vignette|upright=1.5|Le delta du Mississippi et le golfe du Mexique (bathymétrie). Une caractéristique du Mississippi est qu'il peut former des fosses profondes dans le delta (presque sous le niveau marin à la Nouvelle-Orléans).
Le delta du Mississippi forme l'embouchure du fleuve Mississippi dans l'État de Louisiane dans le Sud des États-Unis. Ce delta est formé par les alluvions déposées par le fleuve alors qu'il se jette dans les eaux du golfe du Mexique. Il continue d'avancer vers le sud et est . Le delta du Mississippi constitue un riche écosystème menacé par les activités humaines. Il s'agit du plus grand delta au monde après celui du Gange. Il couvre une superficie de (plus de de largeur d'est en ouest, et de de profondeur du nord au sudPlanète Terre, article de Pierre-André Bourque, Université de Laval, Canada), sur laquelle vivent quelque d’habitants, la plupart vivant dans l’agglomération de La Nouvelle-OrléansR. De Koninck, Le delta du Mississippi, 2006, . Pourtant, comparé à d’autres deltas, la densité de la région est relativement faible.
Formation et histoire du delta L'embouchure du Mississippi s'est déplacée plusieurs fois. En ans, le fleuve a changé neuf fois d'embouchure et l'actuel emplacement du cône de déjection ne date que du .
Histoire humaine du delta À la Préhistoire, les Amérindiens étaient présents des millénaires avant l'arrivée des colons européens en basse vallée du Mississippi et dans le delta. Des témoignages archéologiques datés de jusqu'à ans le confirment, dont près des rives du lac Pontchartrain. Au moins à partir du avant notre ère, les Amérindiens construisaient de petits monts d'environ de haut, dans l'équivalent de l'actuel État du Mississippi et notamment dans la plaine alluviale. Des restes de ces monts sont encore visibles à Vicksburg, et près de Natchez plus près de la mer.
Le Français Robert Cavelier, Sieur de La Salle, atteint le delta du Mississippi en 1682 et y déclare (au nom de Louis XIV) la souveraineté française sur tout son bassin qu'il nomme Louisiane. Certains des premiers colons français ont décrit à la fin du /début du des usages cérémoniels des buttes évoquées ci-dessus par les Amérindiens Natchez, avant que ces colons ou d'autres ne déciment les Natchez par les armes, la maladie ou la déculturation. Les Français décident de construire une ville portuaire dans l'estuaire, ce qui s'avère difficile en raison de la mobilité du . Bâton Rouge est reconnu en 1699 par d'Iberville mais d'abord jugé trop éloigné de la mer (un poste n'y sera établi qu'en 1718). Un premier poste est établi par le Canadien français Pierre Le Moyne d'Iberville (à Biloxi dans la bordure orientale du delta) puis abandonné. Les français s'établissent ensuite sur la rivière Mobile à Fort Louis (aujourd'hui disparu), puis en 1710 à Mobile sur l'estuaire de cette rivière, ainsi que sur la rivière Rouge en 1714 à Natchitoches. vignette|240x240px|Commerce entre marchands français et amérindiens dans l'embouchure du Mississippi au début du . En 1718, sur la rive gauche d’un méandre réputé dangereux, mais connecté à la mer via des lacs et bayous, Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville (frère du précédent) établit la ville portuaire de la Nouvelle-Orléans sur un léger relief indiqué aux français par les Amérindiens Choctaws . Cette ville supplantera Bâton rouge comme capitale de la Louisiane.
La France crée la Compagnie du Mississippi, confiée en 1717 au financier écossais John Law. C'est un échec. Après la guerre de Sept Ans (1756-1763), l’Espagne et l’Angleterre récupèrent la Louisiane.
Dans les années 1720 - en s'appuyant sur l'esclavagisme et avec l'aide des Acadiens à partir de 1760 - on endigue, on draine et met en valeur par la culture de vastes parcelles de marais, ce qui sera le début d'une vaste opération de domestication du delta, dont on verra 3 siècles plus tard qu'il s'agit d'un semi-échec.
