Les (c'est-à-dire les « canons parisiens ») sont sept pièces d’artillerie, d'une portée de plus de , utilisées au cours de la Première Guerre mondiale par l'armée allemande pour bombarder Paris. Par la longueur du canon, elles sont les plus grandes pièces d'artillerie en service durant la Grande Guerre.
Surnommés la « Grosse Bertha » par les Français, bien que ce nom désigne un autre canon pour les Allemands, les tirent à plus de de distance.
Armes de la guerre psychologique destinées à terroriser la population, ces canons ont envoyé un total de sur Paris et les communes environnantes, entre le et le Françoise Blum, Sylvie Le Dantec (préface André Kaspi), « Les vies de Pierre Naville », Centre d'histoire sociale du , 2007, ., causant la mort de .
Dénomination Alain Huyon, colonel au service historique de l’Armée de terre, relève de multiples dénominations pour ces piècesAlain Huyon, « La Grosse Bertha des Parisiens », Revue historique des armées, , 2008, , mis en ligne le . : du côté allemand : ou : canons parisiens ou bouches à feu de Paris ; : Frédéric le Long/le Grand, surnom donné par le personnel des usines Krupp en référence au fondateur du groupe, Friedrich Krupp. On trouve aussi Langer Max ; : la Parisienne, pour le commun des Allemands ; le tube en lui-même est nommé (« tube de Guillaume »), en référence à l’empereur ; du côté français, ce canon est surnommé « Bertha » et « Grosse Bertha » dès son entrée en serviceVoir par exemple l'article « » dans le , , (lire en ligne).. Mais les grosses pièces d’artillerie appelées Grosse Bertha () par les Allemands sont de gros obusiers utilisés pour détruire des fortifications et d’une portée d’un peu plus de . La confusion vient de Français vivant à proximité des emplacements de tir des , entendant les artilleurs utiliser le nom allemand, mais pour désigner une autre pièce d’artillerie.
Conception et fabrication vignette|redresse=1|Maquette d'un . Collection d’études militaires, Coblence. thumb|right|Pariser Kanonen.
Le canon dit ( / ; nom féminin) est conçu par l’état-major allemand comme une arme psychologique, destinée à terroriser les Parisiens, les désordres et les manifestations ainsi suscités étant censés pousser le gouvernement français à demander un armistice. C’est l’ingénieur allemand Rausenberger qui conçoit un canon de , tirant depuis des plates-formes métalliques démontables.
Sept tubes sont construits dans les usines Krupp d’Essen et les usines Škoda de Plzeň.
Longueur du tube : 34 à .. Le tube était une juxtaposition de usagés de canons de calibre , dans lesquels était inséré un tube réducteur au calibre . Afin d’éviter la pliure, voire la rupture d’un tel fût, un solide haubanage partant d’un mât central renforce et soutient le canon sur toute sa volée. Calibre : . Les munitions étaient toutes des obus de chemisés entre pour s’adapter à l’usure progressive du tube provoquée par l’effet d’arrachement des projectiles. Le tube était usé après ; chaque obus était numéroté . Ces obus devaient être tirés dans l’ordre, puisqu’ils étaient d’un diamètre de plus en plus élevé pour compenser l’usure du tube ; une erreur dans l’ordre de tir aurait pu se traduire par l’explosion du canon par suite du coincement du projectile dans le tube. Le , il fallait changer le tube, qui était alors renvoyé chez Krupp pour rechemisage et fabrication d’une nouvelle série d’obus. Diamètre du canon : au tonnerre Poids du tube : . Poids du canon : (avec la plate-forme de tir). Poids de l’obus : plus de Charge propulsive : de poudre selon la distance de la cible. Portée maximale : ( selon ) sous un angle de tir fixe de 55° (réglage de la portée par la charge propulsive). Vitesse initiale du projectile à charge maximale : soit plus de . Temps de vol du projectile : .
