Dans la mythologie grecque, Prométhée (en grec ancien , « le Prévoyant ») est un Titan..
Figure héritée du , Prométhée est surtout connu pour avoir dérobé le feu sacré de l'Olympe pour en faire don aux humains. Courroucé par cet acte déloyal, Zeus le condamne à être attaché à un rocher sur le mont Caucase, son foie dévoré par l'Aigle du Caucase chaque jour, et repoussant la nuit. Plusieurs éléments de sa légende tels que son châtiment semblent avoir été empruntés par les Grecs aux légendes du Caucase.
Il apparaît pour la première fois au dans un poème d'Hésiode, la Théogonie, puis au dans la pièce, Prométhée enchaîné, d'Eschyle.
Étymologie vignette|Héra et Prométhée, intérieur de coupe de Douris, début du , Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France. La signification du théonyme Promêtheús est débattue. Son nom s'interprète habituellement comme un doublet en de l'adjectif , Jean-Louis Perpillou, Les substantifs grecs en -eúç, Paris, Klincksieck, 1973, p.208 et suiv., ce en quoi il s'oppose à l'étourdi Épiméthée, celui .
Néanmoins, ce nom demeure assez paradoxal pour un personnage qui par ses ruses imprudentes provoque une brouille entre Zeus et les hommes, ce qui lui vaut un châtiment exemplaire.. Or, cet adjectif promêthês n'a aucune filiation. De là vient l'idée qu'il ait pu être formé par dérivation inverse sur le nom de Prométhée. Il a ainsi été rapproché du nom propre vieil-indien Videgha Māthavá, nom d'un roi des (Kosala-)Videhas, peuple de l'est de l'Inde védique Goto Toshifumi, Hintergrund der indoarischen Einwanderung in Indien und die Menschengeschichte, Journal of International Philosophy, No. 3, janvier 2014.. Sa légende se rapporte à la progression des Indo-Aryens vers l'est. Cette progression se fait grâce au feu « civilisateur » assurant le défrichement des terres incultes, étendant le culte brahmanique (ouvrant un espace au sacrifice) et par là rejoint le mythe de Prométhée. Par cette analogie, Jean Haudry après d'autres linguistes propose de réinterpréter le nom de Prométhée à partir du verbe grec pro-ma(n)th- proche pour le sens du vieil-indien promáthi « prévoyance, providence » qui apparaît assez souvent dans les hymnes védiques à Agni, dieu du feu sacrificiel et du foyer. La liaison pro-men- attestée au sens d'« inventer, produire » en védique et en baltique ne s'est probablement conservée en grec qu'au sens de « prévoir »..
Il a également été théorisé que son nom dérive de la racine proto-indo-européenne qui a produit le nom védique pra math, « voler », d'où pramathyu-s, « voleur », apparenté à Prométhée, le voleur de feu Ruobing Xian, Zur Etymologie von gr. μόθος, Glotta, Zeitschrift für griechische und lateinische Sprache, 93 (1):250-254, mrs 2017.. Le mythe védique du vol du feu par Mātariśvan, l'un des surnoms d'Agni, est, en effet, analogue au récit grec Benjamin W. Fortson, Indo-European Language and Culture: An Introduction. Blackwell Publishing, p. 27, 2004.. Pramantha est l'outil utilisé pour créer le feu, soit la friction de deux morceaux de bois par giration. La suggestion que Prométhée est à l'origine « l'inventeur humain des bâtons de feu, à partir duquel le feu est allumé », remonte à Diodore de Sicile au premier siècle .. Hésychios indique que Prométhée s'est appelé Ithás ou Íthax, des formes apparentées à aíthein : « faire brûler »..