La population de la Nouvelle-Orléans reste modeste en nombre, avec un peu plus de habitants seulement en 1803 quand la ville devient officiellement américaine. En 1812, de digues cherchent à contrôler le fleuveHarrisson R.W (1951) « Levee Building in Mississippi Before the Civil War », The Journal of Mississippi History, vol. 1, voir ..
À partir de 1830, la Louisiane sera un grand fournisseur de coton, puis de pétrole.
Durant la guerre civile qui a opposé l’Union des États du Nord aux sécessionnistes, la maîtrise du fleuve et donc de son estuaire et delta a été un enjeu stratégique.
Andrew Humphrey, diplômé de West Point réalise une grande étude sur le fleuve, lancée par le Congrès en 1850, qui sera rendue en 1861. Andrew Humphrey qui est alors un ingénieur réputé montre, confirme ou précise certaines spécificités du Mississippi, dont sa turbidité très élevée, sa capacité à creuser de profondes fosses dans la partie amont du delta (jusqu'à de profondeur à La Nouvelle-Orléans, c'est-à-dire près de sous le niveau marin) puis à massivement déposer ses sédiments près de la merHumphreys A.A & Abbot (1861) Report upon the Physics and Hydraulics of the Mississippi River, Lippincott, Philadelphie. Il conclut comme la plupart de ses collègues qu'endiguer le fleuve est une erreur, mais il ne sera jamais entendu par les élus et habitants qui malgré les débordements successifs de digues de plus en plus hautes et longues ont toujours intuitivement l'impression que l'endiguement est la meilleure solution à leurs problèmes. Le parti de l'endiguement sera ensuite porté dans les années 1870 par un autre ingénieur James EadsEads J.B (1876) Physics and Hydraulics of the Mississippi River, Pamphlet, New Orleans
Quand un canal fut construit au début du , le fleuve a cherché à rejoindre le lit et l'embouchure de la rivière Atchafalaya, à de La Nouvelle-Orléans. Le Corps des ingénieurs de l'armée américaine dépense depuis une énergie considérable pour construire des digues pour conserver le cours actuel et artificiel du fleuve, ce qui est généralement présenté par les autorités locales et la « Mississippi River Commission » comme une du fleuveMoore N (1972) Improvement of the Lower Mississippi River and its Tributaries 1931-1972, Mississippi River Commission, Vicksburg..
L’endiguement a porté le débit maximum de crue du fleuve à /s lors d'une inondation record en avril 1927, avec un record de débit qui a atteint à Greenville (au nord de Vicksburg ) /s, dopant la puissance destructrice de l'eau. James Eads semble avoir été inspiré d'une (Barry JM (2001) Rising Tide. The Great Mississippi Flood of 1927 and How It Changed America, Touchstone, New York, 2001. voir ]. Selon cette thèse, connue aux États-Unis sous le nom de « levees only » (« seulement des digues ») . Cette thèse - au moins pour le Mississippi - avait été réfutée par Andrew Humphrey et plusieurs de ses collègues et dans ce cas, l'autocurage attendu n'a effectivement jamais eu lieu ; au contraire le fond du fleuve ne cesse de remonter et il faut toujours rehausser les digues, alors que le reste du delta s'enfonce et s'appauvrit faute d'apports alluvionnaires. Néanmoins, la stratégie de l'endiguement s'est poursuivie pour protéger les biens et personnes, autant que possible et à ce jour aussi longtemps que financièrement et techniquement possible.
Enfoncement et évolution du delta actuel vignette|283x283px|Les différents lobes du Mississippi depuis 4600 ans.
