastiquement les apparitions de Bush à bord de l', sur le site de Ground zero et dans les villes dévastées par l'ouragan Katrina, déclarant que l'Amérique pouvait se vanter de se relever à chaque fois qu'une catastrophe se produisait

Après avoir mentionné la Première dame Laura Bush, et déclaré à son mari qu'elle était sa meilleure moitié, il utilise l'initiative de lecture de celle-ci comme tremplin pour railler les livres, qu'il accuse d'élitisme : Colbert termine son monologue anti-Bush en critiquant sa politique énergétique et conclut que la plus grande qualité du président, c'est sa constance, puisqu'il pense la même chose d'un jour à l'autre, quoi qu'il se soit passé entre-temps.

« Les médias qui détruisent l'Amérique »

Colbert s'adresse ensuite aux journalistes de la Maison-Blanche et aux médias en général, en utilisant une phrase de transition qui résume son personnage. Il déclare que bien qu'il soit honoré de prononcer ce discours à quelques mètres du président, , ajoutant à l'adresse de Fox News que la chaîne conservatrice échappait à ces accusations puisqu'elle seule proposait deux points de vue, celui du président et celui du vice-président. Colbert s'adresse alors aux représentants des plus importants médias américains présents dans la salle, en énumérant les sujets « super-déprimants » tels que les écoutes illégales de la ou les prisons secrètes d'Europe de l'Est que les médias ont couvert. Il enchaîne en félicitant les journalistes pour leur couverture bâclée et complaisante de sujets comme les baisses d'impôts pour les plus riches, les armes de destruction massive en Irak ou les effets du réchauffement climatique.

Il leur rappelle alors les règles de base d'un bon journalisme : le président prend des décisions, son attaché de presse les annonce, et les journalistes les recopient. Il ironise sur une méthode de rédaction simpliste, et ajoute qu'ils devraient plutôt se consacrer à leur famille ou à leur roman de fiction sur ce journaliste qui ose se dresser contre le gouvernement et écrire des articles véritablement non orientés.

Il mentionne ensuite les bons journalistes, les « héros » Christopher Buckley, Ken Burns ou Bob Schieffer. Colbert se tourne alors vers George Bush et l'invite à venir le mardi suivant sur le plateau du pour participer à son émission, expliquant qu'il lui suffira de « supprimer » l'invité programmé, Frank Rich, un éditorialiste du , journal traditionnellement orienté à gauche.

« Voyons voir qui d'autre nous avons ce soir »

Devant le président toujours impassible, Colbert se tourne vers le public et émet une série de commentaires sur plusieurs têtes connues. Il mentionne les généraux (chef d'état-major de l'Air Force) et Peter Pace (chef d'état-major des armées), les derniers soutiens de Donald Rumsfeld. Rumsfeld est alors secrétaire de la Défense, et Colbert fait référence à la « rébellion des anciens généraux » ayant entre autres conduit à sa démission en . Comme Moseley et Pace ne sont pas encore à la retraite, Colbert suppose qu'ils soutiennent toujours Rumsfeld pour sa gestion de la guerre d'Irak et il propose de ne pas les laisser prendre leur retraite, grâce à l'utilisation des contrats auto-extensibles, un renouvellement automatique de l'engagement des soldats engagés, sans leur consentement.

Il fait une nouvelle allusion au réchauffement climatique lorsqu'il parle de son interview avec le révérend Jesse Jackson dans son émission : Puis il se tourne vers Antonin Scalia, juge conservateur de la Cour suprême des États-Unis, à qui il fait de grands gestes de la main (en référence à l'utilisation par Scalia d'un geste obscène sicilien quelques semaines avant) après quoi Colbert explique au public qu'il parle sicilien avec son « paisan ». Contrairement à toutes les personnalités que Colbert a précédemment ciblé, Scalia rit à gorge déployée.

Colbert cherche du regard John McCain, à qui il lance qu'il est ravi de le voir revenir dans le camp républicain, allusion à un sensible éloignement de certaines valeurs conservatrices opéré récemment par McCain, alors en campagne électorale pour la présidentielle de 2008 et qui tentait alors de renouer des liens avec le camp républicain. Colbert lui glisse qu'il a une maison en Caroline du Sud et lui propose de le tenir au courant lorsqu'il ira parler à Bob Jones, université privée protestante réputée pour être la plus conservatrice du pays. Puis, il mentionne Ray Nagin, maire de La Nouvelle-Orléans, , lui valant le surnom de Willy Wonka. gauche|vignette|Valerie Plame. Colbert évoque ensuite l'affaire Plame-Wilson en désignant l'ancien ambassadeur Joe Wilson puis son épouse Valerie Plame, s'arrêtant brusquement au moment où il prononce le nom de cette dernière, dont le statut d'agent de la a été révélé en 2005 par l'administration Bush.