Roger Barberot, né le à Cherbourg (Manche) et mort le à Clichy (Hauts-de-Seine), est un militaire, homme politique et ambassadeur français.

Entré en résistance dès juillet 1940, il s'engage dans les forces françaises libres, et est fait Compagnon de la Libération dès mars 1941. Il participe aux batailles de Bir-Hakeim, d'El Alamein, et est ensuite engagé dans la libération de l'Italie, puis de la France..

Après la Seconde Guerre mondiale, il participe à la fondation du Rassemblement du peuple français en 1947. Réintégré à sa demande dans l'armée durant la guerre d'Algérie, il en démissionne après la mise aux arrêts de son commandant et ami, le général Jacques Pâris de Bollardière, qui a été sanctionné pour avoir dénoncé l'usage de la torture.

Après la proclamation de la Ve République, en 1958, Barberot essaie à plusieurs reprises de se présenter aux élections législatives, mais sans succès. Il est néanmoins nommé ambassadeur de France en Centrafrique, puis en Uruguay ; rentré en France à sa demande, il est placé à la tête du Bureau pour le développement de la production agricole en 1968. Cet organisme dépendant du ministère de l'Agriculture fait parler de lui dans des affaires reliant activités criminelles et espionnage, ce qui donne à Barberot une réputation de « barbouze » ; il finit par en démissionner en 1973. Il occupe ensuite le poste d'administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises jusqu'en 1980.

Jeunesse Roger Barberot est né à Cherbourg, dans le Cotentin, le . Il est le fils de Philippe Barberot, officier de marine, et de Jeanne Oligner, d'une famille de banquiers de Commentry, dans l'Allier. Il est aussi le neveu de l'officier et théoricien militaire Charles Barberot. Il est élève au collège Stanislas à Paris, de 1923 à 1927, au collège Saint Joseph puis au lycée de Toulon jusqu'en 1930. En , il revient au collège Stanislas en classe de Dossier de l'élève Roger Barberot , Archives Collège Stanislas, année 1933 - AB BOUT.. Il y fait la rencontre de Maurice Bourgès-Maunoury et de Roger Frey. Il y prépare, sous l'insistance de son père, le concours de l'École navale auquel avant de le réussir finalement au lycée de Toulon en 1935Dictionnaire du Gaullisme, s.v. «Roger Barberot», Robert Lafont, Bouquins, 2006.. Après son passage sur la Jeanne d'Arc, il échoue aux examens de sortie de l'école d'application et passe en congé avec solde de réforme. Il met à profit cette année pour se livrer à la création artistique, chez Othon Friesz et Edmond Ceria Marie-Caroline Barberot-Dannaud, texte d'accompagnement du timbre Roger Barberot des Terres australes et antarctiques françaises, 2005..

La France libre

À la déclaration de guerre, son père, qui commande le front de mer de Toulon, intervient pour qu'il soit mobilisé dans la marine. Roger Barberot navigue sur le croiseur Tourville. Au moment de l'armistice il est à Alexandrie et rejoint un petit groupe qui refuse d'arrêter le combat avec André Patou et Honoré d'Estienne d'Orves. Il diffuse des tracts appelant à la poursuite des combats et est mis aux arrêts. Il s'évade le Edgard de Larminat, .. Le , il est lieutenant dans le d'infanterie de marine, engagé dans la britannique. Il est engagé à Sidi-Barrani, Sollum, Bardia, Tobrouk, Benghazi, et El Agueila en Libye. Il est cité à l'ordre de l'armée et fait Compagnon de la Libération le « Nécrologie de Roger Barberot », Le Monde, 20/11/2002.

Il est poursuivi par les tribunaux français du régime de Vichy pour désertion le , condamné à 20 ans de détention par contumace le , déchu de sa nationalité française le et condamné à mort le .

En avril 1941, il rejoint la de Légion étrangère en Érythrée. Chef de section de la , il combat en Syrie, en Libye et en Tunisie. Il y rencontre pour la première fois Jacques Pâris de Bollardière, dont il deviendra par la suite un ami proche. Le , il participe à l'exfiltration des Forces françaises libres à Bir Hakeim. En , son groupe est engagé dans la diversion française d'El-Alamein, puis il quitte la Légion.