Pour Charles de Lamberterie, « l'analyse formelle de la base grecque μāθ- fait difficulté de toute manière, qu'on la rattache à μαθ- (racine verbale math « dérober, ravir ») ou à skr. math*i- (racine set «prévoyance, prévoir»)Charles de Lamberterie, 1999, Supplement au dictionnaire de Chantraine, p. 1427, . Manfred Mayrhofer, Etymologisches Worterbuch des Altindoarischen, vol 2, 1996, p. 298-299.. Origine et genèse du personnage vignette|Création de l'homme par Prométhée (Athéna se tient à gauche), bas-relief en marbre, Italie, , musée du Louvre. Prométhée est un « transmetteur du feu » Felice Vinci et Arduino Maiuri, A Proposal upon the Figure of Hermes as an Ancient God of Fire (According to the Homeric Hymn to Hermes), Athens Journal of Mediterranean Studies, Volume 8, Numéro 2, Avril 2022, pages 107-116., qui peut l'avoir volé, une figure universelleJames George Frazer, Mythes sur l'origine du feu (1931), trad. Michel Drucker, Payot, 1969, 256 p. antérieure à la période commune des Indo-Européens. Son mythe reflète également la notion universelle de l'ambiguïté du feu « dangereux ami », centrale chez Prométhée à la fois prévoyant et imprudent, utile et dangereux, ambigu et paradoxal, comme le dieu nordique Loki..
Il véhicule aussi les notions indo-européennes de feu civilisateur et de feu du culteLouis Roussel, Le folklore dans « Prométhée », Revue des Études Anciennes, année 1934, volume 36, numéro 2, 229-232., qui se retrouvent dans la légende de Māthavá et dans l'idée que Prométhée est à l'origine de tous les arts et de toutes les techniques. Par ailleurs, le feu divin indo-européen est « ami des hommes » dont il peut se rapprocher en se détournant des dieux, car il est par nature transfuge. Cette figure dont le nom *māthew- était ancien est rentrée en contact avec un demi-dieu caucasien à une époque où les Grecs étaient en contacts étroits avec certaines populations caucasiennes. Ces contacts auraient abouti à la légende géorgienne d'Amirani, à la légende arménienne d'Artawazd et à la légende grecque du châtiment de ProméthéeGeorges Charachidzé, Prométhée ou le Caucase. Essai de mythologie contrastive, Paris, Flammarion, 1986., châtiment peu compréhensible pour un feu divin civilisateur, mais beaucoup plus pour un voleur de feu qui défie le dieu suprême. Les contacts avec le Caucase sont également à la base du mythe de Pandore, fondée sur l'idée reprise par Hésiode que la femme est à l'origine des maux de l'homme. Néanmoins, sa création comme celle du premier homme à partir de la terre glaise est d'origine mésopotamienne..
Légendes Dans la mythologie grecque, Prométhée est un Titan, fils cadet de Japet. et de Thémis ou Clymène selon Hésiode, 508. et frère d'Atlas, Ménétios et Épiméthée. Petit-fils de Gaïa (la Terre) et d'Ouranos (le Ciel), il est aussi le père de Deucalion, conçu avec Pronoia (ou Clymène).
Le vol du feu Après la victoire des nouveaux dieux dirigés par Zeus sur les Titans, Prométhée se rend sur le char du Soleil avec une torche, dissimule un tison dans une tige creuse de férule commune et donne le « feu sacré » à l'espèce humaine. Le poète Hésiode explique dans sa Théogonie que Prométhée déroba le feu aux dieux grâce à une tige de férule, allusion à ses propriétés combustiblesSuzanne Amigues, Théophraste, Recherches sur les plantes : à l’origine de la botanique, Belin, 2010, 111, note 47.. Dans d'autres variantes, il l'aurait volé à Héphaïstos (Eschyle, Prométhée enchaîné, 7) ou encore à la « roue du Soleil » (Servius, Ad Ecl., 6,42). Par ce fait, il ne fait que récupérer le feu qui a été perdu par sa faute.
Prométhée, « providence des hommes » Il enseigne aux humains la métallurgie et d'autres arts, eux-mêmes enseignés à Prométhée par Athéna qui était complice puisqu'elle l'aida à entrer secrètement dans l'Olympe.
L'amitié du Feu divin pour les hommes est une donnée traditionnelle. Mais, c'est un dangereux ami car le feu est imprévisible. Prométhée est dit « bon » et « bienveillant ». La bienveillance qu'il réserve aux hommes est l'envers de sa malveillance secrète à l'égard de Zeus. Jean-Pierre Vernant précise : « le feu est un dólos, une ruse trompeuse, un piège, dirigé au départ contre Zeus lequel s'y laisse prendre mais qui se retourne le cas échéant contre les hommes »Marcel Detienne et Jean-Pierre Vernant, La Cuisine de sacrifice en pays grec, Paris, Gallimard, 1979, p. 50.vignette|250px|Tous les dieux et déesses sont autour de Prométhée, assis à la tête de l'homme qu'il vient de créer. Sarcophage romain du , Musée archéologique national de Naples.Découvrant sa ruse, Zeus le punit, non pour avoir donné le savoir aux hommes, mais pour avoir volé les dieux : en effet, la tâche confiée à Prométhée était de donner un souffle de vie à chaque créature, celle de son frère de les armer (griffes, défenses, crocs) afin qu'elles puissent se défendre. Épiméthée ayant failli, le don du feu corrigeait la faiblesse humaine, et était justifié.