Les obus tirés étaient déviés de près de par la force de Coriolis..
L’obus tiré atteint l’altitude maximale de à l’apogée de sa trajectoire. Ce fut longtemps le record d’altitude atteint par un objet lancé par l’Homme (jusqu’à l’invention de la fusée V2 lors de la Seconde Guerre mondiale). Le projectile avait ainsi une trajectoire essentiellement dans les couches les moins denses de l'atmosphère, subissant moins de frottement, ce qui allongeait sa portée.
Le multiplie par quatre la portée maximale de l’artillerie de l’époque, la passant de ..
En revanche, sa mise en œuvre est complexe : des plates-formes de tir doivent être aménagées, soit en béton ( et d’épaisseur), soit en adaptant des plates-formes en acier destinées aux canons de ; le canon, très lourd, ne peut être acheminé que par voie ferrée, qui doit donc aller jusqu’à ces plates-formes ; l’affût de devait être descendu du train et mis en place pour recevoir le canon ; le tube doit être changé tous les à cause de l’usure ; des abris pour les officiers, le personnel, les générateurs électriques, ainsi que des communications abritées entre ces installations doivent être aménagés avant la mise en œuvre du canon. Les tirs étaient donc extrêmement coûteux.
Utilisation opérationnelle vignette|Le bombardement de Paris vu par la presse française d’époque. Dessin paru dans l’hebdomadaire Le Miroir du . vignette|La monture du canon installé à Bruyères-sur-Fère, carte postale de 1918. vignette|L’église Saint-Gervais après le bombardement du .
Deux embases bétonnées et toutes les installations annexes nécessaires sont aménagées dès fin 1917 au pied du mont de Joie, une colline du Laonnois (centre du département de l’Aisne). À l’avantage de donner une position cachant les canons (il est haut de ), ce site allie celui d’une bonne desserte : la passe d’un côté de la colline, la voie ferrée Laon-Amiens de l’autre. Les plates-formes de tir sont aménagées dans le bois de l’Épine, au lieu-dit l’Anchette, dans la commune de Crépy, à au nord du village. Il est possible qu’une troisième pièce ait été installée à proximité.
La première campagne de tir débute le , et dure jusqu’au . Le premier jour, les tirs se succèdent de à , par temps nuageux garantissant une absence de repérage par avion. Des tirs intenses de batteries de sont déclenchés pour camoufler le son du . Quatre mortiers de SKL/45 Max de , disposés à proximité, tirent également pour éviter tout repérage par les SRS françaises (sections de repérage par le son). Enfin, dix escadrilles aériennes sont en vol pour protéger le canon. Plus d’une vingtaine d’obus tombent sur Paris et sur des communes de la petite couronne (Pantin, Vanves, Châtillon-sous-Bagneux) ce à une cadence d’environ un obus toutes les vingt minutes. Le premier explose quai de la Seine dans le . On dénombre et après cette première journée. Le lendemain, les tirs reprennent, encouragés par la nouvelle de la réussite (qui parvient à , d’après lecture des journaux parisiens). À partir du , des espions allemands font des comptes-rendus par téléphone à un intermédiaire : les artilleurs ont connaissance du résultat de leur tir en moins de quatre heures.
Les rumeurs les plus folles courent sur l’arme nouvelle dont semble disposer l’armée allemande. On pense à un avion volant à haute altitude. Lorsqu’ils en sont informés, les Parisiens la surnomment « Bertha ». Cependant, la terreur n’est pas au rendez-vous. De plus, les SRS repèrent très vite l’emplacement de cette pièce unique dans le tonnerre provoqué par tous les tirs d’artillerie. Dès le , des tirs de contre-batterie de , et (huit pièces de 340 des et d’artillerie lourde à grande puissance) pilonnent l’emplacement. Malgré leur précision, ces tirs de contre-batterie ne détruisent pas les , même s’ils tuent sept de ses servants et en blessent six. Le Grand Quartier général français interrompt ces tirs pour n’utiliser finalement que des pièces de , souhaitant économiser ses tubes de grosses pièces. La première interruption des tirs intervient finalement quand une des pièces éclate le , à la suite de l’explosion prématurée d’un obus dans le canon de la pièce. La pause dure trois semaines, pour vérification sur la deuxième pièce. Il apparaît que pendant un temps, ces tirs sont guidés par un espion, caché dans une grotte du mont de Joie, mais sans de meilleurs résultats.
