La bête du Gévaudan est le surnom d'un ou plusieurs canidés ayant commis des attaques contre des humains en France entre le et le . Le plus souvent mortelles, ces agressions (entre 88 et 124 selon certaines sources) ont surtout lieu dans le nord de l'ancien pays du Gévaudan, région d'élevage correspondant globalement à l'actuel département de la Lozère. Quelques cas sont signalés dans le sud de l'Auvergne, le nord du Vivarais, le Rouergue et le sud du Velay.

Le royaume compte alors quelque mais le drame du Gévaudan intervient opportunément pour la presse, en mal de ventes après la guerre de Sept Ans. Ainsi, le Courrier d'Avignon puis La Gazette de France et les gazettes internationales s'emparent de l'affaire et, en quelques mois, publient en feuilleton des centaines d'articles.. Dépassant rapidement le fait divers, la Bête du Gévaudan mobilise de nombreuses troupes militaires et donne naissance à toutes sortes de rumeurs et croyances à l'époque., tant sur sa nature que sur les raisons qui la poussent à s'attaquer aux populations, l'évêque de Mende énonçant alors un .

Parmi les nombreux animaux abattus alors, deux canidés sont soupçonnés d'être la Bête.. Le premier est un grand loup tué en par François Antoine, le porte-arquebuse de , sur le domaine de l'abbaye royale des Chazes. Une fois l'animal empaillé et exhibé à Versailles, les journaux et la Cour se désintéressent de l'affaire mais les ravages reprennent quelque temps après. Le , à La Besseyre-Saint-Mary, le paysan Jean Chastel abat le second animal, identifié comme un loup ou un canidé ressemblant partiellement à un loup. Passé cette date, plus aucune attaque mortelle n'est signalée dans la province.

La majorité des historiens explique les prédations de la bête par la présence de plusieurs loups devenus anthropophages. Ce phénomène, peu commun mais marquant, est observé à plusieurs reprises lorsque des « bêtes dévorantes » adoptent un comportement déviant similaire à celui de la bête du Gévaudan, en ciblant exclusivement les êtres humains selon des modalités spécifiques d'attaque et de consommation des victimes (bête de l'Auxerrois entre 1732 et 1734, bête de Primarette entre 1747 et 1752, bête du Lyonnais entre 1754 et 1756, bête des Cévennes entre 1809 et 1817). De tels cas s'inscrivent dans le contexte global des centaines d'attaques attribuées majoritairement aux loups dits « carnassiers » (anthropophages) en France depuis la fin du Moyen Âge jusqu'au ..

En dépit de ce consensus historique, l'identité biologique des canidés responsables des attaques en Gévaudan fait toujours l'objet de débats, parfois avivés par les controverses sur la dangerosité de Canis lupus et les polémiques suscitées par la réapparition du loup gris en France après son éradication du territoire national au .

Certains essayistes « lycophiles » publient régulièrement des essais pour défendre « l'innocence » des loups et incriminer de préférence l'être humain. Considérée comme saugrenue par les historiens, cette théorie est inspirée notamment par les romans respectifs de l'angliciste Abel Chevalley et du folkloriste Henri Pourrat. Ces deux écrivains imaginent des meurtres commis par Antoine Chastel (fils du tueur de la Bête), paysan dépeint sous leur plume en aliéné mental castré et à demi-sauvage, dressant clandestinement des bêtes féroces. Conformément à ces modèles littéraires, les auteurs « lycophiles » en viennent à décrire le comte de Morangiès comme un gentilhomme sadique formant un duo de tueurs en série avec son complice roturier Antoine Chastel, dompteur d'une bête conditionnée pour tuer femmes et enfants. Aucun document ne corrobore l'hypothèse d'une telle implication criminelle, popularisée par diverses œuvres de fiction qui exploitent ce canevas.

L'histoire de la Bête du Gévaudan nourrit le théâtre, la littérature, la bande dessinée, le jeu vidéo, le jeu de société ainsi que le cinéma et la télévision. En Lozère et en Haute-Loire, plusieurs sites touristiques entretiennent la légende.