4600 ans BP
4600-3500 ans BP
3500-2800 ans BP
2800-1000 ans BP
1000-300 ans BP
750-500 ans BP
550 ans BP - aujourd'hui
Le fleuve et ses bras apportent des alluvions de différentes granulométries et une grande quantité de sédiments fins (B. Clarence Hall décrivant le fleuve dans le sillage de Mark TwainTwain M (1883) Life on the Mississippi, James R. Osgood and Company, Boston le surnomme en 1937 le Grand boueuxHall BC & Wood CT (1937), Big Muddy : Down the Mississippi Trough America’s Heartland, Plume, New York. (réédité en 1992/ew York, N.Y., U.S.A. : Dutton ; et en 1993 (voir google book)) ). Depuis quelques décennies, une partie des sédiments a été piégée en amont par les grands barrages établis par l'Homme sur les cours d'eau de son immense bassin-versant, qui couvre près de de km, dont une petite partie, moins de 2 %, est au Canada. La turbidité du fleuve a néanmoins augmenté en raison de l'érosion agricole et de la perte d'humus des sols, permettant à la partie active du delta actuel du Mississippi d'encore progresser (d'environ par an), alimenté par environ 730 millions de tonnes d'alluvions déposées à raison de par an sur le fond de son lit et sur le bord du plateau continental. Ces dépôts forment un immense cône de déjection qui gagne facilement sur les eaux du golfe du Mexique en raison de la faible profondeur des eaux littorales et de la faible amplitude des maréesAutin, W. J., S. F. Burns, B. J. Miller, R. T. Saucier, and J. I. Snead. 1991. « Quaternary geology of the Lower Mississippi valley », in R. B. Morrison, editor. Geology of North America. Volume K-2. Quaternary nonglacial geology: conterminous U.S. Geological Society of America, Boulder, Colorado.vignette|upright=1.5|Deux cartes illustrant (en vue plus rapprochée que ci-dessus) la perte de sols marécageux en Louisiane en (de 1932 à 2011) dans une partie du delta du Mississippi, en raison de l'augmentation du niveau relatif de la mer (par effet combiné de la montée de la mer et de l'affaissement des sols). vignette|upright=1.5|Vue en Rouge des terres perdues en Louisiane sur le littoral et dans l'arrière des terres (anciens marais), sur un fond constitué d'une image satellitaire. vignette|upright=1.5|Une partie du delta du Mississippi (vu de l'espace, en fausses couleurs). vignette|upright=1.5|Plusieurs panaches de forte turbidité matérialisent dans l'eau les apports naturels ou anthropiques de sols ou sédiments apportés dans le golfe par le delta. On note aussi quelques panaches de feux de forêts.
Néanmoins une grande partie de l'immense delta tend à s'enfoncer sous l'eau depuis , et de plus en plus rapidement au point que selon la NOAA, plus de 80 % du sud-est de la Louisiane pourrait disparaître avant la fin du siècle. Presque tout le Sud-Est de la Louisiane est concernéBob Marshall, Brian Jacobs & Al Shaw (2014) Louisiana is drowning, quickly, 2014-08-28. Les cartes faites par la NOAA doivent être régulièrement rectifiées : En 2011, 31 baies et autres lieux-dits de la zone du Plaquemines Parish (nommés par les explorateurs français dans les années 1700) ont ainsi disparu des nouvelles cartesWashed away ; Locations in Plaquemines Parish disappear from latest NOAA charts. De 2010 à 2013, l’équivalent d'environ un terrain de football a été perdu en moyenne chaque heure, et la situation devrait empirer Marshall B (2014) Losing Ground: Southeast Louisiana is disappearing, quickly, Scientific American, avec The Lens & ProPublica. Selon les prévisions 2013-2014 de la NOAA, c'est la zone des États-Unis et du monde qui pourrait être la plus gravement, la plus coûteusement et la plus rapidement envahie par l'océanMarshall, Bob (2013), article intitulé « New research: Louisiana coast faces highest rate of sea-level rise worldwide » ; 2013-01-21.
Les spécialistes expliquent ce phénomène par la conjonction de plusieurs raisons, presque toutes d'origines humaines :