Le à un obus tiré par la crève la voûte et détruit le deuxième pilier de la façade latérale gauche (nord) de l'église Saint-Gervais, provoquant l’effondrement d’une partie de celui-ci sur le public pendant l’office du Vendredi saint, et causant et . Parmi les victimes se trouve Rose-Marie Ormond, la nièce du peintre américain John Singer Sargent. Cette attaque a un retentissement international, les Français commencent à craindre la défaite, certains responsables à Paris envisagent un repli du gouvernement vers la LoireFilm documentaire Les grains de sable de l'histoire. France, 2014. Capitaine Emmanuel Ranvoisy (Brigade des Sapeurs-pompiers de Paris).. Les tirs conjugués aux bombardements nocturnes des bombardiers Gotha G eurent un fort impact psychologique sur la population parisienne au regard du nombre de tués (par comparaison avec une journée sur le front). Entre la fin mars et le début du mois d’, un demi-million de Parisiens, sur une population de trois millions, quittent la capitale, étant tombés les trois premiers jours. Encore aujourd’hui, on se souvient davantage de la « Grosse Bertha/ » que de certaines batailles importantes ou sanglantes de la Première Guerre mondiale.
Une deuxième campagne de tirs de a lieu du au , toujours à partir du mont de Joie à Crépy. Pendant ce temps, l’armée allemande mène également une grande offensive qui la conduit au sud de la Marne. Il est possible que l’interruption des tirs entre le et le soit due au transport d’une de Crépy à Bruyères-sur-Fère dans un bois du lieu-dit Val-Chrétien, plus au sud de l’Aisne.
Une éventuelle troisième campagne a lieu à partir de Bruyères-sur-Fère, les 16 et , mais l’utilisation du site est interrompue par l’offensive du , les Allemands évacuant leur pièce afin qu’elle ne tombe pas aux mains des Alliés.
Enfin, la quatrième et dernière campagne de tirs, à partir des plates-formes métalliques aménagées à Beaumont-en-Beine, dure jusqu’au . En tout, sont tombés sur Paris, causant la mort de et en blessant ..
Non loin de Crépy, on peut voir encore aujourd’hui sur la commune de Coucy-le-Château. dans le bois du Montoir« Le mystère de la Grosse Bertha » sur le site Chemins de mémoire du ministère de la Défense., une énorme cuvette de béton sur laquelle les Allemands avaient installé un SKL/45 Langer Max Brummer. un canon de dont le tube avait de long, appelé aussi à tort « Grosse Bertha ». À quelques kilomètres de là, les Allemands avaient fait construire un canon en bois et une fausse voie ferrée qui servaient de leurres afin de tromper d’éventuels repérages par l’aviation ennemie.
Bilan Le ou les canons restants sont démontés devant la progression de l’offensive alliée, et renvoyés en Allemagne. Tout le matériel, toutes les archives sont détruits. L'information sur les caractéristiques techniques précises est donc perdue, même si des témoignages et des archives privées découvertes ultérieurement en ont donné un aperçu.
Réussite technique allemande, ces canons mobilisèrent les premiers temps d’importantes forces françaises pour repérer leur emplacement et essayer de les détruire. Mais leur fabrication et mise en œuvre furent aussi très coûteuses pour les Allemands et ces canons n’eurent pas l’effet escompté sur la population qui s’y habitua avec l’espacement des tirs, et ils ne modifièrent pas le cours du conflit.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie . . .
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Liens externes
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