En , il rejoint le de fusiliers marins que constitue Hubert Amyot d'Inville. Il se rend à Casablanca pour percevoir du matériel américain qui équipera l'unité, devenue unité de reconnaissance. Il prend le commandant du en 1944 qui arrive à Naples le . Le , l'unité est engagée dans l'offensive du Garigliano. Roger Barberot et son unité s'illustrent à Sant'Andrea et parviennent à enfoncer les défenses allemandes. Le général de Gaulle le décore de la Légion d'honneur le « Nécrologie de Roger Barberot », Le Nouvel Observateur, 2002.. C'est la première Légion d'honneur attribuée à titre individuel par le Gouvernement provisoire de la République française.

En , le RFM débarque à Saint-Tropez. Le , l'escadron de Barberot marche sur Toulon où la résistance s'oppose aux Allemands. Puis l'unité est engagée en pointe pour la remontée du Rhône et entre la première à Lyon le . Elle s'arrête devant la résistance allemande en Lorraine. Le , son escadron libère Clairegoutte, et fait 260 prisonniers. Le , il attaque et enlève Ronchamp. Le , il enlève la cote 820. Le , il enlève Plancher-Bas, puis Rougegoutte le 22, Rougemont-le-Château le 27. En mars, la 1re division française libre dont fait partie son unité, est retirée du front Est sans entrer en Allemagne et redéployée dans les Alpes où elle livre les derniers combats dans l'Authion. À la fin du conflit, Barberot est l'officier de marine français le plus cité. Le , l'ensemble de ses condamnations par Vichy est annulé.

Le Rassemblement du peuple français

Roger Barberot devient capitaine de corvette en puis capitaine de frégate en 1947. Au retour du général de Gaulle dans l'arène politique en 1947, il est dégagé des cadres et rejoint l'état-major du RPF dont il reçoit la carte en juillet. Il devient chargé de mission au Bureau d'organisation politique avec Pierre de Bénouville. En 1948, il participe à la tournée politique en province du général en vue des élections, et mobilise les réseaux des anciens de la France libre et de la Résistance. En , il rejoint le comité chargé des questions de la défense nationale du RPF. Roger Barberot se retire finalement du mouvement. En 1954, il accompagne une expédition anthropologique en Équateur, dans la cordillère des Andes.

La guerre d'Algérie

En , Roger Barberot demande son rappel dans l'armée. Nommé colonel, il obtient le commandement d'une demi-brigade de l'armée de l'air, formée de réservistes rappelés. La nouvelle unité débarque à Alger le . Sous le commandement du général de Bollardière, Roger Barberot élabore une nouvelle stratégie autour du principe de la nomadisation. Il s'agit de renforcer la proximité avec la population et de mettre en échec le FLN. Le sont créés les Commandos Noirs. Jean-Jacques Servan-Schreiber se retrouve mobilisé dans l'unité et se lie avec Barberot (il racontera son expérience dans Lieutenant en Algérie). Roger Barberot se lie aussi avec le colonel Argoud, qui commande le d'Afrique, limitrophe avec la demi-brigade. Toutefois, la démobilisation des premiers appelés menace l'expérience, Bollardière et Barberot s'opposent de plus en plus à d'autres éléments de l'armée et à certains Pieds-noirs. La publication des articles de Servan-Schreiber, la prise de position de Bollardière contre la torture et sa mise aux arrêts entraînent la démission de Roger Barberot en . Il publie un témoignage : Malaventure en Algérie et reprend une activité politique. De sensibilité sociale, il rencontre Pierre Mendès France en afin de trouver un soutien au projet gaulliste.