Histoire Les premières attaques Avant le Gévaudan ? En 1763, une série d'attaques est recensée du côté du Dauphiné. On parle d'un animal « de la taille d’un très gros loup, couleur de café brûlé un peu clair, ayant une barre un peu noire sur le dos, le ventre d’un blanc sale, la tête fort grosse et [rebondie ?], une espèce de bourre qui forme une houppe sur la tête et à côté des oreilles, la queue couverte de poil comme celle d’un loup ordinaire mais plus longue et la portant retroussée au bout ». Vers la fin du mois d'octobre, la bête traverse un troupeau de moutons pour se jeter sur un petit berger âgé de quatorze ans, délivré par sa camaradeAlain Bonet La Bête du Gévaudan, Chronologie et documentation raisonnées, .. Les attaques et la description de l'animal présentant de nombreux points communs avec la Bête du Gévaudan, certains auteurs tel Jean-Claude Bourret avancent l'hypothèse qu'il s'agit du même animal..

Les premiers cas au Gévaudan gauche|vignette|Acte de sépulture de Jeanne Boulet à St Étienne-de-Lugdarès (Ardèche).« L'an 1764 et le a été anterrée Jeane Boulet sans sacremens, ayant été tuée par la bette féroce présans Joseph Vigier (et) Jean Reboul ». vignette|Gravure allemande au moment des événements.

En , au début de l'été, une vachère habitant tout près de Langogne rentre au village en affirmant avoir été attaquée par « une bête ». Elle s'en tire sans autre mal que des habits déchirés, après avoir été défendue par ses bœufs. Le 30 du même mois, Jeanne Boulet, âgée de quatorze ans, est tuée près de Langogne au village des Hubacs, dans la paroisse de Saint-Étienne-de-Lugdarès, en Vivarais. C'est la première victime officielle de la Bête, partie I, chapitre 2. Le , la victime est enterrée « sans sacrements » car elle n'a pu se confesser avant sa mort. Toutefois, l'acte de sépulture précise qu'elle fut tuée par « la bette féroce », ce qui suggère qu'elle n'est pas la première victime mais seulement la première déclarée. En outre, l'acte s'insère entre deux autres datés respectivement des et , comme s'il avait été initialement omis. Mais l'ordre chronologique semble déficient : l'acte qui suit celui du date du 7 du même mois - à moins d'une erreur de transcription pour octobre car l'acte immédiatement postérieur est du . Dans tous les cas, ces inexactitudes répétées traduisent négligence et défaut d'attention.

Une deuxième victime est rapportée le . Âgée de 14 ans, elle habite au hameau de Masméjean, paroisse de Puy-Laurent.. Ces deux victimes sont tuées dans la vallée de l'Allier.

Dès la fin du mois d'août et au cours du mois de septembre, d'autres victimes sont recensées dans la forêt de Mercoire ou ses alentours, Annexes : tableau des victimes de la Bête.

Étienne Lafont, syndic du diocèse de Mende, réside à Marvejols en cette fin du mois d'août. Depuis cette paroisse, il envoie des chasseurs de Mende, dirigés par le sieur Mercier, pour seconder les battues qui s'organisent. Cependant, Lafont se rend vite compte que ces opérations sont insuffisantes. Il en avertit Monsieur de Saint-Priest, intendant du Languedoc, et Jean-Baptiste de Marin, comte de Moncan. Ce dernier est le commandant en second du Languedoc en tant que suppléant du comte d'Eu, gouverneur de la province.

Duhamel et les soldats de la Légion de Clermont-Prince Au début de l'automne, la Bête se manifeste aux confins de la Margeride et de l'Aubrac. Le , une jeune fille est tuée au village d'Apcher, sur la paroisse de Prunières ; sa tête n'aurait été retrouvée que huit jours plus tard. Le lendemain, un garçon vacher est attaqué à proximité de La Fage-Montivernoux. Ce même jour, la Bête attaque un autre vacher entre Prinsuéjols et le château de la Baume, propriété du comte de Peyre. Cependant, le jeune garçon se réfugie parmi ses vaches, qui parviennent à repousser la Bête.. Peu de temps après, des chasseurs qui sortent d'un bois avoisinant aperçoivent la Bête qui rôde encore autour du garçon.. Deux de ces chasseurs tirent et touchent la Bête qui, par deux fois, tombe puis se relève. Elle s'enfuit dans un bois et personne n'arrive à la rattraper. La battue organisée le lendemain se solde par un échec. Deux paysans affirment avoir vu l'animal sortir en boitant durant la nuit. Pour la première fois, la Bête a été blessée, partie I, chapitre 3.. C'est pendant ce mois d' qu'elle perpétue ses attaques les plus méridionales, notamment celle qui coûte la vie à Marie Solinhac au Brouilhet, sur la paroisse des Hermaux.