Prométhée, créateur des hommes vignette|La Formation de l'Homme par Prométhée avec l'aide de Minerve, par Louis de Silvestre (1702). Huile sur toile, musée Fabre, Montpellier. D’après le pseudo-Apollodore, Prométhée aurait créé les hommes à partir d'eau et de terre, , 7, I.. Pausanias place la scène à Panopée, en Phocide, (4, 4). : Athéna, née en jaillissant de la tête de Zeus, introduit le souffle de la vie dans ces corps d'argile.. Suivant les versions : Épiméthée, le sot, « qui réfléchit à peu près »., ne sachant que faire pour les hommes, appelle à l'aide son frère qui imagine un plan pour favoriser l'humanité. Prométhée fait en sorte que l'homme puisse tenir debout sur ses deux jambes, il lui donne un corps plus grand, distingué et proche de celui des dieux. Mais l'homme était encore trop faible pour se défendre correctement face aux autres créatures terrestres. Dix siècles plus tôt, dans sa Théogonie, Hésiode mentionnait déjà la présence des hommes sans en expliquer la création mais il décrit celle de la première femme, qui, de manière similaire est modelée dans de l'argile avec de l'eau, mais cette fois-ci par le dieu des artisans : Héphaïstos et animée par Athéna, déesse de la sagesse.
Cet épisode de la création de l'Humanité à partir de la terre glaise est emprunté, a-t-on avancé, aux légendes proche-orientales. Néanmoins, la signification de cet acte diffère : à Sumer, l'homme est créé à la demande des dieux pour les servir ; dans le mythe grec, c'est comme concurrent et presque en rival que l'homme s'oppose aux dieux Samuel Noah Kramer, Sumerian mythology, New-York, Harper and Row, 1961, 68-72..
Prométhée, feu sacrificateur Dans la version d’Hésiode, pour clore cette dispute à propos du feu entre les dieux et les hommes, Prométhée organise à Méconé le sacrifice d'un bœuf, partagé en deux parties inégales. Dans l'une, sous un aspect appétissant, il met la graisse et les os, et dans l'autre, moins bien agencée en apparence, les meilleurs morceaux. Ayant machiné ce partage frauduleux, il invite Zeus à choisir la part qui lui plaît le plus. Zeus choisit la première part, ce qui augmente sa colère et sa rancuneMarcel Détienne, « Prométhée », Encyclopædia Universalis.. Cet épisode est communément appelé (535).. C'est de ce temps que les hommes laissent aux dieux la graisse et les os lors des sacrifices. Ce partage a abouti à fixer le régime alimentaire qui différencie les hommes et les dieux. En réservant aux hommes la chair du bœuf, Prométhée condamnait l'espèce humaine au besoin vital de manger de la viande et d'être ainsi astreinte à une vie brève, tandis que les dieux immortels se satisfont d'odeurs, de parfums, du nectar et de l'ambroisie. Après ce partage sacrificiel, Zeus veut punir Prométhée de l'avoir trompé : il interdit aux hommes l'usage du feu pour cuire les viandes et se nourrir, et Prométhée va à nouveau le dérober afin de le leur restituer (570)., ce qui entraîna une nouvelle vengeance de Zeus, qui envoya aux hommes une « belle calamité », Pandore (585)..
Contrairement aux dieux de l'Inde brahmanique, les dieux grecs ne sacrifient pas, mais Prométhée en tant qu'ancien Feu sacrificateur institue le premier sacrifice. Ce faisant, il dupe Zeus tout comme Loki trompe les autres dieux dans la mythologie nordiqueDominique Briquel, « Mahābhārata », crépuscule des dieux et mythe de Prométhée, Revue de l'histoire des religions, année 1978, volume 193, numéro 2, pp. 178.. L'épisode reprend le motif traditionnel du Feu divin trompeur..
Le châtiment