Ambassadeur

Le retour du général de Gaulle au pouvoir remet Roger Barberot dans l'action politique. Il devient membre du comité directeur du Centre de la Réforme Républicaine, adhérent à l'UDT. Il se proclame « gaulliste de gauche » et se présente aux élections législatives à Paris en , mais échoue face à Jean Baylot. Il intègre ensuite le ministère de l'Éducation nationale, auprès d'André Boulloche. En , le général de Gaulle le nomme ambassadeur de France en République centrafricaine, à BanguiJacques Foccart, Le Général en mai Journal de l'Élysée II 1968 - 1969, Fayard, Jeune Afrique, 1998.. Sur place, il se lie d'amitié avec le général Marcel Bigeard. Il est ensuite ambassadeur de France en Uruguay, à Montevideo. Cette nomination est interprétée comme une continuité de la tournée du général de Gaulle en Amérique du Sud. Néanmoins, Roger Barberot estime ne pas disposer de suffisamment de moyens et manifeste rapidement le souhait de revenir en France. En , il se présente à la législative dans la de l'Essonne, face à Pierre Juquin, et il est à nouveau battu. En , il prend la direction du Bureau du développement de la production agricole (BDPA).

Proche de Jacques Foccart depuis sa période africaine, durant les événements de , il participe activement à l'organisation des forces anti-révolutionnaires et de la manifestation de soutien au général, le . Candidat dans la des Hauts-de-Seine, il est encore battu, parvient à faire invalider l'élection de Guy Ducoloné (PCF) mais échoue encore lors de l'élection partielle consécutive en décembre.

La période trouble du post-gaullisme

À la tête du BDPA, Roger Barberot doit affronter trois affaires successives. D'abord, son ministère de tutelle souhaite supprimer l'organisation en la fusionnant avec un autre organisme, la SATEC. Roger Barberot entame un plan d'économies radicales, qui permet fin à l'organisme de survivre.

En éclate l'affaire Delouette, qui vaut à Roger Barberot une réputation d'agent secret et de « barbouze ». Roger Delouette est arrêté en avril 1971 à Port Elizabeth, dans le New Jersey (États-Unis), pour avoir faire parvenir depuis Le Havre une camionnette transportant 44 kilos d'héroïne. Pour se défendre, il explique qu'il appartient au SDECE et que ce transport lui a été commandé par son supérieur, le colonel Fournier (Ferrère). Ses fausses accusations, amplifiées par un procureur du New Jersey nommé Stern, modifient les dimensions de l'affaire. Elles donnent naissance à des rumeurs et des intrigues aboutissant à la mise en cause du SDECE. Roger Barberot, cité dans l'affaire, dénonce sur l'antenne de RTL une opération de déstabilisation politique, déplorant que la nomination d'Alexandre de Marenches à la tête du SDECE n'ait pas suffit à réformer ce service ; il confirme dans le même temps l'appartenance de Delouette, ancienne recrue du BDPA, au SDECE. Le colonel Fournier (Ferrère) n'est finalement pas inquiété, les vrais fournisseurs de Delouette identifiés, arrêtés et condamnés. Delouette lui-même est condamné à cinq ans de prison aux États-Unis.

Enfin l'affaire de l'île de Ré, au même moment, achève de ternir son image et celle du BDPA, présenté comme une officine de couverture. Un promoteur immobilier, Souchère, se dit victime d'une tentative de racket de la part du Comité d'aménagement et de développement de l'île de Ré (CADIR), dont font partie Barberot (vice-président du comité), mais également Philippe Dechartre (Secrétaire d'État auprès du ministre du Travail, président du comité) et Gilbert Beaujolin (ancien résistant, hommes d'affaires et membre du comité). Le , Roger Barberot est condamné en appel par le tribunal de Poitiers à 2 millions de francs d'amende, solidairement avec Philippe Dechartre et Beaujolin.. Barberot conserve la confiance du gouvernement, mais démissionne du BDPA le . Il dénonce dans cette troisième affaire, qui le meurtrit profondément et le met dans une situation financière difficileJacques Foccart, La fin du Gaullisme V 1973 - 1974, Fayard, Jeune Afrique, 2001, page 276, une manipulation orchestrée par l'ancien député Patrice Bougrain-Dubourg, habitant de l'île de Ré, lui aussi membre du CADIR et employé par le BDPA, qui aurait été lié financièrement à Souchère.

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