vignette|Un cavalier détaché de la Légion de Clermont-Prince tente de sabrer la Bête. D'inspiration germanique, son sabre avec une monture se distingue du modèle français.. Illustration de Patrick Berthelot. Le , le comte de Moncan ordonne de fournir au capitaine Duhamel ....

Natif d'Amiens, issu de la noblesse provinciale, Jean-Baptiste-Louis-François Boulanger, sieur Du Hamel (ou Duhamel), est âgé de 32 ans à l'époque. Depuis 1760, il est capitaine aide-major au sein du régiment de Clermont-Prince, un corps de troupes légères créé à Liège en 1758 à l'initiative de Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont-en-Argonne et prince du sang, pour opérer des missions tactiques de reconnaissance et de harcèlement des troupes ennemies durant la guerre de Sept Ans. Connue à l'origine sous le nom de régiment des « Volontaires de Clermont-Prince », cette unité militaire est alors composée majoritairement de Liégeois, volontaires étrangers provenant du Saint-Empire romain germanique et encadrés par des officiers français ou étrangers aux fins de la « petite guerre ». À l'issue du conflit, le régiment des Volontaires de Clermont-Prince est réorganisé et renommé « Légion de Clermont-Prince » par une ordonnance royale du . Dès lors réduit à un état-major de encadrant répartis en une compagnie de grenadiers, quatre compagnies de fusiliers et quatre compagnies de cavaliers, ce corps de troupe conserve son statut de régiment princier dépendant du comte de Clermont-en-Argonne, son fondateur et colonel-propriétaire. Ainsi, la Légion de Clermont-Prince ne doit pas être confondue avec l'un des dix-sept régiments de dragons royaux, unités militaires distinctes dont les soldats n'ont jamais été envoyés dans le Gévaudan pour traquer la Bête...

Sur autorisation du comte de Moncan, le capitaine Duhamel est en mesure de réquisitionner des soldats aguerris et habiles au tir parmi les compagnies de cavaliers du régiment de Clermont-Prince. Celles-ci sont toutes quatre casernées dans le Languedoc, respectivement à Langogne et Pradelles., avant le début de l'affaire de la Bête. Accompagné de son ordonnance, Duhamel forme un petit détachement de , troupe légère d'élite en mesure de s'adapter aux terrains difficiles du Gévaudan. Coiffés d'un casque de cuivre, armés d'un sabre et d'une carabine à canon rayé, les soldats de Duhamel ne reçoivent leur uniforme neuf, pourtant réglementé par l'ordonnance du , qu'aux débuts de leur opération cynégétique en ; ils portent dorénavant, par-dessus un gilet rouge, une livrée ventre de biche aux couleurs de la maison de Condé.

Profitant d'une accalmie lors des tempêtes de neige qui balaient la région, le capitaine Duhamel et ses hommes quittent Langogne et passent par Mende, où ils sont reçus par l'évêque Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré le . Le détachement repart le lendemain pour gagner Saint-Chély-d'Apcher le ... Duhamel loge chez l'aubergiste Grassal. tandis que sa troupe s'installe chez l'habitant, suivant les lois relatives au logement des gens de guerre à l'époque. Mais ce n'est que le qu'ils peuvent effectuer leur première chasse, retardée par de fortes chutes de neige.. Vu le manque de résultat des chasses, les États de Languedoc se réunissent le . Ils promettent une prime de à qui tuera la Bête.. Cinq autres personnes meurent durant ce mois de décembre d'une attaque attribuée à l'animal.

La médiatisation de l'affaire